Breaking News

La JA Vichy au pied de l’Olympe

Couepe D'Euroep

Montage Une : Aurélien Sohard pour Basket Rétro

Avril 1970 : La JA Vichy dispute, en deux manches, la finale de la Coupe des Coupes contre Fides Naples. La Jeanne d’Arc est le premier club français à atteindre une finale européenne. Mais sera-t-elle le premier club français à gagner une coupe d’Europe ? Non, mais c’était beau quand même !

Pour en arriver là il a fallu cravacher dur. Dans l’ordre :

  1. Gagner la Coupe de France 1969 : Une finale rondement menée à Tours contre l’Alsace de Bagnolet (90-56). Et un ticket historique pour la Coupe d’Europe des Coupes créée deux ans plus tôt.
  2. Renouveler le stock de joueurs étrangers : Exit Steve Looney et D. Kovacic, corrects, mais sans plus. Et espérer recruter mieux. Mais la concurrence est plus rude : les frontières s’ouvrent et s’ils étaient 4 Américains en 1967/68, ils sont seize cette saison en Nationale 1. Parmi eux, une magnifique doublette vichyssoise piochée avec justesse : Rudy Bennett (intérieur, 2,02m) et Larry Robertson (ailier, 1,94m), 22 ans tous les deux.
  3. Devenir une équipe performante : la base reste la même, avec le très bon défenseur Alain Schol, titulaire de l’équipe de France, Paul Besson, nommé capitaine et le coach, Djordje Andrijasevic, 47 fois international yougoslave, présent au club depuis 1962.
  4. Passer la course à obstacle à partir de décembre tout en maintenant un haut niveau en championnat et confirmer sa place de dauphin des saisons passées (3° puis 2°). Heureusement, il n’y a que douze équipes en Nationale 1 en ce temps-là et la JAV assure au bout du compte une belle 3° place.

Le cinq de départ de l’AEK Athènes avec son géant Trontzos (2,16m).

Les affaires européennes démarrent en douceur en décembre au Luxembourg (+ 99 au cumul). Un échauffement avant la venue du Spartak Levski, en janvier. Match rugueux, écart minimum (8 points) et retour très difficile qui donne des sueurs froides dans les derniers instants. L’histoire aurait pu s’arrêter là, déjà, mais elle continue avec les quarts de finale et le Standard de Liège : un match nul en Belgique assure l’intérêt d’un match retour balayé avec mérite dans la salle des Ailes (+25). L’histoire est en marche !

On en arrive aux demi-finales. Il reste quatre équipes : La JA Vichy donc, mais aussi Dinamo Tbilissi, finaliste en 1969 (face au Slavia Prague), Fides Naples et l’AEK Athènes, le vainqueur en 1968 (face au même Slavia Prague).

Vichy hérite des Grecs, avec le match aller à domicile, ce qui n’est jamais un avantage.

Le 11 mars 1970, on repousse un peu les murs de la salle des Ailes pour contenir 2 200 spectateurs. Plusieurs centaines de spectateurs ne trouvent pas de place. C’est l’événement, mais au plan sportif, un mauvais œil a lorgné sur les Thermaux : Besson était alité la veille avec 39° de fièvre, Schol et Vilela sortent de blessure et, surtout, Bennett, leur meilleur atout est touché : « Il avait l’os scaphoïdal de la main gauche cassé, mais l’os n’était pas déboité, confirme le coach Andrijavsevic. Il a joué 5-6 matches du championnat et toute la phase finale de la Coupe d’Europe avec une prothèse sans pouvoir bouger les phalanges de sa main. C’était quelque chose d’irréel. C’est le mérite d’un chirurgien de Vichy. »

Mais une très bonne défense limite le géant Trontzos (2,16m) et contient les Grecs à 60 points. De plus, Vichy affiche un jeu collectif maitrisé et un engagement de tous les instants. Et, servis un grand Rudy Bennett (28), bien secondé par Roberston (18) et Vilela (17), la JAV s’offre une option (+18).

C’est un minimum compte tenu des lancers-francs laissés en route et surtout de ce qui l’attend au retour.

Car le retour est programmé en plein air au fameux Stade Panathénaïque (« le stade de tous les Athéniens »), appelé affectueusement le Kallimarmaro (« d’un beau marbre »), à savoir le stade olympique long de 200m construit en 1896 à l’occasion des premiers Jeux modernes.

75 000 SPECTATEURS (OU PLUS ?) AU STADE OLYMPIQUE

Une phase de la finale contre Naples

En avril 1968, dans des conditions géopolitiques très sensibles, l’AEK, meilleur club grec de l’époque – 6 titres nationaux en 8 ans – avait remporté la deuxième édition de la Coupe des Coupes en battant, sur un match, les Tchèques du Slavia Prague (89-82), devant un public estimé à 80 000 personnes, chiffre incroyable qui lui vaudra d’entrer officiellement dans le Guiness Book. Déclenchant la liesse dans la ville et faisant de George Amerikanos, le capitaine de l’AEK un héros national.

Deux ans après on remet ça. Le traquenard est posé.

Sauf que Vichy a – quand même – 18 points d’avance, ce qui n’est pas rien. Sauf que le club décide de partir quatre jours avant le match, histoire de s’acculturer au lieu, à l’ambiance, à la ville. Mêlant tourisme aux entraînements sur le terrain même (en goudron). Les Vichyssois se décrispent au fil des jours.

D’une contenance théorique de 65 000 personnes, le stade a accueilli plus de 75 000 personnes ce jour-là. Avec un service d’ordre estimé à 3 000 policiers. Les billets se vendaient à la sauvette au marché noir tout au long de l’après-midi. Une cinquantaine de supporteurs vichyssois avaient fait le déplacement, noyés dans la foule. « C’était un vrai guet-apens, se souvient Paul Besson. Il faisait nuit, on ne voyait pas trop ce qui se passait autour de nous ». Une chance sans doute. « Quand on est entré dans ce stade en fer à cheval, l’ambiance était tonitruante, incroyable, confirme André Jacquemot. On avait l’impression d’être des gladiateurs faisant leur entrée dans une arène. On nous jetait dessus des petites bouteilles en plastique en forme de citron ».

A la faveur d’une défense intransigeante, les Vichyssois rendent coup pour coup. Jouent avec rigueur et méthode. Et réussissent tant bien que mal à contenir les deux stars, Amerikanos et Trontzos. Bénéficiant de plus d’espace, Zoupas, discret à l’aller, sort de la boite tout comme Schol en face. Au repos (30-29), les Grecs restaient loin. Mais il fallait tenir.

VILELA HÉROS PUIS EXCLU…

De fait, la pression et la tension montent au fil des minutes. L’AEK se rapproche dangereusement. Le tableau d’affichage tombe en panne. Difficile de connaitre le bon score et le temps restant à jouer ! Lorsque les Grecs reviennent à une longueur alors qu’il reste 3’30 à jouer, on ne donne plus de grandes chances aux Français. Mais ils savent faire front sans se désunir, avec courage et abnégation. Et quand Vilela, à l’affût, intercepte la balle à deux minutes de la fin, l’espoir revient. Le combat change d’âme. « On a eu très peur à moins 17, mais on a réussi à tenir » explique le capitaine Besson. Vichy ne s’est pas désuni, préservant une partie de son capital et signant une performance magistrale dans un contexte unique. Heureusement, l’arbitrage avait été de qualité, les arbitres ne cédant pas aux grondements d’un public hystérisé.

Rudy Bennett la star de l’équipe

Les joueurs de la JAV peuvent légitimement sauter de joie au grand dam des fans grecs. « Andrijasevic nous avait demandé une première fois, puis une deuxième fois d’aller saluer le public sur la ligne des lancers francs explique Jacquemot. On s’est tous dit : « il est tombé sur la tête ». La troisième fois, il s’est mis en colère. Alors on a obéi. On s’est avancé et, là, le stade s’est tu. On a salué et le public s’est mis à nous applaudir. C’était un moment d’une force incroyable ! »

Ce match fou connaitra un autre épisode insolite, toujours narré par André Jacquemot.  La scène se déroule le soir, dans l’hôtel où les Vichyssois fêtent la qualification. « La piste de danse s’est vidée et on a vu arriver Amerikanos. Il s’est mis à danser, puis a fracassé par terre une carafe vide avant de quitter l’hôtel. C’était la tradition là-bas : le capitaine de l’équipe vaincue était tenu de faire la danse du désespoir ».

(Ouvrons une parenthèse pour dire que neuf mois plus tard, l’Olympique d’Antibes récidivera au même endroit (mais sur du parquet cette fois) et contre le même adversaire en tour qualificatif de la Coupe des Champions. Vainqueurs 70-58 en France, les Antibois connaitront les mêmes frissons, la même foule (un peu moins importante sans doute), la même panne d’électricité, jets de drachmes, mais gagneront malgré tous les éléments contraires (88-94) : « C’est sans doute mon plus grand souvenir » assure Jean-Claude Bonato.)

A leur retour à Vichy, les héros du jour sont accueillis par 1 500 supporters à la gare de la cité thermale de retour par le train de 11h11. Ce match sans précédent dans l’histoire du sport français, cette qualification pour la finale, ce déplacement, c’était quelque chose ! « C’était immense ! ça reste vraiment un souvenir très, très fort, très grand ! » (Besson). Le coach Andrijasevic commente, sobrement : « Le voyage valait le déplacement ! ».

La finale, toujours en aller/retour, les attendait trois semaines plus tard contre l’inattendu AP Fides Partenope Napoli, double vainqueur du Dinamo Tbilissi (86-69 et 83-88). Avec là aussi, le premier match à domicile.

COCHE RATE A DOMICILE 

La salle des Ailes était trop petite. On y avait entassé 2 500 spectateurs, les prix des places avaient flambé. Mais « Vichy était devenu ce soir-là le pôle du basket international ».  Dans les travées on parle du suspense lié à la tentative de sauvetage de l’équipage d’Apollo 13.

Il y avait du beau monde dans la salle ce soir-là. Mais il n’y avait pas Charly Vilela. Le jeune ailier avait quelques jours plus tôt eu des exigences financières et affiché son désaccord. Le club n’a pas cédé et l’a exclu avec effet immédiat. Une décision courageuse, mais un atout en moins dans la manche vichyste…

Larry Robertson -Rudy Bennett, le duo de feu

Le match, de qualité, est serré, les deux équipes se neutralisent. Mené 56-60 à 1’30 de la fin, Naples égalise. Mais Roberston marque à deux reprises sous le cercle pour une victoire qui fait plaisir au public (64-60). Mais pas au coach Andrijasevic qui, lucide, concède : « Je crois qu’aujourd’hui, nous avons perdu une Coupe des Coupes qui pourtant était à notre portée si nous avions connu la même forme qu’il y a un mois. Dommage, mais c’était très bien quand même… ».

Le retour, en effet, fut bouillant avec 12 000 spectateurs au Palais des Sports napolitain et une banderole toute en nuance : « Le Vésuve sera le deuxième bucher de Jeanne d’Arc ». « Quand nous sommes entrés dans la salle, nous avons pris conscience que nous ne pourrions pas gagner » releva, selon la presse italienne, le meneur Paul Brousse. Le match ne dura que quelques minutes, puis la furia offensive italienne se déclencha devant une JAV tétanisée. Au repos, le Trophée avait choisi son camp (48–28). « Rien n’a marché comme il aurait fallu » regretta Paul Besson.

Lyrique, Robert Busnel, le président de la FFBB, commenta : « Vichy a réussi une finale lumineuse. Lumineuse pour la clarté du jeu, par l’engagement physique, par la beauté du spectacle, mais aussi par l’ambiance de tous les acteurs et tous les spectateurs. Pas de fausse note du côté italien, pas de chauvinisme ridicule, une soirée merveilleuse qui pourrait servir d’exemple à bien des clubs. Grâces soient rendues à ces dirigeants qui sont les grands triomphateurs d’une saison exceptionnelle de leur club ! »

Présent dans les tribunes de Vichy, puis à Naples, Giovanni Borghi, le magnat italien, jubilait. Il était le patron d’une grande entreprise multi-marques d’électroménagers (Ignis, Emerson). Les deux équipes qu’il sponsorisait ont remporté les deux coupes d’Europe : A Ignis Varèse et au jeune Dino Meneghin, 20 ans, la Coupe d’Europe. A Fides Naples, la Coupe des Coupes. Le « Spaghetti Circuit » pouvait débuter. Il durera une dizaine d’années…

LA COUPE DE FRANCE POUR FINIR

Rudy Bennett et Larry Robertson

Quant à la JA Vichy, elle eut le grand mérite de se recentrer pour conserver « sa » Coupe de France en battant une semaine plus tard le SCM Le Mans à St Nazaire (78-74) avec 56 points du tandem Bennett-Robertson alors que les Manceaux menaient de 8 points à 3’ de la fin…

Hélas, les meilleurs joueurs, attirés par de belles offres, quittèrent le club dans la foulée : Rudy Bennett, le meilleur marqueur de la Nationale 1 (30,7 points, nouveau record) partit à Bielle en Italie (il est décédé en 2011), Larry Roberston à l’ASPTT Nice, Alain Schol à Denain, Georges Ithany à Charleville, le coach Djordje Andrijasevic à l’Etoile Rouge Belgrade, sans parler du banni Vilela parti à Cournon.

Décimé, Vichy paya ainsi au prix le plus fort la rançon du succès, le règlement de l’époque ne lui permettant que deux recrues (Barry White et Valentine Reid). Ce fut insuffisant pour se maintenir en Nationale 1. Ce qui fera dire à Pierre Coursol, le président de la JA Vichy, au printemps 1971 : « Nous avons eu tort de trop briller l’année dernière… »

LE PARCOURS DE VICHY

Premier tour

  • Aller (4 décembre 1969) : Etzella Ettelbruck – JA Vichy : 63-102
  • Retour (13 décembre 1969) : JA Vichy -Etzella Ettelbruck : 89-39

Deuxième tour

  • Aller (14 janvier 1970) : JA Vichy – Spartak Levski : 66-58
  • Retour (21 janvier 1970) : Spartak Levski – JA Vichy : 81-78

Quarts de finale

  • Aller (10 février 1970) : Standard Liège – JA Vichy : 95-95
  • Retour (17 février 1970) : JA Vichy – Standard Liège : 78-53

Demi-finale

Aller (11 mars 1970) : JA Vichy – AEK Athènes : 78-60 (43-30)

JA Vichy : Bennett 28, Robertson 18, Vilela 17, Schol 10, Jacquemot 5.

AEK Athènes : Trontzos 20, Vasiliadis 15, Amerikanos 10, Christoforou 8,  Zoupas 4, Larentzakis 3.

 

Retour (26 mars 1970) : AEK Athènes – JA Vichy : 74-65 (30-29)

AEK Athènes : Trontzos 22,  Zoupas 18, Amerikanos 17, Christoforou 6, Vasiliadis 5, Larentzakis 5, Nydriotis, Christeas 1.

JA Vichy : Robertson 20, Bennett 19, Schol 14, Jacquemot 6, Vilela 4, Brousse 2, Gardès, Besson.

 

Finale

Aller (15 avril 1970) : JA Vichy – AP Fides Partenope Napoli : 64-60 (34-32) – Salle des Ailes – 2 100 spectateurs.

JA Vichy : Bennett 24, Robertson 22, Jacquemot 8, Besson 6, Schol 2, Brousse 2, Ithany, Chapuis, Buisson, Laux, Gardès, Laurent.

AP Fides Partenope : Williams 17, Maggetti 10, D’Aquila 8, Aiken 8, Errico 7, Ovi 6, Bufalini 4, Abbate, Coen, Gavagnin, Fucile, Errico.

 

Retour (26 avril 1970) : AP Fides Partenope Napoli – JA Vichy : 87-65 (48-28) Palasport Mario Argento – 12 000 spectateurs.

AP Fides Partenope : Maggetti 24, Aiken 19, Williams 15, Bufalini 12, D’Aquila 8, Fucile 4, Gavagnin 2, Errico 2, Ovi 1, Coen, Errico, Abbate.

JA Vichy : Bennett 28, Schol 14, Robertson 9, Besson 8, Jacquemot 5, Buisson 1, Brousse, Gardès, Chapuis, Ithany, Laurent.

 L’EQUIPE DE LA JA VICHY 1969/70

Rudy Bennett, Paul Besson, Paul Brousse, Pierre Buisson, Robert Chapuis, Michel Gardès, Geor

ges Ithany, André Jacquemot, Pierre Laurent, Larry Robertson, Alain Schol, Charles Vilela. Coach : Djordje Andrijasevic.

Sources : Yann Bayssat/Olivier Rezel/La Montagne, Jean-Pierre Dusseaulx/L’Equipe Basket Magazine.

LA FINALE ALLER DE LA COUPE DES COUPES DE 1970

Retrouvez plus de Basket Retro sur





About Dominique WENDLING (27 Articles)
Ancien journaliste, joueur, entraîneur, dirigeant, président de club. Co-auteur, avec Jean-Claude Frey, de "Plus près des étoiles", le livre paru fin 2018 sur les 90 ans de la SIG Strasbourg.

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur la façon dont les données de vos commentaires sont traitées.