Le PSG version 1997-1998, en Euroleague.
Euroleague
27 ans avant la première saison du Paris Basketball en Euroleague, le PSG Racing devenait champion de France et découvrait la reine des coupes d’Europe. Retour sur la dernière saison d’Euroleague d’un club de Paris intramuros.
« Il y avait plus de hype lors de la saison de champion de France que pour l’Euroleague. » se rappelle Julien Guérineau, auteur du livre Basket – 90 ans en Île de France. Cette saison d’Euroleague édition 1997-1998, c’est la dernière qu’un club parisien intramuros ait disputé avant le Paris Basketball cette saison. Une autre époque. Une autre formule. Des équipes moins attrayantes pour le public parisien. Mais surtout, une équipe du PSG Racing bien différente de l’équipe ayant soulevé le trophée national l’an passé.
La saison 1996-1997 est une réussite sur tous les plans pour le club. Malgré un début de saison manqué, une cinquième place et une valse d’entraîneur (Chris Singleton est limogé aux dépends de Valerio Bianchini qui n’arrivera jamais. C’est le tandem Dobbels-Renaud qui finira la saison), les Parisiens terminent la saison en apothéose. Peu avant le parcours historique en playoffs du championnat, les hommes du tandem Dobbels-Renaud s’inclinent en demi-finale de l’Eurocup face au Real Madrid suscitant une réelle ferveur dans la capitale. Cholet (4e) en quart de finale, puis Pau (1er et champion en titre) en demi-finales feront les frais de cette forme éblouissante du PSG Racing d’alors. Villeurbanne, récent demi-finaliste de l’Euroleague n’y coupera pas. Les coéquipiers de JR Reid (672 matchs NBA) s’imposent en trois matchs. Le PSG est champion de France. L’euphorie est totale, Paris se qualifie pour la première fois de son histoire en Euroleague.
UNE LEGENDE DU COACHING A LA TETE DE L’EQUIPE
L’équipe qui découvre la reine des coupes d’Europe cette année n’est plus la même. Fort d’une saison aboutit, JR Reid retourne en NBA du côté des Charlotte Hornets. Laurent Sciarra et Charles Bietry ne sont pas en odeur de sainteté, et la première cité est prié de plier bagages. Frédéric Forte débarque après avoir appris que Michel Gomez, avec qui il n’est pas en bons termes, prenait les rênes du CSP Limoges. Le board parisien recrute un coach d’envergure internationale pour diriger cette nouvelle étape du club francilien. Bozidar Maljković dit « le sorcier » ou encore « le prince qui fait des rois » pose ses valises dans la capitale. L’homme du titre européen de Limoges en 1993. Ou encore du doublé avec Jugoplastika Split en 1989 et 1990 et celui du Panathinaïkos en 1996. En somme, le second entraîneur le plus titré d’Euroleague derrière son intouchable compatriote Zeljko Obradović (9 euroleague).
À cette époque, le tacticien serbe y dénonce les prémisses du sport business dans Basket Hebdo : « Avec l’arrêt Bosman, les frontières sont nouvelles et l’adversaire peut acheter des meilleurs joueurs que moi. Je peux travailler trois fois plus que lui, lui il achète ! C’est ça qui va faire mourir le basket européen. » Malgré ce constat, Maljković et le PSG Racing ne manquent pas d’ambitions : « Nos ambitions étaient élevées. Nous voulions représenter Paris et la France avec fierté, et montrer que nous pouvions rivaliser avec les meilleurs clubs européens », se souvient Bozidar Maljković, récemment introduit à l’Académie du Basket, Hall of Fame du basket français.
UNE LONGUE MISE EN ROUTE
Le début de saison ramène les ambitions à la réalité. Le PSG Racing restent sur la ligne de départ durant quatre matchs consécutifs dont sa première rencontre à domicile contre les slovènes du KK Union Olimpija à Coubertin lors de la troisième journée. Une rencontre qui détonne avec la ferveur perçue la saison précédente : « Je me souviens de la salle qui n’était pas comble, se remémore Julien Guérineau, alors venu en spectateur. À la mi-temps, le show n’était pas à la hauteur, ni n’était adapté à l’ADN parisien. Un « homme-orchestre » performait, et cela n’avait pas du tout plu. Un vrai contraste avec le Paris Basketball d’aujourd’hui. »
Autre fait notable, Bozidar Maljković retrouve, la journée suivante, Dominique Wilkins et son équipe de star du Team System Bologne avec entre autres David Rivers, Carlton Myers ou Gregor Fucka. Celui avec qui il fut vainqueur de l’Euroleague deux ans plus tôt au Panathinaïkos. Des bruits de couloirs soulèvent alors qu’une tension existerait entre les deux joueurs. La performance de l’américain ce jour-là lors de la victoire de son équipe (93-77, le 2 octobre 1997) serait une bonne indication du message que ce dernier veut envoyer à son ex-entraîneur. Un fait que Maljković balaie : « Je n’ai que de bons souvenirs de Dominique cette saison-là. Allez sur Youtube et regardez ses interviews. Vous verrez ce qu’il dit sur notre collaboration. »
Ce n’est qu’après le Mcdonald Championship conclut par une finale face aux Chicago Bulls d’un certains Michael Jordan que le PSG Racing enclenche sa marche en avant. Basket Hebdo relève que « Le PSG d’automne a pris conscience de son potentiel. » À travers un jeu rythmé et une défense agressive, les Parisiens s’adjugent leurs deux premières victoires face à Athènes et l’Alba Berlin. Le joueur formé au Partizan Belgrade, Nikola Loncar, s’impose comme le pilier de l’attaque. Celui qui a connu la guerre en Yougoslavie est le meilleur marqueur tant en Euroleague qu’en Pro A. La bonne forme de l’équipe leur permet de prendre une revanche cinglante face au Team System Bologne (84-60, le 11 décembre 1997) sous les yeux de Cédric Pioline, tennisman numéro 1 français.
LA RETRAITE FORCEE DE RICHARD DACOURY
Malgré ce regain de forme notable, le club francilien ne peut empêcher la dernière place de son groupe. « C’est vrai que le début de saison n’a pas été à la hauteur de nos espérances, mais il nous a aussi permis d’apprendre et de nous ajuster. Bien sûr, cela a eu un impact sur la qualification en phases finales, mais cela faisait partie du processus d’évolution de l’équipe », tempère Bozidar Maljković. Mais avec 4 victoires à son actif, le PSG peut espérer une qualification pour le Top 16, même si ses chances demeurent faibles.
De plus, Richard Dacoury souffre d’un tendon d’Achille douloureux, « Si cela devait signifier la fin de sa carrière, ce serait vraiment dommage et malheureux que ça arrive chez nous. Richard est une pièce importante dans l’équipe », s’inquiétait Charles Bietry dans Basket Hebdo. Trois mois plus tard, la légende française prendra sa retraite. « La blessure de Richard a été un coup dur pour l’équipe, car il représentait bien plus qu’un joueur : il était un véritable leader. Son arrêt de carrière a laissé un vide dans le basket français » regrette Bozidar Maljković.
AUX PORTES DU TOP 16
Pour se préparer à cette seconde phase, le PSG procède à des ajustements et recrute notamment Jean-Marc Kraidy parti en conflit avec son club d’Évreux. « Le plus indiscipliné des joueurs rencontre le plus disciplinaire des coachs », s’amuse alors le dessinateur Bruno Lounkan pour les pages de Basket Hebdo en janvier 1998.
La seconde phase de l’Euroleague démarre par l’affrontement d’un cador. Le Kinder Bologne d’Antoine « le roi » Rigaudeau, futur vainqueur de l’Euroleague. Une première défaite anecdotique, tant les Italiens dominent cette poule. Le PSG reprend sa marche en avant en terres béarnaises, terres pourtant hostiles mais que les Parisiens domptent avec assurance. Un nouvel exploit ensuite face à Barcelone à Paris, finaliste de l’édition précédente, qui n’est plus que l’ombre de lui-même. Les catalans qui comptent Sasha Djordjevic, sacré meilleur joueur européen en 1997, dans leurs rangs veulent rejoindre le Final Four organisé dans leur ville. Mais cette saison, rien ne leur réussi. Cette équipe devait « tout gagner » selon le quotidien Marca, qui ajoutera que cette dernière est « le pire Barcelone des années 90. » Mais bien que malade, ce Barça annihilera les espoirs de Top 16 parisiens.
Parti de loin, le PSG fait ce qu’il faut pour espérer. Il s’impose au retour face à Pau-Orthez et est aux portes de la qualification. Deux options s’offrent aux franciliens : Soit ils s’imposent à Barcelone, soit ils perdent en Catalogne, mais les Palois s’imposent à domicile face à Ljubljana et offre la qualification aux Parisiens. En cas de scénario cauchemard, les répercussions sont terribles pour le basket français. Seulement deux équipes, au lieu de trois, représenteront la France pour l’édition suivante de l’Euroleague. Ce soir du 5 février 1998, c’est un zéro pointé. Le PSG Racing s’incline d’un point à Barcelone (77-78) et l’Élan Béarnais subit le même sort dans son Palais des Sports (77-76). « C’est évident qu’il y avait des regrets. Perdre d’un point si près des phases finales est toujours frustrant. Mais nous étions fiers de la performance et de l’engagement de l’équipe, qui a montré qu’elle pouvait rivaliser avec les meilleures équipes d’Europe. » relativise Bozidar Maljokvić.
Éliminé pour une petite victoire, le PSG Racing ne regouttera plus aux joutes de l’Euroleague par la suite. La fin de saison en championnat est dominée par Pau qui s’adjuge le titre. De quoi laisser des regrets éternels pour le club de la capitale. « Le PSG Racing avait le potentiel pour devenir un acteur majeur en Europe. La vision et la passion étaient là. Avec le temps et une meilleure structuration, je suis convaincu que ce club aurait pu s’imposer durablement au plus haut niveau européen. » affirme « le sorcier ».
Une flamme reprise aujourd’hui par le Paris Basketball et son propriétaire David Kahn qui ramène cette saison l’Euroleague dans la capitale. Avec l’ambition, cette fois-ci, d’arriver à placer Paris comme un grand du basket européen.


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