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[Portrait] Sergueï Bazarevich : Silver Moustache

Portrait

Montage Une : Aurélien Sohard pour Basket Rétro

Double médaillé d’argent à l’euro 93 et au mondial 94, membre du meilleur 5 de ce championnat avec Shaquille O’Neal, Shawn Kemp, Reggie Miller et Dino Radja, Sergeï Bazarevich, (1,91m) a mené son équipe à une finale contre la Dream Team, seconde du nom. La magnifique quinzaine canadienne du feu-follet (15,5pts/5,5 passes) lui permettra même de devenir le premier meneur européen à jouer en NBA ainsi que le premier joueur russe (hors Union Soviétique) à fouler les parquets de la grande ligue. Il est aujourd’hui à la tête de l’équipe de la sélection nationale.

Il y a des moustaches cultes. Celle de Freddy Mercury restera à tout jamais dans la légende du rock, comme Sergueï Bazarevich et la sienne auront toujours une place de choix dans l’histoire du basket russe, tant celui qui a été honoré “maître des sports” dans son pays est une icône locale. Mais contrairement au chanteur de Queen, le meneur Russe n’entonna jamais “We are the Champions” avec ses compatriotes, butant régulièrement sur la dernière marche du podium lors des grandes campagnes internationales.

LA DYNAMO DE MOSCOU

Sergueï Valerianovich Bazarevich est né le 16 mars 1965 à Moscou, dans une famille de sportifs. Son père, escrimeur, lui a probablement légué sa faculté à virevolter entre les défense. Mais c’est sa mère Lyudmilla Bazarevich qui lui a transmis la fièvre des parquets. Elle fut multi-titrée avec l’URSS (championne du monde 1967 et quintuple championne d’europe 1962, 1964, 1966, 1969, 1970). 

Enfant, Sergueï suit sa maman dans tous les gymnases et touche ses premiers ballons au club de son quartier de Perovo, à Moscou. Vite repéré grâce à sa vista, son adresse et son sens de la passe, il intègre l’école de basket du grand CSKA. Précoce, le jeune talent vient vite frapper à la porte de l’équipe première du club moscovite et s’entraîne très rapidement avec le groupe professionnel. Il reçoit également à la même période sa première convocation en équipe nationale junior, où il côtoie certains futurs champions olympiques de Séoul tel que Tiit Sock ou Sarunas Marciulionis – autre légende à moustache –  futur complice du Run TMC des Warriors et père du dévastateur Eurostep.

En 1983, Sergueï Bazarevich, fait ses grands débuts avec l’équipe fanion du CSKA, sa voie semble toute tracée et le talent du jeune espoir prêt à exploser. Mais les choses ne se passeront pas comme prévue et la fusée soviétique va alors connaître un petit retard à l’allumage. Bazarevich, est un meneur scoreur, shooteur, un joueur attiré par le panier, l’un des premiers prototypes de combo Guard en Europe. L’opposé exact de Stanislav Eremin, avec qui il partage la mène. Ancien colonel de l’armée Russe, Eremin est comme tout bon militaire qui se respecte, un fin tacticien. Gestionnaire et réfléchi, son jeu est aux antipodes de celui de Bazarevich et la mayonnaise ne prend malheureusement pas, les systèmes du CSKA ne laissant pas de place à la folie et à l’exaltation. Le jeune joueur se retrouve alors cantonné sur le banc moscovite. La rupture consommée, il prend la direction de l’autre club de la ville : le Dynamo.

Proclamé chef d’orchestre de l’attaque de sa nouvelle équipe par son nouveau coach,  Alexander Sidyakin, Sergueï peut laisser exploser son basket rapide et instinctif. Au milieu d’un véritable Run’n’Gun à la sauce soviétique, le jeune freluquet exulte, et peut enfin jouer comme il le fait régulièrement avec les sélections nationales de jeunes de l’URSS (Champion d’europe 1984 U18, et vainqueur des Jeux Olympiques Universitaires 1985). Même si il ne parviendra jamais à remporter la très relevée Soviet Union Basketball League avec les “dynamiques”, cette expérience lui ouvrira en grand les portes de la sélection soviétique sénior et sera une véritable rampe de lancement pour Bazarevitch sur la scène internationale.

L’OUVERTURE SUR LE MONDE.

C’est dans la salle des Supersonics, à l’occasion de la seconde édition des éphémères Goodwill Games organisés à Seattle, que Sergueï participe à sa première compétition officielle avec la grande équipe nationale en juillet 1990. Ces jeux n’ont vocation pour l’URSS que  de préparer le mondial qui aura lieu quelques semaines plus tard en Argentine.

Avec l’URSS aux Good Will Games de Seattle en 1990 (Crédit photo Offsport.ru)

Lors des phase de poules, les Soviets retrouvent les USA pour la première fois depuis l’historique ”upset” des JO de Séoul deux ans auparavant. Portés par Billy Owens, Zo Mourning et Christian Laettner, les universitaires US veulent laver l’affront mais chutent une nouvelle fois face au bloc de l’Est. Dans ce match, Bazarevich remporte son duel avec Kenny « Chibb » Anderson, dribbleur de génie et légende du Queens, montrant à la planète basket qu’il n’y a pas qu’à Big Apple qu’on fabrique des meneurs flashy.

En poule, face aux l’URSS puis face à la Yougoslavie de Toni Kukoc et Zarko Parspalj en finale, par deux fois les Américains s’inclinent, puis finissent ensuite à la troisième place du championnat du monde argentin. C’en est définitivement trop. Il y enverront les stars NBA désormais!

Au mondial argentin, l’URSS termine sa première phase sans défaites, puis se hisse en finale en éliminant le brésil d’Oscar Schmitt, le meilleurs marqueur du tournoi (34,6pts par match) et la surprenante équipe sensation, Porto Rico. Mais la dernière marche est trop haute et malgré un match méritant, ni Bazaravich, ni Valeri Tikhonenko top scoreur soviétique ne peuvent stopper la dream team yougoslave de Vlade Divac, seule formation qui selon beaucoup de spécialistes aurait été capable de rivaliser avec les super-stars US à Barcelone en 1992.

En 1991, le meneur du dynamo, fort de ses belles performances est invité au training camp des Houston Rockets avec son compatriote Gundars Vetra. Le staff Texan imagine à merveille une ligne arrière composée de Bazaravevich et de Kenny “The Jet” Smith, ex-star de North Carolina (et lui aussi légende du Queens). Mais sans agents pour les aiguiller dans la jungle du business NBA et surtout sans parler un mot d’anglais, les deux Soviets renoncent finalement à faire le grand saut. Bazarevich se tourne alors vers le championnat turc. 

L’année 1992, millésime doré de tout fan de basket se dévoile. Malheureusement l’éclatement de l’URSS assassine toute forme de suspens au JO de Barcelone. Bazarevich, membre de la sélection de la CEI (équipe réunifiée des ex-nations soviétiques) termine à une honnête quatrième place du tournoi olympique. Mais sera  totalement éclipsé par les performances du trio Croate Kukoc, Petrovic, Radja, des lituaniens Marciulionis et Kurtinaitis et bien entendu de la constellation américaine.

Revanchard, c’est sous un maillot bleu et une toute nouvelle équipe de Russie que notre moustachu entame le championnat d’Europe 1993. Après un parcours solide lors des deux premiers tours, les néo-Russes écartent l’Estonie en quart de finale, puis en demies viennent à bout d’une équipe de Croatie meurtrie par la disparition tragique de Drazen Petrovic un mois auparavant. 

Avec son nouveau maillot Russe en 1993 (crédit photo Getty image)

Ils affrontent en finale les Allemands, hôtes de la compétition. Sur la dernière action et dans une fin de match irrespirable, Sergueï Bazarevich perd son duel en défense avec Kai Nürnberger qui délivre un caviar pour le dunk victorieux de Christian Welp, MVP de la compétition. Ce sera l’argent pour la Russie.

C’est probablement dans la déception et à force de ressassement de cette dernière action que naîtra le chef-d’oeuvre de la carrière de la mobylette moscovite : le Championnat du Monde 1994.

En ce plein coeur de années 90, la ville de Toronto attire tous les regards des aficionados de la balle orange. Un an tout pile avant d’accueillir sa franchise des Raptors, la capitale de l’Ontario reçoit le gratin de la planète basket. Tous les regards et toutes les curiosités sont évidemment portés sur la Dream Team II, seconde sélection US de l’histoire composée de stars NBA. Cette équipe américaine, composée de quelques “oubliés” de Barcelone (Dominique Wilkins, Shaquille O’Neal)  et de futures stars, est plus jeune, plus fougueuse et plus “chambreuse “ que la précédente. Elle écrase la compétition. Mené par un Shaq impérial (18,8pts 8,5rbds en seulement 18 min) la seconde équipe de rêve roule jusqu’en finale où elle rencontre la “Russian Team”. 

Il n’y aura aucune illusion dans ce match : monstrueux à l’intérieur, avec Derrick Coleman et Shawn Kemp, les Américains éclaboussent la rencontre de leur supériorité (+46pts). Les Russes repartent une nouvelle fois en argent!

Face à Mark Price aux championnats du monde 1994 à Toronto Crédits photo: Getty Image

Mais l’essentiel n’est pas vraiment là. Dans son duel avec les meneurs US, Sergueï Bazarevich tient la dragée haute à Kevin Johnson et Mark Price, et se révèle au yeux du monde.

A force de coast to coast, de passes millimétrées et de tirs chaloupés il se hisse dans l’équipe type du tournoi, remportant implicitement le titre de meilleur meneur de la compétition. Dans un championnat qui comptait tout de même une jolie brochette de légendes du poste 1 : Mark Price, Kevin Johnson, Panagiotis Gianiakis, Steve Nash… Bazarevitch a littéralement tapé dans l’oeil des scouts NBA. Fier de son tournoi, il déclare encore aujourd’hui:

 “Cette médaille d’argent mondiale est une très grande réussite pour l’ensemble de notre basket. Je suis même en quelque sorte offensé que nous nous souvenions rarement de ce succès. Oui, nous avons perdu en finale. Mais la vraie Dream Team jouait contre nous – peut-être la meilleure équipe américaine de toute son histoire. « 

FIRST IN… FIRST OUT

C’est donc orné de ce joli titre honorifique, et avec (encore) une médaille d’argent autour du cou que l’ex-soviet de 29 ans rentre en Europe, où il doit y découvrir pour la première fois le championnat italien. Le pied à peine posé sur le tarmac, il est aussitôt prié de faire demi tour. Les Atlanta Hawks le veulent absolument et tout de suite!

Après Volkov, il devient donc le second joueur soviétique de l’histoire de la franchise de Géorgie, premier Russe en NBA et tout premier meneur européen de l’histoire de la grande ligue. Bazarevich aura déverrouillé la porte aux futurs “point guard” Européens tel que Parker, Rubio, Dragic ou encore  Dennis Shrödder.

Sous la tunique rouge des Hawks, sa ressemblance avec Pete Maravich est saisissante : son look de gringalet, sa moustache et son sens du jeu hors norme font de lui une copie quasi-exacte du Pistol. Il ne lui manque que les “floppy socks” autour des chevilles pour être le parfait jumeau du regretté Maravich.

Avec les Atlanta Hawks en 1995 (Crédit photo topps)

Malheureusement, l’aventure NBA tourne court pour Sergueï. Dans cette ligue où se retrouver au bon endroit et au bon moment est fondamental pour réussir, le Russe n’est visiblement pas à sa place dans la ville du Coca-Cola. La mène étant partagée dans l’équipe entre Mookie Blaylock et Steve Smith, Bazarevich n’a droit qu’à quelques bouts de match pour se mettre en valeur. Cela ne colle évidemment pas avec le tempérament de feu du fringant trentenaire, qui a un besoin viscéral de briller sur le parquet. Il claque alors la porte de la franchise et termine la saison à Caceres en Espagne. Qu’à cela ne tienne. Avec une ligne de stat certes fort modeste (3pts/1,4passes en 10 matchs), il restera pour toujours le premier de cordée. Celui qui aura ouvert la voie à ses futurs compatriotes comme Andreï Kirilenko, Alexy Shved ou Timotev Mozgov qui feront tous des carrières NBA solides.

BACK IN THE USSR

En 1995, Sergueï Bazarevich revient au Dynamo Moscou, pour une saison, puis au CSKA la saison suivante. Pendant deux ans, le dragster sème la terreur dans les défenses du championnat Russe. Il réalise le back-to-back et remporte le championnat deux années de suite. Après avoir passé deux saisons au soleil (avec Gorizia en Italie et au PAOK Salonique en Grèce), il intègre lors de l’exercice 2000-2001 l’effectif des Lions de St Petersbourg. Curiosité de l’époque, cette équipe est montée de toutes pièces par un groupement de sponsors italiens et suisses, pour jouer l’Euroleague. Il y côtoie la légende du Mans : “Mister” Keith Jennings. Tombés dans “le groupe de la mort” avec les futurs finalistes de la compétition le Kinder Bologne du duo Rigeaudeau/Ginobilli et Vitoria, les Lions déchantent. Avec 2 victoires en 10 matchs, l’histoire prend fin très rapidement dès le premier tour. 

Il participe également à sa dernière  campagne internationale, au JO de Sydney. A 35 ans, Sergueï n’a bien évidemment plus ses jambes de feu, mais il endosse parfaitement le costume de maître spirituel de sa jeune équipe. En véritable entraîneur-joueur, il compense son manque d’apport statistique sur le terrain par de précieux conseils aux jeunes pousses de l’équipe, comme Kirilenko ou Nikita Morgunov qui soulèveront le trophée européen sept ans plus tard. Un peu  juste, les Russes rendent les armes face à une hargneuse équipe américaine en quarts, puis lors du match de classement perdent en double prolongation face au Canada d’un Steve Nash  probablement revanchard de sa contre performance face à Makan Dioumassi.

Cette expérience olympique sera  une parfaite transition pour l’après-carrière de Bazarevich. Véritable “rat de gymnase”, il était inconcevable qu’il s’en éloigne. C’est donc au Samara CSK-VVS (Ancêtre de l’actuel CSK Samara) qu’il embrasse sa carrière de coach. 

Il rentre ensuite à Moscou, au CSKA, où il prend en main le centre de formation, puis comme lors de ses jeunes années, retourne au Nord-Ouest de la ville pour aller assister Svetislav Pesic au Dynamo lors de la saison 2007-2008. Pesic remercié, il terminera cette saison seul au commandes de l’équipe, les menant à une belle troisième place du championnat pour sa première expérience. Les gros problèmes financiers du Dynamo contraindront Bazarevich à quitter ce club qui lui est cher.

Il retournera à Samara où le club a changé de nom pour devenir le BC Krasne Krylia. Il y fait un magnifique pied de nez au destin puisqu’il prend la place de Stanislav Eremin, qui avait freiné son envol au CSKA à ses débuts le forçant à cirer le banc de touche. Il y remporte deux coupes de Russie et le FIBA Eurochallenge en 2013.

Lors de la saison 2014-2015, il entraîne le Lokomotiv Kuban derrière lequel tous les espoirs sont placés. Bazarevich a pour mission principale de qualifier le club en Euroleague. Avec Anthony Randolph (Vainqueur de l’euro 2017 avec la Slovénie) et le puissant Derick Brown  comme fers de lance il remporte 19 matchs de suite en Eurocup avant  d’affronter l’UNICS Kazan en quart de finale. Ce sera une totale désillusion puisque le Lokomotiv s’inclinera sèchement 58-79 au match retour en l’ayant emporté de 9 pts à l’aller. La désillusion est cruelle. Bazarevich et ses hommes prendront leur revanche en quart de finale de la United League en “sweepant”  le UNICS 3-0, mais s’inclinent ensuite en demi-finale face au Khimki Moscou.

Suite à cet échec, Bazarevich s’engage avec Cantù en Italie, mais est vite contacté par Andreï Kirilenko. La place de sélectionneur est libre, et c’est tout naturellement qu’ ”AK 47” fraîchement élu président de la fédération a pensé à lui. L’ancienne mobylette des parquets prend donc son poste à la tête de l’équipe Russe en 2016. Quelques mois plus tard, il mène son pays aux portes de la finale européenne chutant face à l’ogre Serbe de Bogdan Bogdanovic et de Milos Teodosic.

Sur le banc de l’équipe nationale Russe. (Crédit Photo Globaldomainnews.com)

Légende du basket dans son pays, pionnier Russe en NBA,  Bazarevich a tout connu : de l’Âge d’or du grand basket soviétique, aux désillusions des débuts de l’équipe eusse. Il fut malheureusement absent du sacre de l’Euro 2007, et n’aura pas goûté (une fois de plus) à l’exultation d’une médaille d’or avec sa nation.

Désormais bien installé à la tête de la sélection du plus vaste état du monde, il a la totale confiance du président Kirilenko, et y installe petit à petit un jeu façonné à son image, tourné vers l’attaque et fougueux, en étant résolument décidé à y écrire les plus belles pages du basket Russe. Et de préférence en lettres dorées.

PALMARÈS

Joueur:

  • Champion d’URSS 1983, 1984, 1988
  • Champion de Russie 1997, 1998
  • 2 fois FIBA Eurostar
  • Champion d’Europe U18 1984
  • Champion du monde universitaire 1985
  • Vice-champion du monde 1990, 1994 (membre du 5 majeur du tournoi)
  • Vice-Champion du monde 1993 (membre du 5 majeur du tourn

Coach:

  • 2 coupes de Russie 2012, 2013
  • FIBA Eurochallenge 2013

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