Hortencia Marcari, la reine du Joga Bonito sur les parquets
Portrait
Participer à une Coupe du Monde, jouer sous les couleurs de son pays, tel est le rêve de toutes les basketteuses au niveau professionnel. Cependant, marquer les esprits, dominer la compétition et remporter une médaille d’or relève d’un tout autre exploit. Hortencia Marcari peut se targuer de bien plus. Sur cinq participations, A Rainha en conclut quatre en tant que meilleure marqueuse du tournoi. Regard sur celle qui a élevé le Brésil au rang de grande nation du basketball.
Avec du recul, on peut constater une chose : il y a eu un avant et un après Hortencia Marcari. Avant son arrivée, la Seleçao régnait en maîtresse sur l’Amérique du Sud durant les années 1970 mais peinait à s’installer convenablement au niveau supérieur. Hormis une médaille de bronze en 1971, chaque participation à la Coupe du Monde se soldait au mieux sur une 4ème place (1953, 1957) malgré quelques travers comme un échec aux qualifications (1959) ou une 8ème place (1967).
Le chemin était encore long pour une équipe nationale qui a dû attendre 1992 pour participer à ses premiers JO à Barcelone.
DES DEBUTS TONITRUANTS
C’est à seulement 15 ans qu’Hortência Maria de Fátima Marcari intègre la Seleçao, deux ans seulement après avoir commencé le basketball. En 1978, elle n’a que 19 ans lorsqu’elle est alignée pour sa première rencontre sous le maillot du Brésil. Un an plus tard, elle dispute sa première Coupe du Monde en Corée du Sud. Dès sa première rencontre, l’arrière de 1m74 donne le ton avec 26 points contre le Sénégal. Elle se fait également remarquer contre les Pays-Bas avec un match à 30 unités et finit la compétition co-meilleure marqueuse avec 20,8 points de moyenne. Eliminé dès les phases de poule par la France, le Brésil affiche tout de même la deuxième attaque mais termine à la 9ème place. Ce résultat médiocre n’a que peu d’importance, l’essentiel se trouve ailleurs, avec à sa tête un joyau qui a de quoi susciter de l’espoir pour les années à venir, d’autant plus que l’édition suivante se déroule sur leurs terres.
En 1983, hôtes du mondial, elles sont d’office qualifiées pour les phases finales. A Sao Paulo, elles entrent parfaitement dans la danse contre la Yougoslavie (74-60), galvanisées par les 46 points d’Hortencia Marcari qui est devant son public dans sa ville natale, signant au passage un record en Coupe du Monde qui tient toujours. Elles s’en sortent de justesse (81-78) pour leur deuxième match contre la Bulgarie avant de chuter d’un petit point contre la Chine (71-72), puis elles lâchent également contre la Corée du Sud (79-80). Leurs rêves de médaille s’envolent finalement contre les Etats-Unis (78-109) malgré 38 points de leur capitaine. Les Brésiliennes auront beau avoir un sursaut d’orgueil contre la Pologne (84-72), l’URSS enterre définitivement tout espoir pour leur ultime rencontre (75-99). En finissant en cinquième position, Hortencia Marcari se console d’un deuxième titre de meilleure marqueuse (29 points par match).
En 1986, la Coupe du Monde en Union Soviétique vire au cauchemar. Les phases de poules sont catastrophiques avec un zéro pointé pour cinq défaites et une sixième place. En match d’ouverture, les 35 unités d’Hortencia Marcari ne suffisent pas à contenir l’URSS à domicile. Puis les revers s’enchaînent : la Bulgarie, la Corée du Sud, Cuba et enfin le Canada. Le pire vient lors des matchs de classements, avec une chute libre jusqu’à la onzième place, signant la pire performance de l’histoire de la sélection pour le Brésil. Marcari affiche une moyenne de 18,6 points, elle livre sa « pire » Coupe du Monde, la seule où elle n’est pas meilleure marqueuse. Impuissante pour porter son pays, elle surnage dans une équipe en pleine crise.
Le doute s’installe en Malaisie pour l’édition de 1990. Après deux défaites contre le Canada (56-74) et l’URSS (67-95), elles sortent à nouveau par la petite porte, dès le premier tour. Les Brésiliennes sauvent l’honneur lors de leur troisième rencontre contre le Japon (91-79), portées par 38 points d’A Rainha. L’arrière signe un autre carton en match de classement contre la Chine avec 44 points, en vain puisqu’elle voit son équipe chuter à la dixième marche du classement. Elle se contente une nouvelle fois d’un titre de meilleure marqueuse avec 31,5 unités de moyenne. Son image n’est plus celle de l’élue, qui allait enfin apporter la gloire à la Seleçao, mais celle d’une habituée des coups de chauds offensifs, aux abonnées absentes lorsqu’il s’agit de faire gagner la nation. Les médias soulignent même une mésentente avec sa coéquipière de toujours Maria Paula da Silva, alimentant une rivalité avec « Magic Paula » depuis plusieurs années.

LA COUPE DU MONDE 1994, LE GRAAL
8 ans après les déboires de 1986, 4 ans après un fiasco en Malaisie, Hortencia Marcari revient avec sa sélection pour une ultime Coupe du Monde. 3 ans plus tôt, elle remportait les Jeux Panaméricain, une première depuis 20 ans. Le Brésil sort d’un Championnat d’Amérique du Sud 1993 (sans sa joueuse star) conclu par une médaille d’or, marquant le premier succès depuis l’arrivée de Miguel Angelo da Luz en tant que sélectionneur. Plus fort que jamais, la Seleçao a une fenêtre de tir qu’elle ne peut pas manquer. Bien que toujours capitaine, Marcari forme un trio offensif infernal avec Janeth dos Santos Arcain (23,3 points, 7,6 rebonds et 3,1 passes) et Maria Paula Gonçalves da Silva (19,8 points, 3,1 rebonds, 4,4 passes). Au passage, Adriana Dos Santos disputait sa première Coupe du Monde.
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Le format de la compétition consistait à une première phase de groupe qualifiant les deux premiers de chaque poule, puis d’une seconde phase de groupe qualifiant les deux premiers de chaque poule à nouveau permettant de déterminer les pays disputant les demi-finales.
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Lors du premier tour, elles s’imposent sans difficulté contre Taiwan (112-83) montrant d’entrée de jeu une belle complicité avec 22 points de Marcari, 18 rebonds d’Arcain et 8 passes de Da Silva. Les 27 unités de leur capitaine ne suffisent pas contre la Slovaquie (88-99) mais elles assurent une victoire contre la Pologne (87-77). Elles parviennent à se qualifier pour le deuxième tour en finissant à la deuxième place du Groupe C.
Opposé à Cuba, le duo Marcari (25 points) Arcain (38 points et record sur cette édition) n’en fait qu’une bouchée (111-91). La deuxième rencontre contre la Chine est plus corsée face à Haixia Zheng (26,4 points, 13,1 rebonds de moyenne), la meilleure rebondeuse, troisième marqueuse de cette Coupe du Monde et auteure de 31 points et 14 rebonds ce soir-là. Malgré 36 points de Marcari, elles déposent les armes (90-97). Au bout du suspense, portées une nouvelle fois par 25 unités de leur arrière, elles se défont de l’Espagne (92-87) et décrochent un billet pour les demi-finales.
Sur leur chemin se dressent les Etats-Unis, jusqu’ici invaincu. Aux côté des 32 points de sa capitaine, c’est Da Silva qui sort son épingle du jeu au bon moment avec 29 unités. Au bout du fil, elles repoussent la performance XXL de Katrina McClain (29 points, 19 rebonds) pourtant bien épaulée par Teresa Edwards (15 points) et s’imposent (110-107). Non sans trembler, la Seleçao s’offre une finale.
Cette dernière rencontre en ce 12 juin 1994 a une saveur de revanche pour les Brésiliennes, opposée à la Chine bien décidée à réitérer leur victoire d’il y’a quelques jours. Dans une lutte acharnée, Haixia Zheng affiche un match solide (27 points, 11 rebonds) et peut compter sur Fang Wang (17 points). L’état de fatigue de la pivot Chinoise est non négligeable puisqu’elle jouait 40 minutes en moyenne sur ces phases finales. En face, Janeth Arcain (20 points, 6 rebonds, 3 passes) et Maria Paula Da Silva (17 points, 6 passes) sont au rendez-vous. Une fois encore, comme ce fut le cas pendant toute sa carrière, Hortencia Marcari a fait la différence avec 27 points, 3 rebonds et 2 passes. Bien que les Chinoises affichaient un avantage certain aux rebonds tout au long de leur parcours, les Brésiliennes ne se sont pas laissé faire et ont remporté le duel sous le cercle (26-23). Le score est sans appel : 96-87, elles ont réussi leur coup. Le Brésil est enfin champion du Monde, quelques semaines avant les hommes en football, tout un symbole pour cette année glorieuse.
Une fois le buzzer retenti au Sydney Entertainment Centre, les confettis sont lâchés, une reine était enfin couronnée.
Le trio fini respectivement à la 1ère, 3ème et 5ème place au classement des meilleures marqueuse du tournoi, de quoi faire du Brésil le 2ème meilleure attaque avec 98,3 points et la 2ème meilleure évaluation avec 90,4. Hortencia Marcari est logiquement élue avec Janeth Arcain dans le 5 du tournoi, et conclu pour la quatrième fois une Coupe du Monde en tant que meilleure marqueuse avec une ligne statistique faisant presque oublier ses 34 ans : 27,6 points, 3 rebonds, 1,3 passe, 0,3 interception le tout à 45,1% au tir, dont 28,6% à trois points et 85,5% aux lancers-francs. Enfin titrée, elle peut prendre sa retraite internationale l’esprit tranquille.
UN HERITAGE INDELEBILE
Au même titre que toutes les légendes issues de nations dont le basketball n’était pas le sport numéro un, presque tout était à construire, et elle l’a fait. Elle a réussi à apporter un engouement vers le basket féminin au Brésil, à rassembler un public. Lorsqu’elle est sortie de sa retraite internationale pour les Jeux Olympiques d’Atlanta en 1996, après 18 mois d’absence et la naissance de son fils, elle revient pour une dernière danse. Sur la deuxième marche du podium, l’argent autour du cou, elle ne pouvait avoir cette sensation d’accomplissement. 18 ans plus tôt, le palmarès de la Seleçao ne comptait pratiquement que les compétitions en Amérique du Sud, des Jeux Panaméricains et n’avait jamais pu se qualifier pour les JO. Le chemin fut rude mais elle se retire sans regret. Son palmarès parle de lui-même :

Suite à l’ère Marcari, le Brésil est parvenu à maintenir dans l’élite du basketball féminin, s’appuyant sur Janeth Arcain notamment. Bien qu’elles ne soient pas parvenu à réaliser le doublé en 1998 en Allemagne (4ème), elles ont tout de même glané une médaille de bronze aux JO de Sydney en 2000 tout en maintenant leur niveau aux Jeux Panaméricains, en Coupe des Amériques ainsi qu’en Championnat d’Amérique du Sud.
En 2002, son nom passe à la postérité en étant intronisée au Basketball Hall of Fame, au Women Basketball Hall of Fame. 5 ans plus tard, elle est intronisée au FIBA Basketball Hall of Fame.
Dans son discours, elle revient sur le fait qu’elle n’a jamais cessé de croire en ses rêves de gloire en Coupe du Monde ou aux Jeux Olympiques… elle témoigne :
« Pour ceux qui ne croiraient en rien, je sais qu’ils ne seraient jamais arrivé ici et que ce jour ne serait jamais venu. S’en sortir dans diverse situations, dans un pays sans culture basket ni supporters, être là ce soir parmi mes idoles et voir la reconnaissance d’une vie entièrement dédiée au sport me fait croire encore plus que dès qu’il y’a une opportunité, même si celle-ci est moindre, tout est possible. »
En point d’orgue de son héritage sur le sport, elle est choisie pour allumer la vasque Olympique à Rio de Janeiro en 2016. Finalement, en 2018, elle voit son nom figurer en tête d’un sondage de la meilleure joueuse de l’histoire de la FIBA.

L’histoire d’Hortencia Marcari, c’est celle d’une arrière chétive défiant les pronostics aussi bien en matière de précocité que de niveau de jeu. Son talent a su inspirer les générations futures, dans un rôle de pionnière à s’imposer en tant que star à l’international. Le Brésil a eu Pelé, Ayrton Senna, Oscar Schmidt… et Hortencia Marcari. Ce n’est tout sauf un hasard si son nom pointe toujours au sommet du classement des meilleures marqueuses de l’histoire de la Coupe du Monde, mais aussi celui de la Seleçao.


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