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Eurobasket 2003 : Le triomphe lituanien

Eurobasket

Montage Une : Aurélien Sohard pour Basket Rétro

La trente-troisième édition de l’Eurobasket a été l’occasion de voir arriver à maturité une des équipes les plus difficiles à manœuvrer du panorama basket européen. Une équipe alliant puissance physique, technique, culture de la gagne et complémentarité. Avec à sa tête, un génie de la balle orange : Šarūnas Jasikevičius, sa culture de la gagne et sa Lituanie.

« ÉTÉ DE CANICULE », « TP » EN FORCE ET DES FAVORIS PRÉSENTS AU RENDEZ-VOUS

2003, une année que d’aucuns se rappellent et qui a été marquante sur un bon nombre de plan. Fin définitive de la Yougoslavie, en février, avec le début de l’entité que l’on va désormais appeler durant trois ans (jusqu’en 2006) la Serbie-Monténégro. Une appellation que Peja Stojaković et ses coéquipiers étrennent lors de cet Euro suédois (du 5 au 14 septembre). Invasion de l’Irak par une coalition menée par les États-Unis ainsi qu’une canicule suffocante de quinze jours, durant le mois d’août, avec des records de chaleur. Ceci étant posé, après cet « été de canicule », appellation d’une série éponyme également diffusée sur une chaîne publique française durant la même période que la vraie… canicule, l’Eurobasket rassemble une nouvelle fois la crème du basket européen. Dans quatre villes (Borås, Luleå, Norrköping, Södertälje) pour débuter ce premier tour avec seize équipes triées sur le volet.

Boris Diaw (Numéro 13) face à Andreï Kirilenko (Numéro 13) (Crédit photo : Basket Retro)

En tout bien tout honneur, faisons place au groupe A, avec la présence de l’Italie, de la Bosnie-Herzégovine, de la Slovénie ainsi que de la France. Une composition à priori favorable à la France sur le papier qui dispose d’une jolie petite équipe sous le haut-patronage d’Alain Weisz, déjà présent lors de l’Euro 2001, en Turquie. Avec notamment les médaillés d’argent olympiques de 2000, à Sydney, Moustapha Sonko qui évolue à l’Unicaja Malaga, en Espagne, le gaucher Laurent Foirest de Tau Ceramica, Makan Dioumassi de Hyères-Toulon et Cyril Julian de Pau-Orthez. Un Julian bien accompagné puisque deux ses coéquipiers palois sont également présents. Les jeunes Boris Diaw, 21 ans et son compère, Florent Piétrus, 22 ans. Ajoutons, pour être complet, la présence de Ronny Turiaf, 20 ans, de Gonzaga, aux États-Unis, Alain Digbeu du Real Madrid ainsi que des joueurs estampillés NBA, Jérôme Moïso des Hornets, Tariq Abdul-Wahad des Mavericks et le tout récent champion NBA, Tony Parker, auréolé de son premier titre avec les Spurs du coach Gregg Popovich. Pensée également pour l’ailier fort du PSG Basket Racing, le regretté Thierry Rupert, décédé en 2013. Une équipe de France parée pour lutter face à ses trois rivaux avec TP en figure de proue. Face aux « Bleus », l’Italie représente le plus grand danger avec le meneur du Skipper Bologna, Gianluca Basile aux commandes, accompagné notamment par les pivots Roberto Chiacig du Montepaschi Siena et Denis Marconato du Benetton Treviso et de l’ailier fort, Giacomo Galanda du Skipper Bologna. Une équipe sans grande star, certes, mais drivée par un maître du coaching, Carlo Recalcati. La Slovénie peut compter, quant à elle, sur un autre meneur, le gaucher Jaka Lakovič du Panathinaïkos ainsi que sur l’ailier des Rockets, Boštjan Nachbar, le pivot qui évolue aux Pacers, Primož Brezec, 2m16 et l’arrière de Varese, en Italie, Boris Gorenc. Enfin, la Bosnie peut s’appuyer sur le « sérial shooteur » en titre, Damir Mršić de l’Unics Kazan, en Russie, l’ailier fort du « Pana », Haris Mujezinović, la « boîte à outils » si précieuse, Kenan Bajramović ainsi qu’un jeune de 17 ans qui évolue au pays, à Tuzla, Mirza Teletović qui ira, par la suite, en Espagne, à Baskonia puis en NBA (Nets, Suns et Bucks). Une Bosnie qui va jouer crânement sa chance en étant sans pression tout en comptant sur le naturalisé de la bande, Terrel Castle de Strasbourg.

Šarūnas Jasikevičius a un faux air de Manuel Neuer, gardien du Bayern Munich (Crédit photo : i.ytimg.com)

Dans le groupe B, les voisins se retrouvent pour la revanche de 2001 qui avait vu la Lettonie surprendre la Lituanie lors du second tour de qualification. Une Lettonie avec le même trio de mousquetaires que deux ans auparavant avec l’axe meneur, ailier fort et pivot, Roberts Štelmahers, Ainars Bagatskis et Kaspars Kambala en têtes d’affiche. Face à eux, la Lituanie peut s’appuyer sur une équipe plus solide avec, toujours, Šarūnas Jasikevičius qui récupère pour le coup son numéro fétiche, le 13. Arvydas Macijauskas qui va quitter son pays pour évoluer au Tau Ceramica, Saulius Štombergas qui ira, lui, après la compétition en Russie, à l’Unics Kazan, Ramūnas Šiškauskas du Lietuvos rytas, Darius Songaila du CSKA Moscou et futur joueur NBA (Kings, Bulls, Wizards, Hornets et « Phila »), Mindaugas Žukauskas de Siena, les 2m18 d’Eurelijus Žukauskas de Kazan. Et enfin, Dainius Šalenga du Žalgiris Kaunas, Virginijus Praškevičius d’Ülkerspor, en Turquie, et le massif Kšyštof Lavrinovič, sans son frère jumeau pour une fois. L’équipe est entraînée par le coach du Žalgiris, Antanas Sireika, vieux routier lituanien du basket. Dès lors, ce groupe est complété par l’Allemagne de Dirk Nowitzki, toujours accompagné de sa garde fidèle : Mithat Demirel à la mène, Ademola Okulaja sur l’aile, Marko Pešić à l’arrière, Patrick Femerling au pivot et les trois « Stef » allemands, Steffen Hamann (Bamberg), Stefano Garris (Alba Berlon) et Stephen Arigbabu (Cologne). Un groupe complété par une nouvelle trouvaille de taille, le pivot Robert Maras qui évolue au bien nommé Skyliners de Frankfort. Enfin, Israël, qui présente une équipe 100% championnat national avec une moitié de joueurs issus du « club-nation », le Maccabi Tel-Aviv avec Derrick Sharp, Yotam Halperin, Gur Shelef, Tal Burstein et Yoav Saffar. Et l’autre moitié des trois « Hapoel », de Tel-Aviv (Yaniv Green et Israel Sheinfeld), de Jérusalem (Moshe Mizrahi, Erez Katz et Meir Tapiro qui évoluera même à Nancy lors de la saison 2004/2005) et Galil Elyon (Ido Kozikaro). Dans ce groupe, les favoris sont donc la Lituanie et l’Allemagne, équipes plus complètes et avec plus de solutions sur le banc.

Tony Parker et Šarūnas Jasikevičius ont marqué l’Eurobasket 2003 (Crédit photo : Basket Retro)

Le groupe C accueille le pays-hôte, la Suède qui aura fort à faire pour tenter d’exister par l’intermédiaire de l’ancien de l’ASVEL (de 1998 à 2001), Joakim Blom et du jeune Christian Maråker, toujours actif aujourd’hui. En face, l’Espagne de Pau Gasol, Juan Carlos Navarro, Felipe Reyes et son frère Alfonso, José Calderón, Carlos Jiménez, Rodrigo de la Fuente, Jorge Garbajosa ou encore Roger Grimau. Une équipe où seuls Gasol (à Memphis) et « Garba » (Benetton Treviso) évoluent hors d’Espagne pour le moment mais qui verra Navarro, Garbajosa ou Calderón tenter leurs chances en NBA. Bref, du lourd, de l’Euroleague et de l’expérience à revendre face à la Russie d’Andrei Kirilenko, 22 ans, qui évolue aux Jazz et des jeunes Victor Khryapa (futur homme de base du CSKA Moscou), 21 ans et Sergei Monia, 20 ans (qui évoluera au Dynamo Moscou) et ailiers forts tous les deux. Zakhar Pashutin et Vasily Karasev (père de Sergey, 10 ans à l’époque et qui évoluera à Cleveland et aux Nets) sont là pour accompagner cette jeunesse. Et il en faudra face à la Serbie-Monténégro, nouveau nom de l’ancienne Yougoslavie, coaché par le volcanique Duško Vujošević, avec toujours Peja Stojaković des Kings, Predrag Drobnjak de Seattle et Marko Jarić des Clippers aux manettes mais sans Bodiroga, le maître à penser et avec de quelques nouveaux joueurs à ce niveau (Dušan Vukčević, Vule Avdalović, Đuro Ostojić, Ognjen Aškrabić et le jeune Kosta Perović, 18 ans). Une équipe qui allie davantage une certaine solidité avec les valeurs sûres que sont Milan Gurović, Miloš Vujanić et Dejan Koturović. Une équipe qui est aussi et surtout tenante en titre du dernier Eurobasket 2001 à Istanbul et du Championnat du monde 2002 qui s’est déroulée à Indianapolis et au cours duquel, la République fédérale yougoslave de son ancien nom a notamment battu les USA sur leur sol en quart de finale (81-78) avant de remporter le trophée en finale face à l’Argentine de Ginóbili (84-77 après prolongations) derrière un monstrueux Bodiroga (27 points). Un changement de braquet pour cette équipe expérimentale et empêtrée dans des conditions politiques et géographiques criantes.

Enfin, le groupe C réunit de vieilles connaissances avec la Grèce, la Turquie, la Croatie et l’Ukraine. Côté hellène, l’équipe s’appuie sur les expérimentés Giorgos Sigalas, vainqueur notamment de l’Euroleague avec David Rivers et l’Olympiacos en 1997 et qui évolue en Calabre et Fragiskos Alvertis, capitaine au long cours du Panathinaïkos. Le jeu étant pris en compte par le meneur du CSKA Moscou, Theodoros Papaloukas appuyé par le pivot des 76ers, Efthimios Rentzias et l’ailier fort de Siena, Michalis Kakiouzis ainsi qu’un jeune (23 ans) d’Iraklis et qui deviendra une légende des verts du « Pana », le gaucher létal aux trois points, Dimitris Diamantidis. Les Grecs sont, de plus, coachés par l’expérimenté et victorieux entraîneur Giannis Ioannidis (douze fois avec l’Aris Salonique et l’Olympiacos). Face à eux, la Turquie peut s’appuyer sur les médaillés de bronze de l’édition 2001, avec toujours aux commandes le mythique Aydın Örs ainsi que le meneur d’Efes Pilsen, Kerem Tunçeri, Mirsad Türkcan du Montepaschi Siena, la gâchette İbrahim Kutluay du « Pana » et les pivots Hüseyin Beşok (Maccabi Tel-Aviv) et Mehmet Okur (Detroit Pistons). Une équipe guidée par l’ailier des Kings de Sacramento, Hedo Türkoğlu. Une équipe turque surtout revancharde après un championnat du monde, à Indianapolis, terminée à une triste neuvième place. Les Croates, quant à eux, s’appuient toujours sur le meneur du Real Madrid, Damir Mulaomerović, l’arrière d’Orlando, Gordan Giriček et l’ailier fort du Cibona et futur joueur d’Efes Pilsen, Nikola Prkačin. L’entraîneur Neven Spahija intégrant également les jeunes meneurs qui auront une belle carrière européenne, Zoran Planinić (20 ans) et Marko Popović (21). Mention spéciale, enfin, au « Français » de l’équipe : Sandro Nicević qui évolue au Mans. L’Ukraine, enfin, s’appuie sur l’ailier Artur Drozdov qui évolue à Pau-Orthez et son compère de Nancy, l’ailier fort Alexander Lokhmanchuk ainsi que le pivot Grigorij Khizhnyak (décédé en 2018). Des Ukrainiens qui auront fort à faire face à leurs trois adversaires.

L’image n’est pas de l’Euro 2003 mais ce maillot de 2003, en NBA, de Dallas sur Nowitzki mérite le détour (Crédit photo : c8.alamy.com)

Dès lors, avec un format identique permettant aux premiers de chaque groupe de se qualifier, et contrairement à l’édition turque de 2001, les favoris se chargent immédiatement de poser leurs pattes sur le résultat. Dans le groupe A, Tony Parker et ses coéquipiers prennent la mesure rapidement de leurs adversaires. Bilan, trois belles victoires avec plus de 80 points contre la Bosnie-Herzégovine (98-76), l’Italie, avec 33 points d’écarts (85-52) et la Slovénie (88-82) et une belle première place permettant une qualification directe en quart de finale. L’Italie et la Slovénie devant jouer un match de la mort face aux deuxièmes et troisièmes du Groupe B. Groupe B, justement, avec la Lituanie qui prend sa revanche, mais avec difficulté contre le voisin letton pour commencer (22 points pour le futur joueur de Tau Ceramica, Macijauskas). Avant de finir le travail face à Israël et l’Allemagne (94-62 et 93-71) avec un excellent Saulius Štombergas à chaque fois (16 et 28 points respectivement) et se qualifier avec trois victoires. Derrière, les coéquipiers de Dirk Nowitzki et Meir Tapiro prennent les places qualificatives. Dans le Groupe C, l’Espagne fait respecter la logique et le tandem Pau Gasol- Juan Carlos Navarro s’en donnent à cœur joie (25 points pour Gasol contre la Suède puis 35 face à la Russie et 22 de Navarro face à la Serbie-Monténégro) face à des adversaires dépassés par leur puissance. Dès lors, dans ce groupe, la Russie prend la seconde place et les coéquipiers d’un Peja Stojaković bien seul la troisième, avec deux défaites au compteur. Enfin, le Groupe D voit la Grèce se dépêtrer difficilement de ses adversaires à chaque fois mais réussit à glaner des succès à chaque fois (victoires 77-76 contre la Croatie, 75-70 face à la Turquie et 79-73 face à l’Ukraine). Turquie et Croatie suivant les Grecs. Un premier tour de qualifications qui donc la France, la Lituanie, l’Espagne et la Grèce gagner le droit de se reposer quatre jours avant les quarts de finales. Et qui voit la Slovénie défier Israël, l’Allemagne face à l’Italie, la Russie contre la Croatie et la Turquie affronter la Serbie-Monténégro. En espérant se sortir de ce second tour qui sent le piège à tous les niveaux.

ON PREND (PRESQUE) LES MÊMES ET ON RECOMMENCE… DEMIS DE FEU ET UNE FRANCE FRUSTRÉE

Dès lors, dans une configuration aussi aléatoire et ne laissant aucune chance aux équipes n’étant pas dans un bon jour, ce second tour voit tout d’abord les derniers finalistes de l’Euro s’affronter pour la revanche de 2001. Malgré une Turquie vaillante et courageuse tout au long de la rencontre, les coéquipiers de Peja Stojaković, qui affronte pour le coup son équipier des Kings, Hedo Türkoğlu, prennent le dessus en fin de rencontre. Un Stojaković, bien aidé par son compère californien, Marko Jarić, qui évolue alors aux Clippers. Résultat des courses, victoire de la Serbie-Monténégro : 80-76. Dans la rencontre qui se déroule au même moment, la Russie prend le dessus sur la Croatie, 81-77. Un duel entre Damir Mulaomerović (26 points) et Andrei Kirilenko, presque auteur d’un « double-double », avec ses 29 points et 8 rebonds. Dans les deux autres rencontres, à noter deux surprises avec les victoires d’Israël sur la Slovénie, 78-76 grâce à un excellent Yaniv Green, auteur de 14 points et 10 rebonds et de Meir Tapiro, 9 passes décisives au compteur. Et la surprenante victoire, 86-84, d’une Italie au fond du gouffre face à l’Allemagne de Nowitzki, 22 points et malgré la belle performance du meneur allemand d’origine turque, Mithat Demirel, 23 points. Les Italiens, bien emmenés derrière leur duo Giacomo Galanda (16 points et 8 rebonds) et Massimo Bulleri (17) ont fait déjouer les pronostics face au demi-finaliste de l’édition précédente.

Après ces matchs au couteau, les quarts de finale sont donc connus avec, pour la France, la Russie de Kirilenko, un beau Lituanie-Serbie-Monténégro en affiche, Israël qui tentera de rééditer une nouvelle performance contre l’Espagne de Pau Gasol et un incertain Grèce-Italie. Dès lors, la France débute son quart face à une Russie déterminée et accrocheuse durant deux quarts temps avant de lâcher prise. Bien emmenés par un Tony Parker qui a scoré 18 points mais perdu 6 ballons ainsi qu’un trio Diaw (14 points) et les deux gauchers Moïso-Foirest actifs (avec 12 points chacun), les « Bleus » parviennent à éliminer une Russie où Kirilenko, auteur de 22 points, a été bien seul pour contenir les assauts de l’Équipe de France. Dans le second quart, peu de suspense finalement puisque l’Espagne se qualifie aisément, 78-64 avec Pau Gasol (25 points) qui marque un tiers des points de son équipe, bien secondé par Garbajosa, 13 points. Derrick Sharp, 16 points et Meir Tapiro (13 points, 6 rebonds et 5 assists) n’auront pas démérité mais l’expérience a fait l’affaire pour les Espagnols. Dans les deux autres rencontres, si tout le monde attendait un match de folie entre Lituaniens et Serbes-Monténégrins, celui-ci n’a jamais existé. En effet, les coéquipiers de Jasikevičius, 21 points, 11 rebonds ont atomisé « Stoja » et ses coéquipiers : 98-82. Une équipe serbo-monténégrine qui n’avait tout simplement pas la capacité de lutter face à un adversaire plus calibré et équilibré. Notons au passage, les 20 points de Macijauskas et les 27 de Šiškauskas, ce qui fait que trois joueurs lituaniens ont marqué la bagatelle de 68 points sur les 98 de leur équipe.

France, Espagne, Lituanie, les favoris du premier tour sont donc qualifiés pour les demi-finales de cet euro suédois. Mais la dernière rencontre entre la Grèce et l’Italie a été plus indécise que prévue. A ce petit jeu pour deux équipes aux niveaux presque équivalents, ce sont les Transalpins qui parviennent à tirer leur épingle du jeu. En prenant la Grèce à son propre piège pour une victoire 62-59 derrière le duo Galanda (14 points)-Bulleri (6 points, 3 rebonds et 3 passes décisifs), bien aidé par le meneur lombard du Pallacanestro Biella, Matteo Soragna, 12 points. En face, malgré un Sigalas de gala (18 points), ni Papaloukas (4 points) ni Diamantidis (2) n’auront existé. Un échec grec mais qui ne sera que passager d’ici deux ans pour une génération amenée à prendre le pouvoir en raflant l’Euro 2005 disputé en Serbie-Monténégro, derrière le « Diamant » du « Pana », Dimitris Diamantidis qui, pour l’anecdote, fera la même chose qu’un certain Šarūnas Jasikevičius lors de cet Euro en Suède. A savoir, troquer son numéro 4 pour prendre le 13, plus porte-bonheur et décisif… Quoiqu’il en soit, avant 2005, il y a 2003 et ce sont des demis succulentes qui attendent tous les fans de basket. Un alléchant France-Lituanie mettant aux prises deux des meilleurs meneurs de leurs générations avec un face à face Tony Parker Šarūnas Jasikevičius. Et un duel latin entre Espagnols et de surprenants Italiens, bien décidés à refaire le coup de 1999 en coiffant sur le poteau les favoris légitimes.

Pau Gasol face à Kšyštof Lavrinovič, trop juste en final (Crédit photo : basketfinals.com)

Dans ces conditions, le 13 septembre 2003, la France affronte la Lituanie à Stockholm qui va voir Tony Parker jouer toute la rencontre, preuve de son importance nouvelle et ô combien sécurisante. Cependant, face à une Lituanie en mission, les Français se retrouvent menés à la pause, 45-37. Dans un sursaut et bien aidé par un Tariq Abdul-Wahad efficace et qui terminera la rencontre avec 16 points et 8 rebonds, les « Bleus » s’inclinent finalement 74-70 malgré 5 points d’avance à 3 minutes 20 de la fin du match. Mais, des erreurs bêtes qui sont toujours évitables après coup, un Arvydas Macijauskas létal en fin de rencontre et une Équipe de France incapable de scorer durant 2 minutes 12 ont eu raison des « Bleus ». Sans compter sur le glacial Saulius Štombergas, auteur de 22 points. En face, outre Abdul-Wahad, Tony Parker aura tout fait pour maintenir son équipe à flot, mais en vain malgré ses 24 points. Ce sont donc les coéquipiers de Jasikevičius, 14 points, 10 rebonds dont 9 défensifs et 7 offrandes qui se qualifient en finale. « Spoiler » cependant, 10 ans plus tard, en 2013, la France prendra sa revanche sur les « hommes verts » lituaniens, lors de l’Euro disputé en Slovénie. En finale qui plus est, avec un Tony Parker en mode « MVP » et un Boris Diaw toujours présent dans les grands moments, en finale et sur le score de 80-66.  En attendant, la Lituanie attend donc son adversaire en finale dans la rencontre entre l’Espagne et l’Italie, remake de la finale remportée, lors de l’Euro 1999, en France par les Italiens. Autres temps, autres mœurs, sur le papier, l’Espagne est clairement favorite. Entre ses joueurs qui évoluent dans les plus grands clubs espagnols et européens, avant d’aller défier la NBA. La profondeur de son banc aidant et la relative tranquillité jusque-là des rencontres jouées, Gasol et sa bande semblent capables de l’emporter sans coup férir. Mais, et c’est une constante dans cette équipe italienne, elle ne lâche jamais le morceau et entraîne son adversaire vers une pente dangereuse. Une mi-temps avec 6 points de retards pour l’Espagne (44-38) qui se rattrape en seconde période et mène même de… 6 points à 1 minutes 11 du dénouement et même de 5 points à 46 secondes du terme. Cependant, grâce à Gianluca Basile (14 points au total) et surtout Massimo Bulleri (24 points) dont un tir à trois points à 38 secondes de la fin et les Italiens reviennent à deux unités seulement de leurs adversaires, 81-79. Malheureusement, sur le dernier tir de la partie, Bulleri ne parviendra pas à régler la mire avec trois Espagnols face à lui et la rencontre se termine sur le score de 81-79 en faveur des coéquipiers de Gasol, 14 points et Navarro, 23. La finale Lituanie-Espagne se profile donc à l’horizon de cet Euro 2003 où les leaders prennent le jeu à leurs comptes.

RÊVES BLEUS BRISES POUR LA MÉDAILLE, LITUANIE DORÉE ET ARVYDAS ET SARUNAS VAINQUEURS

Après une demi-finale perdue, il est toujours difficile pour les équipes restantes de se motiver pour la médaille de bronze. Cependant, une médaille, qu’elle soit européenne ou olympique, ne se refuse jamais et France et Italie remettent le couvert, à peine 24 heures après leurs éliminations respectives. Dans une rencontre serrée et qui voit l’Italie prendre le large lors du premier quart-temps (24-13), les Français n’y sont pas, d’autant plus qu’à la mi-temps, les « Bleus » sont menés 27-39. Mais à force de pugnacité et avec une médaille au bout, Tony Parker et ses coéquipiers reprennent le jeu à leur compte progressivement et grappillent leur retard, 47-54 à la fin du troisième quart-temps. Et un début de quatrième quart de feu qui permet à la France, grâce à une bonne défense et à l’activisme de Parker, 5 points de suite, de refaire son retard, 55-54 à 7 minutes du terme, puis, de prendre, à 2 minutes la tête 64-63, toujours à grâce à « TP ». Hélas, les dernières secondes voient les Italiens mieux jouer le coup notamment sur les lancers francs, avec un deux sur deux de Basile à 16 secondes du terme contre un raté de Parker sur deux. Les Italiens prennent donc les devants, 69-67 avec 10 secondes à jouer. La France, déterminée à tout donner et Parker, avec, tente le tout pour le tout mais le meneur des Spurs est trop court et a été bien gêné par Bulleri et Denis Marconato, le pivot de Trévise, très présent (16 points et 10 rebonds dont celui décisif après le raté de Parker à l’ultime seconde). Résultat final, 69-67 et une médaille qui passe sous le nez des « Bleus ». Malgré un Parker définitivement devenu le taulier avec 24 points, cette défaite sonne le glas de la génération olympique de Sydney, en 2000. Avec l’arrivée progressive de jeunes pousses, tels que les frères Piétrus, bien accompagnées par Parker et Diaw. En attendant, deux défaites frustrantes pour nos « Bleus » qui n’ont pourtant pas démérité.

Si la demi-finale a été suffocante de bout en bout, la finale toutefois oppose deux styles, deux écoles face à face. D’un côté, des Lituaniens qui veulent obtenir leur troisième médaille d’or dans un Euro après… 1937 et 1939. Médailles obtenues juste avant la Seconde Guerre Mondiale et qui verra bon nombre de joueurs lituaniens partir au front pour ne jamais en revenir. Un style rugueux, dur sur l’homme et qui repose sur une qualité physique hors norme et quelques duettistes de chocs. Ramūnas Šiškauskas, l’homme à tout faire, Arvydas Macijauskas, le « sniper » blond, Saulius Štombergas, le « cerveau », Eurelijus Žukauskas la « dissuasion » et le général et sanguin Šarūnas Jasikevičius, capable de réveiller un pays entier sur une action. Face à eux, l’Espagne des « Ninõs de oro », emmenée par Pau Gasol, de plus en plus stratosphérique, accompagné de son fidèle lieutenant, Juan Carlos Navarro. Une équipe amenée à dominer et à empiler les titres, notamment entre 2009 et 2015, avec trois médailles d’or lors des Euro.

Arvydas Macijauskas et Šarūnas Jasikevičius dignes successeurs de leurs homonymes, Sabonis et Marčiulionis (Crédit photo : basketfinals.com)

Une équipe surtout portée vers l’attaque, offrant de nombreuses solutions et s’appuyant sur Gasol quand tout coince. Et c’est une finale attendue tant ces deux équipes n’ont pas volé leur rang. Dans ces conditions, le premier quart-temps est celui où chaque équipe se rend coup pour coup, avec un léger avantage, 20-19 pour les Baltes. Toutefois, à partir du deuxième quart, Šiškauskas et sa bande prennent largement le dessus face à des Espagnols, dépassés. Dans tous les compartiments du jeu… Petit à petit, la Lituanie, plus complète et collective s’échappe au score jusqu’à compter 9 points à la pause, 40-31. Avant que le rouleau-compresseur vert écrase les Espagnols qui dès lors n’auront de cesse de courir derrière le score et leurs adversaires, 62-48 à la fin du troisième quart. Avant un dernier quart qui verra même la Lituanie avoir plus de 20 points d’avance à 5 minutes de la fin de la rencontre (78-57). Sans compter les 4 fautes de Gasol à gérer. C’est une fin de match totalement libre que joue la Lituanie, tout en contrôle pour finir par s’imposer finalement sur le score de 93-84. Derrière les 21 points de Macijauskas, les 18 du géant Žukauskas et 7 rebonds, sans compter sur les 10 points et surtout 9 chocolats en passes décisives du génial Jasikevičius. Une Lituanie qui a vu 10 joueurs sur 12 avoir l’opportunité de scorer hormis Dainius Šalenga mais qui a pris 5 rebonds et offerts deux paniers et Virginijus Praškevičius qui n’a pas joué. Une sorte, toute proportion gardée de « Dream Team » pour la Lituanie qui a enchanté ses nombreux supporteurs qui n’avaient « que » la Mer Baltique à traverser pour se retrouver en Suède. En face, mention spéciale à Jorge Garbajosa, auteur de 17 points, JC Navarro, 18 et surtout Pau Gasol, 36 points et 12 rebonds qui a porté son équipe jusqu’au bout, sans résultat cependant.

Un trophée remporté haut la main par la Lituanie (Crédit photo : cdn-blog.scorum.com)

C’est donc un Euro plein d’enseignements qui s’achève avec des équipes en reconstruction et qui vont arriver à point d’ici quelques années (Grèce et France notamment), un pays amené à dominer et à tutoyer les sommets, notamment olympiques face à « Team USA », avec l’Espagne. Une autre en déconstruction avec la Serbie-Monténégro qui sera « amputée » de la partie Monténégro en 2006. Et un basket avec des leaders de plus en plus présents et qui s’affirment dans leurs sélections tels que Jasikevičius et bien sûr Pau Gasol et notre Tony Parker national. Pour la Lituanie, c’est enfin la confirmation que ce pays est dingue de basketball et produit des joueurs complets à tous les niveaux et qui vont donner du fil à retordre notamment en Euroleague avec les Saulius Štombergas, en Turquie, avec Efes Pilsen ou Ülkerspor ou l’Unics Kazan en Russie. Et bien évidemment Arvydas Macijauskas qui fera les beaux jours du Tau Ceramica avant de mettre fin prématurément à sa carrière, en 2008, sur blessure. L’émergence des jumeaux Lavrinovič, le départ en NBA (aux Pacers et Warriors) mitigé de Jasikevičius mais son retour triomphal en Europe avec quatre Euroleague remportés avec deux clubs différents (Barcelone en 2003 et le Maccabi dans un « back-to-back », en 2004 et 2005, puis un quatrième, en 2009 avec le « Pana »). Enfin, dernier sur la liste, le trop méconnu mais si précieux Ramūnas Šiškauskas, deux fois vainqueur de l’Euroleague avec le CSKA en 2007 et 2008. Un homme de l’ombre, présent sur toutes les lignes et qui a été la pièce maîtresse de cette Lituanie. Une Lituanie invincible lors de cet Euro 2003 de haute volée pour ce pays amoureux de basket.

LE RECAP DE L’EUROBASKET 2003 EN 1H40

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Fan de basket européen, d'Anadolu Efes, de Fenerbahçe du KK Partizan Belgrade et du CSKA Moscou, je voue un culte à l'immense Željko Obradović ainsi qu'à Petar Naumoski, grâce à qui j'ai appris à aimer la balle orange. Passionné également d'histoire, j'essaye de transmettre ma passion à travers Basket Retro.

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