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Bria Hartley, la Française oubliée

France

Montage Une : Laurent Rullier pour Basket Retro

En octobre 2026, la meneuse de jeu Bria Hartley signe à Villeneuve d’Ascq. Un peu surprise, la France du basket redécouvre cette joueuse franco-américaine qui a pourtant disputé dix-sept matchs avec les Bleues entre novembre 2018 et février 2020. Quand Valérie Garnier annonce sa sélection avant les matchs de qualification pour le championnat d’Europe 2019, les réactions sont mitigées voir hostiles de la part de certaines joueuses, journalistes et surtout supporters. Si l’équipe de France a déjà pu compter sur dix-huits naturalisés chez les garçons et deux en féminin, le cas Hartley semble plus difficile à accepter. Elle ne parle pas, ou si peu, notre langue. Elle n’a jamais joué en France. Y a t’elle déjà posé les pieds une fois au moins, hormis des passages éclairs lors de matchs de coupe d’Europe avec Sopron ou le Fener où elle est coachée par Valérie Garnier ? La native de Brooklyn a beau rétorquer timidement qu’elle a des racines alsaciennes par une grand-mère, qu’elle n’est pas naturalisée mais française par le sang, rien n’y fait. On l’accuse de prendre la place de jeunes meneuses talentueuses élevées aux grains dans notre terroir, Olivia Epoupa, Romane Bernies, Alix Duchet et la jeune et prometteuse Marine Fauthoux. On lui reproche d’avoir porté la tunique de Team USA en U18, U19 et 3×3 et surtout d’avoir été l’une des dernières coupées lors de la présélection pour le championnat du monde A en 2014. Elle veut jouer avec la France car elle n’a pas sa place outre-Atlantique. Être un second choix, ça heurte la fierté nationale.

La traditionnelle séance photo pour la rookie.

Oui, Bria Hartley n’a pas été formée en France mais à la prestigieuse UConn où elle a glané deux titres NCAA. Oui, elle a été sélectionnée en équipe USA de jeunes. Et cela, ça pose un CV. Ce n’est pas une « Américaine » du troisième chapeau égarée dans un championnat de seconde zone. Elle tient sa place au Fenerbahce en Euroleague, et au New York Liberty en WNBA. Ni la FFBB, ni Valérie Garnier ne peuvent rester insensibles à sa candidature à une sélection en EdF, car c’est Bria qui a approché les Bleues et non l’inverse. Tant pis pour les pisse-vinaigre qui exigent une connaissance parfaite de la Marseillaise chantée la main sur le cœur, Bria Hartley est une bonne opportunité.

La jeune maman d’un petit Bryson joue son premier match en bleu en Roumanie dans le cadre des qualifications pour l’Euro 2019. Avec 9 points, 5 passes, et 4 interceptions en 19 minutes dans une large victoire, 90/61, chacun a pu apprécier ses qualités de meneuse-scoreuse, son agressivité des deux côtés du terrain et sa capacité à créer du jeu pour les autres. Elle présente un profil que l’on n’avait pas encore vu en EdF. Mais c’est moins sa performance sur le parquet que son attitude au sein de l’équipe qui est scruté par les observateurs. Bien accueillie par ses partenaires, Bria reste pourtant sur la réserve. Timide, mal à l’aise avec la langue française, elle arrive sur la pointe des pieds de la petite nouvelle voulant s’intégrer et non en « vedette américaine » voulant imposer son statut. Pour le second match des qualifications contre la Slovénie à Charleville-Mézières, non loin de la terre de ses ancêtres, elle monte en température avec 16 points et une vraie emprise sur le jeu dans une victoire écrasante 88/44. Suivent quatre matchs de préparations dont deux avec des pointes à 22 et 19 points.

Bria Hartley à la mène de l’équipe de France.

Mais l’épreuve de vérité c’est le championnat d’Europe 2019. Le premier tour à Riga est passé sans trop de frayeurs contre la République Tchèque, le Monténégro et la Suède. Bria Hartley mène le jeu en alternance avec Olivia Epoupa, et parfois les deux ensembles sur le terrain en association avec Marine Johannès, une triplette arrière de petite taille mais rapide, capable de créer les unes pour les autres. Un jeu qui déconcerte les adversaires. Le duo Hartley-Johannès inquiète même la pivot belge Ann Wauters à la veille du quart de finale France-Belgique à Belgrade.

En tête durant les trois premiers quart-temps, les Françaises se voient menées durant tout le quatrième malgré une Sandrine Gruda stratosphérique, 33 points et 10 rebonds. Mais c’est Bria qui arrache la prolongation par un tir à 3 points à dix secondes du buzzer. La prolongation est fatale à Wauters et ses coéquipières.

Maladroite en demi-finale contre la Grande-Bretagne, 3 points à un sur six, Hartley à laissé à Marine Johannès, 20 points, et Endy Miyem le soin d’assurer la place en finale. La finale contre l’Espagne est une nouvelle déception. Malgré un regain d’agressivité initié par Hartley en seconde mi-temps, l’Espagne impose son collectif et l’emporte largement 86/66. « L’Américaine » n’a pas pu briser la malédiction des finales perdues, la quatrième d’affilé, mais a légitimé sa place parmi les Bleues. Si elle continue de prendre des cours de français à Istanbul, la France l’acceptera pleinement.

Bria disputent ensuite deux matchs amicaux contre l’Espagne, deux victoires, et trois matchs de qualification pour les JO 2020, également des victoires qui assurent la présence à Tokyo. Les Jeux Olympiques sont bien sûr le but ultime pour Bria qui au soir de la large victoire contre Porto-Rico compte sa dix-septième sélections. Elle ne sait pas que ce sera la dernière.

A l’été 2020, Bria réalise sa meilleure saison WNBA. Sous le maillot du Phoenix Mercury elle plante 14,6 points et 4,5 passes de moyenne par match. La belle saison est stoppée net le 28 août quand elle s’effondre sur le parquet lors d’un match contre les Washington Mystics, rupture du ligament croisé antérieur du genou droit. Les portes de l’Euro 2021 et des JO se ferment brutalement. Ingrate, la France l’a déjà oubliée car elle porte désormais des yeux de Chimène sur une jeune joueuse native de Reno, Nevada, comme Bria elle est passée par Uconn, la WNBA et l’Euroleague dont elle vient d’être élue meilleure défenseuse. Comme Bria elle est française de sang en partageant les mêmes ascendances alsaciennes. Mais elle parle un peu mieux notre langue. Mais elle a déjà joué en France, à Montpellier et à Lyon. Mais elle… Elle plait au pays. D’abord réticente à la convoquer en sélection, Valérie Garnier la retient pour un match amical en Espagne où elle marque les esprits avec un 3 points au buzzer du premier quart temps. Elle, c’est Gabby Williams.

Bria et Marine, le duo explosif de l’Euro 2019.

Williams renonce à sa WNBA pour l’Euro et les JO où elle emmène les Bleues en finale contre les Etats-Unis. La France salue le geste du renoncement aux dollars pour l’amour du maillot national, adore la joueuse et est amoureuse de la jeune femme. Bria Hartley semble déjà loin quand elle reprend contact avec la WNBA en 2022 avec le Connecticut Sun. Mais lors de son troisième match elle subit la même blessure mais au genou gauche. En 2024, encore convalescente, elle voit le pied de Gabby mordre la ligne à 3 points et ses larmes devant un public de Bercy ému qui ne lui en veut absolument pas. Mais elle, Bria Hartley, est devant son écran télé. En 2025, à 32 ans elle dispute trente-huit matchs avec le Sun avant de se déchirer le ménisque du genou droit lors d’un entraînement.

Octobre 2026, ESB Villeneuve d’Asq annonce la signature de Bria Hartley. Une première en LFB pour Bria Hartley ? Bria qui ? Hartley ! Vous vous souvenez ? Une meneuse de jeu naturalisée. Elle a même été en équipe de France il y a quelques années.

En 2025 avec le Connecticut Sun.

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About Laurent Rullier (95 Articles)
Le premier match de basket que j'ai vu en live était un Alsace de Bagnolet vs ASVEL. Depuis la balle orange n'a pas arrêté de rebondir dans ma p'tite tête.

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