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[Long format] Sauver Olga – Épisode 1 : Doda ne répond plus

Long Format

Montage Une : Anthony Jeffrey pour Basket Rétro

Elles ont tutoyé la gloire dans les années 1970. Vingt ans plus tard, les Demoiselles de Clermont, devenues des Dames, se retrouvent. Mais sur un autre terrain, pour mener un autre combat. Vital, car c’est une question de vie ou de mort. Le temps presse. Il faut sauver Olga, leur ancienne coéquipière. C’est l’affaire Djokovic.

Nous sommes au printemps 1993.

Élisabeth Riffiod prépare son jubilé prévu le 15 mai. Après sa glorieuse époque au CUC, elle avait rallié la région parisienne et a conquis un nouveau titre de champion de France à Asnières en 1982 avec sa collègue de Clermont, Françoise Quiblier – Bertal. Ensemble, elles retrouvent une énième fois Ouliana Semenova et le Daugawa Riga qui ont tant hanté leurs nuits. Le dernier match de la poule des quarts de finale en Coupe des Champions en janvier 1983 à Asnières, précisément contre les Soviétiques, sera le dernier match au haut niveau d’Élisabeth.

Jusque-là détachée dans le cadre de la préparation olympique et devenue prof d’EPS, Élisabeth Riffiod est mutée dans le Sud-Ouest quelques jours plus tard. Elle signe à Mont-de-Marsan. Elle y restera quatre saisons avant de gagner la Gironde. Elle devient intervenante à la Fac de Bordeaux et prend une dernière licence à Sainte Eulalie, qui joue en départementale.

Eté 1973 : Olga Djokovic (à gauche) et Adrianna Biermaier arrivent au Clermont UC. @L’Equipe Basket Magazine.

C’est là que, quatre ans plus tard, elle entend mettre un point final à sa riche carrière (247 sélections). C’est là que ses fils fourbissent leur technique. Martin chez les minimes 1 et Boris, le futur capitaine de l’équipe de France, chez les benjamins 1. C’est là qu’Élisabeth veut boucler la boucle par une grande fête. Elle contacte ses glorieuses coéquipières. Toutes répondent. Sauf une. Olga Djokovic ne répond plus.

Printemps 1974 : Le CUC avec Djokovic fête son 7eme titre champion de France consécutif et parvient encore en finale de la Coupe d’Europe. @L’Equipe Basket Magazine.

Olga était arrivée à l’été 1973 dans une équipe de Clermont alors au sommet européen en accédant à la finale de la Coupe d’Europe 1971 et 1973, à chaque fois perdue contre le TTT Daugawa Riga, invincible avec sa tour de contrôle, unique au monde, Ouliana Semenova et ses 2,10m.

Pourtant le président du CUC, le Docteur Michel Canque ne renonce pas. Après avoir rapatrié la fine fleur du basket français, à l’exception de Jackie Delachet et Danièle Peter, insensibles au concept, il s’est tourné vers des ressources étrangères.

Mulica Tojagic-Radovanovic avait ouvert la voie dès 1967 suivie de Natacha Bebic. Olga Djokovic était la troisième étrangère et la troisième Yougoslave à rallier Clermont. Elle était venue en même temps que Adrianna Biermaier, une Tchèque naturalisée Autrichienne, dont le mari Eric devenait le coach des Clermontoises. Ensemble Olga et Adrianna avaient porté le maillot de la sélection d’Europe en juin 1972 face au… CUC.

TECHNIQUE ET COMBATIVITÉ AU SERVICE DU CUC

Licenciée en droit, solide (1,80m), Olga, revenue au plus haut niveau après un grave accident de la circulation, devait apporter son talent et son expérience (169 sélections, médaille d’argent en 1968 puis en bronze en 1970 aux championnats d’Europe). Formée à Sarajevo, elle n’avait jamais fait carrière en Coupe d’Europe.

« Lorsque la possibilité de jouer avec les championnes de France s’est offerte à moi, j’ai longuement réfléchi. Il est toujours difficile de vivre dans un pays étranger, la mentalité et les coutumes étant très différentes. Mais je voulais jouer dans une grande équipe. Alors je me suis décidée à quitter mon pays. »

De fait Olga a apporté sa technique et sa vista. « Ses principales qualités étaient la première passe, le shoot autour de la raquette et son sens du rebond. Elle était combative et athlétique. » se souvient Jacky Chazalon, la leader des joueuses au maillot noir.

Djokovic permettra au CUC de se hisser à nouveau en finale en 1974, mais échouera en demi-finale contre le Sparta Prague la saison suivante. « Les deux plus belles années de ma carrière ».

Elle retournera dans son club formateur de Sarajevo avant de revenir à l’AS Montferrand en 1976 pour une saison répondant à l’appel de son ancien coach du CUC, Adam Weber. Puis de mettre un terme à sa carrière après dix-huit ans de haut niveau. « J’ai aimé préparer mon sac et mes affaires durant toutes ces années. Et un jour, je n’ai plus eu ce plaisir. Il fallait que j’arrête de jouer. Je ne l’ai jamais regretté. »

DE RETOUR A SARAJEVO

Retournée en Yougoslavie, elle est devenue journaliste de sport au journal Oslobodjenje (« Libération »). « J’ai quitté le terrain, mais je suis restée tout au bord ». Elle couvrira les grands rendez-vous du basket international et, de très près, les succès du basket yougoslave alors à son meilleur niveau, rapportant au passage une boite d’allumettes de chacun de ses déplacements.

Olga devient journaliste de sport. Ici un article dans la revue Basket Ball, l’organe de l’AIPS (Presse sportive internationale).

Olga Djokovic, alias Doda pour ses proches, avait retrouvé Sarajevo, sa ville natale. C’est là qu’elle a conquis de nombreux titres nationaux avec son club de Zeleznicara. C’est aussi la ville du Bosna, champion de Yougoslavie à plusieurs reprises chez les hommes, et surtout lauréat de la Coupe d’Europe en 1979 après son fameux succès contre Emerson Varèse de Bob Morse à Grenoble grâce à sa doublette Zarko Varjic (47 points) et Mirza Delibasic (30). C’est enfin la ville organisatrice des Jeux Olympiques d’hiver 1984.

UN SIÈGE FRATRICIDE DE 1 000 JOURS

Mais à partir d’avril 1992, c’est surtout la ville assiégée mille jours durant et prise pour cible par des forces serbes depuis les collines environnantes dans le cadre d’un violent conflit fratricide lié à la sécession de la Slovénie, de la Croatie, de la Bosnie-Herzégovine et de la Macédoine qui faisaient partie de la Yougoslavie (« le pays des Slaves du Sud ») depuis 1945. Mosaïque d’ethnies et de religions, le pays a implosé à l’effondrement de l’URSS.

Les habitants de Sarajevo, dont Olga, sont pris dans la gangue d’un blocus fait de bombardements quotidiens, de milliers de morts, de terreur, de privations.

Chaque jour est une angoisse.

Dès avril 1992, « Doda » tient un journal. Chaque jour, elle livre ses impressions sur sa machine à écrire, seul allié dans son infortune avec son piano et son chat. Un témoignage poignant qu’elle éditera tel quel longtemps plus tard. « Quoi qu’il advienne, il n’y aura pas de vainqueur » pronostique-t-elle les premiers jours du siège, « cette entreprise d’autodestruction. »

La vie est rude à Sarajevo. Tous les jours, Olga remplit des bidons d’eau.

Quelques exemples :

19 mai  1992 : « L’aéroport est ravagé. Les pistes, les appareils sont détruits. Adieu l’altitude, la vitesse, le confort. Il n’y a pas de train, plus aucun autobus ne circule. Nous ne pouvons compter que sur nos jambes. »

22 mai : « La Bosnie-Herzégovine a été admise aujourd’hui au sein des Nations Unies. Je ne suis donc plus Yougoslave. Mon pays ne compte plus 22 millions d’habitants, mais environ 5 millions seulement. Ma langue n’est plus le serbo-croate, mais le bosniaque. »

26 mai : « Sarajevo a été promue ville la plus détruite d’Europe depuis la seconde guerre mondiale. »

1er juin : « La guerre n’est pas une honte pour les hommes qui la font, mais un calvaire pour les femmes qui l’endurent. »

19 juillet : « Dans six jours débutent les JO. Cela nous laisse froids. »

4 novembre : « Puis-je continuer à endurer ce calvaire ? Non, cent fois non. Puis-je tout laisser et partir dans l’inconnu ? Non, cent fois non. Quelle est alors la solution ? J’y ai réfléchi pendant des heures et des heures sans avancer. »

17 novembre : « C’est décidé, je quitte Sarajevo. Tout est clair maintenant. La pénurie d’électricité, d’eau, de nourriture, de pain. Nous tremblons de froid, nous vivons dans la saleté, nous avons les intestins qui gargouillent. Tout cela pour acheter des armes afin de se venger. Jamais il n’y a eu des criminels aussi géniaux. »

9 décembre : « Quel que soit le cours que prennent mes pensées, elles me ramènent aux Serbes, aux Croates et aux Musulmans. Ces différences auxquelles personne ne faisait attention auparavant : chacun de ces peuples aujourd’hui divisés me semble dans son bon droit… »

LE BASKET EN BULLE D’OXYGÈNE

L’année 1993, pendant laquelle le dramatique siège se poursuit, la ramène à son sport favori avec quelques bulles d’oxygène.

Le 25 mars, elle a un contact avec Belka, une ancienne basketteuse de Novi Sad devenue une amie.

Le 13 avril, la télévision remarche : « J’ai passé une excellente soirée en regardant Kanal S. Sur les quatre équipes en demi-finales de la Coupe d’Europe à Athènes, trois sont dirigées par des coaches yougoslaves : Bozidar Maljkovic à Limoges, Petar Skansi au Benetton Trévise et Dusan Ivkovic au PAOK. »

Deux jours plus tard, elle est ravie que ce soit un Slovène Jurij Zdovc qui ponctue le sacre de Limoges.

Le 8 juin, elle est atterrée par la disparition tragique de Drazen Petrovic près de Francfort. « Les astres lui souriaient. »

Le 28 juin, elle note que la Bosnie-Herzégovine gagne la médaille d’or des Jeux Méditerranéens à Montpellier à la dernière seconde face à l’Italie.

Le 6 juillet enfin, elle voit l’Allemagne entrainée par son ami Svetislav Pesic devenir championne d’Europe en battant l’URSS d’un point.

LA PRÉDICTION DE MADAME ERIKA

Trois jours plus tard, elle écrit : « Madame Erika m’a lu l’avenir dans le marc de café. Elle ne m’a prédit que des choses agréables. Je vois trois cadeaux provenant de l’étranger dont l’un, énorme, inattendu, parachuté du ciel. Souviens-t-en ! Ce sera quelque chose venant de loin et d’une très grande valeur. »

A 2 000 km de là, à Sainte Eulalie près de Bordeaux, Olga Djokovic n’ayant répondu pas à l’invitation d’Élisabeth Riffiod, l’internationale française a une idée de génie. Elle écrit une lettre. Une lettre qui donnera raison à Madame Erika et qui changera le destin de Doda…

Elizabeth Riffiod, ici en 1993, prend la plume…

                                                                                      (A suivre)

Sources : L’Equipe Basket Magazine, Olga Djokovic raconte son match pour la vie (Arnaud Franel Editions).

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About Dominique WENDLING (57 Articles)
Ancien journaliste, joueur, entraîneur, dirigeant, président de club. Auteur en 2021 de "Basket in France", avec Laurent Rullier (I.D. L'Edition) et en 2018 de "Plus près des étoiles", avec Jean-Claude Frey (I.D. L'Edition).

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