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Thierry Gadou, le Béarn dans les veines

France

Montage Une : Laurent Rullier pour Basket Retro

Vieux-Boucau-les-Bains. Mille cinq cents habitants, des pinèdes, l’Atlantique en face et des spots de surf que les locaux gardent jalousement pour eux. Pas vraiment l’endroit où l’on imagine naître une vocation de basketteur. Et pourtant, c’est là que naît, le 13 janvier 1969, Thierry Gadou, troisième d’une fratrie qui va marquer à jamais le basket français. Une des fratries les plus marquantes du basket français et peut-être même mondial. En effet, les trois frères finiront tous par porter le maillot de Pau-Lacq-Orthez en Pro A. Dans le basket professionnel français, les fratries au plus haut niveau ne sont pas légion. Mais les Gadou, eux, ont poussé l’astuce jusqu’à envoyer trois frangins gravir la même montagne béarnaise. Chacun a apporté sa pierre à l’édifice de la plus grande dynastie du basket hexagonal. Un club, un maillot, un clan, la famille comme identité collective.

Thierry est le benjamin, donc le dernier arrivé aux parquets. Mais pas le dernier à briller, loin de là. Avant même ses débuts professionnels, il est déjà champion de France Espoir aux côtés de ses deux frères, un titre partagé dans la sueur qui préfigure tout ce qui va suivre par la suite. A l’époque, le club du Béarn se prénomme « Élan Béarnais Orthez ». Une demeure qui préfigure la professionnalisation du basket national avec comme porte étendard la ville d’Orthez.

Dans les années 1980, Pau-Orthez n’est pas encore le monstre qu’il va devenir. Mais la machine est déjà en marche. Le club a remporté son premier titre de champion de France en 1986, puis récidivé en 1987 dans une finale homérique contre le CSP Limoges (2 manches à 1) son rival naturel et son miroir inversé. Le début d’une rivalité qui va marquer au fer rouge le basket français des années 1990. Deux clubs, deux villes, deux tempéraments et des derbies qui forgeront toute une génération durant de nombreuses années.

Il y a aussi le Palais des Sports de Pau, inauguré en 1991 sous l’impulsion de Pierre Seillant, le président visionnaire, et de André Labarrère, maire de la ville durant 35 ans. Une salle de plus de 7 000 places, la plus grande arène dédiée au basket en France à l’époque. Dès lors, Orthez qui n’est pas donc encore Pau-Orthez commence doucement à trouver sa place dans le microcosme national. Quand Thierry Gadou intègre les rangs professionnels à la fin des années 1980, cette cocotte est déjà prête à exploser au moindre exploit. Les tribunes chauffent vite à Pau et le public béarnais ne se déplace pas simplement pour voir du basket, il veut vivre une expérience et faire corps avec son équipe.

Thierry Gadou intègre donc l’équipe première à partir de la saison 1988/1989. Une dernière sous l’appellation Orthez avant de se nommer à partir de 1989 « Élan Béarnais Pau-Orthez ». Gabarit idéal pour l’intérieur européen de l’époque puisque le bougre culmine à 2m06, avec un corps athlétique et possède des mains sûres pour marquer et capter des rebonds. En compagnie de son frère Didier, il côtoie un effectif composé notamment de l’ailier-fort US en provenance des Clippers, Claude Gregory, la machine à scorer du groupe. Ainsi que ses compatriotes Howard Carter, une légende du club, encore aujourd’hui et Skeeter Jackson, américain naturalisé français et père d’un certain Edwin Jackson. Jean-Luc Deganis complète la rotation avec Freddy Hufnagel. Des noms qui claquent dans l’histoire paloise et une jeunesse qui peut inhiber un débutant. Mais Gadou s’en sort parfaitement bien lors de cette première expérience avec 8,1 points de moyenne ajoutés à 3,3 rebonds et une passe. Pas mal à 19 ans pour un novice. Ce qui frappe surtout ceux qui le côtoient au quotidien, c’est son intelligence de jeu. A 19 ans donc, le jeune Gadou pense le basket plus vite que la plupart. Il possède cette capacité rare à se rendre utile sans accaparer le ballon. Le basket, pour lui, n’est pas une question de lumière, c’est un élan collectif qui prime sur le talent individuel.

Dès lors, les années 1990 à Pau-Orthez, c’est une épopée légendaire. Le club remporte le titre de champion de France en 1992, 1996, 1998 et 1999. Quatre sacres en une décennie, auxquels Thierry Gadou contribue pleinement. Il décroche également trois Trophées des As consécutifs entre 1991 et 1993. Ce tournoi de prestige réunit l’élite de la ligue et met en valeur un joueur aussi sobre qu’efficace. Enfin, Gadou participe également à cinq All-Star Game, une nouvelle reconnaissance qui ne trompe pas sur la valeur du joueur au sein l’écosystème du basket français.

Autour de lui gravitent également des noms marquants du basket français. Le « Roi », Antoine Rigaudeau, le génie du ballon, cerveau de l’attaque béarnaise. Des Américains aux talents reconnus tels que Mike Jones, le regretté Conrad McRae et Marcus Brown qui apportent leur puissance physique et leur lecture du jeu à l’équipe dans les salles de Pro A. Enfin, il faut compter également sur les valeurs locales : Freddy Hufnagel, Frédéric Fauthoux, et bien sûr Didier Gadou. Dans cet environnement de haute volée, Thierry trouve sa place sans jamais chercher à la voler à quiconque. La construction des champions palois repose sur un équilibre subtil entre ces deux mondes, entre le talent importé et l’âme locale symbolisé par le président Seillant qui veille au grain. Thierry Gadou incarne le second à la perfection. Il n’est pas là pour faire la une et tirer la couverture à lui. Il est là pour que l’équipe gagne.

Sa force, c’est précisément la constance dans la discrétion. Il ne marquera pas 30 points à chaque rencontre mais sa solidité et sa polyvalence donnent un équilibre à l’équipe. Quand il s’agit de protéger le cercle, capter le rebond offensif décisif à 2 minutes de la fin, glisser la passe que personne d’autre n’a vue au bon moment, on peut compter sur Gadou. Bref, c’est le joueur dont le nom est couché par l’entraîneur quoiqu’il arrive.

Avec Pau-Orthez, Thierry Gadou a également participé à la compétition européenne reine, l’Euroleague. A une époque où la compétition réunit véritablement ce que le continent produit de mieux, le club béarnais enchaîne les qualifications européennes et devient le poil à gratter que les gros mastodontes veulent éviter. C’est dans ces salles-là, contre ces équipes-là, que se forge la véritable légitimité d’un joueur. Car les années 1990, en Euroleague, c’est un monde à part. Les clubs de l’ancienne Yougoslavie (Partizan et Cibona Zagreb) sont bourrés de talents issus de la meilleure école de basket du monde. Le Benetton Trévise est une place forte du basket européen, sans compter les Grecs du Panathinaïkos et de l’Olympiakos qui transforment Athènes en forteresse imprenable. Le CSKA Moscou incarne la rigueur post-soviétique et les clubs turcs d’Efes Pilsen et Ülkerspor rivalisent avec les Espagnols du Real Madrid et de Barcelone. Au total, Pau et Gadou goûteront à trois quarts de finale d’Euroleague (1993, 1996 et 1999) avec Michel Gomez durant une décennie entrecoupée d’une demi-finale de Coupe Koraç lors de la saison 1994-1995, toujours avec Gomez aux manettes.

Mais Thierry Gadou a surtout l’argent à mettre en avant. Car avant Sydney et l’argent olympique, il y a Agde. En 1993, les Jeux méditerranéens se déroulent en France et Thierry Gadou participe à cette compétition sous le maillot tricolore. On retient peu cette médaille dans le parcours du bonhomme mais c’est sa première breloque avec l’équipe de France. Dans un format spécial et avec une victoire et deux défaites au compteur, dans une compétition des délégations des pays méditerranéens de différents sports, la France remporte la médaille de bronze. L’Italie de Riccardo Pittis et Nando Gentile glane l’or et avec pour coach, Ettore Messina, multi titré au niveau national et européen. Le finaliste malheureux n’est pas en reste puisque la Croatie compte dans ses rangs Dino Rada, Zan Tabak et Arijan Komazec. Gadou, quant à lui, a comme coéquipiers Yann Bonato, Frédéric Forte, Jim Bilba, Antoine Rigaudeau et Stéphane Ostrowski.

L’Eurobasket 1999 se déroule toujours en France et la qualification est cruciale pour les Bleus : les deux premières places donnent accès aux Jeux Olympiques de Sydney en 2000. Thierry Gadou est présent au sein de l’effectif. Il disputera aussi les Eurobasket 1993, 1995 et 1997 au fil de sa carrière internationale. Éliminés par l’Espagne en demi-finale (63-70), les Bleus perdent la médaille de bronze face à la Yougoslavie par la suite (62-74). L’essentiel est sauf, cette génération a construit sa maturité match après match, tournoi après tournoi, dans l’anonymat des halls européens. Le Graal arrive avec la participation française aux JO de Sydney.

Si l’on devait identifier un moment de la carrière de Thierry Gadou, le sommet absolu, le point culminant de toutes ces années de labeur, ce serait incontestablement l’été 2000 et les Jeux olympiques de Sydney. L’équipe de France débarque en Australie sans être considérée parmi les favoris. La sélection tricolore n’a pas de joueur NBA et seulement trois joueurs évoluent à l’étranger avec Laurent Foirest au Tau Ceramica et Crawford Palmer, en Espagne ainsi que Rigaudeau au Kinder Bologne, en Italie. Dès lors, la qualification française est difficile puisque les Bleus terminent quatrième de leur groupe au point average et se qualifient pour les quarts. Mention spéciale toutefois à l’équipe qui n’est battue par les favoris US que de douze points lors de la dernière rencontre de la phase de poule (94-106). En quarts, la France élimine le Canada puis se défait de l’Australie en demi pour filer en finale face aux… États-Unis. Face aux Américains Vince Carter, Gary Payton, Kevin Garnett, Ray Allen, Jason Kidd, c’est une rencontre acharnée. Guidés par Rigaudeau et Laurent Sciarra, les Français luttent pied à pied et ne s’inclinent que 75-85. Sciarra, au four et au moulin, termine avec 19 points, 4 passes et 4 rebonds. Les Français ont fait douter les meilleurs joueurs du monde et remportent la médaille d’argent, la deuxième de l’histoire du basket tricolore après celle de 1948 à Londres.

Pour Thierry Gadou, présent dans cette aventure depuis ses débuts internationaux en 1991, c’est l’aboutissement logique d’une décennie de présence. Il a participé à cette épopée et son nom figure dans l’histoire du basket français. L’effectif de cette équipe de France mérite d’être cité dans son entier, comme on grave des noms sur un monument : Jim Bilba, Yann Bonato, Makan Dioumassi, Laurent Foirest, Thierry Gadou, Cyril Julian, Crawford Palmer, Antoine Rigaudeau, Stéphane Risacher, Laurent Sciarra, Moustapha Sonko, Frédéric Weis. Une génération et la fin d’un monde qui bascule vers une nouvelle ère. Gadou, quant à lui, culminera à 118 sélections au total à la fin de sa carrière pour un total de 654 points.

Les joueurs de la génération de Gadou finissent leur carrière progressivement, au tournant des années 2000. Après avoir tout donné à Pau-Orthez, Thierry Gadou part chercher ailleurs ce que le Béarn ne peut plus lui offrir, de nouveaux défis. L’Italie d’abord, avec Reggio Calabria, puis l’Espagne, à Séville puis à Tau Vitoria (aujourd’hui connu sous le nom de Saski Baskonia), l’un des clubs les plus exigeants du continent. Après un retour en France avec le Paris Basket Racing, il décide de boucler la boucle là où tout avait commencé, à Pau. Sous la présidence de son frère Didier, il raccroche en 2006, à 37 ans.

Pendant près de vingt ans, Gadou a pu vivre de sa passion. Un ailier-fort de devoir et lié à jamais à Pau. Il ne s’est jamais enfermé dans un rôle prédéfini mais a toujours fait ce dont l’équipe avait besoin. Ce sont ces joueurs qui participent à la construction des légendes. Il est facile, dans le basket, de valoriser les stars à la touche rutilante capable d’alimenter leurs stats sur toutes les lignes. Ces joueurs qui captivent l’œil du grand public et permettent de drainer les foules dans les salles. Antoine Rigaudeau, lui, a eu les honneurs qu’il méritait malgré deux saisons de présence dans le Béarn. Laurent Foirest, à sa manière, aussi. Les joueurs qui ont transcendé Pau-Orthez ont souvent été célébrés individuellement.

Thierry Gadou est de cette espèce de joueurs sans lesquels les dynasties ne tiennent pas. Les maillons invisibles qui permettent aux équipes de tenir dans la durée. Au total, sans publicité, il a raflé quantités de titres de champion de France, il a été All-Star à une époque où les flambeurs étaient légion. Sans compter les médailles avec l’équipe de France. Sa carrière européenne lui a permis de faire partie des prémices de l’Euroleague moderne en amenant Pau chaque saison dans la plus grande compétition européenne. Et un nom se confond avec l’histoire de l’Élan Béarnais, une institution à laquelle ses deux frères (Didier et Alain) ont également contribué. La fratrie Gadou a bâti quelque chose de rare dans le sport professionnel français. Une véritable entreprise familiale au plus haut niveau, au service de leur club de cœur, sans chercher à attirer la lumière.

Thierry est le cadet et a eu ses aînés pour lui paver le chemin. Il a eu aussi l’intelligence de ne jamais se contenter de l’ombre protectrice de ses frères. Il a tracé sa propre route, remporté ses propres trophées, disputé ses propres finales. Didier Gadou a eu une vie après le basket en devenant président du club de Pau-Lacq-Orthez. Alain, le deuxième, a lui aussi porté les couleurs de l’Élan. Et Thierry, le cadet, a porté le flambeau familial jusqu’à la médaille olympique.

Trois frères et un seul club de cœur. Une histoire qui appartient autant aux Gadou qu’à l’Élan Béarnais lui-même. Le club ne les a pas simplement utilisés, il les a façonnés. Et en retour, ils ont permis au club béarnais de faire partie de la mémoire collective du basket français. Dans la grande fresque du basket national des années 1990, Thierry Gadou occupe donc une place à part. Celui d’un joueur fiable et tourné presque exclusivement vers le collectif. Loin d’être un show-man ou un joueur « bankable » comme on dirait aujourd’hui, Gadou a quelque chose de bien plus précieux. Une carrière construite sans lumière étincelante mais dans la progression constante. Fidèlement à ses valeurs et à l’homme qu’il est.  

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About Volkan Ozkanal (45 Articles)
Fan de basket européen, d'Anadolu Efes, de Fenerbahçe du KK Partizan Belgrade et du CSKA Moscou, je voue un culte à l'immense Željko Obradović ainsi qu'à Petar Naumoski, grâce à qui j'ai appris à aimer la balle orange. Passionné également d'histoire, j'essaye de transmettre ma passion à travers Basket Retro.

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