André Vacheresse : l’âme et le maestro de la Chorale de Roanne
France
Figure majeure du basket français de l’après-guerre, André Vacheresse demeure une personnalité indissociable de l’essor de la Chorale de Roanne et de l’équipe de France des années 1950. À la fois joueur, entraîneur et capitaine, il a incarné la transition progressive du basket tricolore vers une structuration tactique et athlétique de haut niveau.
DES TERRAINS DE FOOTBALL AUX SOMMETS NATIONAUX
Né en 1927 à Roanne, André Vacheresse se destine d’abord au football, le sport favori de ses camarades, où il évolue comme gardien de but. C’est à l’école pratique de Roanne que sa trajectoire bascule : un enseignant, Henri Maurin, le repère avec cinq ou six autres élèves pour les initier au basket-ball, avant de leur faire signer leur première licence à la Chorale de Roanne.
Surnommé « Le Grand » en raison de son gabarit très longiligne (1m87) dans un contexte encore marqué par les restrictions d’après-guerre, il connaît une progression fulgurante. Encore cadet, il intègre l’équipe senior qui gravit un à un tous les échelons, de la Promotion jusqu’à l’Excellence de la Loire. Mais c’est d’abord avec l’équipe junior qu’il fait connaitre le club hors des frontières locales, en atteignant les demi-finales du championnat de France junior face au futur champion, le Racing Club de France.
L’EMERGENCE D’UN MENEUR D’HOMMES
Dès la saison suivante, les dirigeants lui confient simultanément le capitanat et l’entraînement de l’équipe première. La Chorale attire alors les foules lors des derbies passionnés contre l’A.S. Roanne, disputés au stade Malleval ou sur le terrain de l’Agriculture. Porté par l’héritage laïque du club, le collectif s’illustre en Coupe de France UFOLEP, remportant trois titres dans cette compétition.
Sur le terrain, Vacheresse s’impose comme un véritable meneur d’hommes et un arrière scoreur redoutable, capable d’alimenter la marque à plus de 9 mètres de distance. Il effectue son service militaire dans le bataillon de Joinville pendant la guerre d’Algérie. A cette occasion, il travaille sur ses qualités physiques et athlétiques.
L’année 1949 marque un tournant capital dans sa vie et sa carrière. Sur le plan local, la Chorale de Roanne bâtit son propre Palais des sports. En parallèle, lors d’un tournoi à Nice opposant une sélection des provinces à l’équipe de France, il tape dans l’œil de Robert Busnel. Appelé dans la foulée pour sa première sélection A contre l’Espagne, il débloque une situation compromise par la défense de zone adverse en alignant plusieurs tirs lointains, offrant une victoire de trois points aux Bleus. Cette même année enregistre également son mariage avec Josette, avec qui il aura deux enfants.
CAPITAINE DES BLEUS ET CADRE INTERNATIONAL

Devenu un international incontournable, André Vacheresse accumule 71 sélections jusqu’à sa dernière cape en 1955 contre la Belgique. Son parcours sous le maillot tricolore est marqué par une présence constante dans les grands rendez-vous. Il participe notamment à trois championnats d’Europe successifs dans les années d’après-guerre : celui du Caire en 1949, où les Bleus décrochent la médaille d’argent, celui de Paris en 1951, disputé à domicile, où l’équipe de France s’incline devant l’URSS et la Tchécoslovaquie mais obtient le bronze, et enfin celui de Moscou en 1953, où les Bleus confirment leur rang en terminant une nouvelle fois sur la troisième marche du podium.
Au sommet de son statut en équipe nationale, il est désigné capitaine de la sélection lors du tout premier Championnat du Monde disputé en 1950 à Buenos Aires, que la France termine à la sixième place. Deux ans plus tard, il prend également part au tournoi olympique d’Helsinki en 1952. Les bleus termine alors 8e de ces JO d’été.
André Vacheresse (n°3) défendant sur Ranuzzi (n°8) lors d’une rencontre France-Italie.
LE « MAESTRO » ROANNAIS : DE LA FORMATION AU SACRE DE 1959
Tout au long de sa carrière, Vacheresse fait preuve d’une pédagogie constante. Il n’hésite pas à s’occuper lui-même des catégories de jeunes, notamment les poussins, convaincu que l’apprentissage des fondamentaux y est primordial. Entre ses mains passeront de futurs grands noms du basket français tels que Bazus, Lavaud, Mounier, Bernard Villecourt et l’incontournable Alain Gilles.
Sur le banc de l’équipe première, il devient le « maestro », transmettant à ses coéquipiers la rigueur tactique et les préceptes appris auprès de Robert Busnel. En 1953, la Chorale valide son accession en première division nationale au terme d’un match de qualification accroché contre Monaco, disputé à Grenoble. Le club entame alors un âge d’or remarquable, s’installant durant six années consécutives dans le dernier carré du championnat de France.
La consécration survient en 1959, lorsque la Chorale de Roanne est couronnée championne de France après avoir battu son grand rival, l’ASVEL, sur le score de 67 à 52, avec une prestation décisive de Vacheresse auteur de 19 points. Lors de la campagne européenne suivante en Coupe d’Europe des clubs champions, l’équipe passe tout près d’un exploit retentissant en ne manquant la qualification pour le Final Four que pour deux petits points d’écart face au Sparta Prague.

UN HERITAGE INSTITUTIONEL MAJEUR
L’empreinte laissée par André Vacheresse sur le basket tricolore a naturellement été saluée par les plus hautes instances fédérales. En 2000, il se voit attribuer la médaille Robert Busnel, la plus haute distinction de la Fédération Française de Basket-Ball, scellant le lien indéfectible entre le joueur et son ancien sélectionneur. Cette reconnaissance institutionnelle culmine en 2016 avec son intronisation officielle à l’Académie du basket-ball français. Entre l’enceinte de Roanne qui porte désormais son nom et ces hommages posthumes, Vacheresse s’impose définitivement comme l’une des figures patrimoniales majeures et un précurseur incontournable du basket français.


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