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[ITW] – Lœtitia Moussard : « Ouah ! J’ai fait cela moi ? »

Interview

Montage Une : Laurent Rullier pour Basket Rétro

Qu’il est loin mon pays, qu’il est loin…. « Je suis disponible, j’ai bloqué le début d’après midi pour vous » Il est 14h, nous entendons l’écho de la voix de Nougaro dans le téléphone. Elle répond sans hésitation, rit parfois, nous remercie d’avoir pensé à elle. Le torrent de caillou qui roule dans la voix de Lœtitia Moussard, intérieure française au palmarès long comme le bras, fait plaisir à entendre. Interview !

Basket Rétro : Alain Jardel parle d’un projet “ un peu fou” quand il parle de Mirande. Ça vous évoque quoi cette remarque ? 

Lœtitia Moussard : C’est vrai que c’est un projet un peu fou parce que Mirande, c’est un gros village. Mais avec un projet, du travail, et des joueuses qui sont devenues par la suite emblématiques, Alain Jardel a su fédérer des hommes et des femmes pour atteindre des objectifs. Mais c’est assez atypique effectivement.

BR : Vous y êtes arrivée en 1987, vous aviez 16 ans… 

LM : Le club venait d’accéder à l’élite quand je suis arrivée. J’ai intégré d’abord le pôle espoir puis l’année suivante, j’ai commencé à jouer avec l’équipe fanion. J’ai fait beaucoup de banc au départ mais j’ai eu la chance d’être championne de France cadette mais aussi championne de France senior la même année.

BR : On revient un peu plus tôt. Vous vous souvenez où et comment vous avez débuté le basket

LM : Je suis arrivé un petit peu par hasard au basket. D’abord mes parents ne voulaient pas que je reste à la maison le mercredi après-midi. Mon père était ensuite un grand sportif qui a joué au Stade Toulousain. Il a même été international de Rugby à XIII. Alors, j’ai un peu essayé tous les sports : la danse, le patinage artistique, etc., mais cela ne m’allait pas. Au final, un mercredi, je suis allé au centre aéré, et il y avait un responsable du club de basket qui a dit à mon père « ta fille est grande, tu devrais lui faire essayer le basket » . Le mercredi suivant, j’ai fait l’entrainement. Le samedi, ma licence était signée ! C’était au club de Toulouse Cheminots Marengo Sports. Je suis de Toulouse.

BR : Quel rôle ont joué vos parents dans tout cela ? Ils vous suivaient ?

LM : Mes parents m’ont toujours accompagnée. Je n’avais jamais imaginé que j’aurais pu en faire mon métier. Ils ont vu que le basket était quelque chose qui me plaisait, quelque chose qui m’épanouissait. D’autant plus qu’à cet âge là, c’était pas toujours facile vu que j’étais plus grande que toutes les autres. Ils faisaient régulièrement les deux heures de route qui séparent Mirande de Toulouse pour venir me voir jouer. Et puis papa a toujours été un grand sportif comme je vous l’ai dit. Ils m’ont toujours soutenu dans les bons comme dans les moments plus difficiles.

BR : Vous devenez internationale cadette puis junior avec Yannick Souvré et Isabelle Fijalkowski notamment.

LM : Oui c’est cela, exactement. Yannick Souvré a deux ans de plus que moi mais j’ai été surclassée avec l’équipe de France junior alors que j’étais encore cadette. C’est pour cela que j’ai été internationale en jeune avec elle. À cette époque, aux championnats d’Europe les nations de l’Est dominaient : l’URSS, la Hongrie étaient très fortes. Et avec Isabelle Fijalkowski, on se connait depuis l’âge de 14 ans. On s’est tout le temps croisé. J’ai été championne de France cadette d’ailleurs en battant l’AS Montferrand dans laquelle elle jouait.

BR : Vous arrivez à Mirande, on en a parlé, et dans la foulée, en 1988, vous devenez Championne de France en battant le Stade Français Versailles en finale. Dans une ambiance incroyable ! 

LM : L’ambiance, c’est inconcevable aujourd’hui. Il y avait du monde partout. Il y avait une passerelle avec des lustres où des gens s’accrochaient pour filmer. Il y avait des gens accrochés aux poteaux aussi. Quand on revoit les vieilles images, c’était un chaudron. Là, le nom de la salle de la Poudrière prenait tout son sens. On avait tout le public derrière nous. C’était extraordinaire. Cela chantait. Il y avait la banda aussi, ils étaient déguisés. Tout cela pour aller décrocher ce titre ! Il y avait aussi des sandwiches servis au magret à la mi-temps. Pour celui qui venait de la ville, sentir des odeurs pareils en plein match, cela pouvait paraitre saugrenu. Mais pour nous, c’était normal. Tout le monde se connaissait et tout le monde était derrière ce club. C’était des bénévoles qui lavaient les maillots. Et pour celles qui ne pouvaient pas rentrer le week-end, comme moi, on dormait chez l’habitant. On nous lavait notre linge, il faut dire qu’avec les déplacements ce n’était pas toujours facile. Il y avait des liens assez forts entre nous et les bénévoles. Mes premières années à Mirande, j’avais une famille d’accueil chez qui je dormais.

Lœtitia Moussard (numéro 4) avec le BAC Mirande 1988. Source : La Dépêche du Midi

BR : Vous pourriez encore chanter “Ah le jambon de Bayonne » ?

LM : Oh oui ! Parfois, on en parle même avec des jeunes internationales parce que, avec Yannick Souvré, on se mettait au fond du bus de l’équipe de France pour la chanter. On voyait déjà un décalage. Mais on rigolait. Et maintenant, quand on voit les joueurs avec chacun son casque sur la tête, cela rajoute c’est vrai encore du décalage.  Mais c’est comme ça… mais j’insiste, on rigolait !

BR : Rebelote en 89 et 90. Vous gardez quel souvenir de ces deux titres ? 

LM : Sur la lancée oui, on gagne deux titres. On avait les bases qui étaient là et un collectif qui avait pris. Bien sur, il y avait des fortes joueuses mais il y avait un collectif. Pour Alain, (NDRL : Jardel) c’était de toute façon primordial. Et puis on jouait un peu chaque rencontre comme une finale de coupe du monde. On travaillait très dur aussi. Je me souviens quand j’étais cadette déjà, je faisais régulièrement les deux entrainements le mardi notamment. Et le mardi, c’était préparation physique donc je peux vous garantir que le soir je dormais bien parce qu’avec Alain les entrainements, c’était à 100% qu’il fallait les faire. Le midi parfois aussi lorsqu’on avait une pause d’une heure et demi, on mangeait vite et puis on partait à la salle. Jacques Commères nous faisait une séance de quarante-cinq minutes environ sur du travail individuel. On se douchait vite ensuite et on repartait en cours. Il y avait beaucoup de travail derrière ces deux titres.

BR: Vous vous souvenez de cet épisode contre Aix en demi-finale du championnat où vous marquez contre votre camp ? Cela débouche sur une prolongation qui au final vous fait gagner alors que vous étiez à moins 5 après le match aller.

LM : Je m’en souviens très bien. La demi se jouait sur la différence de points aller/retour. On perd de cinq points à l’aller et en préparation de match, et c’est ce qu’il y a de fou, Alain Jardel nous dit : « si je vous demande de marquer contre votre camp ou de donner la balle à l’adversaire, il faut me faire confiance. Parce que si je sens qu’on ne peut pas remonter ces points, il faut qu’on aille en prolongation. » Alain avait épluché le règlement qu’il connaissait par cœur, il savait qu’on ne pouvait pas terminer sur un score nul. Et il l’avait prédit que cela pouvait arriver. À l’époque, Alain, on l’écoutait voilà c’était comme ça, on était derrière lui. Le public lui forcément n’a rien compris. Il y a eu un moment de flottement et j’ai d’ailleurs encore ce souvenir de mes parents que je regardais du coin de l’œil à se prendre les mains dans la tête. Parce que sur la remise en jeu, c’est moi qui ai donné la balle à l’adversaire. Mais il fallait le faire sans trop que cela soit visible. Et puis suite à cet épisode, la FIBA a changé son règlement.

BR : Quand on regarde les rencontres de Mirande, en attaque, tactiquement le ballon venait souvent à l’intérieur pour fixer l’adversaire mais repartait quasiment aussitôt pour l’extérieur. C’est grâce à cela que vous avez développé un shot très fiable à 5-6 mètres ?

LM : C’est cela. Il y avait un gros travail de fixation. Comme un poumon qui se rétracte et qui s’étire, le ballon rentre puis ressort à toute vitesse. C’était huilé. Et puis à force de fatiguer la défense adverse, il y avait de bonnes situations de shoot qui se créaient. Après pour le shoot, quand j’avais l’opportunité je la prenais mais à Mirande, j’étais plutôt près du cercle quand même. C’est ce qu’Alain me demandait autour de 5-6 schémas collectifs. Le shoot, je l’ai développé après.

BR : Le 27 décembre 1989, vous vous faites un beau cadeau. C’était à Tel-Aviv. Votre première sélection en équipe de France. Vous avez vécu ce moment de quelle manière ? Cela représente quoi pour vous de jouer pour votre pays ?

LM : C’était une surprise parce que j’ai été appelé suite à une défection. J’étais dans mon club et j’attendais la trêve hivernale quand c’est arrivé. C’était juste avant Noël alors je l’ai pris comme une belle surprise, un beau cadeau. Cela a été une fierté, vous savez moi qui ait l’état d’esprit du sud-ouest où on inculque l’amour du maillot, l’amour des couleurs, où on est besogneux, où on travaille, de faire parti de ce cercle restreint, cela a été un honneur, une grande fierté.

BR : Et dans la rue, les gens vous reconnaissent, vous êtes sollicitée par les médias ? Ce que nous avons envie de vous demander c’est : comment est la vie d’une internationale de basket ? Une vie ordinaire ?  

LM : Alors à Mirande, tout le monde nous connaissait. On était fondus dans la population locale et les gens ne nous arrêtaient pas forcément. Ou alors c’était deux / trois petits mots gentils sur le match du week-end. Rien de plus. À Valenciennes, c’était différent parce qu’il y a une ferveur. C’était un peu plus compliqué. Je n’étais pas sur la liste rouge donc parfois des supporters m’appelaient chez moi pour savoir comment cela allait. Au supermarché, je faisais trois pas, les gens regardaient ce que j’avais dans mon chariot. Ils savaient ce que j’allais manger pendant la semaine et j’ai eu un peu plus de mal à gérer cela parce que c’était vraiment différent de Mirande. Les gens étaient très gentils, mais pour moi c’était déstabilisant. Moi je suis madame tout le monde et je voulais être ordinaire. C’est vrai, je jouais au basket, mais je ne voyais pas ce que j’avais de plus qu’une personne qui se lève tous les matins pour aller à l’usine.

BR : Parallèlement en club, en 1991, vous êtes sur le point de battre Challes-les-Eaux en finale du Championnat mais il y a ce fameux panier au buzzer refusé à Nathalie Etienne. C’est quelque chose que vous avez encore en tête ? 

LM : Je m’en souviens très bien oui et c’est un grand sentiment de frustration, ce panier. A l’époque, il n’y avait pas la vidéo et je comprends tout à fait qu’à Challes on puisse ne pas penser comme moi, mais pour moi, ce titre, on nous l’a volé. Eux, leur version est complètement différente, mais le panier devait être accordé. Mais bon, il y avait un tel brouhaha. Cet événement, au final c’est resté une grande frustration.

BR : En 1993, vous êtes vice-championne d’Europe avec les Bleues puis neuvièmes au Championnat du Monde en Australie.

LM : C’est un concours de circonstance en 1993. On ne s’étaient jamais imaginé atteindre cette place qui est le fruit d’un très beau parcours. On vivait au jour le jour et ce panier du milieu du terrain de Carole Force qui nous propulse en finale, cela a été vraiment quelque chose d’exceptionnel. Après le championnat du monde en Australie pour moi c’était les premiers. Cela faisait longtemps que l’équipe de France n’y avait plus participé (NDRL : 1979 en Corée du Sud) et en plus c’était sur un autre continent, en Australie. C’était juste génial comme compétition d’autant plus qu’elle est phare dans notre discipline. Et puis l’Australie c’est un très grand voyage, où j’y ai vu des kangourous, des koalas, c’était une très belle aventure. Il faut se remettre dans le contexte de l’époque où on voyageait beaucoup dans les pays d’Europe de l’Est. Le bloc communiste, c’était quelque chose alors l’Australie c’était merveilleux.

Loetitia Moussard sous le maillot de l’équipe de France. Source : FFBB.com

BR : En 1995, vous décidez de quitter le club pour Valenciennes. Pourquoi partir ? Et pourquoi Valenciennes ?

LM : Je sentais que le club commençait à s’essouffler. Et moi, j’avais envie de continuer à jouer les plus grandes échéances. C’est pour cela que j’ai décidé de faire le grand écart en signant à Valenciennes. J’ai beaucoup hésité entre Tarbes et Valenciennes. Marc Silvert était très ambitieux pour son club. Il m’a contacté. L’aventure de Valenciennes et le public, cela m’a beaucoup tenté à cette époque là.

BR : Et puis vous partez pour Valenciennes donc et vous y perdez une finale du Championnat contre Bourges.

LM : Cela a été compliqué pour moi parce que c’était différent. À Mirande, c’était très collectif et la balle tournait longtemps. A Valenciennes, le jeu était plus basé sur les individualités, la méthode de travail était différente aussi. Et je pense que c’est à cause de cela que j’ai eu du mal à m’adapter et que cela ne s’est pas très bien passé.

BR : Vous jouez ensuite une saison à Tarbes. Une coupe de France gagnée… Vous gagnez partout où vous passez …

LM : Je suis restée une saison à Tarbes malgré un contrat de deux saisons. Mais le club avait des problèmes financiers. Comme Bourges m’a contacté, un accord a pu être trouvé et j’ai signé à Bourges. Ce ne sont que les circonstances qui m’ont fait partir de Tarbes sinon j’y serais restée plus longtemps.

BR : Bourges que vous rejoignez en 1999 et avec qui vous redevenez championne de France !  Avec Yannick Souvré...

LM : Yannick, je l’ai connu à 14 ans. C’est un peu ma sœur. Nos parents à force de se croiser dans les tribunes se sont liés d’amitié. C’est vrai, on s’est chamaillé des fois mais cela fait partie de la vie. Nos familles se connaissent, on est proches, bref c’est une amie…

BR : Au passage, votre année 2000 est assez exceptionnelle sur le plan collectif. Championnat de France, Coupe de la fédération et une finale de l’Euroligue. Vous nous parlez de Bourges ?

LM : On était dans notre bulle à Bourges avec un noyau de joueuses qui se retrouvait en équipe nationale. J’ai retrouvé Anna Kotocova aussi avec qui j’avais joué à Mirande et avec qui je m’entendais bien. C’était un groupe de copines en quelque sorte. D’ailleurs dans la vie de tous les jours, il n’y avait pas une semaine où on allait pas manger ensemble au restaurant, ou regarder un match de basket chez l’une ou chez l’autre. On était très souvent ensemble et cette complicité rejaillissait sur le terrain.

BR : Il y a les Jeux Olympiques en 2000. Vous avez déclaré que c’est la chose la plus émouvante que vous ayez vécu sportivement et notamment la cérémonie d’ouverture. 

LM : Les Jeux c’est vraiment la plus grande émotion sportive que j’ai pu vivre. Quand Alain Jardel reprend l’équipe de France, on se fixe l’objectif d’y aller à ces jeux. Il ne faut pas oublier qu’on sort du groupe C. C’est encore un défi un peu fou. Et puis on s’est mise en mode guerrières. En Pologne, en 1999, on perd l’Euro en finale contre les Polonaises mais cela nous a beaucoup servi au final. Parce que nous sommes la première équipe de France féminine de basket à être allé aux Jeux, donc c’était juste exceptionnel. Cette cérémonie, c’était tout sport confondu et de savoir que la planète entière nous regardait, j’ai trouvé cela merveilleux. C’est comme si je voyais le père noël. Moi, je me suis toujours considérée comme quelqu’un d’ordinaire, comme tout le monde, alors cela m’a touché. Ensuite, j’ai eu la chance de voir Mohammed Ali parce qu’il est venu pendant la compétition. Il était à trois mètres de moi au restaurant des athlètes. En fait, tous ces gens, je les voyais à la télé, j’étais juste émerveillée de les voir en grand devant moi. David Douillet a aussi mangé avec nous juste avant d’être médaillé olympique. C’était merveilleux.

Audrey Sauret, Monica Seles, Lindsey Davenport et Loetitia Moussard aux JO de Sydney. Source : nicotango.chez.com

BR : Vous terminez cinquièmes à cause d’une vilaine défaite contre les Coréennes… C’est la plus grosse déception de votre carrière ? C’est la joie d’avoir joué l’Australie de Lauren Jackson à domicile ? C’est quoi les Jeux pour vous ? 

LM : C’est de la frustration. On était programmées pour ramener une médaille. Notre ambition c’était cela. Après c’est facile avec le recul. Avec des si, et si, et si…. Mais si on avait pas gagné après deux prolongations contre le Brésil, on serait pas tombées contre les Coréennes en quart mais contre les Russes qui nous correspondaient bien plus. Avec une médaille, ces jeux n’auraient pas eu la même saveur c’est certain mais bon c’est comme cela.

BR : Vous êtes au top de votre carrière à ce moment-là ? Si non c’était quand ? 

LM : Je pense que oui, c’est à ce moment là que j’étais au top. J’étais bien. Par rapport à mon poste de jeu, on devient mature sur le tard.

BR : Quelques mois plus tard, vous devenez championne d’ Europe avec les Bleues. C’est une consécration ? Avec le recul, que vous évoque cet épisode ? 

LM : On était tellement frustrée de rien avoir ramené des Jeux Olympiques. Alors devant notre public, on avait a cœur de gagner. On aurait mis n’importe qui en face je crois qu’ on aurait gagné tellement on était préparé à cela et préparé pour cela. On était en mode rouleau compresseur.

BR : Vous avez 30 ans en 2001. Cela fait 15 ans que vous jouez au plus haut niveau. On pense à quoi à ce moment-là ? A jouer ? A rien ? A gagner encore ?

LM : Moi, je pensais à jouer. Je voulais m’entrainer, continuer à gagner des matchs et continuer à me faire plaisir. On sent quand même que ça va être un peu la fin alors il faut aussi penser à sa reconversion.

BR : Avez-vous été blessée souvent pendant votre carrière ? Votre corps vous dit quoi à ce moment-là ? 

LM : Je n’ai jamais eu de grosses blessures mais j’ai souvent été embêté musculairement. Les préparations physiques, c’était long pour moi donc en fin de compétition avec la fatigue, j’ai parfois été embêtée par des claquages, des déchirures aux ischios. Je me suis blessée au premier match du championnat d’Europe en 2001. J’étais un peu au fond du gouffre parce qu’on se prépare pendant deux ou trois mois et puis au final on se blesse. Mais bon, j’ai pu, grâce aux kinés et à leurs soins, revenir pour la fin de la compétition.

BR : Parce qu’après l’Euro vous rejoignez un club très ambitieux : Lattes Montpellier avec Pierre Galle à sa tête. 

LM : Oui. Lattes-Montpellier montait cette année là et le club souhaitait ajouter des joueuses d’expérience à leur effectif. Et puis, il fallait que je prépare également ma reconversion. J’ai donc passé mes diplômes pour être entraineur de haut niveau. Avec Pierre Galle, on échangeait beaucoup sur le monde du basket actuel ou passé. Il m’a raconté aussi sa carrière. C’est quelqu’un que j’ai beaucoup apprécié. Cela n’a duré malheureusement qu’un an mais cela a été très intéressant et très enrichissant de travailler avec lui. Je suis d’ailleurs resté en contact même si notre parcours de travail n’a duré qu’un an.

BR : L’année d’après Valérie Garnier que vous connaissez bien prend sa suite. C’est quoi votre rôle à l’époque dans l’équipe ? 

LM : Valérie (NDRL : Garnier), c’était son premier poste en Ligue féminine et on se rejoint oui. Moi avec mon rôle d’ancienne et elle comme jeune entraineur. A la mène, à l’époque, il y avait des jeunes joueuses comme Caroline Koechlin qui menait l’attaque. Moi avec mon poste de jeu, je dirige plus la défense c’est vrai mais je la canalisais un peu sur le terrain. Je la conseillais un peu, pour passer le témoin.

BR : Parce qu’en  2004, vos statistiques à mi-saison sont de 13.5 points et 5 rebonds dans une équipe qui gagne puisque vous êtes deuxième derrière Valenciennes. J’ai lu sur vous que vous étiez une joueuse de devoir, très efficace. Ça vous fait dire quoi ? 

LM : Je ne regarde pas mes stats. D’abord parce que c’est vrai j’ai toujours eu ce rôle d’être une joueuse d’équipe. Et ne pas scorer, par mon éducation, ne m’a jamais frustré. Dans ma formation, j’ai toujours pensé à me sacrifier pour l’équipe.

BR : Retour dans le Sud Ouest en 2004…. Au Temple-sur-Lot. 

LM : Le Temple sur Lot, c’est le projet pour ma reconversion. Cela m’a aidé à rentrer dans la fonction publique territoriale.

BR : Et vous raccrochez en 2006. Vous vous souvenez de votre dernier match ? Et on n’a pas parlé de votre dernière sélection C’était en 2002. Vous en comptez 198 (5 points de moyenne environ) … 

LM : Je raccroche oui en 2006. Pour la première fois, je travaille en même temps que jouer. Le dernier match oui je m’en souviens également. C’était la dernière rencontre de la saison, le public avait répondu présent. Le président du Temple-sur-Lot avait fait les choses bien. Il y avait d’ autres joueuses qui arrêtaient aussi dont Christelle Boel. Mais après, je ne suis pas quelqu’un de nostalgique. Quand j’ai décidé quelque chose, ça y est c’est fini. Je passe à autre chose. Je savais que c’était mon dernier match, je n’étais pas nostalgique, j’étais sereine voilà. On a fait une belle fête. Mes parents étaient venus. J’ai vécu cela de manière joyeuse.

BR : Vous avez fait quoi après 2006 ? Et quel regard vous posez sur votre carrière ?

LM : Quand j’étais en activité gagner, c’était normal. Je veux dire, championne de France, championne d’Europe, tout cela, je m’en rendais pas compte de ce que c’était. Parce que tous les jours, il fallait aller à l’entrainement, il fallait être en forme. C’était comme cela, moi je pensais à gagner mon match et à être dans les meilleures dispositions pour cela. C’était normal. Et puis en fin de compte, c’est plus tard, quand j’ai arrêté que j’ai regardé les choses peut-être différemment. Tu réalises la portée des choses. Les gens te parlent de ta carrière et là tu te dis. Quand même… ouah ! moi j’ai fais cela ? Et c’est maintenant que je me rends compte de la portée de ma carrière. Alors, je vous arrête tout de suite, c’est pas la grosse tête, on est bien d’accord, ce serait déplacé mais là vous voyez je me dis que j’ai eu une carrière que peu de gens ont eu.

BR : Quelle est la joueuse la plus forte avec laquelle vous avez joué ? 

LM : Cathy Melain, elle était capable de jouer 1,2,3 et 4 !

BR : La joueuse perdue de vue que vous voudriez revoir ? 

LM : Il y en a deux, c’était les deux étrangères qu’il y avait à Mirande. Shannon Mc Gee et Judith Medgyesi qui ont été des sortes de maman pour moi au basket. Elles étaient déjà très fortes et puis elles avaient l’état d’esprit de former les jeunes. Moi, à l’époque j’avais 16 ans et c’est extraordinaire ce qu’elles ont fait pour moi.

Yannick Souvré, Judith Medgyesi et Lœtitia Moussard sous les couleurs de Mirande. Source : La Dépêche.fr

BR : La joueuse que vous détestiez rencontrer ?

LM : J’hésite… mais je dirais Isa Fija. C’est une amie mais je dirai qu’on a été les meilleures ennemies entre guillemet, l’une pour l’autre. Elle la blonde, moi la brune, elle la ville, moi la campagne… Parfois, les journalistes en faisaient un peu de trop aussi là-dessus parce qu’en club, on se retrouvait souvent dans les finales et puis une semaine plus tard, on se retrouvait en sélection pour jouer ensemble et aller vers le même objectif. Voilà, c’était cela que je détestais. Non pas la personne, je l’adore Isabelle mais c’est le contexte qui faisait qu’on nous opposait ou qu’on voulait nous opposer.

BR : La joueuse la plus folle ? 

LM : C’est Christiane Koson avec qui j’ai joué à Mirande. Elle a fait les équipes de France jeunes. Elle avait des qualités exceptionnelles. Pour arrêter l’entrainement plus tôt, elle faisait croire à Alain Jardel qu’elle s’était blessée par exemple.

BR : La joueuse la plus inclassable ? 

LM : Odile Santaniello. Des qualités physiques exceptionnelles et elle jouait comme un garçon avec un mental de gagneuse. Odile, c’est une joueuse en avance sur son temps.

Loetita Moussard, Odile Santaniello et Isabelle Fijalkowski lors d’un gala des Anciens Internationaux. Source : Facebook du club des Anciens Internationaux

BR : L’anecdote que vous n’avez jamais osé raconter

LM : Il n’ y en a pas vraiment parce que j’ai toujours été sans filtre. Donc , il n’y en a pas vraiment.

BR : Vous faites partie ou vous avez fait partie du staff d’une équipe de France de jeune je crois. 

LM : Cela fait 10 ans que je suis chef de délégation l’été d’un groupe de jeunes. Quand j’ai arrêté, j’en avais marre de la vie de groupe et puis au final cela m’a manqué. Je me rends compte qu’avec le temps que j’ai toujours vécu en groupe. J’adore mon mari et mes enfants mais ce sont aussi de belles aventures humaines. Je facilite la vie du groupe et de l’entraineur. Je fais en sorte que l’équipe soit dans les meilleures conditions possibles pour les repas, les entrainements, le bus, etc. Je fais en sorte que le groupe soit focus sur la compétition et pas sur les à côtés. Comme une sorte de Général Manager.

BR : Il y a encore le Club des anciens internationaux. Cela représente quoi pour vous ? 

LM : Cela permet de mettre en avant certains joueurs ou joueuses. Avant cela ne se faisait pas de remettre en lumière l’histoire et les parcours des uns des autres. On peut aussi motiver certains jeunes avec des bourses. Et puis cela permet de se revoir autour d’un match ou d’une compétition entre anciens joueurs. C’est toujours sympa de se retrouver.

BR : En 2017, vous devenez Académicienne du Basket. Il y a un très joli symbole car c’est Isabelle Fijalkowski qui fait votre présentation. 

LM : Je crois qu’elle a demandé à le faire. Comme je vous l’ai dit on s’est toujours connu, on s’est toujours croisé lors de notre carrière de basketteuse. Alors oui elle a eu à cœur de me remettre ce trophée et c’est vrai que j’ai été touchée de ce symbole. C’était sympa.

BR : Vous voulez évoquer un autre sujet, autre chose ? 

LM : Pas vraiment non. Quand je me replonge dans toutes ces années, je trouve que je n’ai que de bons souvenirs. Dans ma carrière pour me sentir bien, j’avais besoin d’être entourée. Parfois, on m’a demandé pourquoi je ne suis pas allé jouer à l’étranger mais j’ai toujours privilégié les gens qui m’entourent et je suis très heureuse d’avoir partagé toutes ces belles aventures avec mes coéquipières et mes entraineurs.

L’église Saint Sernin illumine le soirIl est n’est pourtant que 15h bien passée. « Je voudrais vous remercier encore d’avoir pensé à moi. N’hésitez pas si vous allez à une manifestation de l’équipe de France ou autre pour qu’on rediscute. » Voici le capitole, j’y arrête mes pas… Lœtitia Moussard raccroche. Femme du sud, fougueuse et passionnée, ses mots nous rappellent son amour passionné pour son sport qu’elle décrit comme un sport de courage, de combat et de solidarité. Un sport occitan. Nougaro aurait apprécié.

Propos recueillis par Guillaume Paquereau pour Basket Rétro.

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About Guillaume Paquereau (57 Articles)
Amoureux de Gozilla depuis mon plus jeune âge, je suis devenu fan des Suns ! De Sir Charles à Dan Majerle en passant par Nash, via Stoudemire pour aller jusqu'à Devin Booker : PHX a le monopole de mon coeur. Je veux du soleil !

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