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Eurobasket 2001, la nouvelle génération au pouvoir

Eurobasket

Montage Une : Aurélien Sohard pour Basket Rétro

Entre le 31 août et le 9 septembre 2001, à Istanbul, l’Eurobasket a réuni l’essentiel des pays représentants la quintessence du basket en Europe. Mais, surtout, cette compétition a mis en avant la mainmise des joueurs européens désormais estampillés « made in NBA ». Une (r) évolution annonciatrice de nombreux bouleversements à venir.

ISTANBUL, GRATIN DE L’EUROPE ET FORCES EN PRÉSENCES

La Turquie sait recevoir ses hôtes de marque et l’Eurobasket n’a pas fait exception à la règle. Durant une bonne dizaine de jours, le public a été régalé par de nombreuses prestations exceptionnelles et la présence d’une nouvelle génération de joueurs amenés à dominer l’Europe et la NBA durant de nombreuses saisons pour certains. Qu’ils soient Français, Allemand, Turc, Espagnol, Lituanien, Russe ou bien encore Yougoslave, une armada de talents débarque du côté du Bosphore, à Istanbul, la capitale Ankara ainsi qu’à Antalya, dans le sud du pays. Dans ces conditions, deux ans après le triomphe italien, de nouvelles forces apparaissent dans chacun des quatre groupes de quatre équipes qui compose cette édition.

Tony Parker et son numéro 6 face aux Ukrainiens (Crédit photo : francetvinfo.fr)

Dans le Groupe A, l’Équipe de France, sous les ordres du coach Alain Weisz, s’appuie, en partie, sur les finalistes des Jeux Olympiques de 2000 de Sydney. Avec en tête d’affiche le valeureux Jim Bilba, le géant Frédéric Weis, les précieux Makan Dioumassi, Cyril Julian, Alain Digbeu et Crawford Palmer. Ainsi que les deux Laurent : Sciarra et Foirest, une sélection tricolore qui a fière allure. Absent de marque néanmoins : Antoine Rigaudeau ne participe pas à la compétition, celui-ci ayant mis un terme à sa carrière internationale quelques mois auparavant. Qu’à cela ne tienne, son remplaçant est tout trouvé, en la personne d’un jeune meneur en devenir. Un certain Tony Parker, 19 printemps et drafté par les Spurs de San Antonio trois mois auparavant, en juin 2001. Les « Bleus » se retrouvent dans le groupe d’une des institutions du basket européen. La solide Lituanie du génial meneur du FC Barcelone, le teigneux Šarūnas Jasikevičius. Un Jasikevičius qui n’est pas seul et qui compte également sur une équipe rugueuse, physique mais aussi technique avec notamment le « cerveau », l’arrière Ramūnas Šiškauskas qui évolue à l’époque au Lietuvos Rytas. Son alter ego l’ailier Saulius Štombergas de Vitoria, en Espagne, et le meneur qui évolue à l’Hapoel Galil Elyon, Rimantas Kaukėnas. Pour la partie physique, les Lituaniens s’appuient sur du lourd avec, entre autres, le coéquipier de Šiškauskas, Robertas Javtokas (2m11) et le Champion d’Euroleague de 1999 avec le Žalgiris Kaunas, Eurelijus Žukauskas et ses 2m18, qui évolue à Bologne. Quant à Israël, il peut compter sur le meneur américain naturalisé Israélien, légende du Maccabi Tel Aviv (il y restera plus de 15 ans), Derrick Sharp. Enfin, l’Ukraine du pivot, passé notamment par Fenerbahçe et décédé en 2019, Aleksandr Okunskyy, est présente pour compléter un groupe abordable pour les « Bleus » sur le papier.

Ibrahim Kutluay, et son numéro 10, a été un des artisans de la bonne campagne turque durant cet Euro (Crédit photo : i.ytimg.com)

Le Groupe B semble toutefois davantage relevé avec le pays hôte porté par tout un peuple. La Turquie s’appuie sur un trio d’attaque avec en fer de lance le tireur à trois points et représentant de son pays en Grèce : Ibrahim Kutluay. Ce dernier qui évoluera pour l’anecdote lors de la saison 2001-2002 au Panathinaïkos sous les ordres de Željko Obradović, après un crochet d’une saison sous les ordres de Dušan Ivković à l’AEK Athènes. Mirsad Türkcan est également de la partie en provenance du Paris Basket Racing ainsi qu’une jeune promesse de 22 ans, évoluant aux « Kings » de Sacramento depuis la saison 2000/2001, Hidayet, dit « Hedo », Türkoğlu. Complétée par deux générations de meneurs de jeu en une forme de passation de pouvoir : Kerem Tunçeri, 22 ans lui aussi, d’Efes Pilsen et l’illustre Orhun Ene, 34 ans, passé par Fenerbahçe, Galatasaray et Ülkerspor. Une légende locale. Ajoutons la tour défensive de 2m11, Hüseyin Beşok, 26 ans, l’astre Harun Erdenay, 33 ans d’Ülkerspor, capable d’étirer le jeu et létal à trois points. Enfin, pour être complet, les « Rouges et Blancs » peuvent compter sur deux joueurs d’Efes Pilsen avec l’arrière à tout faire, Ömer Onan, 23 ans et un certain Mehmet Okur, 22 ans, qui sera drafté par les Pistons en 2002.  Toute cette bande est drivée par le monument du coaching local, Aydın Örs, entraîneur emblématique d’Efes Pilsen.

Felipe Reyes et l’Espagne ont pu compter sur l’apport de Pau Gasol, 21 ans (Crédit photo : http://www.feb.es)

Face aux Turcs prêts à en découdre, l’Espagne du sélectionneur Javier Imbroda présente une nouvelle génération dorée qui s’appuie sur /Pau Gasol, 21 ans, du FC Barcelone, en partance pour la NBA aux Memphis Grizzlies. Son compère catalan, la « Bomba » du Barça, Juan Carlos Navarro, 22 ans, les frères Reyes, Felipe de l’Estudiantes Madrid, 22 ans et Alfonso, 31 ans, ancien du Racing PSG lors de la saison 1997/1998. Notons également la présence du meneur du Real Madrid, Raül López, 21 ans, futur « Jazz », l’ailier fort et homme à tout faire du Benetton Treviso, Jorge Garbajosa, 23 ans et les anciens, Carlos Jiménez de l’Estudiantes également et Lucio Angulo du Real Madrid. Enfin, l’équipe est complétée par un naturalisé qui fera la majorité de sa carrière en Espagne, à une époque où l’arrivée de joueurs de ce type était à la marge, Chuck Kornegay, 26 ans. Celui-ci a l’avantage de pouvoir se décaler en pivot et évolue à l’Unicaja Malaga.

Les deux autres équipes de ce groupe, la Lettonie et la Slovénie, comptent dans leurs rangs quelques joueurs intéressants et capables de faire déjouer leurs adversaires. Pour les Baltes, citons Roberts Štelmahers, le musculeux pivot Kaspars Kambala, qui finira sa carrière en tant que… boxeur, évolue « à domicile » puisqu’il porte les couleurs d’Efes Pilsen. Enfin, l’ailier de la JDA Dijon, Ainars Bagatskis est présent également. Côté slovène, ces derniers peuvent compter sur le meneur gaucher Jaka Lakovič, le pivot NBA Rasho Nesterović des Timberwolves, le meneur de l’Olimpija Ljubljana, Beno Udrih, lui aussi futur joueur NBA. Le duo meneur-pivot de la Virtus Bologne avec Sani Bečirovič et Matjaž Smodiš, Marko Milič et ses dunks fracassants du Real Madrid et un américain naturalisé slovène en la personne d’Ariel McDonald qui a remporté l’éphémère concurrente de l’Euroleague, la « Suproleague » avec le Maccabi Tel-Aviv en 2001. Le Groupe C recèle, quant à lui, quelques pépites à même de donner la migraine à n’importe quel entraîneur. Un groupe « fraternel » composé de la Croatie et la République fédérale de Yougoslavie. Une pluie d’étoiles digne de la NBA avec pêle-mêle, côté croate, le meneur d’Efes Pilsen, Damir Mulaomerović, le pivot gaucher, Nikola Prkačin du Cibona Zagreb, son coéquipier et futur « Jazz » Gordan Giriček, le pivot de Split et de l’ASVEL lors de la saison 2001-2002, Nikola Vujčić et l’autre pivot Žan Tabak en provenance des Pacers. Sous la houlette d’Aleksandar Petrović, frère du regretté Dražen.

Tout le monde admire Dirk Nowitzki !! (Crédit photo : i.ytimg.com)

La Yougoslavie n’est pas en reste puisque le sélectionneur Svetislav Pešić, de nouveau à la tête de la sélection, serbe cette fois, en pour l’Euro 2022, s’appuie sur le génial arrière du « Pana », le « cerveau » Dejan Bodiroga. L’actuel coach de l’AS Monaco, le meneur Saša Obradović, triple médaillé (deux fois en or et une fois en bronze) est là ainsi que deux gâchettes de feu avec d’un côté, l’arrière Igor Rakočević qui évolue à Budućnost, dans le futur Monténégro et, de l’autre, l’ailier Peja Stojaković des « Kings ». Deux tireurs d’élites à même de s’enflammer… Ajoutons l’arrière de la Virtus, Marko Jarić, les arrières et pivots d’Efes Pilsen, Vlado Šćepanović et Predrag Drobnjak, domiciliés en Turquie. Les pivots de l’Olympiakos, en Grèce, Dragan Tarlać et celui de Budućnost, Dejan Tomašević. Enfin, la présence de l’ailier à tout faire, Milan Gurović permet de mettre un peu de folie dans cet ensemble aussi instable que dangereux sur le terrain. Face aux Balkans, l’Allemagne du coach finlandais Henrik Dettmann peut compter sur le fils… Pešić, Marko, qui va défier son père Svetislav, le regretté ailier Ademola Okulaja, décédé en 2022, le pivot de « l’Oly », Patrick Femerling, le meneur d’origine turc, Mithat Demirel et deux « Mavs » avec le géant (2m29) Shawn Bradley et son coéquipier de Dallas, un certain Dirk Nowitzki. Ce dernier, à 23 ans va illuminer de sa présence cet Euro tant son talent déborde. La dernière équipe étant l’Estonie de l’ailier fort de l’AEK, Martin Müürsepp qui va tenter de faire bonne figure vu le pedigree en face.

La fameuse salle Abdi İpekçi (Crédit photo : ensonhaber.com)

Enfin, le dernier groupe, le D, comprend le Champion d’Europe en titre, l’Italie avec le pivot longiligne Gregor Fučka, l’autre pivot du Montespaschi Siena Roberto Chiacig, le meneur de la Fortitudo Bologna, Gianluca Basile et l’arrière Andrea Meneghin, fils du grand Dino. Le tout, sous la férule de Bogdan Tanjević. Pour la petite histoire, « Boša » vient avec l’Italie dans le pays dont il glanera d’ici d’une dizaine d’année la nationalité et une médaille d’argent dans le Championnat du monde d’Istanbul, en 2010 lors d’une finale perdue face aux Etats-Unis de Kevin Durant. Ceci étant dit et « spoilé », les Italiens vont devoir affronter la rugueuse Russie des frères Pashutin (Zakhar et Evgeniy), le géant (2m18) Aleksey Savrasenko, l’arrière du CSKA Igor Kudelin, l’autre arrière Sergei Panov le pivot Nikita Morgunov et l’ailier du CSKA Moscou et ses cheveux en brosse, un certain Andrei Kirilenko, 20 ans seulement. Ainsi que la Bosnie-Herzégovine de l’arrière Damir Mršić (qui prendra la nationalité turque sous le patronyme de Demir Kaan, deux ans plus tard), l’ailier Haris Mujezinović et l’arrière et actuel coach de la JDA Dijon, Nenad Marković. Cependant, l’adversaire le plus coriace sur le papier semble être la Grèce, comme toujours, avec quelques valeurs sûres telles que le pivot du Barca, Efthimios Rentzias, le capitaine, ailier et légende du « Pana », Fragiskos Alvertis, l’illustre arrière de l’Olympiakos et du PAOK, Giorgos Sigalas. Sans compter, les cinq « Mousquetaires » amenés à prendre les rênes de la sélection quelques années plus tard : Antonis Fotsis, 20 ans, Lazaros Papadopoulos, 21 ans, Nikos Chatzivrettas et Dimos Dikoudis, 24 ans ainsi qu’un meneur de grand talent, Theodoros Papaloukas, 24 ans également. Ces cinq hommes précipiteront en 2006 la défaite des États-Unis lors du Championnat du monde au Japon. En attendant, en 2001, ce groupe D est assez homogène et promet également quelques belles joutes.

PREMIER TOUR ET ECREMAGE DE… FAVORIS

On le dit souvent mais, sur un format de trois rencontres, il faut tout de suite rentrer dans le vif du sujet. Sous peine de se retrouver en difficultés, ce qui a été le cas pour de nombreuses équipes dans un format ne laissant que peu de place à la chance. En effet, cette édition de l’Euro 2001 à la particularité de voir les seconds et troisièmes de chaque groupe s’affronter dans une sorte de second tour dès la fin de la première phase de qualifications. Ce qui signifie que chaque pays est potentiellement concerné par ce barrage déguisé… Car, hormis la Yougoslavie de Bodiroga qui a remporté ses trois rencontres sans coup férir, toutes les autres équipes qualifiées l’ont été avec deux victoires et une défaite. Mention au groupe D, avec la Russie, l’Italie et la Grèce qui ont eu deux victoires et une défaite. Dans le Groupe A, les premières rencontres de l’Équipe de France ont eu un goût étrange. Après avoir battu Israël en prolongations -77-71), les « Bleus » sont tombés face à l’Ukraine d’un Okunskyy en feu, avec 28 points marqués. Bilan, défaite de la France, 89-86. Malgré tout, les coéquipiers d’un grand Stéphane Risacher (18 points) et d’un utile Laurent Sciarra en arrière-plan (8 rebonds et 8 passes décisives) ont trouvé les ressources pour battre la Lituanie (76-65) et se qualifier au second tour en terminant premiers de leur groupe… dans la douleur. Dans le Groupe B, même combat pour la Turquie, vainqueur dans la douleur, là aussi, de l’accrocheuse Lettonie malgré un grand Bagatskis (21 points) et un solide Kambala aux rebonds (11) mais Kutluay (20 points) et Türkcan (9 rebonds et 5 offrandes) remportent finalement la mise 85-82. Avant de tomber lourdement face à la Slovénie (71-57) de Nesterović (20 points) et battre de belle manière l’Espagne (84-79) derrière un Ibrahim Kutluay de gala avec 35 points dans la besace pour le gominé turc. En comptant les 19 marqués contre la Slovénie, l’arrière turc est le grand bonhomme de ce premier tour côté turc. Chez les Espagnols, pas de panique néanmoins puisque Navarro et Gasol commencent à s’échauffer doucement mais sûrement. Le Groupe C a donc été celui où le suspense a été le plus rare puisque les hommes de Pešić ont survolé les débats avec un Peja Stojaković en forme de bout en bout. 21 points contre la Croatie à l’entrée, 21 autres contre l’Estonie en plat de résistance et 22 au dessert face à l’Allemagne. Une équipe allemande qui a finalement réussi à prendre le dessus sur les Croates grâce à sa victoire bonifiée dans cette rencontre à ne pas perdre (98-88), derrière 31 points du « Wunderkind » Dirk Nowitzki. Enfin, dans le Groupe D, au point-average, la Russie termine première devant l’Italie et la Grèce avec, là encore, un Kirilenko au diapason (26 points face à la Bosnie et 16 face à l’Italie malgré la défaite, 64-58).

Predrag Stojaković n’a peur de personne (Crédit photo : Predrag Stojaković)

Résultat des courses après ce premier tour, quatre rencontres de la peur vont se jouer tandis que la France, la Turquie, la RF de Yougoslavie et la Russie peuvent se reposer et voir leurs adversaires se fatiguer ou prendre du volume, au choix. Disons-le clairement, de Lituanie-Lettonie, d’Espagne-Israël, d’Italie-Croatie et d’Allemagne-Grèce, les favoris étaient clairement établis dès le départ. Seulement, la magie du basket opère dans cette édition et permet à la Lettonie derrière leur duo magique Bagatskis (25 points) et Kambala (11 rebonds) de l’emporter face à leur voisin balte, groggy. Grande et belle victoire pour les Lettons, 94-76 face à des Lituaniens dépassés et inhabituellement impuissants. La seconde rencontre entre l’Italie et la Croatie voit, là encore, les (légers) favoris italiens être battus par la Croatie, 65-57 avec 14 points de l’arrière de Malaga, Veljko Mršić. Au revoir, donc, les Champions en titres de 1999. Dans les deux dernières rencontres, l’Allemagne surprend la Grèce, 80-75, derrière un Nowitzki de gala, au four (25 points) et au moulin (15 rebonds). Les Grecs étant éliminés malgré un Sigalas des grands soirs mais trop seul malgré ses 23 points. Finalement, de ce deuxième tour à pièges, seule l’Espagne s’en sort mais, là aussi, avec de grandes difficultés. En effet, les coéquipiers de Navarro n’ont eu leur salut que grâce à un Alfonso Reyes royal avec 16 points et 11 rebonds. Bilan, victoire étriquée sur le score de 71-67 face à des Israéliens qui n’ont pas démérité mais qui s’inclinent. Ce deuxième tour a donc vu trois favoris (Lituanie, Italie et Grèce) rentrer chez eux plus tôt que prévu. Ce qui démontre la densité de cet Euro et que tout reste à faire pour toucher le Graal. Les quarts de finale, dans la mythique salle d’Efes Pilsen, Abdi İpekçi, du nom d’un grand journaliste turc et aujourd’hui détruite, promettent de valoir leur pesant d’or avec quatre affiches : Turquie-Croatie, France-Allemagne, RF Yougoslavie-Lettonie et Russie-Espagne.

Pau Gasol a tout fait pour gagner pour la Yougoslavie de Peja Stojaković (Crédit photo : editorial01.shutterstock.com)

TURQUIE « ON FIRE », YOUGOSLAVIE EN MISSION COMMANDÉE, NOWITZKI EN MUTATION

Une nouvelle fois, les rencontres de ces quarts de finales donnent toute la pleine mesure du talent et de la densité présente à Istanbul. Dès le début, avec ce Turquie-Croatie dans la touffeur de l’arène de Zeytinburnu, Turcs et Croates se livrent une bataille dantesque. Un face-à-face qui voit, dans un premier temps, la Croatie prendre les devants à la mi-temps en menant 44-28 à la pause. Inutile de dire que les supporteurs turcs n’en mènent pas large devant à un tel score à rattraper. Pourtant, au retour des vestiaires, la magie opère et les Turcs trouvent les ressources de revenir. Grâce à l’expérience de ces moments du Aydın Örs qui en a vu d’autres, la Turquie refait son retard et pousse la Croatie en prolongations, 73-73. Derrière un quatuor composé de Türkoğlu (16 points), Kutluay (16 également) et un Mehmet Okur des grands soirs (16 points, lui aussi). Mais surtout, grâce à l’apport sur tout le terrain d’un Mirsad Türkcan (double-double avec 20 points et 14 rebonds) transcendé dans sa salle et auteur notamment d’un contre sur Damir Mulaomerović à 19 secondes de la fin de la prolongation. Sans compter la captation, les yeux révulsés d’un rebond ô combien important à cinq secondes de la fin du match après deux ratés à trois points de Gordan Giriček. C’est encore Türkcan qui marque un lancer-franc (primordial) sur deux qui qualifie les Turcs en demi-finale de leur Euro, 87-85. Mulaomerović, 22 points et Giriček, 28, auront tout donné, en vain. Après cette demi-finale plus que serrée, le second quart offre une rencontre à sens unique dès le premier quart-temps entre la Yougoslavie et la Lettonie. 37-13 après 10 minutes et une victoire aisée, 114-78, des coéquipiers de Bodiroga, derrière Stojaković et ses 29 points.

La fin est connue, Bodiroga en sort toujours vainqueur (Crédit photo : fibamaniac.com)

Les deux autres quarts mettant aux prises la France et l’Allemagne tout d’abord voit cette dernière prendre le dessus sur nos « Bleus », 81-77 derrière un stratosphérique Dirk Nowitzki. 32 points pour l’Allemand malgré un grand Laurent Foirest derrière ses 23 points. Mais l’Allemagne joue mieux le coup et peut s’appuyer sur un génie en devenir et élimine l’Équipe de France sur un dernier tir à trois points ratés de Laurent Sciarra. Enfin, dans la dernière rencontre, Alfonso Reyes et les siens viennent à bout de la Russie, 62-55, avec une belle accélération ibérique à la fin du dernier quart-temps qui leur permet d’éliminer les Russes. Ces rencontres terminées, les demi-finales semblent ouvertes dans le haut du tableau, entre une Turquie en mission chez elle et de surprenants Allemands, bien regroupés derrière leur ailier fort et numéro 14 blond. Dans l’autre demi cependant, plus d’incertitudes avec Yougoslavie qui voit se dresser face à elle une Espagne toujours très dangereuse. Disons-le tout de suite, les Turcs aiment suer sang et haut puisque cette demi-finale est un copié-collé du quart de final face à la Croatie. Pas tant sur l’évolution du score en lui-même qui a été largement moins catastrophique, chacun équipe ayant « remporté » deux quarts temps que dans le score final : 70-70 à la fin du temps réglementaire avec une nouvelle prolongation à la clé. Durant cette partie, surtout en fin de match, les Turcs vont littéralement travailler au corps Nowitzki en lui envoyant leur banc et arrière banc sur lui. Tour à tour, Haluk Yıldırım, Asım Pars et Kaya Peker vont aller le défier jusqu’à provoquer son exclusion de la rencontre pour cinq fautes à 40 secondes de la prolongation. A 77 partout et un raté de Femerling au lancer-France (1 sur 2), dans une étuve, c’est finalement Türkoğlu qui finit le job en marquant à cinq secondes de la fin de prolongation pour envoyer les Turcs en finale. Pour la première fois de son histoire grâce à une belle performance pour Kutluay avec 24 points et Türkoğlu, 23 points ainsi que 11 rebonds pour le pivot d’Efes, Hüseyin Beşok.

Les Turcs sont heureux (Crédit photo : images.eurohoops.net)

Nowitzki, bloqué à 22 points, mention spéciale pour le « double-double » d’Ademola Okulaja avec ses 18 points et 17 rebonds et 17 points de Marko Pešić. Après cette belle demi-finale, les yeux sont donc tournés vers le choc entre la République fédérale de Yougoslavie d’une part et l’Espagne de l’autre. Une rencontre plaisante et au corps à corps durant deux quarts temps qui voient même la Yougoslavie être menée au score (21-18 à la fin du premier Q.T.). Mais l’expérience, la profondeur de banc et la qualité d’un groupe arrivé à maturation font le reste. Petit à petit, l’Espagne est broyée et ne parvient à trouver les solutions face à Peja Stojaković (30 points), Bodiroga (15 points), bien aidés par Marko Jarić (4 passes décisives.) et le pivot Predrag Drobnjak (13 points).  En face, un certain Pau Gasol se révèle à la face du monde avec 22 points et 11 rebonds pour ce qui des prémices de sa domination en sélection avec son pays. Mais cela ne suffit pas pour le moment et la finale se nomme donc : Turquie-RF Yougoslavie. Un outsider qui n’a rien à perdre à domicile face à l’archi-favori de la compétition en mode rouleau-compresseur.

FINALE SOUS TENSION, BODIROGA A LA MANŒUVRE, NOUVELLE GENERATION ÉMERGENTE ET FIN D’UN MONDE

Après avoir vu, dans un premier temps, l’Espagne venir à bout de l’Allemagne sur le score de 99-90, avec des performances de haut vol de Dirk Nowitzki, 43 points (sur les 90 de son équipe !!) et 15 rebonds face à Pau Gasol et ses 31 points et 10 rebonds, cette finale Turquie-RF Yougoslavie veut tenir toutes ses promesses. Et cela commence sur les chapeaux de roue puisque la Turquie prend les devants au score dès les 10 premières minutes. 22-15, avec un public acquis à sa cause et des joueurs yougoslaves conspués à chaque prise de balle. Hélas pour les coéquipiers de Türkcan, Bodiroga et les siens sont en mission et ne veulent pas absolument pas se laisser compter. Habitués aux ambiances hostiles et après avoir refait leur retard, la rencontre s’équilibre durant les trois premiers quarts temps. 58-57 pour les Yougoslaves avant que ces derniers, bien emmenés par un Vlado Šćepanović létal prennent le dessus durant le quatrième quart. Face à l’armada des Balkans, Kutluay (16 points), Türkoğlu (13 points) et consorts laissent peu à peu la Yougoslavie jouer à leur rythme. Pas du tout stressés par le bruit infernal, quand on connaît les derbys Partizan-Etoile Rouge de Belgrade, les hommes de Svetislav Pešić sortent de l’ornière et obtiennent le trophée pour lequel ils étaient venus à Istanbul. Bilan, victoire 78-69 face à des Turcs valeureux mais limités en quantité et qualité et qui avaient également deux prolongations intenses dans les jambes. Face à un génie de la trempe de Dejan Bodiroga à la manœuvre en attaque (18 points), deuxième meilleur marqueur derrière Vlado Šćepanović (19 points), le régional de l’étape avec Efes Pilsen, et dans les rebonds avec 7 pour le numéro 4 yougoslave.

Dejan Bodiroga vs Hedo Türkoğlu, une finale de rêve? (Crédit photo : Basket Retro)

Une finale qui a tenue toutes ses promesses mais a surtout permis de voir à l’œuvre de nombreux « pistoleros » amenés à être les leaders de leurs sélections respectives. Tout en ayant un parcours à souligner au sein de la meilleur Ligue du monde, la NBA. Qu’il soit Allemand donc avec Nowitzki qui deviendra Champion NBA en 2011 avec Dallas Mavericks. Russe avec Kirilenko, 12 ans en NBA dont 10 dans la franchise des Utah Jazz. Espagnol, avec Pau Gasol, double Champion NBA (2009 et 2010) avec les Los Angeles Lakers de feu Kobe Bryant et presque 20 ans de présence dans la Ligue américaine. Turc avec Hedo Türkoğlu, aujourd’hui président de la Fédération turque de basket, 15 ans de présence en NBA notamment aux Orlando Magic avec Dwight Howard comme coéquipier. Lituanien, même si sa carrière en NBA est moins reconnue que les autres, avec Šarūnas Jasikevičius, aujourd’hui coach à Barcelone qui décrochera le titre européen deux ans plus tard avec sa sélection en Suède, lors de l’Eurobasket 2003. Yougoslave puis Serbe avec Peja Stojaković, Champion NBA lui aussi avec Dallas en 2011. Ou encore Français, même s’il a eu peu de temps de jeu et peu l’occasion de se mettre en valeur, lors de cette édition 2001, avec Tony Parker et son numéro 6 qui se transformera en 9, aussi bien en sélection qu’avec les San Antonio Spurs. Ce dernier sera quatre fois Champion NBA (2003, 2005, 2007 et 2014) et aura 20 ans de présence dans la Ligue US. On peut inclure dans cette liste Europe-NBA, le Grec Theo Papaloukas, double vainqueur de l’Euroleague avec le CSKA Moscou en 2006 et 2008 ou encore le Turc Mehmet Okur, Champion NBA avec les Detroit Pistons en 2004. Juan Carlos Navarro, 21 ans de carrière dont 20 au Barca voire le Croate Gordan Giriček, presque dix ans en NBA, notamment à Utah. Tous vont prendre en main les destinées de leurs sélections et montrer que les Européens peuvent regarder droit dans les yeux les Américains, aussi bien sur leur propre sol en NBA que dans les grandes compétitions internationales, notamment Olympiques. Dès lors, cet Eurobasket 2001 a été l’occasion de voir s’accélérer les mutations d’un monde changeant et de plus en plus globalisé. Ce même 9 septembre 2001, à des milliers de kilomètres, en Afghanistan, le Commandant Massoud est assassiné dans un attentat suicide. Prélude au basculement d’un monde à l’autre, deux jours plus tard, avec les attentats du 11 septembre 2001, aux États-Unis.

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About Volkan Ozkanal (22 Articles)
Fan de basket européen, d'Anadolu Efes, de Fenerbahçe du KK Partizan Belgrade et du CSKA Moscou, je voue un culte à l'immense Željko Obradović ainsi qu'à Petar Naumoski, grâce à qui j'ai appris à aimer la balle orange. Passionné également d'histoire, j'essaye de transmettre ma passion à travers Basket Retro.

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