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De « role player » à mentor incontournable : l’histoire de Mark Bryant

Portrait

Montage Une : Laurent Rullier pour Basket Retro

Cet engagement ne date pas d’hier. Déjà en NCAA, il se donne corps et âme pour son université, celle de son New Jersey natal, Seton Hall University. En témoigne son cursus complet de quatre ans entre 1984 et 1988. Pourtant, il était d’abord réticent à l’idée de rejoindre le programme qu’il trouvait trop proche de chez lui : “Au début de ma dernière année de lycée, je me disais que je ne voulais pas aller à Seton Hall, je ne voulais pas rester à la maison.” Mais désireux de rajouter Bryant dans ses rangs, le coach PJ Carlesimo, lui promet une place centrale dans le projet des Pirates et recrute son frère.

L’intérieur de 2,06 m et 111 kg explose lors de ses deux dernières années avec des moyennes de 17 points et 7 rebonds puis 20 points et 9 rebonds, ce qui lui vaut d’être sélectionné à deux reprises dans la All-Big East team. Mais plus important encore, lors de sa quatrième et ultime saison, il qualifie son équipe pour la toute première March Madness de l’histoire de Seton Hall, en décrochant le 8e seed de la région Ouest.

Au premier tour, les hommes de PJ Carlesimo affrontent l’Université de Texas El Paso (UTEP), 9e seed. Dans le plus grand match de sa vie, Bryant sort une performance majuscule, 30 points, dont six très décisifs lors d’un run de 10-1 en fin de match, pour mener son équipe à la victoire 80-64. Une performance saluée par l’intérieur adverse, Wayne Campbell : “C’est un joueur très rugueux, il a fait un super boulot aujourd’hui.” Malheureusement pour les Pirates, le chemin s’arrête là car au deuxième tour, Arizona, 1er seed (dont Sean Elliott, Steve Kerr, Jud Buechler), se montre sans pitié et fait respecter la hiérarchie en s’imposant largement 84-55. Malgré la défaite, cette campagne est une réussite pour Mark, qui a pu se montrer sur la plus grande scène du basket universitaire.

Avec le départ à la retraite du champion NBA 1977 Maurice Lucas et les 37 ans bien entamés de Caldwell Jones, les Portland Trail Blazers arrivent à la Draft 1988 avec un objectif clair, se renforcer dans la raquette. C’est ainsi qu’avec le 21e choix, ils sélectionnent notre protagoniste. Le début de sa saison rookie commence idéalement, il bénéficie de la confiance de son coach, Mike Schuler, et débute 32 matchs. Mais à mi-saison, Schuler est remercié et remplacé par Rick Adelman. Ce changement marque un tournant, Bryant ne reverra plus le cinq majeur, devancé par le vieillissant Caldwell Jones dans la rotation de son nouveau coach.

À l’intersaison, Jones quitte Portland pour une ultime pige du côté des Spurs, et le natif du New Jersey peut espérer gagner en responsabilité. Mais le front office n’est pas du même avis. Désireux d’entourer sa star Clyde Drexler, les dirigeants recrutent le triple All-Star des Nets, Buck Williams. Toujours pas dans les petits papiers de son coach, Bryant passe même derrière le rookie Clifford Robinson dans la rotation. Seule éclaircie dans la saison 1989-90, une apparition en finale NBA, perdue contre les Pistons (4-1).

Malgré la concurrence, Bryant parvient progressivement à grappiller du temps de jeu, s’installant dans un rôle discret mais utile au sein du collectif. Buck Williams, affirme quelques années plus tard : “Mark faisait marcher l’équipe, sa présence, sa défense, c’était le connecteur ». Il participe à la deuxième tentative des Blazers de remporter le titre, stoppée en 1992 par les Bulls d’un Michael Jordan affamé. Après plusieurs éliminations précoces en playoffs, il quitte finalement la franchise en 1995 pour rejoindre Clyde Drexler, transféré en cours de saison à Houston.

Dans cette équipe double-tenante du titre, Bryant se voit confié de nouvelles responsabilités. Il bat plusieurs records personnels : 22,4 minutes, 8,6 points et 4,9 rebonds par match, ainsi que ses deux records de points en un match (30 et 27) à deux semaines d’intervalle. En playoffs, les Texans butent sur les Sonics au deuxième tour et se font sweeper. Malheureusement pour Bryant, il n’arrivera plus jamais à poser ses bagages durablement dans un vestaire. Après avoir passé ses sept premières années à Portland, il passe les huit suivantes dans neuf franchises différentes. Il prend finalement sa retraite en 2003 après 15 années de bons et loyaux services.

Mais hors de question pour lui de quitter la ligue, il veut partager son expérience avec les générations futures. En 2004, il rejoint les Dallas Mavericks, non pas comme joueur, mais comme assistant coach responsable du développement des jeunes intérieurs. Ses débuts dans le coaching ressemblent à sa fin de carrière, il n’arrive pas à s’installer dans un projet, il reste une saison à Dallas avant de partir à Orlando pour deux saisons. En 2007, il pose ses bagages à Seattle, non loin de l’Oregon où il avait passé ses sept premières années en NBA. Comme un symbole il s’y installe jusqu’en 2019, participant à certaines des plus belles pages de la franchise, avec les finales NBA en 2012 et les batailles répétées contre les Warriors. Kendrick Perkins, joueur d’OKC de 2010 à 2014, s’exprime même en 2021 sur Twitter : “C’est l’un des meilleurs assistants de la ligue”, citant Serge Ibaka, Kevin Durant et Dwight Howard parmi les joueurs marqués par son impact.

Après ce passage fructueux, il rejoint Monty Williams aux Suns jusqu’en 2023, avant de suivre le tacticien à Detroit. À Phoenix, il prend sous son aile Deandre Ayton, 1er choix de la draft 2018. Puis à Detroit, c’est au tour de James Wiseman, 2e choix de la draft 2020, de bénéficier des conseils de l’homme qu’on surnomme désormais the Big Man Savant. Monty Williams déclare alors : “Il est génial avec les intérieurs, il prend le temps, il fonctionne étape par étape et permet aux joueurs d’arriver au niveau qu’ils veulent.”

Aujourd’hui, à 60 ans, aux Knicks, il continue d’exercer dans l’ombre, une place qu’il aura toujours occupée en NBA, mais qu’il aura su éclairer par son amour du basket.

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About Thomas Warwick (3 Articles)
Passionné par le basket dans toutes ses formes. Steve Kerr est la cause de tous mes problèmes.

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