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Le coin lecture #6 : Long Shot : le parcours tumultueux de l’engagé Craig Hodges (2016)

Lecture

Illustration Une : Adrien PMMP pour Basket Rétro

Tous les 15 jours, Basket Retro vous ouvre les portes de sa bibliothèque pour vous faire découvrir un ouvrage sur l’histoire de la NBA. Cette semaine, retour sur l’histoire d’un joueur atypique et engagé, Craig Hodges.

LE LIVRE

La lutte contre l’inégalité raciale est un fil rouge de l’histoire de la NBA depuis les années 60. Certaines icones participent alors à faire avancer les mentalités par des actions coup de poing, boycott ou déclaration : Bill Russell, Elgin Baylor ou encore Oscar Robertson boycottent des rencontres pour dénoncer la ségrégation dans certains états. Kareem Abdul-Jabbar refuse de participer aux Jeux Olympiques de 1968. Le flambeau a récemment été repris par Lebron James, Jaylen Brown et une majorité des joueurs NBA lors des manifestations Black Lives Matter. Entre temps, certaines voix moins célèbres se sont élevées pour faire valoir les droits des minorités aux Etats-Unis. Craig Hodges, comme Mahmoud Abul-Rauf un peu plus tard en est une.

Le livre raconte à la première personne la vie de Craig Hodges. Depuis son enfance à Chicago, dans un quartier pauvre de Chicago, élevé par une famille qui l’imprègne de la lutte pour le respect des droits des noirs. Son amour pour le sport et son talent pour le basket, forgé à force de travail et de rigueur est insufflé par son grand-père. Hodges détaille son parcours universitaire à Long Beach State avec Tex Winter en entraineur. Il raconte également ses débuts compliqués NBA avec les San Diego Clippers et Donald Sterling comme propriétaire puis son échange à Milwaukee arrivé comme une aubaine. Mais ce qui fait l’intérêt de ce livre est le combat que mène en parallèle Hodges pour les droits des minorités et les conséquences sur sa carrière.

Il est échangé à Phoenix en 1988 suite à une polémique à Milwaukee ou il est accusé d’être proche de Louis Farrakhan, leader de Nation of Islam et accusé d’antisémitisme et homophobie. Il rejoint son mentor Tex Winter et les Bulls en 1988 pour soulager Jordan. Un choix complémentaire idéal : Hodges maitrise le jeu en triangle que Phil Jackson met en place et peut bénéficier des prises à deux sur Jordan pour être efficace derrière la ligne à trois points. Si les relations sont bonnes avec MJ au démarrage, elles se dégraderont par la suite, lorsque notamment Hodges propose à Jordan et aux Bulls de boycotter le premier match de la finale 1991, quelques semaines après le lynchage de Rodney King par la police de Los Angeles. Quelques mois plus tard, il assiste à la cérémonie des Bulls à la maison blanche en Dashiki ( tunique ample de couleur vive, originaire d’​Afrique de l’Ouest) et remet une lettre à George Bush sur le traitement des jeunes afros-américains.

 Si Jordan n’évoque jamais avec lui directement le problème, Hodges reproche à David Falk et à MJ indirectement d’avoir orchestré son départ de la NBA en lui fermant les portes des autres franchises alors qu’il pense avoir le niveau : après tout, il vient de remporter trois fois de suite le concours à trois points du All-Star Game.

Il revient également sur sa vie privée et son mariage tourmenté comme ce jour où il décide d’aider financièrement un jeune chanteur, Robert, que son beau-frère lui a présenté. Ce qu’il ne sait pas à ce moment, c’est qu’il vient de mettre dans les bras de sa femme l’un des plus grand artiste R&B en devenir : R. Kelly.

Publié une première fois en 2016, ce livre a connu une nouvelle publicité en 2020 au moment du mouvement Black Lives Matter. Certains fans absolus de Jordan ont du mal à accepter sa publication, remettant en cause les propos de Hodges, notamment sur sa mise à l’écart que Jordan et Falk aurait orchestré. Les tensions entre les deux joueurs durent encore à ce jour, Hodges ayant récemment critiqué Jordan pour son commentaire sur la cocaïne dans le vestiaire des Bulls dans « The Last Dance ».

EXTRAIT

Lors de la visite à la maison blanche des Bulls champion NBA en 1991, Craig Hodges remet une lettre en main propre à George W. Bush sur la condition des Afro-Américains aux Etats-Unis. Un acte qui fera polémique et précipitera la fin de carrière de Hodges à Chicago.

« La lettre était face à moi les jours précédents ma visite à la maison blanche. Ouverte sur le bureau de la maison, elle semblait me dire « Assure toi de faire cela bien, car tu n’auras qu’une chance ». C’était une lettre qui faisait huit double pages. Je l’ai réécrite une dizaine de fois dans ma tentative d’exprimer les leçons inculquées par ma famille, mes professeurs et ma communauté. Elle commence par :

  • L’objectif de cette note est de parler au nom des personnes pauvres, native américains, sans-abris et plus spécifiquement des Afro-américains qui n’ont pas la chance de rentrer dans ce grand édifice et rencontrer le leader du pays dans lequel ils vivent.

Le 1er octobre 1991, quatre mois après que mon équipe, les Chicago Bulls, aient remporté leur premier titre NBA, nous avons visité le 1600 Pennsylvania Avenue pour recevoir les félicitations officielles du président George W Bush. Les Bulls allaient être la première équipe NBA à pouvoir faire quelques tirs sur le terrain de basket extérieur de la maison blanche. Déterminé à saisir ma chance pour parler au plus près du pouvoir, je souhaitais informer le président des Etats-Unis que je n’étais pas qu’un athlète, mais un descendant d’esclaves, un enfant du mouvement de libération des noirs, un homme qui veut se battre pour rendre le monde meilleur pour la population Afro-américaine. Je voulais utiliser cette visite pour aider à élever les discussions sur l’augmentation des incarcérations, les réparations de l’esclavagisme, les causes de la violence urbaine, la promotion de noirs aux Etats-Unis jusqu’aux plus haut postes de la nation, au nom de la communauté qui m’a élevé ».

L’AUTEUR

Craig Hodges est un personnage atypique de l’histoire de la NBA. Fortement engagé pour la cause noire, il raconte son parcours et son engagement qui selon sa version lui coûtera sa place en NBA. Il est aidé par Rory Fanning, ancien Ranger qui a notamment été compagnon d’équipe de Pat Tillman, ancien joueur NFL tué en service en Afghanistan en 2004 : il écrit un livre pour honorer la mémoire de son ami en 2004 « Worth Fighting for ».

L’AVIS DE BASKET RETRO

Certains diront que ce livre est un l’œuvre d’un joueur aigri qui n’a pas supporté sa mise à l’écart suite à une baisse de niveau. S’il est impossible de vérifier le vrai du faux, il n’en reste pas moins que cet ouvrage dépeint un personnage touchant, au parcours atypique et surtout guidé par ses convictions politiques.

A une époque où les joueurs NBA souhaitent maîtriser leur communication pour ne pas ternir leur image de marque (« Republican buy shoes too !»), le personnage de Hodges sort du lot. On peut critiquer ses prises de positions parfois extrêmes mais on ne peut être qu’admiratif du combat pour l’égalité et la reconnaissance mené par l’ancien Bulls, parfois au prix de sacrifices sur sa carrière. A lire aussi pour avoir un autre regard sur la NBA des années 80 et 90.

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Twitter : @junkyardswan

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