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Anne-Marie Colchen, fer de lance des Bleues à la première Coupe du Monde

Coupe du Monde

Montage Une : Laurent Rullier pour Basket retro

Il faut attendre le début des années 1950 pour voir le basketball féminin reprendre son droit suite à la fin de la Seconde Guerre mondiale et relancer les compétitions intercontinentale (la discipline ne sera Olympique qu’à partir des JO 1976 à Montréal). La France sort d’un Euro 1952 compliqué finissant à la 7ème place, deux ans après un Euro 1950 plein de promesse conclu à la 4ème place.

Le passé glorieux des Bleues à l’international durant l’entre-deux-guerres semble loin derrière, du temps de la FSFI, ancêtre de la FIBA. Elles avaient empoché une médaille d’argent aux Jeux Mondiaux féminin de 1930, étant sacrées championnes d’Europe cette même année avant de remporter la médaille d’or lors des Jeux Mondiaux féminins de 1934 tout en étant désigné championnes d’Europe.

Le retour à la compétition pour cette première Coupe du Monde est marqué par trois absences, celle de la Bulgarie, la Hongrie et l’URSS, deux des plus gros poissons du Vieux Continent. Pleurant la mort de Staline, les Soviétiques déclinent l’invitation, l’occasion pour la France de renouer avec le succès agrandissant son palmarès de plus belle.

Anne-Marie Colchen et Édith Tavert-Kloechner lors de la Coupe du Monde 1953 Crédits: Franz Golhen

Dès l’âge de 15 ans, Anne-Marie Colchen se fait remarquer pour ses qualités athlétiques. Haute de 1m82 pour 68kg, ses mensurations lui permettent d’intégrer l’ASAN (Association Sportive St-Augustin Normand) à la fois en athlétisme mais également au basketball.

Bien avant l’ère moderne où il est possible de vivre de sa passion, la Havraise évolue au plus haut niveau sur les deux disciplines entre 1946 et 1955, période au cours de laquelle elle glane une médaille d’or en saut en hauteur et une médaille d’argent en relais 4x100m lors des Championnats d’Europe d’athlétisme de 1946. Elle est également quadruple championne de France de saut en hauteur (1946, 1948, 1949, 1950). Bien que jamais titrée, elle a également participé aux JO 1948 de Londres et 1952 de Helsinki à la fois au saut en hauteur, mais aussi aux haies ainsi qu’au lancer de javelot.

Parallèlement à ses exploits sur les pistes, elle brille sur les parquets sous les couleurs du club picard du CS Château-Thierry où elle est sacrée 3 fois championne de France (1948, 1949, 1950) et enfile également le maillot Bleu pour l’Euro 1950 et 1952 et parvient à qualifier l’Equipe de France pour la tout première Coupe du Monde de la FIBA.

Anne-Marie Colchen lors d’un match de la Coupe du Monde en 1953 Crédits: L’Equipe

Lorsque les Bleues débarquent à Santiago, non sans difficultés suite à un vol en avion depuis Buenos Aires qui a manqué de peu de coûter la vie à l’équipe, les esprits se mettent rapidement dans la compétition. Portées par 21 points de leur capitaine dans une large victoire contre le Pérou (62-22), elles se qualifient automatiquement pour les phases finales (le format de la compétition commençant par un match couperet). La deuxième rencontre est plus compliquée, y compris pour Anne-Marie Colchen qui n’affiche que 9 points contre les Etats-Unis. Impuissantes face à Katherine Washington et ses 12 unités, elles s’inclinent sur le score de 36-40. Elle se relance cependant contre le Brésil avec 25 points au terme d’une deuxième mi-temps de haut niveau menant à une victoire 49-37. Le match suivant face au Paraguay les voit également dérouler leur basket dans une seconde période à sens unique. Leur figure de proue est encore au rendez-vous avec 18 points et un succès 58-27.

En parallèle, Team USA n’est pas parvenu à se défaire du Brésil (défaite 23-29). Les Françaises ont la médaille d’or en ligne de mire, car malgré leur défaite contre les Etats-Unis, elles s’en sortent toujours à la différence de points.

Se dresse alors contre elles, le Chili, à domicile et devant 24 000 spectateurs. Dans une bataille qui restera dans les mémoires pour la mauvaise raison. Les Françaises menaient pourtant à la mi-temps (21-19), mais se sont effondrées au retour des vestiaires. Sur le banc, Robert Busnel aura beau remuer ciel et terre, pester contre l’arbitrage… il n’en est rien. Les Bleues sont dépassées par l’expulsion de leur meilleure joueuse pour 5 fautes qui quitte le terrain après un match à 12 points, impuissantes face aux 24 points d’Onesima Reyes. Elles finissent par déposer les armes (35-45). La défaite est difficile à digérer, d’autant plus que Willard Greim, alors président de la FIBA, exprimait lui aussi sa déception face à la prestation du corps arbitral.

Malgré une médaille d’or qui leur a échappé de peu, au même titre que la médaille d’argent (remportée par le Chili), elles se devaient de finir en beauté avec un podium. Dans cette ultime acte contre l’Argentine, Anne-Marie Colchen livre sa meilleure prestation du tournoi avec 30 points dans une conquête sans grande difficulté (victoire 48-26). A l’issue d’une Coupe du Monde où elles ont affiché un bilan de 4 succès pour 2 revers, elles ont tout de même enregistré la plus grande différence de points (+91). Sur le podium, le bronze autour du cou, elles n’ont pas à rougir de leur épopée. Anne-Marie Colchen est la meilleure scoreuse du tournoi, exploit qu’aucune Française n’a réalisé depuis, au même titre que cette médaille, la seule en Coupe du Monde à ce jour.

Par la suite, elle continue de porter fièrement le maillot bleu lors de deux Euros (6ème en 1954, puis 7ème en 1956), malheureusement sans le succès espéré suite à cette médaille en Coupe du Monde aussi belle qu’inattendue. Quelques semaines après avoir fait ses adieux à l’ASAN, son club de toujours, elle prend finalement sa retraite internationale, la tête haute lors de sa 66ème et dernière sélection suite à une victoire contre l’Autriche (69-42) pour arracher une 7ème place.

Lorsqu’elle raccroche à la fin des années 1960 après près d’une décennie passée au CS Toulon, elle se reconverti d’abord en tant qu’arbitre, puis s’investi dans la vie sportive des Bouches du Rhône devant jusqu’à devenir vice-présidente du Comité de la Côte d’Azur. Elle voit au passage sa fille, Marie-Christine Decker, devenir à son tour professionnelle.

Viennent alors les années 2000, 55 ans après être devenu récipiendaire de la médaille d’or de l’éducation physique, son nom passe enfin à la postérité : d’abord en 2002 en étant reconnue gloire du sport, puis en 2005 lorsqu’elle est élue à l’Académie du Basketball Français, et enfin en 2009 lorsqu’elle est faite chevalière de l’ordre des Palmes académiques, Chevalier de l’ordre du mérite sportif ainsi que chevalier de la légion d’honneur.

En 2019, la ville de Château-Thierry décide de nommer un gymnase à son nom, à titre posthume, deux ans après son décès.

En somme, Anne-Marie Colchen aura laissé une trace indélébile dans l’histoire du basket français. Au-delà de la balle orange, c’est une figure importante pour le sport féminin en général. Pendant plus de 20 ans, tout au long de sa carrière, elle a fait démonstration de sa polyvalence au travers de ses exploits aussi bien sur le plan collectif qu’individuel.

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About Léo Daulon-Nicolas (16 Articles)
Etudiant en L2 Information-Communication dans l'objectif d'entrer dans le monde journalisme. Beaucoup de sujets historiques avec un peu d'actualité sur la NBA et le basket en général, l'histoire n'a pas fini d'être racontée dans un devoir de mémoire des plus grandes légendes.

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