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[Portrait] Dražen Petrović, une vie de basket en Opéra-Rock

Portrait

Montage Une : Aurélien Sohard pour Basket Rétro

Le 22 octobre 2021, Dražen Petrović aurait eu 57 ans. Décédé dans un tragique accident de voiture en Allemagne en juin 1993, le prodige croate, natif d’ex-Yougoslavie, a pourtant réussi sa mission au-delà de ses espérances : mettre son pays sur la carte du basket et être un modèle pour toute une génération de joueurs européens.

MUSIQUE ET ŠIBENIK POUR UN GÉNIE PRÉCOCE

Il y a un peu plus de 10 ans, une comédie musicale triomphait dans les salles de spectacles. Sous le nom de « Mozart, l’opéra-rock », des musiciens et chanteurs reprenaient et arrangeaient le répertoire et la rivalité du génie autrichien face son éternel rival italien, Antonio Sallieri sous les dorures pop-rock. En prenant pour modèle donc le génie de la musique classique dont les partitions sont toujours d’actualité et la musique aussi douce qu’apaisante. Une bien belle idée et qui peut également inspirer d’autres musiciens, pourquoi pas, sur la thématique du basket avec « l’autre Mozart ». Celui dont le génie de la balle orange a fait pâmer de joie tout un peuple. Celui dont les statistiques, encore aujourd’hui, démontrent toute la qualité de son jeu et la voracité de son basket. Celui encore qui, malgré les années et la litanie de stars qui a émergé reste toujours en bonne place dans le hit-parade des joueurs ayant marqué leur génération.  

Dražen Petrović sous le maillot des Nets (Crédit photo : Basket USA)

Dražen Petrović. Son nom résume à lui seul un authentique féru de son sport, arrière de son état mais meneur visionnaire et dont la rage de vaincre a mené vers les plus hauts sommets ses équipes. Un des joueurs les plus marquants des années 80-90 que ce soit dans ses clubs ou en équipes nationales. Un des premiers européens à avoir eu l’audace d’aller en NBA non pas pour réchauffer le banc mais pour obtenir une place de titulaire à une époque où la plupart des natifs du Vieux continent avaient la satisfaction d’être là. Un homme avec des convictions politiques et géopolitiques également qui n’a jamais reculé pour faire admettre l’existence de la future Croatie indépendante, même en compétition notamment avec la célèbre affaire du drapeau croate jeté par son futur ex-ami et compatriote le (Serbe) Vlade Divac lors du Championnat du monde remporté en Argentine par la Yougoslavie en 1990. Des convictions qui amèneront les deux hommes jusqu’à une cassure fatale, comme l’avait si bien expliqué le documentaire « Once Brothers ».

Dražen Petrović avec le Cibona, avec sa spéciale : la langue tirée (Crédit photo : lagrosseballeorange.com)

Dès lors, en cette semaine qui aurait marqué une nouvelle année pour Petrović, le basket est orphelin d’un joueur mythique aussi bien sur le terrain qu’en dehors de celui-ci. Il y a donc 28 ans, à l’âge de 28 ans que le Croate a quitté cette vie mais, à l’instar de Mozart en musique, le Mozart de l’Adriatique est toujours présent parmi les siens. De son arrivée sous le giron du professionnalisme au sein du club de sa ville natale, Šibenik (également la ville de naissance de Dario Šarić, ailier passé par l’Anadolu Efes, les 76ers de Philadelphie et par les Suns et dont le père Predrag a évolué avec Petrović et de Goran Višnjić aka « Docteur Kovac » dans la série « Urgences »), située au sud de la Croatie entre Zadar au nord et Split au sud, à son départ pour la NBA, tout est allé vite pour Dražen Petrović. Quatre saisons entre 1979 et 1983 (de ses 15 ans à ses 19 ans) dans un club dont les meilleures heures de gloires se résument à l’éclosion d’un Petrović prenant de l’envergure. Au sein d’un Championnat yougoslave qui, à l’époque, dominait bon nombre de compétitions européennes, pas facile de se faire une place au soleil. Avec des clubs tels que le Partizan de Belgrade, l’Etoile Rouge de la même ville, le Zadar, le Cibona Zagreb et l’ex-Jugoplastika des Toni Kukoč et Dino Radja. Sans compter le Bosna, Budućnost et l’Olimpija de Ljubljana. Un beau ramassé de joueurs en devenir, de pépites et de légendes locales, cornaquées des entraîneurs de génie à travers les années (Dušan Ivković, Svetislav Pešić, Božidar Maljković ou Bogdan Tanjević). Voilà donc l’ambiance pour Dražen Petrović et les siens, entourés d’une culture basket jamais démentie. Mais le propre des génies est de surmonter ces difficultés et le futur madrilène ne va pas s’embarrasser de respect pour un jeune homme qui n’a même pas 20 ans.

Si en championnat, Šibenik a maille à partir avec les gros de Belgrade ou Zagreb, le jeune Dražen commence à se faire les dents notamment lors de sa dernière saison en 1982/1983. A la clé, deux finales perdues mais deux compétitions qui annoncent l’arrivée au plus haut rang de Petrović le génie. Une finale de championnat yougoslave perdue face au Bosna d’Emir Mutapčić. Mais surtout, une défaite concédée face au CSP Limoges de Richard Dacoury, Hugues Occansey, Jean-Michel Sénégal et d’un certain… Eddy Murphy en finale de la Coupe Koraç en 1983 après celle de 1982 également perdue par Šibenik et Petrović sur un score sensiblement équivalent : 94-86 en 1983 et 90-84 en 1982 malgré la présence de ses acolytes et pères de futurs internationaux croate et serbe : Predrag Šarić (père de Dario) et Srećko Jarić (celui de Marko). Qu’à cela ne tienne, après le scandale de la finale du championnat yougoslave qui voit le club de Bosna remporter le titre sur une décision litigieuse, Petrović décide de plier bagages et d’aller vers un club plus huppé et plus à même de lui apporter satisfaction. Toujours au sein de la future Croatie mais direction la capitale de son basket : Zagreb.

LES PLUS BELLES PARTITIONS DU CIBONA ZAGREB, UNE TOURNÉE A MADRID ET CONQUÊTE DE LA SCÈNE NBA

A 19 ans, un jeune adulte ne sait pas trop de quoi sera fait son avenir et s’interroge souvent sur la suite à donner à sa vie étudiante et professionnelle. Seulement, lorsque les Dieux du basket ont donné des mains de fée à un joueur, celui-ci se pose résolument la question de trouver le bon club pour poursuivre sa quête du Graal. Dražen Petrović, lui, va au-delà de ces considérations et signe au sein du Cibona, une des références du basket des Balkans. Accompagné de son frère aîné de cinq ans, Aleksandar Petrović, meneur de son état, de l’ailier fort Zoran Čutura et de deux futurs pères de joueurs, décidemment, l’ailier Ivo Nakić (père de Mario) et de Franjo Arapović, pivot (père de Marko), le Cibona va tout renverser sur son passage. Saison 1984/1985, Champion de Yougoslavie, après une saison régulière à seulement trois défaites, et une finale remportée 2-1 face à l’Etoile Rouge. Mais surtout, Champion d’Europe face au grand Real Madrid 87-78 dont 36 points rien que pour Petrović. Couplé à une Coupe de Yougoslavie, c’est un triplé que réalise le jeune Drazen et le Cibona, bien content d’avoir recueilli la pépite qui confirme son statut de future star. La saison 1985/1986 est du même tonneau avec une nouvelle finale face à un de ses plus grands rivaux sur la scène continentale : Arvydas Sabonis et son Zalgiris Kaunas, période soviétique. Là encore, une victoire des Yougoslaves 94-82 et un second titre d’affilée malgré le match monstrueux de Sabonis : 27 points et 14 rebonds. Pour Dražen Petrović, en revanche, la suite d’une nouvelle moisson de trophées avec Zagreb car, outre ces deux titres d’Euroleague, il remporte une Coupe Saporta face aux Italiens du Scavolini Pesaro en 1987 (89-74) en étant le meilleur marqueur de la rencontre (28 points pour Dražen et 18 pour son frère Aleksandar) et toute une pelletée de titres individuels aussi bien en basket qu’en tant que digne représentant de la Yougoslavie triomphante. Malgré tout, petite pointe de déception pour Petrović car, à part son premier titre en 1985, le Cibona, malgré des saisons régulières hors normes (0 défaite lors de la saison 1986/1987 et une seule en 1985/1986), le club de la capitale croate se fait coiffer au poteau. A chaque fois par les deux ténors de Belgrade : le Partizan et l’Etoile Rouge.

Qu’à cela ne tienne, l’essentiel est désormais ailleurs pour Petrović. Quatre saisons de gloire et mise en marche de sa légende dans les Balkans, c’est bien, mais la crème des crèmes, c’est mieux. Qui dit crème du basket pense forcément à la « Maison blanche », capitale de l’Espagne et habituée à tout gagner. Une culture de la gagne perceptible à travers les stars signées et les titres remportées. Une entité idéale pour peaufiner ses talents de soliste au sein d’un des plus grands clubs au monde : le Real Madrid. Le départ est acté lors de la saison 1988/1989 pour ce qui restera comme la seule étape de Petrović en carrière. Après quatre saisons à Šibenik, quatre à Zagreb et avant deux fois deux en NBA, Madrid est donc l’intermède idéal. A une époque où les joueurs yougoslaves usaient de toutes les ficelles pour partir exercer leurs talents, le nom du Real n’a donc pas dû être étranger à ce départ. En Espagne, Petrović reprend dès lors ses bonnes vieilles habitudes aussi bien en individuel : meilleur marqueur en Coupe du Roi et en Championnat (28 points de moyenne). Victoires en Coupe d’Espagne et surtout en Coupe Saporta pour son deuxième trophée et en prime un titre, là encore, de meilleur marqueur en finale. Le score ? 117-113 contre les Italiens de Caserta. Le score de Dražen ? 62 points… Oui, oui, 62 points en finale d’une Coupe d’Europe pour le feu follet yougoslave en mission ce soir-là, à Athènes. Plus de la moitié des points de son équipe, ce qui démontre, s’il en est, que le futur Croate était non seulement un artiste né mais qu’en plus, son talent était totalement dédié à son sport.

Au sein d’une équipe, dirigée par Lolo Sainz, un des coachs mythiques espagnol, composée notamment par l’arrière soviético-espagnol José Biriukov, du pivot Antonio Martín Espina, d’Enrique Villalobos qui finira sa carrière de joueur en France, à Cholet et Antibes, de la légende madrilène, le pivot Fernando Romay (près de 20 ans au club) et du regretté pivot, frère d’Antonio, Fernando Martín Espina. Décédé en 1989 dans un accident de voiture également à l’âge de 27 ans et dont la carrière suit étrangement celle de son coéquipier Dražen Petrović : entre Madrid, Portland et les Nets pour un des joueurs espagnols phare de sa génération drafté par les Nets donc. Malgré ces tragédies, la naissance de la légende de Dražen Petrović dépasse les frontières et arrive donc l’heure de quitter définitivement l’Europe du basket de club en 1989. Une année charnière pour le Vieux continent entre la Chute du Mur de Berlin, la fin de l’URSS et le début de la dislocation sanglante de la Yougoslavie. Comme si le départ de Petrović était intimement lié aux soubresauts de l’Histoire, son histoire.

DE L’OREGON AU NEW JERSEY, ENTRE SOIF DE SUCCÈS ET DECEPTIONS CACHÉES

La saison 1989/1990 permet donc à Petrović de traverser l’Atlantique et d’aller se mesurer auprès des plus grands joueurs de la Ligue américaine. Direction l’Oregon en compagnie du meneur Terry Porter, des pivots Clifford Robinson, Wayne Cooper et Kevin Duckworth et surtout du combo arrière-ailier, futur médaillé olympique en 1992, un certain Clyde Drexler et du meneur Danny Young. Une équipe dans laquelle Dražen Petrović, et son numéro 44 et en raison, en sa qualité de « Rookie » ne va avoir aucune prise sur son destin américain. Bilan de cette première saison, pour le Yougoslave : 77 parties disputées et 7,6 points de moyenne inscrits. Dans une équipe qui finit cette saison troisième de sa conférence et joue en finale face aux Detroit Pistons de Joe Dumars, Dennis Rodman et Isiah Thomas (défaite 4-1). Un sentiment de frustration et un manque de considération que Petrović ne digère pas, lui qui, pour la première fois de sa carrière a le sentiment de ne pas être reconnu à sa juste valeur. Un sentiment diffus de rage, d’incompréhension et de barrière tactique pour un joueur habitué à être mis en lumière mais qui ne parvient pas à se mettre en avant. Dès lors, la saison suivante est du même acabit avec, en plus, l’arrivé de Danny Ainge à son poste. Ce qui va avoir pour conséquence directe d’affecter encore plus Petrović, son temps de jeu et sa visibilité. Résultat, 18 petites rencontres, 4 points de moyenne et un statut de plus en plus précaire. Le chemin de croix pour un talent hors norme mais qui n’arrive pas à se faire aux « process » NBA.

Sur la cote Est, le Croate a trouvé l’équipe idoine (Crédit photo : sportbusinessmag.com)

Heureusement pour Dražen Petrović, son salut intervient lors d’un échange que seul la NBA peut faire, en janvier 1991, ce qui a pour conséquence d’envoyer l’arrière au New Jersey, aux Nets. Dans une équipe 100% américaine, Dražen Petrović, le futur néo-croate depuis que Zagreb a proclamé son indépendance de Belgrade en juin 1991, une année charnière pour le joueur, découvre une équipe à sa mesure. Pas de grandes stars et un coéquipier qui était déjà avec lui à Portland, le pivot Sam Bowie. Surtout, Petrović, désormais âgé de 26 ans (re)-découvre le plaisir de jouer et réussit une bonne demi-saison. 43 rencontres disputées et 12,5 points de moyenne. Ce qui augmente considérablement, dès lors, sa confiance en lui, et sa capacité de travail. La suite est à l’avenant pour les Nets et le numéro 3 de Petrović avec deux grosses saisons personnelles pour le Croate. 82 rencontres jouées lors de la saison 1991/1992 et 70 la suivante, en 1992/1993 avec, respectivement, 20 et 22 points de moyenne. Le natif de Šibenik permet surtout à son équipe de se qualifier pour les play-offs avec une belle sixième place de la Conférence Est (40 victoires et 42 défaites) en 1992 et de nouveau une seconde sixième place avec trois victoires de plus (43 victoires et 39 défaites) en 1993. Malheureusement pour Petrović et les siens, Cleveland se dresse à chaque fois au premier tour des play-offs et les Nets se retrouvent éliminés (3-1 et 3-2 respectivement). Qu’à cela ne tienne, le Croate démontre tout son talent dans une équipe capable de jouer pour lui et dans laquelle il s’épanouit. Dans un environnement également propice aux « showman », Petrović se fond parfaitement dans le moule entre vélocité, shoot en première intention, contentieux avec les adversaires pour ne pas dire « trash-talk » et autres outrances propres à la NBA entre joueurs. Dont le plus grand, lui aussi, le plus fort et le plus compétiteur de la bande, un certain Michael Jordan. Né d’un affrontement en finale des Jeux Olympiques de Barcelone en 1992, la rivalité entre ces deux compétiteurs-nés a donné de beaux moments. Comme la rencontre en mars 1993 entre les Nets et les Bulls qui voient ces derniers l’emporter sur un score… européen : 80-87 avec 16 points pour le « Mozart » Croate et 24 pour « Sa Majesté ». Une belle confirmation du sérieux que suscitait désormais le Petrović dans la Ligue américaine et du respect qu’il inspirait à ses adversaires. Une année 1993 qui, contrairement à son renouveau de 1991 au niveau international (indépendance de son pays) et son arrivée aux nets, est marqué du sceau de la tragédie sur une route allemande près de Munich. Au total, le Croate a joué près de 300 rencontres en NBA (290 parties) pour une moyenne totale de 15,5. Un score honorable malgré les péripéties de Portland et qui aurait pu être, si le destin ne s’en était pas mêlé, davantage couronné de succès que ce soit en termes de jeu, de play-offs ou de « All Star Game » pour lequel Petrović n’avait pas été sélectionné malgré ses statistiques. L’héritage de l’arrière est malgré tout présent en NBA avec l’hommage des Nets et le retrait de son numéro 3.

DE « L’ANCIENNE » YOUGOSLAVIE A LA « NOUVELLE » CROATIE, UN SOLISTE HORS PAIR  

Dražen Petrović a également eu, outre sa carrière glorieuse en clubs, une carrière internationale encore plus importante. Majoritairement pour la Yougoslavie avec deux médailles olympiques en 1984 à Los Angeles (bronze) et à Séoul en 1988 (argent). Une Coupe du monde en Argentine avec la médaille d’or et dont la plupart des personnes retiennent surtout la fameuse « altercation » entre Divac et Petrović. Deux autres médailles en Eurobasket, une de bronze, en Grèce en 1987 et à domicile en 1989 avec l’or remporté. Mais surtout, avec la Croatie, en 1992 aux JO de Barcelone. A l’occasion de l’arrivée dans les Olympiades de la fameuse « Dream Team » américaine de Jordan, Bird, Magic Johnson, Barkley, Malone, Stockton, Ewing, Robinson, Drexler, Mullin et Pippen, première équipe non universitaire envoyée par les Etats-Unis et qui va dominer de la tête et des épaules la compétition. Une des premières occasions surtout de voir à l’œuvre, en mondovision, du basket avec autant de stars sur le parquet. Dès lors, Dražen Petrović est en mission lors de cette compétition. Avec un nouveau pays, un nouveau drapeau mais des coéquipiers déjà connus au sein des différentes sélections yougoslaves. A une époque où son ancien pays se disloque dans le feu et le sang, Petrović et les siens se retrouvent dans le groupe de la mort. En compagnie du Brésil du scoreur de feu, Oscar Schmidt, l’Allemagne du plus américain des Allemands, Detlef Schrempf, l’Espagne de la légende de Badalone, Jordi Villacampa mais surtout des Etats-Unis de Jordan et sa bande de vedettes, un groupe complété par l’Angola.Ungroupe difficile et qui donne la possibilité pour Petrović de se mettre en avant. Accompagnés notamment de Dino Radja des Celtics, de Toni Kukoč, un futur Bulls, de son vieil ami du Cibona, Franjo Arapović, du futur entraîneur de Baskonia notamment Velimir Perasović. Ainsi que des « Européens » Arijan Komazec, du plus mousquetaire des Croates, Aramis Naglić, du pivot Žan Tabak, du meneur Vladan Alanović, du géant Stojko Vranković (2m18) et de Danko Cvjetićanin, la Croatie a fière allure. Et le démontre avec 4 victoires et une défaite logique face aux Américains (103-70) avec 19 points pour l’arrière Petrović face aux 21 points de Jordan. La suite permet aux Croates de se hisser à la seconde place derrière les intouchables américains et d’affronter en quarts de finale l’Australie. Balayée 98-65, cette dernière ne résiste pas aux 25 points de Petrović qui continue de cumuler les points. Face à un ersatz de ce qui reste de l’Union soviétique, la rencontre demeure serrée jusqu’au bout face aux coéquipiers du pivot Alexander Volkov au four et au moulin. Mais la Croatie s’en remet une nouvelle fois à son génie qui leur permet de se sortir de l’ornière « soviético-russe » : 75-74 avec 28 points pour le numéro 4 de Šibenik.

Dražen Petrović sous le maillot croate, porté une année seulement (Crédit photo : basketeurope.com)

L’acmé de la carrière de tout sportif est probablement la finale des Jeux Olympiques et Dražen Petrović ne fait pas exception à la règle. Tout génie a besoin de renforcer sa légende et une finale face à l’ogre américain pour une nation jeune et en quête de respectabilité est l’idéale. Le 6 août 1992, « Mozart » et ses solistes affrontent les Etats-Unis pour la finale du basket olympique. Si la rencontre est quasiment pliée par les Américains dès la première mi-temps (56-42), Dražen Petrović en fait une affaire personnelle. Face au meilleur joueur de l’histoire, l’occasion de se mettre à l’égal de ce modèle de travail est toute trouvée. Bilan de la finale ? Défaite 117-85 pour la Croatie mais une double victoire personnelle pour Petrović. D’abord, montrer au monde du basket et entier le drapeau à damier de la Croatie. Dans une période où les pays des Balkans sont davantage montrés à la télévision en raison de la guerre qui affecte les peuples et les querelles ethniques, la Croatie se met en avant pour une performance sportive de haut vol. La seconde, plus personnelle et que ne doit pas avoir oublié Michael Jordan est le nombre de points marqué par le Croate face à l’Américain : 24 contre 22. Une victoire pour Dražen Petrović et une belle médaille d’argent au cou. Avec probablement l’Euro 1989, c’est la performance la plus aboutie pour Petrović qui y évolua non seulement à domicile (à Zagreb) mais face à des adversaires féroces et difficiles à manœuvrer. La Grèce de Nikos Galis en faisant partie. A la clé, une victoire sans appel (98-77) pour la Yougoslavie. Pour autant, malgré les soubresauts de l’histoire, la capacité de marquer de Dražen Petrović a également été phénoménale au sein de ses diverses sélections. Dans une entité qui regorge de talents, difficile d’avoir la part belle régulièrement. Pourtant, Petrović démontre à chaque fois sa supériorité, son talent et son attraction permanente vers le filet adverse. Une machine à marquer, passer, slalomer et un athlète hors norme qui a marqué toute une jeune génération de (ex)-yougoslaves à travers les décennies. Preuve en est que Dražen Petrović a transcendé les générations. La Croatie qui n’a profité à plein-temps de son talent ne dit pas le contraire, elle qui a payé le prix fort avec le décès de son artiste du ballon orange.

« Aujourd’hui, je veux m’améliorer plus qu’hier, mais moins que demain » L’épitaphe de Dražen Petrović, une leçon de vie (Crédit : euroleague.net)

IMPOSSIBLE DE SUCCÉDER A UN TEL ARTISTE ?

Dès lors, dans cette semaine où l’on se remémore le souvenir de l’un des plus grands joueurs de basket de son époque et de la reprise de la saison de NBA, qui pourrait lui succéder ? Luka Dončić, le phénomène Slovène, ayant évolué au Real Madrid, est souvent cité pour être le successeur de « Mozart ». Cependant, au-delà d’une succession toujours difficile à évaluer par rapport aux époques, Dražen Petrović a permis de casser le plafond de verre entre joueurs européens et américains. De briser l’hégémonie toute puissante des joueurs américains parfois confinant à la suffisance avec leurs cousins d’outre-Atlantique. C’est en quelque sorte un parrain du basket qui a conclu l’émergence du basket européen en NBA, la volonté de s’y accrocher et de réussir coûte que coûte sans pour autant oublier sa sélection. C’est la capacité de travailler d’arrache-pied pour matérialiser ses rêves et mettre en avant sa quête de conquête et de réussite. Dražen Petrović a permis, même indirectement, à Dirk Nowitzki, à Tony Parker, à Pau Gasol et à tant d’autres légendes de croire en ses rêves et que seul le talent ne suffit pas. Mozart était un artiste talentueux et capable de se défier entièrement à sa musique. Petrović l’a tout autant été et c’est pour cela qu’il mérite sur surnom de « Mozart » du basket. Un jour, peut-être, une comédie musicale combinera, qui sait, musique et basket sur une scène mondiale et de là où il est, Dražen Petrović aura la satisfaction que son œuvre est immortelle. Le « Mozart » du basket venu des Balkans au jeu rock’n’roll et à l’intemporalité permanente. Comme celle de son illustre prédécesseur, un certain Wolfgang Amadeus Mozart dont on évoque l’œuvre, même 230 ans après son décès.

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About Volkan Ozkanal (11 Articles)
Fan de basket européen, d'Anadolu Efes, de Fenerbahçe du KK Partizan Belgrade et du CSKA Moscou, je voue un culte à l'immense Željko Obradović ainsi qu'à Petar Naumoski, grâce à qui j'ai appris à aimer la balle orange. Passionné également d'histoire, j'essaye de transmettre ma passion à travers Basket Retro.

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