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Dušan Ivković, le « Master et Commander » du basket européen

Portrait

Montage Une : Aurélien Sohard pour Basket Rétro

L’ex-Yougoslavie a produit des coachs de référence depuis 50 ans. Du fondateur de la méthodologie, Aleksandar Nikolić le pionnier du basket des Balkans, au multi-titré (9 titres d’Euroleague) Željko Obradović. Pourtant, parmi ces entraîneurs de renom, il en est un dont l’histoire personnelle épouse celle de son pays de naissance. Un coach flegmatique qui a marqué des générations de joueurs. Dušan Ivković, né à Belgrade, devenu double « Roi » de Grèce est bien plus qu’un entraîneur. Un professeur du basket européen digne héritier d’une certaine tradition basket.

BELGRADE EN GUERRE, FORMATION A RADNICKI ET « PIVA » ET « DUDA »

Belgrade, carrefour des civilisations est une ville qui résume à elle seule toute la complexité du continent européen à travers les siècles. Une ville qui respire une riche histoire et l’Histoire mais cumule également les tragédies tant elle est marquée par les envahisseurs, les Empires et leurs chutes. Conquise et occupée tour à tour par d’innombrables armées telles les Huns, les Goths, les Byzantins pour commencer. Ensuite par l’Empire hongrois, puis l’Empire austro-hongrois ou bien encore l’Empire Ottoman, Belgrade a subi bien des aléas jusqu’à son occupation par l’Allemagne nazie durant la Seconde Guerre Mondiale. D’ailleurs, comme l’aime à le rappeler le cinéaste franco-serbe, Emir Kusturica, en avant-propos de l’ouvrage de Jean-Christophe Buisson, « Le roman de Belgrade » : « Le problème de la Serbie et surtout ici, en son centre, à Belgrade, c’est que pour l’Est, on est l’Ouest, et que pour l’Ouest, on est l’Est ». Un côté européen et un autre oriental pour une ville mosaïque passionnante. L’histoire est certes douloureuse pour cette ville protéiforme mais elle est symbolique également puisqu’un des plus illustres personnages du basket européen de ces 30 dernières années y vu le jour.  En effet, la « Ville blanche » (« Beograd » qui signifie littéralement « ville » et « blanche ») tient grâce au basket un de ses plus illustres concitoyens. Né le 29 octobre 1943 en pleine Guerre Mondiale avec la présence d’une armée d’occupation menant une lutte sans merci contre les maquisards rebelles du général Draža Mihailović, chef des « Tchetniks » dont le signe de ralliement est encore utilisé de nos jours en Serbie, Dušan Ivković, est un enfant de la guerre. Une période marquée par les soubresauts et l’arrivée au pouvoir d’un certain Josip Broz dit « Tito » et dont une des matrices politiques va, mais Ivković ne le sait pas encore, se concentrer sur le sport des années plus tard. Tous les sports auront droit de citer dans la Yougoslavie de Tito qui va utiliser aussi bien le football que la gymnastique ou le basket-ball comme vecteurs d’unité nationale. Dans un pays cosmopolite entre Serbes, Croates, Bosniaques, Macédoniens, ou Slovènes et composé donc d’autant d’entités que de religions différentes (Catholiques pour les Croates, et les Slovènes Musulmans pour les Bosniaques et Albanais et Orthodoxes pour les Serbes et Monténégrins), le basket sera un des fers de lance de cette volonté du dirigeant yougoslave.

Pour Dušan Ivković, le basket va être un thème central dès la fin des années 50. Une période de sa vie de joueur pendant près d’une décennie, entre 1958 et 1968, au sein de l’équipe des Radnički de Belgrade pour parfaire ses gammes. Et dans laquelle le jeune meneur va apprendre à faire de la patience une vertu cardinale. A une époque où le basket yougoslave commence à se développer sous la férule d’Aleksandar Nikolić, mentor de toute une génération d’entraîneurs, le jeune Dušan va se tourner assez rapidement, à 25 ans, vers la carrière de formateur. Si certains joueurs préfèrent passer de l’autre côté de la barrière une fois leur carrière derrière eux, Ivković va avoir une autre raison, plus personnelle, de franchir le rubicon bien plus tôt. Plus âgé de 6 ans (né en 1937), Slobodan Ivković dit « Piva », va avoir une grande influence sur son jeune frère. Lui aussi joueur au sein des Radnički de Belgrade, « Piva » va prendre dès 1966, la place d’entraîneur et formater l’équipe à son image. Celle d’un assoiffé de connaissances, toujours à la pointe du progrès et qui va façonner à lui seul le basket de son club. Une volonté tellement forte que la légende raconte qu’il fut l’un des premiers entraîneurs à franchir l’Atlantique pour se former aux États-Unis, toujours en quête d’expériences et de formules pour enrichir sa palette de coach notamment auprès du légendaire « Magicien de Westwood », coach universitaire reconnu, l’Américain John Wooden. Reprenant l’équipe de Belgrade en 1967, « Piva » va réussir à trouver une place pour son jeune frère près de lui. En effet, « Duda », surnom d’Ivković Junior va lui prendre les rênes des équipes de jeunes de Radnički à partir de la fin des années 60. A l’heure où la France va connaître une révolte étudiante et l’envol des pavés dans le Quartier Latin, un autre envol va avoir lieu à Belgrade. De celui qui va durer près de 50 ans et qui sera littéralement tout un pan du basket balkanique et, par extension, européen.

Les deux frères Ivković, avec Slobodan à gauche et Dušan à droite (Crédit photo : courtsidediaries.com)

Dix années durant donc, Dušan Ivković va épauler son frère en charriant son lot de jeunes recrues formées vers l’équipe première. Une période faste pour Radnički qui va avoir son quart d’heure de gloire lors de la saison 1972-1973 en remportant le Championnat yougoslave. Avec Ivković (« Piva ») sur le banc, un autre, sans lien de parenté, Dragan sur le terrain et un dernier, « Duda », en arrière-plan, avec les jeunes pousses de la pépinière. Curiosité dans cette équipe, Srećko Jarić, le père du futur joueur NBA (Clippers, Timberwolves, Grizzlies) Marko Jarić est également de la partie lors de l’obtention de ce titre inespéré pour un club peu habitué aux premières places derrière les monstres sacrés du Partizan ou de l’Etoile Rouge ou les clubs, de la future Croatie, de Split ou Zadar. Quoiqu’il en soit, ce titre est clairement l’œuvre de Slobodan Ivković, un précurseur dans l’approche du coaching et qui va ouvrir la voie à de nombreuses vocations. Dušan Ivković est donc aux premières loges pour assister à l’ascension éphémère d’un club qui rentrera vite dans le rang malgré une Coupe de Yougoslavie glanée lors de la saison 1975-1976 pour la dernière saison de Slobodan Ivković à la tête du club. Dušan, lui, va rester deux saisons de plus avant de prendre sa liberté en allant chez le voisin, les « noirs et blancs » du Partizan Belgrade, future place forte du basket yougoslave. Dix ans donc comme entraîneur des jeunes de Radnički, avant de passer dans une équipe d’un calibre plus élevé, la marche peut paraître vertigineuse sur le papier. Mais c’est oublier bien vite que le basket yougoslave peut compter non seulement sur ces clubs ou équipes nationales mais également sur ses coachs. Pour le coup, Dušan Ivković a donc profité de ses talents de formateur et de la volonté des instances de promouvoir des entraîneurs jeunes pour faire son nid. Grâce notamment à la médaille d’or obtenue lors du Championnat d’Europe des moins de 18 ans qui verra la Yougoslavie s’imposer devant l’Union Soviétique. Assistant coach de l’entraîneur Luka Stančić, Ivković va parfaire sa relation avec la talentueuse jeunesse yougoslave et obtenir, mais il le saura également plus tard là encore, l’onction d’une famille de basket dont un des membres deviendra une immense star. En effet, dans cette équipe qui remporta le trophée en Espagne, figurait Aleksandar Petrović, frère du regretté Dražen, décédé en 1993, qui croisera la route de « Duda » quelques années plus tard. Une occasion de plus pour Ivković de poser les jalons qui feront sa gloire en peaufinant les futurs talents du basket yougoslave.

Dušan Ivković (debout) avec sur le banc Dražen Petrović (deuxième en partant de la droite) et Toni Kukoč (quatrième en partant de la droite), Vrankovic et Zdovc (Crédit photo : 011info.com)

PREMIERS TROPHEES ET « TRIPLE COURONNE », PREMIER VOYAGE GREC, RETOUR A BERCAIL

Au basket, le terme de « Triple Couronne » se dit lorsqu’une équipe réussit la gageure de remporter trois trophées en une saison. Championnat, Coupe du pays et Coupe d’Europe. Pour sa première expérience en tant que coach principal, Dušan Ivković va réussir à obtenir lors de la saison 1978-1979, les trois trophées en une seule saison. En Championnat d’abord où le Partizan va être sacré Champion de Yougoslavie devant le club de Split, Jugoplastika, qui va remporter plus tard et trois saisons de suite l’Euroleague entre 1989 et 1991 et celui de Zagreb, le Cibona. Radnički finissant sixième cette saison-là. Dans l’effectif, les noms les plus ronflants étant l’arrière Dragan Kićanović, un scoreur de haute voltige, Goran Knežević, qui deviendra plus tard Ministre de l’Agriculture en Serbie et l’ailier Dražen Dalipagić multi-titré aussi bien en sélection (médaille d’Or aux J.O. de Moscou en 1980 et trois Championnats d’Europe entre 1973 et 1977) qu’en club, lui qui fut un scoreur de talent et qui servait au sein de l’Armée yougoslave à cette époque. Agrémenté d’une Coupe de Yougoslavie obtenue face au Zadar, encore un club croate, 93-86 mais surtout d’une Coupe d’Europe lors d’une saison exceptionnelle. Ce sera donc la Coupe Koraç que le Partizan conservera une saison de plus après l’avoir remportée en 1978 face aux Italiens de Rieti après avoir éliminé en demi, le Jugoplastika lors des deux manches. Une première saison de rêve pour Dušan Ivković et une armoire à trophées qui commence à se remplir progressivement et de belle manière. L’année 1979 reste donc un grand cru pour le technicien yougoslave, pas encore rassasié et qui va découvrir un championnat et un pays avec lequel la connexion va être établie de belle manière et au long cours au début des années 80. La Grèce et la Yougoslavie ont beaucoup en commun. Un lien historique depuis la présence ottomane dans les deux pays jusqu’à la politique dont leurs enjeux se rapprochent fortement. Une même culture orthodoxe et des rites ancestraux suivis à la lettre. Mais surtout, une passion pour le basket jamais démentie avec le talent et les joueurs de renoms composant les deux territoires. Et cela tombe bien pour Ivković qui va tenter, à 37 ans, une première expérience dans un championnat étranger au sein d’un club incandescent, l’Aris Salonique et son scoreur frénétique, Nikos Galis. Une légende du club dont la carrière débuta au même moment et qui va le mener à obtenir sept titres de Champion de Grèce entre 1984 et 1991. Toutefois, avec Ivković, le club grec et Galis vivront une période de deux saisons entre 1980 et 1982 qui permettront surtout à Galis de peaufiner son jeu et d’apprendre du coach en devenir. Une aide mutuelle entre les deux hommes mais qui va signer le retour au pays de « Duda » dès 1982. D’abord, de nouveau à Radnički durant deux saisons entre 1982 et 1984 puis trois saisons à chaque fois tout d’abord à Šibenik (1984-1987), une ville côtière, aujourd’hui située en Croatie et dans le club de Vojvodina (1987-1990) situé à Novi Sad dans la province de Voïvodine au nord-ouest de Belgrade. Dès lors, la période d’activité en club d’Ivković va correspondre à une double réalité. D’une part, à partir de la mort de Tito en 1980, la situation politique va sérieusement se détériorer au milieu des années 80 et cristalliser les rancœurs religieuses et ethniques dans une région communément appelée « la poudrière des Balkans ». D’autre part, « Duda » va récupérer la casquette de sélectionneur yougoslave. Une double casquette « entraîneur-sélectionneur » qui va le voir remporter de nombreuses médailles avec sa deuxième fonction et démontrer toute la puissance du basket yougoslave dans les grandes compétitions internationales.

Le duo Divac-Petrović sera médaillé sous la houlette du natif de Belgrade (Crédit photo : eurohoops.net)

SELECTIONNEUR DE TALENTS ET COLLECTIONNEUR DE MEDAILLES

Le basket (ex)-yougoslave a toujours été à la pointe de la formation et de la découverte de talents, c’est un fait. Des joueurs qui, encore aujourd’hui, démontrent toute leur culture basket en NBA à l’instar des Serbes Nikola Jokić au Denver Nuggets, Bogdan Bogdanović à Atlanta ou encore la pépite slovène des Mavericks Luka Dončić. Dès lors, il faut prendre en compte que la pépinière de talents n’a pas attendu 2021 pour mettre en avant toute la puissance de la balle orange dans les Balkans. Mais un des problèmes d’avoir autant de talents réunis est le fait de devoir gérer les nombreux égos sur et en dehors du parquet.  Vicissitudes de la vie d’un coach sur le temps de jeu à trouver à chaque joueur. Dušan Ivković va devoir gérer des égos mais également faire des choix, lui qui est entraîneur mais aussi sélectionneur de son pays. Mais disons-le net, dans les années 80, sa deuxième casquette va davantage le mettre en avant que la première. En effet, sous la houlette d’Ivković, une Yougoslavie agonisante sur le plan   politique va se positionner dans la quête de médailles et rafler bon nombre de titres. 1988 : médaille d’Argent aux Jeux Olympiques de Séoul, battus par une autre puissance agonisante, l’Union soviétique. Dans l’effectif yougoslave du très lourd avec le « Mozart du basket » Dražen Petrović, les trois gauchers Toni Kukoč , Žarko Paspalj et Jure Zdovc. Le futur coach emblématique de l’Euroleague, Željko Obradović, Stojko Vranković, Vlade Divac, Dino Rađa, Franjo Arapović ainsi que Zdravko Radulović, Zoran Čutura et Danko Cvjetićanin. Un an plus tard, en 1989, on prend les mêmes en retirant Arapović et Obradović et en y rajoutant Zoran Radović mais surtout Predrag Danilović, le teigneux arrière du Partizan. Résultat : Champions d’Europe. En 1990, lors du Championnat du monde tristement célèbre pour la Yougoslavie et qui va signer la fin de la période Petrović et son amitié avec Vlade Divac, s’ajouteront les Velimir Perasović, Radisav Ćurčić, Arijan Komazec et Zoran Savić. Là encore, Champions du monde malgré l’affaire du drapeau croate brandi à la face du monde et jeté à terre par Divac, ce que Petrović ne lui pardonnera jamais. Quoiqu’il en soit, dans une vie d’entraîneur, à part la « Dream Team » de 1992, peu de coachs auront eu autant de matière talentueuse balle en main mais volatile côté caractère. Pourtant et c’est la grande force de Dušan Ivković, son flegme et sa connaissance innée du basket vont lui permettre de ménager les susceptibilités notamment grâce à sa connaissance de la star de l’équipe, le futur croate Dražen Petrović avec qui coach « Ivko » va remporter deux médailles aux Olympiades Universitaires en 1983 puis en 1987 avec Petrović et Divac en leaders. Idéal pour assoir une autorité naturelle lorsque le meilleur joueur de l’équipe adoube son entraîneur. Ivković aura également l’occasion de remporter deux autres trophées en tant que sélectionneur, en 1991 en Italie lors de l’Eurobasket avec l’éclosion d’Aleksandar Đorđević, futur vainqueur de l’Euroleague avec le Partizan Belgrade sur un tir à trois-points incroyable en 1992 à Istanbul (avec Željko Obradović comme entraîneur et Danilović comme partenaire). Mais surtout, avec Obradović comme assistant, Ivković et la Yougoslavie vont être sacrés Champion d’Europe dans une finale d’anthologie à Athènes, lors du Championnat d’Europe de 1995 avec 41 points pour Đorđević face aux Lituaniens de Šarūnas Marčiulionis et Arvydas Sabonis. Finale qui reste encore une des plus belles que le basket européen de sélection a produit depuis lors.

Željko Obradović et Dušan Ivković, ces deux hommes (et amis) pèsent une cargaison de trophées entre leurs clubs et la sélection nationale (Crédit photo : Basketikos.gr)

UNE DECENNIE ENTRE GUERRE DE YOUGOSLAVIE, CARRIERE EN GRECE ET… « TRIPLE COURONNE »… BIS

1991 est une date symbolique pour la Yougoslavie qui va voir ses fondements s’effondrer tel un château de carte. Entre Indépendances et une guerre qui va durer près de dix ans, l’entité yougoslave va connaître un destin funeste qui va impacter également ses sportifs. A l’instar des footballeurs qui verront le Danemark remporter l’Euro 1992 à leur place ou le Partizan Belgrade qui jouera ses rencontres sur terrain neutre. Pour Dušan Ivković, dans un pays en lambeau, l’occasion va être trouvée de quitter la Yougoslavie et de retourner en Grèce. A Salonique une nouvelle fois près de dix ans après avoir quitté la ville. Mais cette fois, dans l’autre club, le PAOK. Deux saisons entre 1991 et 1993 avec un titre de Champion de Grèce glanée lors de la saison 1991-1992. Ainsi qu’une demi-finale perdue face au Benetton Treviso de Toni Kukoč (77-79) et une occasion ratée pour Ivković et le double champion NBA avec les Bulls (1991 et 1992), Cliff Levingston, d’aller en finale de la « Ligue des Champions » du basket en 1993 remportée cette saison-là par le CSP Limoges du regretté Fred Forté, Richard Dacoury et Michael Young face au Benetton donc. Qu’à cela ne tienne, « Duda » va rebondir et aller au Panionios (1994-1996), club de la façade égéenne et fondée par les Grecs « revenus » dans le cadre d’échanges de populations après la Guerre d’Indépendance victorieuse menée par la Turquie contre la Grèce. Toutefois, le quart d’heure de gloire de Dušan Ivković va prendre un tour exceptionnel avec l’Olympiacos. Arrivé lors de la saison 1996-1997, le coach de 57 ans, devenu serbe entretemps, va pouvoir rééditer en format XXL une performance obtenue près de 20 ans après celle du Partizan.

L’équipe de l’Olympiacos, saison 1996-1997, qui va tout remporter sur son passage (Crédit photo : http://1.bp.blogspot.com)

Le basket grec des années 90 était une place forte du basket européen par la qualité des joueurs et la profondeur des effectifs. Chaque équipe possédait un joueur capable de changer la donne, les transferts de joueurs célèbres étaient légion à l’instar de l’ancien « Hawk » Dominique Wilkins qui va remporter avec le Panathinaïkos, l’Euroleague en 1996. Justement, en 1996, le coach serbe va prendre en main et mener l’Olympiacos vers les sommets de l’Olympe. Un entraîneur de génie avec un joueur de génie et de la qualité à tous les étages. Grâce à l’apport de l’ancien joueur des Lakers, le génialissime David Rivers, champion de France en 1995 avec Antibes et de joueurs reconnus, les « Rouges » de l’Oly vont tout casser sur leur passage. Pour entourer le meneur américain, les Grecs Giorgos Sigalas, le jeune Dimitrios Papanikolaou, Efthimis Bakatsias et le futur maire du Pirée, le pivot international Panagiotis Fasoulas. Ainsi que le pivot russe Aleksey Savrasenko, le pivot allemand décédé en 2015, Christian Welp, Champion d’Europe avec l’Allemagne en 1993, un autre pivot russe, Anatoly Zourpenko. Et la triplette serbo-croate : le pivot Dragan Tarlać, le meneur naturalisé grec Milan Tomić et l’ailier croate Franko Nakić. Une équipe puissante, solide et totalement gérée par un David Rivers de folie. Le résultat sera le même pour le technicien serbe avec trois trophées remportés entre le Championnat de Grèce, une Coupe de Grèce mais surtout, l’Euroleague de 1997. Une finale marquée par la performance exceptionnelle d’un David Rivers au sommet de son art. Là où la contestation avait été extrêmement forte en 1996 lors de la finale remportée par l’ennemi héréditaire du « Pana » avec le contre de Vranković lors de l’ultime possession des « Verts » d’Athènes, la victoire des rivaux de l’Olympiacos une saison plus tard n’a souffert d’aucune contestation possible. Une saison durant laquelle, le club du Pirée a trouvé les ressources pour s’extirper des phases de poules et d’arriver au Top 16. Un Top 16 littéral puisque les 16 équipes issues des poules vont s’affronter au meilleur de trois rencontres. Curieux hasard, l’Olympiacos va affronter le… Partizan Belgrade ancien club de son coach. Une qualification par deux manches à une plus tard, « l’Oly » va affronter une autre vieille connaissance, le champion d’Europe en titre, le Panathinaïkos et s’adjuger deux victoires d’affilée sur le rival éternel. Place donc au Final Four au cours duquel les Grecs vont affronter l’Olimpija Ljubljana de l’ailier « dunker » Marko Milič. Après une victoire 74 à 65, David Rivers et les siens sont donc en finale face au FC Barcelone, vainqueur de l’ASVEL (77-70) de Jim Bilba. La finale de Rome va donc donner lieu à un affrontement hispano-grec prometteur. Le Barcelone de l’entraineur Aíto García Reneses étant un adversaire de poids avec le meneur Sacha Đorđević et l’ailier lituanien Artūras Karnišovas, ancien de Cholet. Toutefois, ce sera une finale en trompe l’œil tant l’Olympiacos va marcher sur les Catalans pour une victoire sans concession : 73-58 obtenue en seconde mi-temps derrière les 26 points de Rivers.

Une occasion rêvée pour le public grec de transpirer de bonheur et pour Ivković de remporter son premier trophée d’Euroleague. Une saison faste également en championnat et Coupe de Grèce, tous deux tombés dans l’escarcelle des « Rouges » du Pirée pour une « Triple Couronne » remportée haut la main. Dès lors, après tant d’effusions, « Duda » va partir deux ans plus tard du club grec et se retrouver à l’AEK Athènes. Au sein de ce quatrième club hellénique après le PAOK, Panionios et Olympiacos, le Serbe va faire gonfler son armoire à trophée avec deux Coupes de Grèce (2000 et 2001) mais surtout une autre Coupe d’Europe avec la Saporta Cup. Encore une fois, les pronostics seront battus en brêche puisque l’AEK va faire tomber l’archi-favori, le Kinder Bologne du coach italien Ettore Messina et des stars le serbe Predrag Danilović, notre Antoine Rigaudeau national, le Grec, ancien du « Pana » Nikos Ekonomou, le Lituanien Saulius Štombergas et le jeune David Andersen, futur vainqueurs d’Euroleague avec le CSKA et Barcelone notamment. Score : 83-76 grâce notamment à la performance de l’ancien arrière d’Orlando, Anthony Bowie, lui le vainqueur de l’Euroleague avec les Lituaniens du Žalgiris Kaunas lors de la saison 1998-1999. Et une nouvelle version de la « Triple Couronne » pour Dušan Ivković après la Koraç Cup en 1979, l’Euroleague en 1997 et donc la Saporta en 2000 soit les trois trophées européens de référence.

DEPART EN RUSSIE, RETOUR EN GRECE ET « MIRACLE D’ISTANBUL »

Après dix ans en Grèce et une petite année de pause, Dušan Ivković va éprouver le besoin de se donner un autre défi dans sa prestigieuse carrière. Direction la Russie en 2002 au sein du club de l’Armée rouge, le CSKA Moscou. Trois saisons ambivalentes pour le coach serbe. Sur la scène nationale, absolument aucune contestation possible pour le puissant club russe qui va remporter trois championnats sous la houlette de « Duda » ainsi qu’une Coupe de Russie en 2005. Sur le plan de l’Euroleague en revanche, la donne sera sensiblement différente. Non pas que le CSKA n’ait pas obtenu de résultats lors des qualifications mais une incapacité chronique à franchir l’obstacle du Final Four. Quatrièmes en 2003 et 2005 et troisième en 2004, la barre sera toujours trop haute pour les hommes d’Ivković. Malgré une qualité d’effectif à faire pâlir d’envie bon nombre de clubs d’Euroleague : Theo Papaloukas, Marcus Brown, David Andersen, J.R. Holden, Dragan Tarlac, Victor Khryapa, Nikita Kurbanov, Zakhar Pashutin, Victor Alexander, Sergeï Monia, Sergeï Panov, Mirsad Türkcan ou encore Antonio Granger. Du très lourd à tous les postes mais la magie ne va jamais opérer sur la scène européenne. Qu’à cela ne tienne, Ivković va trouver l’occasion de garnir son armoire à trophées européens sans pour autant quitter Moscou. En effet, le vieux loup de mer va simplement aller dans l’autre club de Moscou, le Dynamo durant deux saisons. Le plus grand fait d’arme sera un nouveau trophée européen avec l’ULEB Cup lors de la saison 2005-2006 face à une vieille connaissance du coach serbe, l’Aris Salonique (73-60). Malgré une équipe sans véritable star mais des joueurs de devoirs tels que les Grecs Lazaros Papadopoulos et Antonis Fotsis, l’ailier finlandais Hanno Möttölä, ou l’ancien meneur palois Mire Chatman. Une quatrième Coupe d’Europe qui va mettre un petit temps d’arrêt à la carrière du maître serbe. Après son départ du Dynamo, Dušan Ivković va se concentrer sur la sélection serbe durant trois compétitions avec des résultats cycliques. Une médaille d’argent lors de l’Eurobasket 2009 derrière l’Espagne, une élimination face à la Russie en 2011 lors de l’Eurobasket suivant. Et une quatrième place, après une demi-finale à couteaux tirés lors du Championnat du monde de 2010 en Turquie. Une élimination à la dernière seconde suite à un basket marqué par le meneur turc, Kerem Tunçeri et une défaite 83-82 qui va priver les Serbes d’une finale. Ils finiront à la quatrième place de la compétition.

Ivković va donc mettre toute sa science de nouveau au service de son pays et saura valoriser la nouvelle garde à l’instar du génial meneur Miloš Teodosić, de l’ailier Nemanja Bjelica ou du géant et futur Maverick, Boban Marjanović. Un juste retour des choses pour un coach qui porte l’équipe nationale ancré au plus profond de son âme. Cependant, si l’avantage de diriger une sélection nationale est d’avoir du temps pour travailler, l’inconvénient est d’être loin du terrain et des joueurs. Dušan Ivković va donc très vite ressentir le besoin de revenir au sein d’une équipe et l’année 2010 va marquer, au sortir du Championnat du monde turc, son retour auprès d’un ancien amour grec. A près de 67 ans, le technicien de Belgrade va (re)prendre en main l’Olympiacos et ce, durant deux saisons entre 2010 et 2012. Avec en point d’orgue un des plus grands « come-back » du basket en mai 2012 avec le « Miracle d’Istanbul ». Les amateurs de foot connaissent cette mythique incantation par la victoire retentissante du club anglais de Liverpool face aux italiens du Milan AC en mai 2005 à Istanbul. Menés 3-0 à la mi-temps, les Anglais reviendront dans la partie et remporteront la Ligue des Champions aux tirs aux buts. Un miracle qui va encore une fois avoir pour cadre la ville d’Istanbul lors du Final Four 2012. Après une saison éreintante, l’Olympiacos va débarquer, avec ses supporteurs bouillants, au Sinan Erdem Dome, écrin ultra-moderne de la mégalopole turque. Sur le plateau, quatre des plus prestigieuses équipes d’Europe. Le CSKA Moscou, le FC Barcelone et les deux frères ennemis grecs, le Panathinaïkos, tenant du titre et l’Olympiacos. Disons-le clairement, les hommes d’Ivković ne sont pas les favoris avec un tel plateau mais l’édition 2012 va être atypique avec des scores tournant autour de la soixantaine de points lors de trois des quatre rencontres de la compétition. Dès lors, devant des scores aussi étriqués, l’Olympiacos va idéalement se qualifier pour la finale en disposant de Barcelone (68-64) grâce à un Vassilis Spanoulis intenable (21 points et 6 rebonds) en demi-finale. En face, une vieille connaissance, encore une fois, du coach serbe avec le CSKA Moscou qui a senti le vent du boulet passé durant sa demi face au « Pana » mais s’est finalement qualifié sur une marge ultra réduite (66-64) grâce notamment à « AK47 » Kirilenko.

Dušan Ivković, dont la stratégie a payé face au CSKA Moscou lors de la finale d’Euroleague 2012 (Crédit photo : Agonasport.com)

Le 13 mai 2012, Istanbul va vivre une finale haletante et palpitante malgré le déséquilibre supposé de la situation. D’un côté, en effet, une pléiade de stars côté russe avec les Serbes Miloš Teodosić et Nenad Krstić, les Russes Victor Khryapa, Sasha Kaun et Andrei Kirilenko, Andrey Vorontsevich, Alexey Shved.  L’homme à tout-faire lituanien, Ramūnas Šiškauskas, son compatriote, le massif pivot Darjuš Lavrinovič. Sans compter Jamont Gordon et l’ancien choletais, Sammy Mejía. Une profondeur de banc exceptionnelle, avec le coach lituanien Jonas Kauzlaukas pour faire évoluer tout ce beau monde. En face ? Une moitié d’équipe nationale grecque avec Vassilis Spanoulis, le pivot Lazaros Papadopoulos, déjà titré avec le coach serbe au Dynamo Moscou en 2006, le meneur Vangelis Mantzaris, l’ailier-fort Georgios Printezis et les deux Kostas gauchers : Kostas Papanikolaou et Kostas Sloukas. Complété par l’apport du Macédonien chauve, Pero Antić, bien utile pour les tâches obscures, le pivot américain musculeux Joey Dorsey, un autre pivot de… 1m98, Kyle Hines Et le meneur U.S. Acie Law, l’ailier serbe Marko Kešelj et l’arrière lituanien Martynas Gecevičius pour compléter la rotation. Bref, sur le papier, de l’étoile face à du besogneux en perspective.

Georgios Printezis, Kostas Sloukas et Vassilis Spanoulis, les trois héros d’Istanbul (Crédit photo : i.ytimg.com)

Le début de la rencontre et jusqu’au troisième quart-temps vont confirmer ces dires. Olympiacos va se faire étouffer d’entrée et très rapidement le score va enfler pour le CSKA qui va compter près de 15 points d’avance à la fin de la première mi-temps (34-20) et jusqu’au troisième quart-temps (53-40). Derrière un Teodosić intenable et les deux « K », Kirilenko et Krstić en support, le CSKA va se rêver Champion d’Europe durant 30 minutes. Seulement, en face, un homme ne va pas paniquer et permettre à son équipe de revenir dans la partie. En inspirant confiance et en s’appuyant sur sa triplette grecque, Spanoulis pour le jeu, Papanikolaou pour le pressing et Printezis pour la défense dans la raquette et avec l’aide de Hines, Sloukas et Antic, l’Olympiacos poussé par son nombreux public, comme à la maison à Istanbul, va tenir son pari. Revenir progressivement au score à partir du quatrième quart-temps. Pour ensuite remporter la mise sur un improbable scénario. Dans une ambiance digne de la NBA, les Grecs vont revenir à 61-60 à dix secondes de la fin de la partie, Kirilenko trouvant Šiškauskas qui va subir une faute de Spanoulis et obtenir deux lancers-francs. Après le double raté du Lituanien, Spanoulis va récupérer la balle, rentrer plein pot dans la raquette russe et trouver Printezis sur le côté gauche. Ce dernier, complètement démarqué, va faire sa spéciale, la petite « larmichette » de la main droite et envoyer tout un peuple au paradis. Victoire 62-61 dans une ambiance de folie et qui doit tout autant au coaching d’Ivković qu’à la perte de moyens de Teodosić, jamais autant instable que lorsque la pression se fait forte et du coach du CSKA qui n’a jamais pu contrer son illustre adversaire. Avec 8 petits points marqués dans le dernier quart-temps, les Russes auront failli jusqu’au bout. Quoiqu’il en soit, pour Ivković, ce sera une seconde fois réussie avec l’Olympiacos après 1997 et une victoire encore plus belle avec une équipe moins forte mais compacte derrière un Spanoulis de gala. Un miracle qui doit beaucoup au tacticien serbe et qui, encore aujourd’hui, est révéré du côté du Pirée. Ironie de l’histoire avec le titre de 2012, l’Olympiacos rafle le trophée au tenant du titre, le « Pana » : 1996 et 2011 pour les « Verts » et donc 1997 et 2012 pour les « Rouges ». Une raison de plus au Pirée d’être en extase devant le coach serbe qui va quitter le club sur ce trophée improbable.

Le jubilé de Dušan Ivković en 2017 au Pirée lors d’une rencontre de gala. Les amoureux du basket européen reconnaîtront sans doute toutes ces étoiles (Crédit photo : Euroleague)

DERNIER TANGO A ISTANBUL AVANT LA RETRAITE

Après ce coup exceptionnel, le Serbe n’a donc plus grand-chose à prouver, lui qui a également été élu parmi les 50 personnalités de l’Euroleague en 2008 avec de grands noms du basket yougoslave et serbe tels que Aleksandar Nikolić, Božidar Maljković, Željko Obradović ou le Russe Alexander Gomelsky et l’Italien Messina. Ivković va donc tenter une dernière aventure, en Turquie, au sein de l’Anadolu Efes et y passera deux saisons entre 2014 et 2016. Sur le papier, une nouvelle fois deux Coupes remportées, une de Turquie et la Coupe du Président qui oppose le champion turc au vainqueur de la Coupe de Turquie, en 2015. Mais à 71 ans révolus, ce sera l’expérience de trop. En quelque sorte dû à une querelle de génération entre des joueurs peu au fait des méthodes du technicien serbe et un coach qui commence à sentir le poids des années sur ses épaules. Dès lors, la séparation sera inéluctable avec le club d’Istanbul malgré les coups de sang de « Duda » notamment face au meneur français Thomas Heurtel dont les oreilles doivent résonner, aujourd’hui encore et en dépit des gros investissements consentis par le club d’Efes en termes de joueurs. Une histoire turque qui arrivera bien trop tard dans la carrière d’Ivković. Dušan Ivković restera donc dans l’histoire du basket comme un précurseur, un professeur du jeu, toujours en quête de nouveautés. Dans le sillage de son défunt frère, disparu en 1995, il symbolise ce que la Yougoslavie et ses pays désormais indépendants sont. Des amoureux du basket où le Q.I. du jeu est la chose la plus importante qui soit. Rien d’étonnant donc que le technicien serbe ait entraîné près de 50 ans, en réussissant à faire évoluer constamment le jeu de ses équipes, développé les joueurs sous sa main tout en étant un monstre de compétition avide de trophées. Il symbolise enfin la production d’entraîneur yougoslave de haut vol tels Svetislav Pešić, Bogdan Tanjević mais surtout son élève, puis assistant et enfin ami, Željko Obradović hier. Et Sacha Đorđević (Virtus Bologne), Jure Zdovc (Levallois Metropolitans), Saša Obradović (ex-Monaco et Etoile Rouge) et Igor Kokoškov (Fenerbahçe) aujourd’hui qui perpétuent cette tradition du coaching « Made in (ex)-Yougoslavia ». Des entraîneurs pour qui la perfection n’existe pas et misent tout sur la valeur travail. Ce qui démontre d’autant plus le respect dont jouit le technicien serbe est son jubilé effectué en 2017. Preuve en est le respect pour un coach qui va attirer la crème de la crème du basket européen et même le champion de tennis, Novak Djokovic en guest-star. Dušan Ivković, un entraîneur qui a marqué de son empreinte un large pan du basket européen tant au niveau des équipes que des joueurs et qui a été un merveilleux ambassadeur pour son pays et son sport.

« Être entraîneur signifie que chaque jour tu dois prendre des décisions importantes et difficiles. Ma dernière décision en tant qu’entraîneur est de prendre ma retraite. Une décision logique, rationnelle et aussi difficile que celles que j’ai pu prendre durant ma carrière » (L’Equipe)

« Je suis un fan de basket et donc de Dušan Ivković », signé le tennisman Novak Djokovic lors du jubilé du technicien serbe en 2017 (Futboo.com)

L’heure de la retraite a sonnée pour Dušan Ivković et les hommages sont légion de partout

LE SAVIEZ-VOUS ?

La légende raconte que le génial inventeur, Nikola Tesla, serait de la famille de Dušan Ivković. Si tel est le cas, le génie inné est donc de famille.

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About Volkan Ozkanal (7 Articles)
Fan de basket européen, d'Anadolu Efes, de Fenerbahçe du KK Partizan Belgrade et du CSKA Moscou, je voue un culte à l'immense Željko Obradović ainsi qu'à Petar Naumoski, grâce à qui j'ai appris à aimer la balle orange. Passionné également d'histoire, j'essaye de transmettre ma passion à travers Basket Retro.

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