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[Portrait] Xavier McDaniel, rendez-vous avec X

Portrait

Illustration : Adrien PMMP pour Basket Rétro

Crâne luisant, regard menaçant, biceps gonflés, Xavier McDaniel est le prototype du joueur intimidateur. Entre les 80’s et les 90’s, celui que l’on surnomme X-Man s’est castagné avec la moitié de la Ligue pour mieux marquer son territoire. Son jeu ne se résume pourtant pas à ses bastons. Enorme scoreur chez les Sonics, Xavier a envoyé plusieurs saisons à 20 points, avant d’aller agiter toute la Conférence Est. Retour sur un parcours XXL.

INTRODUCTION : OU XAVIER DEVIENT X-MAN

Xavier, un prénom peu courant aux Etats-Unis, choisi par la tante de McDaniel. Rapidement, sa grand-mère le surnomme X, un diminutif adopté par le reste de la famille. Aîné d’une fratrie de six enfants, Xavier McDaniel grandit à Columbia en Caroline du Sud. Avec un job dans l’agroalimentaire le jour et un autre de concierge la nuit, son père tente de subvenir aux besoins de tous. Pour l’aider, Xavier met lui aussi la main à la pâte en faisant le ménage et la plonge dans une cafet’. L’argent ainsi récolté va directement dans la caisse familiale. Au collège, Xavier se coltine les mêmes pantalons à chaque rentrée et doit attendre que son orteil dépasse de sa chaussure pour avoir une nouvelle paire. Cela n’empêche pas McDaniel de pratiquer son sport favori, le basket. Dès ses débuts avec l’AC Flora Highschool, son caractère bien trempé ne fait aucun doute. En cours de saison, il inscrit un game winner incroyable qui fait le tour de l’Etat. Certain de devenir célèbre, il prend alors la décision de ne plus aller en cours. Un choix pas vraiment du goût de son coach, Carl Williams, qui le colle sur le banc. Résultat, une moyenne au scoring de 1.6 point en fin d’exercice. L’entraîneur lui fait comprendre que sans bonnes notes, il ne verra pas le parquet. Forte tête, Xavier est contraint de se plier à l’assiduité scolaire, mais ses bulletins calamiteux lui font passer une saison de plus sur la touche. Le message de Carl Williams porte enfin ses fruits lors de sa dernière année. Avec le temps, McDaniel avouera même que son coach lui a permis de franchir un cap dans sa vie. En senior, X est propulsé directement dans le 5 majeur où son physique d’adulte fait des ravages. Après deux saisons quasi blanches, il tourne à 18.8 points et 14.4 rebonds de moyenne… en 24 minutes comme il aime à le préciser. Car l’AC Flora Highschool est l’ogre de Caroline du Sud à l’époque. Avec le futur NBAer Tyrone Corbin à ses côtés, les deux compères se fixent l’objectif de plier les matches à la mi-temps. Le lycée remporte haut la main le titre de champion cette année 1981. Pourtant, X ne reçoit pas le titre de MVP de l’Etat, une frustration pour lui.

Je n’ai pas joué lors de mon année junior à cause de mes notes. J’étais véritablement bouillant de colère l’année suivante et ça m’a motivé pour faire correspondre mes stats avec les meilleurs joueurs de l’Etat. A 15 ans, j’étais déjà une star à Columbia et en Caroline du Sud. Nous avons gagné le championnat cette année-là et j’ai été MVP du All Star Game. Mais, ils ont donné le MVP du championnat à un autre gars. Ce mec a fini par devenir mon ami et chaque fois qu’on se voit, je lui dis de me rendre mon trophée.

XavierMcDaniel-ACFloraHighSchool

Xavier McDaniel, Carl Williams et Tyrone Corbin ©The Columbia Star

Au moment de passer en NCAA, il est de nouveau rattrapé par ses bulletins. Dans un premier temps, Xavier réalise son rêve de gosse : Bill Foster, le coach de l’université de South Carolina lui fait la promesse de lui accorder une bourse et ce devant les yeux remplis d’émotion de sa mère. Dès son plus jeune âge, McDaniel a vibré au rythme des exploits des Gamecocks, il en connaît tous les plus grands noms. Mais, quelques semaines plus tard, un appel de Coach Foster remet tout en cause. La fac a passé son dossier scolaire aux rayons X et jugé ses notes insuffisantes. S’il veut intégrer le campus d’USC, Xavier doit passer par une école préparatoire. Et ça, pas question pour lui ! X ne pourra pas devenir la star locale qu’il espérait. C’est même la double peine, car les autres universités qui s’intéressaient à lui, ont laissé tomber la piste après son accord verbal avec South Carolina. Toutes, non… un recruteur de Wichita State venu scouter un autre joueur de l’AC Flora High School a vent de l’histoire. La fac du Kansas saisit tout de suite l’opportunité et propose une bourse à McDaniel. Traverser la moitié des USA n’enchante pas vraiment le garçon qui n’a jamais quitté son foyer. C’est lors de son invitation pour découvrir le campus en avril 1981 qu’il prend sa décision :

Le coach m’a demandé si j’aimais dunker. Je lui ai répondu que j’adorais. Il m’a ensuite demandé si je pouvais dribbler. Je lui ai dis que j’aimais dribbler, mais que mon coach de high school ne voulait pas me voir trop souvent avec la balle. Alors, il me dit qu’il privilégie le jeu rapide où les cinq joueurs courent et que si ses intérieurs savent dribbler, ils peuvent garder le ballon. Il me montre enfin des images de alley-oops et là j’ai été époustouflé. Wichita State avait vraiment l’air d’être l’endroit le plus fun pour jouer.

XavierMcDaniel-WichitaState

Getty Images

Lors de sa saison freshman, Xavier apprend surtout à vivre loin de chez lui. Entre ses appels quotidiens à sa mère, il lui faut se rebâtir une réputation loin de Columbia. Il décide alors de se raser le crâne et d’entretenir un regard incandescent pour avoir l’air plus intimidant. Pari gagné, en plus de ce look qui le suivra toute sa carrière, il hérite du surnom de X-Man ! Encore apprenti chez les super-héros, il est pris sous l’aile des futurs lottery picks, Cliff Levingston et Antoine Carr. Deux poids lourds qui lui enseignent les rudiments pour s’imposer dans la raquette. Avec cet attelage XXL, les Shockers se qualifient pour la première fois depuis 1964 pour le tournoi NCAA. Une qualification acquise dans un match épique contre leur rivals, les Jawhawks de Kansas : une victoire d’un point (66-65) dans un classique surnommé The Battle of New Orleans. Un parcours qui se termine en quart de finale dans une défaite contre LSU (96-85). Le départ peu après de Levingston puis Carr pour la NBA fait de McDaniel le nouveau boss de l’équipe dès sa saison junior. Durant l’été 1983, il s’étalonne à la sélection soviétique lors d’un match exhibition. X-Man voit rouge et domine physiquement ses adversaires pourtant déjà professionnels avec 19 points et 13 rebonds. Des chiffres qui deviennent ses standards en NCAA. Sur le terrain, X veut capter chaque rebond, sprinte dans tous les sens et exige de ses coéquipiers la même débauche d’énergie. Il termine l’exercice avec 20.6 points et 13.1 rebonds, mais trop esseulé, il ne parvient pas à hisser Wichita State au tournoi NCAA. Il en faut plus pour le démotiver ! En 1985, il propose une saison senior alltime. Deuxièmes de la conférence MVC, les Shockers sont contraints de remporter la finale régionale contre Tulsa pour se qualifier. Dès l’entame de match, X fait exploser le public avec une claquette dunk assourdissante. Le ton est donné. Outsider, McDaniel porte littéralement la fac’ sur ses épaules avec 34 points au compteur, suffisant pour disposer de Tulsa de deux petits points (84-82). Leader de l’équipe au scoring, aux rebonds, aux steals et aux blocks, il permet à Wichita State d’accéder au quatrième tournoi NCAA de son existence. Le chemin se termine dès le premier tour face à Georgia, mais l’essentiel est ailleurs. Avec 27.2 points et 14.8 rebonds de moyenne, Xavier laisse une trace indélébile dans l’Histoire : il devient le premier joueur en tête de ces deux catégories statistiques sur une saison NCAA ! Nommé dans la All-America First Team, la saga de X-Man peut commencer à l’échelon supérieur.

CHAPITRE X : LES SONI’X

XavierMcDaniel-NBADraft

Getty Images

Draft 1985. Tout le monde n’a d’yeux que pour le grand Patrick Ewing. Derrière, impossible de définir une hiérarchie tant les talents sont homogènes. Xavier, lui, ne veut pas attendre trop longtemps avant d’être appelé. Il espère un spot entre 2 et 5 avec une grosse préférence pour les Supersonics. La Ligue lui dit de prendre un siège au premier rang. Le hasard respectera scrupuleusement l’ordre des chaises des cinq premiers prospects. Assis à la quatrième place, X-Man fait ses valises pour Seattle. Depuis le titre de 1979, les Sonics sont à la peine. Du 5 majeur champion, il ne reste plus que le vétéran Jack Sikma. Même le coach mythique Lenny Wilkens laisse sa place pendant l’été au novice Bernie Bickerstaff. En pleine transition, la franchise se rebâtit autour de Tom Chambers. L’arrivée d’un rookie talentueux comme McDaniel est très attendue. De rookie, X n’en a que le nom. Bien décidé à faire une entrée tonitruante en NBA, il cherche le respect de ses coéquipiers, dès le training camp. Pendant un match d’entraînement, l’ailier Reggie King est un peu trop zélé en défense au goût de X-Man. Il se retourne alors vers son coach pour lui demander que faire. Bickerstaff lui répond d’agir comme il le faisait à la fac. Action suivante, McDaniel décroche deux patates de forain au vétéran des Sonics, histoire de bien mettre les poings sur les X ! Rebelote en saison régulière où il se castagne avec des poids lourds comme Kevin Willis, Cliff Robinson ou Calvin « Pit Bull » Natt.

Si j’avais reculé pendant mon année rookie, les gars auraient essayé de me bousculer. Je voulais m’assurer que tout le monde sache que je valais mon contrat. Je n’allais pas poser pour la photo avec eux et tendre l’autre joue. Je n’étais pas un sale joueur, c’est juste que je jouais dur et que je ne voulais pas ramasser la merde des autres.

Intimidateur dans l’âme, Xavier ne rate jamais une occasion pour s’embrouiller avec l’adversaire, mais répond également présent en attaque. Sur son premier mois de compétition, il franchit à sept reprises la barre des 20 points. Une suractivité des deux côtés du parquet qui lui fait immédiatement gagner le cœur des fans des Sonics. Le bagage offensif de McDaniel est bien plus étendu que ses dunks féroces qui abreuvent les highlights NBA. Capable de shooter dans le périmètre, X mène souvent les contre-attaques et s’impose régulièrement au poste grâce à son physique musculeux. Dans une saison bien terne pour Seattle, il garde son meilleur match pour les Lakers, une équipe qui va devoir s’habituer aux X-Games ! Avec 36 points, 14 rebonds, 4 passes et 12/12 aux LF, il s’offre une victoire de prestige contre le leader de l’Ouest. En vacances début avril, McDaniel se console avec une sélection dans la All-Rookie First Team aux côtés de Joe Dumars, Charles Oakley, Karl Malone et Patrick Ewing, excusez du peu. Pas assez à son goût. Elu Rookie de l’Année, Ewing n’a joué que 50 matches avec les Knicks, un total rédhibitoire selon X-Man. A l’époque, le débat enflamme la Ligue et certains médias comme Basketball Digest donne le titre à l’ailier des Sonics. Avec 17.1 points et 8.0 rebonds mais sur 82 matches, il s’estime lésé par rapport aux 20.0 pts et 9.0 rebonds du Hoya Destroya. Décidément, McDaniel a un problème avec les trophées individuels, puisqu’il déclara qu’un jour il se rendra chez Pat pour lui récupérer son bien.

Pendant l’intersaison, Seattle échange l’arrière Al Wood (futur mulhousien) contre le shooteur Dale Ellis. Un deal banal au premier abord, sauf que le sniper passe de 7.1 à 24.9 points, raflant au passage le titre de Most Improved Player. Avec cette troisième menace offensive, les Sonics retrouvent de l’ambition. Auteurs d’un bilan quasi à l’équilibre (39-43), les hommes de Bickerstaff pointent à la septième place et tamponnent leur billet pour les playoffs. Le trident Chambers-Ellis-McDaniel est le seul de l’Histoire à scorer au moins 23 points en moyenne chacun. Pourtant jamais une équipe avec un bilan négatif n’a remporté une série de playoffs. C’est dire si les chances des Sonics sont faibles face à des Mavericks, auréolés de la meilleure saison de leur jeune histoire (55 victoires). Fidèle à sa réputation, X-Man terrorise physiquement Dallas et son pivot James Donaldson. Après une altercation violente entre eux, l’intérieur All Star des Mavs qui tournait en double double en saison régulière, passe complètement au travers de la série avec une production divisée par deux. Dans le sillage d’un Dale Ellis (29.5 points) insolent d’adresse contre ses anciennes couleurs, les Sonics réalisent l’impensable en éliminant la tête de série numéro 2. Etape suivante, les Rockets des tours jumelles Hakeem Olajuwon et Ralph Sampson. Un duel équilibré sur le papier où la puissance de feu des ailiers de Seattle rivalise avec la force de frappe texane à l’intérieur. Ce sont les Sonics qui dégainent en premier avec deux victoires consécutives sur le parquet du Summit de Houston. Dans le Game 2, les 22 points de X-Man dans un succès 99-97 pèsent lourd dans la balance. Les Rockets parviennent à prendre un match à Rainy City et repousser l’échéance dans le Game 5 à domicile. Menés 3 à 2, la bande à Hakeem reste dos au mur dans la sixième manche. En leader, le pivot sort une perf’ à 49 points et 25 rebonds, mais rate le tir de la gagne à deux secondes de la fin. Dans un match à rallonge en double overtime, le Nigérian cède sous les coups de boutoir du trio des Sonics : 97 points et 29 rebonds pour Ellis-Chambers-McDaniel ! A la surprise générale, Seattle se hisse en Finale de Conférence.

Los Angeles Lakers vs. Seattle Supersonics

Getty Images

Le costume d’outsider réussit plutôt aux Sonics. Face aux Lakers, le cendrillon de ces playoffs compte bien encore déjouer les pronostics. Les deux matches inauguraux au Forum d’Inglewood se ressemblent. Jamais distancé, Seattle ne craque que dans les dernières minutes. Le Game 3 à la Key Arena est déjà celui de tous les dangers. Les Lakers réussissent plutôt bien à McDaniel, lors des dernières oppositions en régulière, il s’est goinfré avec 35 puis 39 points. L’addition est encore plus salée en Finale de Conférence. X-Man remet le couvert avec cette fois, 42 points (20/29 aux tirs) 10 rebonds et 4 assists. A la table d’en face, James Worthy riposte avec 39 points, 5 rebonds et 5 passes. Un mano a mano culte gravé dans la tête de McDaniel :

Je n’oublierai jamais ce match. Il ne pouvait pas m’arrêter et je ne pouvais pas le stopper. En fin de match, nous demandons un temps-mort et le coach dessine une action pour Dale Ellis car c’est lui qui nous a porté jusqu’ici. J’ai dit que c’était de la merde. Je suis chaud, donnez le ballon et je vous garantis que je vais marquer. J’étais tellement énervé que je suis sorti du petit groupe. Le tir de Dale a été contré et nous avons perdu.

XavierMcDaniel-WesMatthews

NBA.com

Les regrets X peut en avoir. Effectivement, Dale Ellis se fait bloquer par Michael Cooper dans sa tentative d’égalisation et ce n’est pas le dernier tir primé réussi de X-Man qui change quelque chose. Malgré son match de mammouth, il s’incline 122 à 121 dans une série qui se transforme en sweep. La défaite contre les futurs champions n’a rien d’inquiétante. Au contraire, l’avenir sourit à Seattle dans l’année 1 de son nouveau projet. McDaniel, lui, en veut plus. Il passe l’été à regarder les deux derniers matches contre les Lakers, rembobinant la VHS encore et encore. Vécu comme une humiliation, il veut sa revanche… peut être un peu trop. Lors de la première visite des Purple & Gold la saison suivante, X-Man dérape. Ses Sonics sont en tête 73 à 45 quand l’arrière Wes Matthews rate un de ses dribbles. Le ballon file en touche et comme à son habitude, McDaniel plonge en compagnie de Matthews pour récupérer la gonfle. Le pied du californien heurte par inadvertance le visage de Xavier. Son sang ne fait qu’un tour : il saisit le Laker à la gorge pour l’étouffer. La violence de l’assaut est telle que Matthews aurait pu porter plainte contre X. La photo de l’arrière les yeux révulsés fait le tour du pays et intronise X-Man dans la légende des badass. Pour son geste, il écope… d’une simple faute technique, autre époque, autres mœurs ! Cet incident n’empêche pas Xavier d’être retenu pour son premier All Star Game quelques mois après. Le trio de Seattle carbure encore à plus de 20 points chacun, mais X sera l’unique représentant des Sonics, prouvant au passage sa bonne cote auprès des fans et des coachs. Attendu au tournant après sa magnifique campagne, Seattle plafonne en régulière, la faute à une défense dans le dernier tiers de la Ligue. Et c’est logiquement que Rainy City se fait sortir au premier tour des playoffs par Denver.

Cette élimination scelle la fin d’un projet. Tom Chambers signe à Phoenix pendant la free agency. Le coach Bickerstaff décide également de faire de X-Man son sixième homme de luxe. Un décalage qui lui permet de titulariser à l’aile le jeune prospect Derrick McKey. Ce choix reste en travers de la gorge de X qui voit ça comme une punition. Si avec 5 minutes de temps de jeu en moins, il se maintient au-dessus des 20 points de croisière, son rôle ne lui convient pas. Il déclare même ne plus vouloir entrer en jeu, lorsque les Sonics sont en tête. L’X-périence est abandonnée dix matches avant la fin de la régulière. De nouveau dans le 5, X-Man caracole à 30.5 points pour un bilan de 8 victoires et 2 défaites ! Il poursuit sur sa lancée en playoffs avec l’élimination des Rockets au premier tour sans l’avantage du terrain, bien aidé par un game winner de Derrick McKey sur le Game 4. Mais, comme toujours, X-Man bute le tour suivant contre les Lakers. Un nouveau sweep qui fait très mal, les Sonics n’ayant jamais été en position de faire douter les Californiens. Dans l’énergie du désespoir, McDaniel envoie 30 points, 11 rebonds et 5 passes pour son dernier match de playoffs avec Seattle. Sans renfort de poids pendant l’été, les Sonics avec un bilan équilibré, ratent la post-season pour une histoire de goal average. Promis aux sommets après la saison 1987, Rainy City est désormais dans le ventre mou. Xavier, lui, est proche du divorce. Il donne même le bâton pour sa faire battre en novembre 1990. Lors d’un entraînement, il se lance dans un combat de coq avec Dale Ellis pour déterminer qui est le mâle alpha. Une altercation sanglante, une de plus… celle de trop ! X ne fait plus partie de l’équation à Seattle qui le transfère quelques jours après à Phoenix contre Eddie Johnson.

CHAPITRE XX : LES KNI’X

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En Arizona, McDaniel retrouve son ancien coéquipier Tom Chambers qui lui facilite son acclimatation. Les Suns sont ambitieux avec leur backcourt Kevin Johnson et Jeff Hornacek, mais manquent cruellement de nasty selon leur coach Cotton Fitzsimmons. D’où l’idée du trade pour X-Man. Sur le papier, le projet tient la route. Dans les faits, le mayonnaise ne prend pas. Dans le système de Phoenix, X en est réduit à un rôle de spot up shooter. L’animation offensive tourne autour du pick’n’roll entre KJ et Chambers ou des tirs longue distance de Hornacek. Xavier se contente des miettes. Souvent placé trop loin pour batailler au rebond, il joue à contre nature, tenu en bride par le système. Xavier boucle l’exercice avec le meilleur bilan de sa carrière (55 victoires), mais avec son plus faible apport au scoring : 15.8 points, 7.2 rebonds et 2.3 assists. Tout cela pour se faire renverser dès l’entame des playoffs par le duo Stockton-Malone dans son prime. A l’intersaison, McDaniel rêve déjà d’ailleurs. L’arrivée de Pat Riley aux manettes des Knicks va exaucer ses souhaits. Le coach veut un ailier scoreur pour soulager Patrick Ewing à la marque. Pour avoir vu de près X-Man à l’œuvre lors de ses joutes avec les Lakers, Riley veut l’exfiltrer du côté de Big Apple. Le prospect Jerrod Mustaf, le vétéran Trent Tucker et des tours de draft feront l’affaire. Xavier en termine avec sa traversée du désert pour rejoindre les lumières du Madison Square Garden. Ces Knicks version début 90’s sont taillés sur-mesure pour lui. Avec un frontcourt composé de Ewing-Oakley-McDaniel, le protège-dents devient vite obligatoire. Rien qu’à l’idée de partir au combat avec ses deux potes de draft, X en a la bave aux lèvres :

C’est l’un des endroits où je voulais aller. J’ai senti en regardant leur rotation à l’aile que je pouvais énormément les aider avec du rebond et de la défense. C’est un bon fit. J’adore Patrick Ewing, j’ai toujours pensé que c’était le meilleur de sa génération. Et après, tu as Charles Oakley et moi. Avec tout ça, tu as le meilleur frontcourt de la NBA. Nous avons également Mark Jackson, Gerald Wilkins ou John Starks. Je pense que nous avons le potentiel pour gagner le titre. Dès le camp d’entraînement, je vois que c’est la meilleure équipe dans laquelle j’ai été.

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Le public new-yorkais adopte X dès ses premiers matches. Sa débauche d’énergie et son côté dur au mal collent parfaitement avec l’ADN des Knicks. La stratégie de Riley porte ses fruits : fin décembre, McDaniel tourne à 15.7 points et 6.0 rebonds, le complément idéal du Grand Pat. Sa brouille avec Oakley quelques mois auparavant est oubliée. X-Man et The Oak s’étaient balancés des paires de torgnoles avant d’écoper d’un match de suspension et d’une amende de 7500 dollars chacun. Désormais réunis, ils forment le duo d’enforcers le plus craint de la Ligue. Et quand l’un d’eux rejoint le banc, il est remplacé par Anthony Mason, un calvaire pour les adversaires ! Avec un bilan de 30-16 au All Star Break, les Knicks sont sur le podium de l’Est. C’est alors que Xavier va entrer dans un imbroglio contractuel. X possède une clause de 500.000 dollars qui lui permet de devenir free agent pendant l’été. A la mi-saison, il active cette option, Dave Checketts le président de NY, lui ayant assuré qu’il aurait une offre sérieuse en juillet. Mais, dès lors, X reçoit de moins en moins de temps de jeu et soupçonne le front office de faire baisser sa cote sur le marché. Les résultats s’en font également ressentir. Avec 8 victoires d’avance sur Boston, second de division, New York se fait grignoter petit à petit sa place de leader. Le run final des Celtics – 16 victoires pour 2 défaites – est létal. Leur opposition le 8 avril au Boston Garden est quasi synonyme de podium en cas de victoire. Dans ce match, X n’a le droit qu’à 16 petites minutes et assiste impuissant au succès des C’s. New York termine à la quatrième place au point average et affrontera les Pistons au premier tour.

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Un duel en forme de miroir. Les Bad Boys de Detroit ont terrorisé la Ligue dans la fin des 80’s, mais arrivent en fin de cycle. En face, les Knicks de Riley et leur slogan « No blood, no foul » s’apprêtent à prendre la relève. En bon professionnel, X-Man met ses aspirations financières de côté pour les playoffs. Dans ce basket de tranchée, il est le premier lieutenant d’Ewing avec 19.2 points et 9.0 rebonds. Dans le Game 5 décisif, c’est même le Facteur X, selon le coach de Detroit, Chuck Daly. Plus adroits que les Pistons, les new-yorkais enregistrent pour la deuxième fois de la série un pourcentage supérieur à 40%… le 9/17 de X n’y est pas étranger. Passé l’écueil du double champion 89-90, les Knicks doivent se fader le tenant du titre en demi-finale : les Bulls de Michael Jordan. McDaniel, lui, a une autre cible en tête, Scottie Pippen. Dans une série en 7 matches âpre et tendue de bout en bout, il ne laisse aucune seconde de répit à l’ailier de Chicago qui termine à 16.0 points et 40,2% aux tirs. Pendant que lui carbure à plein régime : 18.6 points, 5.9 rebonds et 2.1 assists. Dans le Game 4, il pousse même à bout Phil Jackson qui se fait expulser. En conférence de presse, le coach enrage contre le traitement abusif de X-Man sur son joueur. Ces pleurnicheries tirent un sourire à Xavier qui, en plus de ses 24 points, se fend d’un « Fuck Phil Jackson ». Il récidive au Game 5 et 6 avec 26 puis 24 unités, avant de plier dans les grandes largeurs dans le match décisif comme toute l’équipe des Knicks. A peine éliminé des playoffs, sa situation contractuelle refait surface. Un soap opera qui dure tout l’été pour déboucher sur une signature le 10 septembre 1992 avec les Celtics, un deal de 3 ans avec 2 saisons en option. Une décision qui rend fou Dave Checketts qui déclare avoir proposé plus d’argent à Xavier. Le joueur plaide, lui, avoir privilégié la durée du contrat bostonien. Tandis qu’en coulisses, les insiders rapportent que c’est l’agent du joueur, David Falk, qui a fait pencher la balance. Ce dernier, représentant également les intérêts de Michael Jordan, aurait agi sur ordre de Sa Majesté. X-Man est un danger pour Pippen, MJ aurait donc souhaité le voir quitter Big Apple. Fin du chapitre New-York !

CHAPITRE XXX : LES CELTI’X

Son arrivée à Boston est plus que délicate. McDaniel va devoir reprendre l’héritage d’un certain Larry Bird, qui vient d’annoncer sa retraite à la mi-août. Humilié par Larry Legend il y a quelques saisons sur un game winner devenu culte, Xavier doit aujourd’hui amorcer la reconstruction post n°33. A ses côtés les autres membres du Big Three celte, Robert Parish (39 ans) et Kevin McHale (35 ans) n’ont plus qu’un rôle de totem. Seul Reggie Lewis, fraîchement All Star, est une menace sérieuse au scoring. Légèrement sur le déclin physiquement, X-Man alterne le très bon et le médiocre, à l’image de l’équipe qui se cherche une nouvelle identité. En cours de saison, le coach Chris Ford décide de le faire sortir du banc, avec son accord cette fois-ci. Plus à l’aise contre les second units, X clôture la régulière avec 13.5 points (second scoreur des Celtics), 6.0 rebonds et 2.0 passes. Avec un bilan honorable de 48-34, Boston perpétue sa place en playoffs, mais se fait scalper 3-1 par des jeunes Hornets débordants d’ambition. Comme si la reconstruction n’était pas assez dure, une nouvelle tragédie frappe la franchise. Lors d’un match d’entraînement en juillet, Reggie Lewis décède d’une attaque cardiaque. Un drame pour McDaniel, très proche du joueur :

Reggie et moi, nous allions dîner ensemble lors des matches à l’extérieur. J’allais dans sa chambre et nous parlions de tout. Mon amie de l’époque a invité Reggie et sa femme pour mes 30 ans. Quand on m’a retiré du 5 majeur, Reggie m’a soutenu et a fait pression pour qu’on me titularise de nouveau. Cela signifiait beaucoup, car c’était ma première saison à Boston. Il était en quelque sorte mon avocat. Quand j’ai appris la nouvelle de sa mort, je me suis laissé tomber sur le lit et j’ai pleuré, ça ma fait mal pendant très longtemps.

La saison 1994 de Boston est éprouvante. Fans, joueurs et coaching staff ont perdu en quelques mois tous leurs repères. D’autant qu’après Larry Bird, c’est au tour de Kevin McHale de raccrocher ses baskets. Dans ce contexte, X prend le rôle du grand frère sur le parquet et dans le vestiaire. Moins saignant dans le jeu, il est présent auprès des jeunes du groupe – Dino Radja, Rick Fox ou Dee Brown – pour partager son expérience. Sixième homme du groupe, McDaniel boucle son dernier exercice en carrière à plus de 10 unités : 11.3 points et 4.9 rebonds en 24 minutes. Insuffisant cependant pour la post-season. Avec seulement 32 victoires, Boston met un terme à 14 participations successives en playoffs. Pendant l’été, les Celtics parviennent à signer Dominique Wilkins. Même à 35 ans, l’ailier prête main forte à X en terme de leadership. Sans être exceptionnels, les C’s se hissent tant bien que mal à la huitième place, pour se faire sortir pour le Magic de Shaq & Penny. Une série qui restera dans l’Histoire comme la dernière du mythique Boston Garden. Arrivé au terme de son contrat, X-Man doit faire un choix : soit activer son option pour rester en ville, soit tester le marché. Cela ne sera ni l’un, ni l’autre. Tout comme son coéquipier Dominique Wilkins, il s’exile dans le championnat grec à l’Iraklis Salonique. Il tourne la page Celtic commencée symboliquement avec la retraite de Bird et terminée sur le dernier match au Garden.

xaviermcdaniel-bostonceltics

Getty Images

McDaniel n’est pas le seul NBAer a avoir été signé par l’Iraklis. Le club grec embauche également l’ex-pivot de Dallas, Roy Tarpley. En lice pour l’Euroleague, l’Iraklis s’est armé avec des CV très lourds. Sur le Vieux Continent, X-Man retrouve des couleurs en tournant à 18.4 points et 7.9 rebonds dans la compétition. Le parcours s’arrête cependant à la phase de poule, puis en finale de la Coupe de Grèce avec une défaite contre le Panathinaikos de Wilkins. Mais, X pense en avoir toujours sous la semelle et signe chez les Nets en 1996-97. Sous les ordres de John Calipari, X apparaît bien usé à 34 ans. Même avec une vingtaine de minutes par match, il ne ramène que 5.6 points et 5.1 rebonds. Ce qui devait être son comeback et en fait un baroud d’honneur. Il raccroche définitivement au bout de 20 matches en 1998. Sans avoir un palmarès individuel et collectif très fourni, X-Man symbolise cette NBA des nineties où les mauvais coups et l’intimidation faisaient partie du jeu. Il est passé maître dans cet exercice et bénéficie toujours de cette réputation de tough guy, car comme il aimait le répéter :

Basketball is about who can intimidate who.

SES STATS NBA

Xavier McDaniel

SA CARRIERE EN IMAGES

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About mosdehuh (10 Articles)
Tombé dans la NBA au début des 90's avec Penny Hardaway. Grosse passion pour les loosers magnifiques et les shooteurs. Supporter de la Chorale de Roanne depuis 3 générations.

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