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11 novembre 1993. Les Nets retirent le maillot de Drazen Petrovic.

Hommage

Montage Une : Laurent Rullier pour Basket Rétro

«Putain de camion» chantait Renaud après la mort de Coluche, le 19 Juin 1986. Sept ans plus tard, ce sont les fans de basket qui maudissent le poid lourd qui a percuté la voiture conduisant un génie du basketball. Surnommé Mozart en raison de son talent précoce sur les terrains de Sibenik, Drazen Petrovic rejoint les Dieux de la balle orange le 7 juin 1993. Quelques mois après le décès accidentel tragique de la star croate du basket, son club depuis seulement un peu plus de deux saisons, les Nets du New-Jersey, décident de retirer définitivement son maillot floqué du numéro 3.

Revenons d’abord sur l’expérience du Croate en NBA. En 1989, les débuts de Petro en NBA sont difficiles. Les Trail Blazers, qui s’étaient pourtant démenés pour le soutirer au Real Madrid ne savent pas tirer profit du soliste croate en un peu plus d’une saison. Certes, le backcourt de Portland est constitué de Terry Porter et Clyde Drexler laissant peu de temps de jeu à Petrovic mais Rick Adelman donne plus de crédit à Danny Young, futur joueur du CSP Limoges, la première année et Danny Ainge la seconde. Le numéro 44 se morfond dans l’Oregon.

Le 23 janvier 1991, passage à l’est. Afin notamment de préparer le futur départ de leur shooting-guard, Reggie Theus, les Nets, dans un échange à trois équipes, accueillent le Croate dans leurs rangs et rapidement le temps de jeu du désormais numéro 3 augmente. Pendant plus de deux saisons, le virtuose va illuminer la Brendan Byrne Arena, plus communément appellée Meadowlands Arena. Son talent, reconnu en Europe mais mis en sourdine à Portland, éclate aux yeux des spectateurs américains. Drazen vient renforcer un orchestre entraîné par l’expérimenté Bill Fitch et composé notamment du sophomore Mookie Blaylock, du premier choix de draft 1990 Derrick Coleman, du vieillissant Theus dans sa dernière année en NBA, de l’ailier shooteur Chris Morris et des deux pivots, Sam Bowie aux pieds d’argile et Chris Dudley aux mains carrées.

Dès la saison 1991-92, les violons s’accordent et les Nets jouent une musique plus agréable avec un bilan final de 40 victoires pour 42 défaites, en progrès de 14 victoires. Le soliste slave s’est accordé avec ses équipiers renforcés aussi par le 2e choix de la draft 1991, Kenny Anderson, back-up de Blaylock. L’attaque est notamment en nette amélioration. Le deuxième arrière, mais premier violon de l’orchestre, rend une partition de haut vol avec 20,6 points par match à 50,8% de réussite à 2 points et 44,4% à 3 points. Les Nets retrouvent le concert final des Playoffs après cinq saisons sans le rappel d’après saison régulière. Les Cavaliers et leur solide trio PriceNanceDaugherty les éliminent 3/1 au premier tour.

En 1992-93, Kenny Anderson prend le contrôle de la mène avec l’arrivée de Rumeal Robinson en remplaçant. On assiste aussi à un changement de coach sur le banc. Chuck Daly remplace Bill Fitch et recrute dans le New-Jersey des vieux grognards qui connaissent la musique: Rick Mahornà l’intersaison ainsi que Maurice Cheeks et Bernard King en cours d’exercice. Ces anciens jouent les utilités mais donnent de la confiance au cinq Anderson-Petrovic-Morris-Coleman-Bowie qui progresse en défense, passant du 18e au 6e rang. Les Nets jouent de plus en plus à l’unisson. Malheureusement, l’équipe perd quelque peu le bon tempo en fin de saison. Le 28 février, elle perd Kenny Anderson pour une fracture du poignet consécutive à une faute flagrante de John Starks des Knicks. Puis le 22 mars, Petrovic subit une blessure au genou qui lui fait perdre 12 matchs et le gène de sa reprise jusqu’à la fin de l’exercice. Les Nets le concluent avec un bilan de 43 victoires pour 39 défaites mais en n’ayant remporté que 4 matchs sur 17 le dernier mois de la saison. Sur le plan individuel, Petro score finalement 22,3 points par match à près de 52% et 45% de réussite à 2 et 3 points, exceptionnel pour un shooting guard avec le niveau défensif des années 90. Il termine épuisé cette saison, qui a suivi de près les J.O. de Barcelone, et déçu de ne pas avoir été convié au All Star Game 1993 à Salt Lake City, déception à peine compensée par une nomination dans la All NBA Third Team. Les Nets retrouvent les Cavs en Playoffs mais tombent à nouveau, sur le score de 3/2 cette fois-ci, duo Derrick Coleman/Drazen Petrovic étant trop esseulé et le jeu de Sam Bowie plus qu’en sourdine dans la raquette.

Sans qu’on le sache, le dernier requiem du virtuose Petrovic s’est ainsi déroulé le 9 mai 1993 au Richfield Coliseum de Cleveland. Un mois plus tard, la Volkswagen Golf, dans laquelle se trouvent Drazen et deux amies, roule sur un autoroute allemande par temps pluvieux. Un camionneur roulant en sens inverse perd le contrôle de son véhicule qui traverse la glissière médiane de sécurité. La voiture ne peut éviter le choc et Petrovic, passager avant, assoupi, et qui na pas mis sa ceinture de sécurité, décède sur le coup. Wolfgang Amadeus, le Mozart des notes est mort à 35 ans, Drazen, celui du basket à 28.

La Croate et l’organisation des Nets ne s’étaient pas encore accordés sur une prolongation de contrat. Petrovic l’avait espérée l’été 1992 mais la proposition n’était arrivée qu’en mars 1993, irritant le shooteur qui avait pourtant prouvé sa valeur dans le New Jersey dès ses premiers matchs. D’après son agent Warren LeGarie, des contacts avaient été noués avec plusieurs clubs européens et notamment deux formations grecques pour un éventuel retour en Europe. Mais rien n’était signé et un retour aux Etats-Unis était aussi fort possible. Le jeu des négociations était ainsi en cours.

Les dirigeants sont beaucoup plus réactifs et respectueux après le décès de Drazen en n’hésitant pas à retirer le maillot numéro 3 de Petrovic dès le 11 novembre 1993 à l’occasion d’un match à domicile face aux Pacers de l’Indiana. La cérémonie est présentée par Spencer Ross, le commentateur très apprécié par les supporteurs des Nets. Sont notamment présents:

  • Biserka et Jole Petrovic, sa mère et son père.
  • Aleksandar Petrovic, son frère.
  • David Stern, le commisionner de la NBA.
  • Willis Reed, le general manager des Nets.
  • Dino Radja et Stojko Vrankovic, ses coéquipiers avec lesquels il a notamment remporté deux médailles d’argent aux jeux olympiques, en 1988 avec la Yougoslavie et en 1992 avec la Croatie.
  • Chuck Daly et les joueurs des Nets.
  • Bernard King.
(Source NBA.com)

Derrick Coleman, autre joueur à fort caractère et Chuck Daly, coach des Bad Boys de Detroit, champions en 1989 et 1990, de la Dream Team contre laquelle la Croatie a perdu en finale des Jeux Olympiques de Barcelone et actuel entraineur de Nets, remettent à Biserka Petrovic, la maman de Drazen, un cadre sur lequel est plaqué le maillot blanc des Nets floqué du numéro 3 de son fils, et fixées deux petites statuettes jumelles dorées représentant un basketteur en position de shoot, ce shoot si pur, si maîtrisé, si équilibré, travaillé sur les terrains de Sibenik par le jeune prodige. Radja et Vrankovic, les fidèles copains de sélection, portent le cadre aux yeux des spectateurs présents.

Tim McLoone, entrepreneur connu dans le New-Jersey, chanteur et membre de l’organisation des Nets, interprète un titre qu’il a composé sur des images du sniper sous le maillot de Nets et de la sélection croate. La chanson n’est pas une œuvre majeure mais écrite avec le cœur et le titre est bien choisi  »The Go To Guy ». L’équipe avait en effet trouvé son leader sur lequel se reposer dans les moments chauds d’un match.

Le maillot de Petrovic monte au plafond de la Brendan Byrne Arena et rejoint ceux de Wendell Ladner, Bill Melchionni, John Williamson et Julius Erving, autre Nets ayant eu l’honneur de voir leur numéro de Jersey retiré.

Les fans des Nets n’oublieront jamais Drazen Petrovic. Un joueur qui a éclairé de son talent pendant deux ans une franchise bien triste depuis des années. Un joueur qui n’a pas eu peur d’affronter Michael Jordan. Un joueur alliant la force et la grâce, les fondamentaux et l’impertinence, la maîtrise et l’audace. Un Artiste.

DRAZEN PETROVIC – THE GO TO GUY

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About Vincent "Baby TER" Reculeau (5 Articles)
passionné de la NBA des années 80 et 90, de la draft de Bird et Magic jusqu'au 6e titre de MJ. Et plus si affinités... Biberonné à Maxi-Basket, 5 Majeur, Canal+ et Pontel.

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