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[Portrait] John Williams, le poids des maux

Portrait

Montage Une : Anthony Jeffrey pour Basket Rétro

Parcourir la carrière de John Williams c’est découvrir comment un joueur extrêmement talentueux peut se voir parasité par son entourage, famille, recruteur, agent, et coach. Un environnement toxique qui le mène tout droit vers la dépression et l’échec, faisant de lui un cas unique dans l’histoire de la NBA.

LA GUERRE! DES BOUTONS !

Nous sommes en 1984, les recruteurs universitaires se livrent à une véritable guerre pour acquérir John Williams, l’un des prospects les plus prometteurs du pays. Avec ses 2m03 pour 106kg, l’ailier californien du lycée de Crenshaw fait fantasmer de nombreux coachs qui rêvent de mettre la main sur ce joueur que les plus optimistes comparent déjà à Magic Johnson. Un jeune homme de seulement 17 ans, capable de tout sur un terrain, altruiste et élégant, la polyvalence à l’état pur.

Mais pour s’attacher ses services, il est obligatoire de recevoir l’approbation de sa mère Mabel Marie Matthews. Protectrice, elle refuse de faire signer son fils dans une université californienne, car elle souhaite garder son enfant loin des dangers et des tentations de «La Cité des Anges».  Ce qui exclut d’emblée UCLA qui pourtant salivait d’avance à l’idée de recruter la star locale.

Une décision louable, mais qui semble cacher d’autres intentions. Car, tout laisse à penser qu’elle essaye de céder son fils au plus offrant. Une version qu’elle nie bien évidemment.  Cependant, les événements à venir et les intervenants gravitant autour de cette campagne de recrutement ne vont pas dans son sens. 

C’est John Williams, lui-même, qui en témoigne. Alors qu’il n’est encore qu’un lycéen, sa mère embauche un conseiller dit « familial ». Lorsque l’université du Nevada approche le joueur, ce dernier indique que la signature ne peut se faire que si une somme de 50 000 dollars est versée à John, ainsi qu’une allocation de 600 dollars par semaine et une Nissan 280ZX. Tout ceci devant l’adolescent incrédule qui n’approuve pas cette démarche.

Ainsi, en tentant de capitaliser sur le succès de son fils, Mabel provoque une situation hors de contrôle, car c’est une centaine d’universités qui tente de le recruter. Les propositions arrivent de partout, et la maman semble attendre l’offre la plus juteuse. La machine s’emballe et c’est stupéfait que John découvre des recruteurs attendant devant sa maison, sur sa pelouse ou assis dans leurs voitures prêt à bondir sur lui pour le convaincre de signer.

Les choses dégénèrent lorsqu’elle reçoit des menaces de mort par téléphone. On lui demande si elle paye bien l’assurance de son fils, car elle risque de retrouver celui-ci dans la rivière. Les universités de Louisville, UCLA, UNLV et Houston confirment que des actes criminels sont bien en cours, qu’ils ne sont pas de leurs faits, mais elles ne donnent aucunes précisions quant à la nature de ces actes.

La pression est si énorme que Williams décide de quitter le domicile familial pour aller vivre chez sa grand-mère. Complètement dépassé par les événements, il souffre d’insomnie, de chute de cheveux, de maux  de tête et d’éruption cutanée qui couvrent sa poitrine de boutons.

Terry Kirkpatrick de l’université de Houston, l’un des prétendant en lice pour signer John, constate :

« C’était un enfant, beau, calme et poli, il s’est transformé en épave nerveuse !« 

Jerry Tarkanian, le mythique coach de l’université de Las Vegas dans le Nevada (UNLV), préfère jeter l’éponge  et rappelle tous ses recruteurs en disant :

« Tout ceci commence à être ridicule !« 

Ridicule, oui. Car John, lui, a fait son choix depuis bien longtemps. Il veut jouer pour la faculté de Houston. Terry Kirkpatrick, qu’on surnomme « Fat Chance » pour sa capacité à faire venir des joueurs difficiles à recruter dans son équipe, est persuadé d’avoir réussi à le convaincre. Il envoie l’entraîneur Guy Lewis à Los Angeles pour assister à la signature du contrat. 

Mais, une fois sur place, le coach se retrouve face à un jeune homme hésitant. Le stylo à la main, John surveille du coin de l’œil les réactions de sa mère. Celle-ci coupe court à la scène en émettant des doutes sur l’université texane. Guy Lewis repart finalement bredouille.

C’est l’université de Louisiana State (LSU) qui remporte cette guerre sans merci.. Mais à quel prix? Que ce soit John, sa mère ou LSU, tous expliquent à qui veut l’entendre que rien d’illégal n’est arrivé lors de ce recrutement. Pourtant bien des événements et des déclarations mènent à penser le contraire.

Mabel Marie Matthews déclare avoir favorisée LSU car le père de son fils vit en Louisiane. Un moyen donc de permettre de retrouver de la stabilité après la séparation de ses parents. Pourtant dès le départ elle signale à ses proches qu’elle ne veut absolument pas aller vivre là-bas. Il y a aussi Dale Brown, le coach de LSU, qui avoue avoir projeté de se présenter chez Mabel Matthews avec une valise de 150 000 dollars, de poser un billet de 1 dollar supplémentaire pour dire à John et sa mère :

« Cela fait de moi le plus offrant. Le camion de viande sera dehors dans une heure pour venir chercher John.« 

Difficile de faire plus direct mais il se voit contraint par ses collègues d’abandonner cette idée. Du moins, selon la version officielle.

Le coach n’est d’ailleurs pas tranquille puisqu’il embauche deux agents de sécurité pour assurer la protection des joueurs de son équipe. Une peur de représailles qui rétrospectivement apparaît comme suspecte.

L’homme qui réussit à convaincre les Williams se nomme Ron Abernathy, recruteur de LSU. Il arrive selon lui à obtenir leur confiance au moment le plus dur de cette campagne de recrutement. Le discours qu’il tient séduit le duo mère/fils, Mabel déclare que John voit désormais Abernathy comme un père.

Mais là encore derrière ses belles déclarations se cache des choses troublantes. Un journaliste suggère que le recruteur aurait pistonné la mère de John pour l’obtention d’un emploi dans un restaurant avant que son fils ne rejoigne LSU. 

Finalement, le témoin de cette histoire qui n’est autre que le patron du restaurant, se rétracte devant le journaliste lors d’une réunion téléphonique à laquelle Dale Brown participe, assurant que cela n’est pas vrai, mais qu’il est prêt à offrir un emploi à Mme Matthews et «avec grand plaisir».

Il y a aussi cette fois où Abernathy porte plainte pour s’être fait dérober 2000 dollars dans une valise. Un bagage apparemment plein de cash. Quand on lui demande ce qu’il faisait avec autant de billets sur lui, il répond qu’il était en ville pour payer des factures ici et là. Un pur hasard, selon le principal intéressé qui explique avoir reçu un appel inopiné lui signalant, le jour même, de devoir se renseigner pour un recrutement dans le secteur. Mettre les mots “valise de cash” et “recrutement” dans la même phrase devant un policier en estimant ne pas avoir l’air suspect, c’est culotté !

Ron Abernathy le recruteur et Dale Brown le coach, savent bien que personne ne va croire que cette signature s’est effectuée dans les règles de l’art et que le soupçon de recrutement illégal est inévitable. Le jour de l’annonce de la signature, pas de Mabel Matthews, pas de John Williams. C’est un homme se présentant comme un ami de la famille qui arrive en conférence de presse. Il porte des lunettes de soleil, il a un chapeau Panama vissé sur la tête, et c’est lui qui apprend à la presse que John rejoint LSU.

 Quand on lui demande son nom, il dit s’appeler Stan Ross. En réalité, il ne s’agit pas exactement d’un ami de la famille, et il ne s’appelle pas Stan Ross. On le connaît sous les noms de Steve Best, Stan Vukovich, Jack Ross, ou encore Steve Boston. Son vrai nom est Stanley Vincent Rothe, joueur et parieur avec 4 ans de prison à son actif dans les années 60 pour vol et violation de sa liberté conditionnelle.

 Dale Brown rencontre Rothe à Las Vegas et demande son aide pour recruter Williams, l’homme s’exécute et devient ami avec le joueur mais aussi sa mère qu’il croise régulièrement à l’hippodrome. Un procédé de recrutement et d’annonce peu commun qui pose question. Dale Brown se justifie de toutes pratiques préjudiciables en déclarant ceci :

« Si je triche, comment se fait-il que je n’ai jamais pu obtenir le meilleur joueur d’Amérique ? Comment se fait-il que parfois je ne puisse même pas obtenir le meilleur joueur de Louisiane ? Et si j’étais un voleur, vous pensez qu’il m’aurait fallu sept ans pour construire ce programme ?« 

Mais finalement tout ce beau monde arrive à justifier les choix du clan Williams avec de vertueuses explications pleines de bonnes intentions que John approuve en déclarant être heureux d’être là. Pourtant, après une longue discussion avec sa mère, il lui demande de lui laisser un peu d’air. Elle accepte et part s’installer à Metairie, à une heure de Bâton Rouge, siège de l’université de Louisiana State.

L’ESCLAVE BLANC

Maintenant que le climat sulfureux de l’été est passé, on peut espérer voir le jeu reprendre ses droits et épargner John Williams. C’est sans compter sur les fans des équipes adverses qui ne manquent pas une occasion de rappeler les suspicions relatives à sa signature à LSU. Les pancartes fleurissent dans le public où l’on peut y lire notamment :

« John Williams, l’achat de la Louisiane !« 

Malgré cette ambiance tendue, la nouvelle recrue réussit de bons débuts, avec 13 points, 6 rebonds et 3 passes décisives par match en 32 minutes de jeu. Il lui arrive de se rater lors de fins de matchs serrées mais rien d’anormal pour un joueur de son âge. En revanche, ce qui est moins commun c’est qu’il est constamment accompagné d’une personne surnommé sur le campus «l’esclave blanc» !

Il assiste aux entraînements, aux matchs, parfois même au cours. Il dort devant la porte du dortoir ou dans la voiture de Williams. Cet homme se nomme Barry Easton. Il est de Los Angeles, il vit dans les beaux quartiers de Pacific Palisade. Il est fils de médecin et un ancien joueur et entraîneur dans le monde du Tennis universitaire. Que fait donc cet homme au côté de Williams alors qu’il ne semble avoir aucun lien avec LSU ? 

Barry Easton rencontre John alors qu’il est encore au lycée. Avec son train de vie de jetsetter, il impressionne le jeune adolescent. Il se déplace en Limousine, assiste au match des Lakers, et prend part aux plus grandes fêtes. Il offre même une Toyota 75 (un bon gros 4×4) à John en lui disant :

« Quelqu’un qui est dans le journal n’a pas à se déplacer en bus !« 

Il se trouve que UCLA, l’université phare de Californie, ne lâche pas le dossier Williams. Walt Hazzard, le coach de ce programme, semble décidé à rapatrier le jeune prodige sur ses terres. Il ne perd pas une occasion de pourrir Dale Brown, en s’exprimant dans la presse dès qu’il voit Williams passer à côté d’un match en critiquant ouvertement les choix du coach de LSU :

« Dale Brown a rendu Williams presque humain… Alors qu’il pourrait inscrire 20 points en dormant.« 

Puis, il insinue devant la presse que LSU a bien offert de l’argent pour son recrutement, avant de se rétracter sous les menaces de poursuites judiciaires venant de la mère de John. Mais c’est donc bien cela la mission de «l’esclave blanc», il est là pour faire capoter l’expérience Williams à LSU afin que ce dernier demande son transfert du côté de UCLA. Quoi qu’il en soit, Dale Brown n’entend pas les choses de cette oreille, et c’est sous la menace qu’il contraint Easton de quitter la Louisiane.

Il ne traîne pas et retourne à Los Angeles, car Brown est un homme avec beaucoup de relation, il est dangereux de ne pas prendre au sérieux ses menaces. Lorsqu’il retourne en Californie, Easton dit que Williams arrive dans un mois pour rejoindre UCLA, mais il n’en est rien. Par contre, à force de côtoyer John, il lui transmet le goût des belles choses et le rêve d’un train de vie de star. C’est ainsi qu’il débarque sur le campus au volant d’une Nissan 300ZX rutilante d’une valeur de 20 000 dollars. Voiture que sa mère achète grâce à un prêt d’argent provenant d’un homme d’affaires de Bâton Rouge. Dale Brown somme immédiatement le jeune homme de rendre le véhicule par peur d’être épinglé pour infraction aux règlement de la NCAA.

MORE PROBLEM NEED MORE MONEY

Maintenant que le calme est de retour et qu’il est certain de ne pas quitter LSU pour les sirènes de UCLA, John peut pleinement se concentrer sur le basketball. Lors de la saison 1984/85, son équipe termine première de la division SouthEast avec 19 victoires et 10 défaites. L’ailier est même élu Freshman de l’année. Malheureusement pour les Tigers (surnom des joueurs de LSU), ils croisent la route de l’Amiral David Robinson qui avec la Navy remporte ce premier round avec une victoire écrasante 78 à 55 en étant auteur de 18 points et 18 rebonds.

L’année suivante est plutôt bonne avec 26 victoires pour 12 défaites, moins dominant dans leur division on ne donne pas cher de leurs peaux pour le tournoi NCAA. John Williams tourne désormais à 18 points, 8 rebonds et 3 passes décisives par rencontre. Il est le leader de son équipe, et contre toute attente, il crée l’exploit en hissant les Tigers jusqu’au Final Four.

Tout d’abord, ils éliminent Purdue au bout de deux prolongations 97 à 84, Williams termine le match à seulement 2 passes décisives d’un triple double. Puis, victoire à Memphis 83 à 81, il finit la rencontre avec 19 points et 13 rebonds. Au troisième tour c’est le Georgia Tech de Mark Price et John Salley qui s’incline 70 à 64 dans un match pourtant calamiteux de la part de Williams. Puis Kentucky qui tombe aux portes du Final Four dans un match tendu qui finit sur le score de 59 à 57 en faveur de LSU.

John Williams et ses coéquipiers viennent de réaliser un exploit retentissant.  Classés onzième, ils se qualifient pour le Final Four de Dallas en éliminant tour à tour les têtes de séries, 6, 3, 2 et 1.

La défaite face à Louisville 88 à 77 clôt ce parcours mémorable. L’épopée des Tigers de LSU reste comme l’une des plus belles réalisées par un « petit poucet » dans l’histoire de la NCAA. Il faudra attendre 10 ans pour revoir une tête de série numéro 11 réussir à nouveau pareil exploit.

Dale Brown peut être fier de son équipe et peut rêver d’un avenir radieux puisque son joueur vedette lui explique plus tôt dans l’année qu’il désire obtenir son diplôme à LSU. Pourtant il change d’avis et annonce qu’il se présente à la prochaine Draft. Quand Coach Brown demande à John pourquoi il prend une telle décision, il répond:

« J’ai tellement de responsabilités, ma grand-mère a fait une crise cardiaque, mon père est infirme et il a besoin de médicaments, ma mère a perdu son emploi et ma copine est enceinte, je ne sais pas quoi faire d’autre ! »

Dale Brown demande ensuite s’ il a un agent. La réponse est positive, il s’agit de Fred Slaughter, ce qui ne surprend pas l’entraîneur de LSU. Fred Slaughter est connu comme le pivot titulaire de l’équipe de UCLA sacré en 1964, il représente depuis plus de 20 ans de nombreux joueurs NBA. Il dit être très surpris que John «qu’il ne connaît pas» soit rentré en contact avec lui pour qu’il deviennent son agent. Ce qui est un gros mensonge.

Slaughter l’approche dès le lycée pour l’encourager à franchir le pas directement vers la NBA sans passer par la case NCAA. C’est un fait rare pour l’époque, Williams qui s’entraîne l’été avec des joueurs confirmés tel que Marques Johnson décide alors de ne pas suivre ce chemin, écoutant les pros lui conseillant de faire au moins une ou deux saisons dans le championnat universitaire. L’été précédent, Slaughter prête plus de 20 000 dollars à sa mère. De l’argent qui sert pour la plus grande partie à l’achat et l’assurance de véhicules haut de gamme. Il nie les dates annoncées et prétend que ses prêts sont récents et réalisés alors que John ne joue déjà plus à LSU.

Pour la petite anecdote en 1987, il est jugé coupable de prêt d’argent à un joueur encore sous contrat avec son université. En cause, 9000 dollars de prêt fait à Kenny Fields joueur de UCLA.

Encore une personnalité douteuse de plus autour de John Williams qui semble les attirer. Nombreux sont ceux qui souhaitent se nourrir du succès du joueur et profiter de son argent jusqu’ ici, Slaughter lui prend désormais 4% de ses revenus.

LE DÉBUT DE LA FAIM

Deux ans auparavant, John Williams était considéré comme l’un des joueurs les plus prometteurs du pays. Le soir de la Draft de 1986, les choses sont bien différentes. La performance de LSU lors du tournoi NCAA n’arrive pas à remonter une côte en forte baisse suite aux incessantes affaires rythmant son cursus universitaire. Sa réputation est celle d’un joueur fainéant et facilement influençable. La franchise de Washington qui se nomme encore les Bullets est plus tolérante et voit toujours en lui le joueur polyvalent et plein de talent. C’est donc sans hésitation qu’elle décide de le choisir en 12éme position.

C’est un joueur de 20 ans au physique affûté qui arrive dans l’effectif. On lui donne 22 minutes de jeu chaque soir en sortie de banc, afin qu’il s’acclimate au niveau professionnel. Il côtoie des vétérans de renoms avec notamment les deux Malone, l’ailier scoreur Jeff, et la légende Moses. Il réalise une saison très prometteuse avec 9.2 points, 4,7 rebonds, 2,4 passes et 1,7 interceptions de moyenne, de quoi satisfaire le front office des Bullets.

Il ne fait pas partie de la All NBA Rookie Team qui récompense les 5 meilleurs débutants de la saison. C’est un autre John Williams originaire de Louisiane qui lui prend la place. Drafté en 85, celui qu’on surnomme « Hot Rod » commence sa carrière la même année que l’ancienne star de LSU qu’on surnomme « John Boy Wonder » depuis le lycée.

Saison après saison, il monte en puissance, c’est maintenant presque 14 points, 7 rebonds et 4 passes décisives chaque soir. La polyvalence du joueur n’est plus à prouver, il réussit même un triple double face au Milwaukee Bucks avec 11 points, 10 rebonds, 13 passes auquel il ajoute 5 interceptions. Mais il n’y a pas que ses stats qui prennent du poids. Le joueur est désormais plus rondouillard, il demeure explosif et très actif sur le terrain, ou le surnomme désormais « Rock ».

Cependant il montre des signes moins encourageants, il se présente avec 2 semaines de retard au camp d’entraînement et affiche une prise de poids importante ce qui n’est pas au goût de son coach de l’époque Kevin Loughery. Mais le talent du joueur est tel que Wes Unseld qui devient son entraîneur en 1988 est lui complètement sous le charme :

« Il va être un joueur spécial dans cette ligue !« 

Le talent est immense c’est indéniable, il le prouve en étant un des joueurs le plus complet de la ligue, ce qui amène les Bullets à lui offrir un contrat de 6 ans et 6 millions de dollars. Il commence la saison 1989/90 en fanfare, seulement 3 joueurs alignent plus de 18 points, 7 rebonds et 4 passes cette année-là, parmi eux, John Williams, le meneur Fat Lever et le légendaire Larry Bird.

Malheureusement, Bernard King le blesse involontairement, lui causant une déchirure des ligaments du genou. Après seulement 18 rencontres on l’annonce out pour le reste de la saison. Les médecins du club décident de ne pas exercer de chirurgie reconstructrice.

On lui pose une attelle allant du genou à la hanche afin de laisser la blessure se guérir seule. On ne le sait pas encore à ce moment-là, mais c’est le début de la fin pour John Williams.

Les Bullets lui demandent de participer à un programme de rééducation pour son genou, mais aussi à un programme de réduction du poids. Il ne se présente à aucun des rendez-vous, il arrive au camp d’entraînement hors de forme accusant 140 kg sur la balance, causant la stupeur d’Abe Pollin le dirigeant du club. Lors d’un entretien avec Fred Slaughter le fameux agent de Williams, Pollin demande :

« Comment a t’il prit tout ce poids ?« 

Slaughter répond que le traitement utilisé pour guérir la blessure n’est pas adapté pour un homme qui a des propensions à prendre du poids comme c’est le cas de son client. Il tente ainsi de mettre la faute sur la décision des médecins. Alors que le mal vient d’ailleurs. Cet été de 1990 John Williams assiste à la mort par noyade de Gregory Bragg qui est un de ses meilleurs amis et anciens coéquipiers à Crenshaw. Puis il apprend la mort d’un autre de ses camarades, qu’il estime au même titre que Bragg comme étant un membre à part entière de sa famille. Enfin son père subit un AVC.

Une cascade de mauvaises nouvelles qui mine complètement le moral de Williams qui avoue plus tard son sentiment d’abandon face à autant de malheurs. Il trouve son réconfort dans la boisson et la nourriture, pour laquelle il développe une addiction. Lui qui souffre déjà d’une hygiène de vie douteuse se vautre complètement dans ses abus qui ne sont pour lui qu’un moyen de trouver du réconfort.

« Quand je me sens mal, je m’assois devant la TV avec un seau de poulet et des bières, je bois, je mange, je ne fais rien d’autre.« 

Les événements vécus lors de cet été par Williams cristallisent des problèmes encore plus profonds et en génèrent de nouveaux. Car, de son propre aveu,  il subit une forte pression de son entourage, il dit faire vivre plus d’une dizaine de personnes, parents, grands-parents, enfants, cousins, cousines, tantes et oncles.

« Tout le monde dépend de moi, j’ai des appels tous les jours, je veux ci, je veux çà, je dois être fort ! »

Mais être fort n’est pas chose aisée si on a un caractère trop gentil et naïf. Depuis son plus jeune âge et dès qu’il a commencé à avoir du succès, John est devenu quelqu’un qu’on peut exploiter. Sa mère, Barry Easton, Ron Abernathy, Dale Brown, Stan Ross, Fred Slaughter, autant de personnes qui se sont repus de son talent pour leurs propres intérêts.

Maintenant qu’il se retrouve avec un sérieux problème de surpoids, il s’inquiète pour sa carrière, il rentre dans un cercle vicieux ou les conséquences de son mal-être deviennent une anxiété supplémentaire. Il n’est pas connu comme étant un travailleur, il manque clairement de discipline, difficile pour lui de trouver l’énergie de se relancer. Surtout qu’une fois de plus, son entourage ne l’aide pas à choisir la bonne marche à suivre.

Il démarre donc la saison 1990-91 totalement hors de forme, après 33 rencontres les Bullets décide de le suspendre pour cause de surpoids. Il devient le premier joueur de l’histoire de la NBA à subir une telle sanction. Il est maintenant un des joueurs dont on aime se moquer, un nouveau surnom lui est donné, si le John Williams de Cleveland se fait nommer « Hot Rod », celui de Washington se fait appeler désormais « Hot Plate », la plaque chauffante.

Le joueur ne semble pas disposé à se remettre en forme ce qui agace au plus haut point le staff de sa franchise, qui en plus de le priver de match, le prive de tout paiement, un manque à gagner d’environ 13 000 dollars par rencontre ratée. Le deal est simple, s’il se remet en forme la franchise lui restitue l’argent retenu de son salaire et le réintègre dans l’équipe.

Au lieu de cela, Williams entame une bataille judiciaire avec sa franchise et ne fait aucun effort pour se remettre à niveau. Car lorsqu’il arrive au camp d’entraînement la saison suivante, il réclame les 750 000 dollars confisqués par son club alors qu’il accuse toujours plus de 140 kg sur la balance. Les Bullets décident de lui verser 225 000 dollars et pose des conditions à la restitution du reste de la somme.

Dans un premier temps, il doit signer un plan de remise en forme, de quoi formaliser les discussions entre le joueur et son employeur. Car une plainte est en cours, Williams accuse Abe Pollin propriétaire de l’équipe, d’avoir fait la promesse de rendre les salaires impayés mais de ne pas avoir honoré cet engagement. Puis une seconde est posée dans laquelle son agent Fred Slaughter explique avoir subi des pressions pour faire abandonner à John sa première plainte.

En faisant signer un document officiel, le club se protège de ces allégations qui semblent être pilotés par l’agent du joueur, qui aime surnommer le Front Office des Bullets, « l’hôtel des cafards ». Slaughter fait refuser la signature de ce plan à Williams lors d’un premier entretien. Plus tard John se présente seul et accepte les termes de cette offre, mais l’agent raconte que c’est sous la menace que ce plan est validé par son client.

La deuxième condition est le respect du programme de remise en forme mis en place. Pour cela il doit se présenter à 5 pesées espacées dans le temps, lors de ces pesées son poids doit être égal ou inférieur à 115kg. Les deux premières sont des échecs, il est absent aux trois suivantes. Les deux parties sont dans une impasse, le joueur demande son transfert et l’équipe de son côté est décidée à jouer la carte du pourrissement. Elle hésite même à entamer des poursuites contre Williams qui ne respecte pas les termes de son contrat en étant incapable d’être apte physiquement à exercer son métier.

Son agent ne lâche pas l’affaire et déclare:

« La situation est sale, elle va le devenir encore plus.« 

Abe Pollin lui montre sa déception envers son joueur :

« En 28 ans de carrière je n’ai jamais aidé un joueur autant que j’ai pu aider John. Tout ce que je peux dire c’est que j’ai été juste envers lui. »

Après 131 matchs de suspension pour surpoids, 2 plaintes, 1 plan de remise en forme raté, et tout un été ou club et joueur n’arrive pas à s’entendre. Abe Pollin décide finalement de transférer John Williams. En Octobre 1992 il envoie celui qui est devenu un paria à Washington du côté des Clippers de Los Angeles contre William Bedford et Don McLean.

LA MAIN TENDUE DE LARRY BROWN

« Il fait partie de ces joueurs altruistes qui rendent les autres meilleurs, comme Magic Johnson, comme Larry Bird. »

C’est en ses termes élogieux que s‘exprime Larry Brown au sujet de John Williams. Le mythique coach est fasciné par l’ailier, il est même à l’origine de son arrivée au sein des Clippers. C’est lui qui appelle Wes Unseld alors entraîneur de Washington afin de monter un transfert. Les dirigeants des Bullets ne souhaitent pas le transférer quitte à le laisser moisir sur le banc. Ils restent profondément agacés par tous les désagréments causés par leur joueur. Finalement après 2 semaines de réflexion, les Bullets acceptent l’offre.

Mais à une seule condition, les Clippers ne doivent émettre aucune réticence quant à la forme physique du joueur et accepter le transfert peu importe les résultats de la visite médicale. Larry Brown accepte, mais le staff des Clippers est stupéfait lorsqu’il voit Williams lors d’un meeting. Le joueur est plus massif que jamais et accuse pas loin de 145 kg sur la balance.

Pour le coup à Los Angeles ont commencent à vouloir finalement inclure le poids du joueur dans les conditions nécessaire à la réussite du trade. De quoi rendre furieux Wes Unseld qui ne manque pas de rappeler les promesses faites par Larry Brown. De plus, John Williams ne se présente à aucun des examens prévus par le staff des Clippers. Il est injoignable, personne ne sait où il se trouve, une fois de plus il brille par son manque de sérieux.

En réalité, le joueur ne se rend pas compte qu’il prend du poids, lorsqu’il monte sur la balance et découvre qu’il pèse 145 kg il se dit qu’il ne peut pas se présenter comme cela. La honte qu’il ressent lui fait manquer tous ses rendez-vous et provoque son silence.

Le transfert est finalement accepté par le General Manager des Clippers qui n’est autre que l’illustre Elgin Baylor. Il voit dans ce trade la possibilité de libérer du cash pour signer un autre intérieur massif en la personne du pivot Elmore Spencer, qui lui est attendu pour être le back-up de Stanley Roberts un autre joueur de poids. Par la même occasion, Baylor offre à son coach un joueur qu’il désire tout particulièrement.

John Williams se présente finalement lors d’un dîner auquel il ne prend pas part. Lui qui ingère des quantités gargantuesques de nourriture en des temps records refuse un repas à la surprise générale. Il montre ainsi sa détermination à se remettre en forme. Il se met alors au travail et perd plus de 20kg. De quoi satisfaire son nouveau club mais pour un temps seulement. Car il reprend immédiatement ses mauvaises habitudes, le poids perdu et repris aussi rapidement.

Il garde cependant la confiance de son coach qui l’aligne sur le terrain lors de 74 rencontres en lui donnant 22 minutes de jeu chaque soir. Les Clippers se qualifient pour les playoffs avec un bilan de 41 victoires pour 41 défaites, ce qui est une petite déception après la belle saison réalisée l’année précédente.

Larry Brown démissionne de son poste à l’intersaison pour signer du côté d’Indiana, il est remplacé par Bob Weiss. Lors de la saison 1993-94 après seulement 34 matchs, Elgin Baylor exaspéré par la condition physique déplorable de son joueur, décide au même titre qu’Abe Pollin en son temps, de suspendre Williams pour cause de surpoids. L’histoire se répète, une sanction qui sonne comme une fin de carrière pour un joueur dont beaucoup pense qu’il vient de gaspiller sa dernière chance en NBA.

C’est sans compter sur l’amour que Larry Brown lui porte. Le coach des Indiana Pacers fait à nouveau appel à John pour compléter son effectif. Pour comprendre pourquoi un coach comme Larry Brown aime tant John Williams on doit réaliser quel genre de joueur il est. De l’avis de beaucoup de fans et spécialistes, il est Boris Diaw avant Boris Diaw. Ce genre de joueur altruiste, polyvalent, à la base ailier mais qui glisse avec le temps vers le poste d’ailier-fort au fur et à mesure que le corps s’alourdit. Le genre de joueur capable des plus belles inspirations, de traverser tout le terrain pour distiller un caviar à un partenaire, ou finir au cercle avec élégance en laissant admiratif tous les amoureux du beau jeu.

Larry Brown réussit à convaincre son General Manager Donnie Walsh de signer ce joueur qu’il affectionne au plus haut point. Mais ce dernier prévient clairement Williams quant à son sort en cas d’échec :

« Deux franchises t’ont payés pour jouer au basketball, tu n’as pas respecté tes engagements en te présentant hors de forme, nous ne serons pas la troisième franchise à se faire avoir. »

Il retrouve son coach mais aussi Mark Jackson avec qui il joue lors de son passage aux Clippers. Le meneur montre également beaucoup d’admiration pour le jeu de Williams en déclarant :

« C’est le Big Men le plus talentueux avec qui j’ai joué. Je l’admire parce qu’il n’abandonne pas. On a une chance ici de remporter le championnat et John peut faire une grande différence pour nous. »

Encore une fois il attaque le camp d’entraînement avec beaucoup de motivation, il remplace les sodas par de l’eau, évite les fast-food pour perdre du poids et retrouver le chemin des parquets. Lors des entraînements il montre de belles choses, il semble prêt à montrer plus de sérieux. En attendant que le joueur retrouve la forme, il est placé sur la liste des joueurs blessés, officiellement pour des problèmes de genou. C’est pourtant bien à cause de son poids qu’il est écarté du groupe. Il est autorisé à se déplacer et à s’entraîner avec l’équipe mais il lui est interdit de participer aux matchs.

Dans un premier temps tout se passe pour le mieux avant qu’une fois de plus le joueur ne laisse ses addictions prendre le dessus et ne l’écarte des terrains NBA de manière définitive, coupé par son club alors qu’il n’a que 28 ans.

Le 3 mars 1995 il joue son dernier match en NBA, lors d’une défaite ou il ne passe que 5 minutes sur le terrain, et cela lors d’un déplacement contre la franchise des Washington Bullets, la boucle du gâchis est bouclée.

L’AUBAINE ESPAGNOL

Après deux saisons à attendre en vain que le téléphone sonne, John Williams traverse l’Atlantique pour atterrir à Grenade en Espagne. Il arrive dans une équipe moribonde mais va réussir à relancer sa carrière. L’enchaînement des matchs est moins soutenu, le niveau athlétique moins exigeant que celui de la NBA, ce qui lui permet d’imposer son physique dans les raquettes espagnol.

Il signe ensuite au TDK Manresa où il passe une année avant de s’installer de façon plus durable du côté de Valladolid où il reste 3 saisons. Il fait une dernière pige anecdotique à Alicante, mais il ne participe qu’à une seule rencontre. En 132 matchs de Liga ACB il aligne 15 points, 7 rebonds et 2,5 passes de moyenne, avec un bilan de 59 victoires pour 73 défaites.

Sans gagner de titre majeur il marque les fans espagnols qui tombent sous le charme de ce joueur qui ne s’est certes jamais présenté en forme, mais qui est considéré malgré cela comme un des meilleurs américains de l’histoire de leur championnat.

Une ligue dans laquelle il souhaite revenir pour la saison 2003-04. Il a grandement besoin d’argent. Il est sommé par la justice américaine de rembourser 128 000 dollars à son ex-femme pour «non-paiement volontaire» de pension alimentaire. En plus de la somme d’argent demandée, il est condamné à un an de prison. On lui laisse la liberté surveillée mais il ne peut quitter le territoire pour aller en Espagne. Âgé de 37 ans, avec des genoux meurtris et un physique qui n’est plus celui d’un joueur de basket, difficile de croire qu’un club lui aurait offert un contrat à ce moment-là.

Ainsi se termine la carrière d’un joueur sans cesse soumis à l’anxiété, le stress et la dépression. Les addictions qui découlent de ses maux transforment son corps jusqu’à l’exclure de la NBA. Incapable de montrer le niveau qui est le sien, incapable de sortir de la spirale de l’échec, miné par le poids des responsabilités posés sur ses épaules dès son plus jeune âge, il passe à côté de la carrière pleine de réussite qui lui était promis à la sortie du lycée.

On se souvient de lui comme « The Hot Plate », un joueur plus occupé à manger qu’à jouer au basketball. On ne réalise que trop peu que c’est bien avant les cas Demar DeRozan, John Wall ou Kevin Love, un joueur qui a souffert mentalement de tout ce qui peut faire la carrière d’un joueur professionnel.

Confronté trop tôt au succès et aux facilités qu’il procure, mal entouré, trop naïf, trop timide, trop sensible, il est l’exemple parfait d’un talent gâché. Une carrière qui doit nous rappeler l’importance de la santé mentale des joueurs, un point sur lequel la NBA à malgré tout encore beaucoup de travail à faire.

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