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[Portrait] Georgy Adams, sous les parquets la plage

Portrait

Montage Une : Aurélien Sohard pour Basket Rétro

Natif de Tahiti, Georgy Adams est le premier basketteur polynésien à avoir traversé l’océan pour faire carrière en métropole. Révélé sous les ordres de Jacques Monclar à Antibes, il gravit toutes les étapes jusqu’au titre de champion de France. Shooteur infatigable, Georgy écume les parquets hexagonaux pendant quinze saisons, avant de retrouver les plages de Papeete à la recherche de la prochaine perle rare des îles.

COEUR D’AZUR

Les sports traditionnels ne manquent pas à Tahiti. Entre les courses de pirogues polynésiennes, le lever de pierres ou le lancer de javelot, les habitants perpétuent ainsi leur culture. Les sports collectifs ne sont pas délaissés pour autant. Pour une île d’à peine 200 000 habitants, chaque discipline possède son propre championnat. Certains talents ont même traversé les océans pour s’exporter dans l’Hexagone. C’est le cas du footballeur Marama Vahirua qui a fait les belles heures du FC Nantes ou du shooteur Georgy Adams, figure marquante de la balle orange dans les nineties. Né à Papeete, il fait ses premiers dribbles à l’AS Aorai, l’un des cinq clubs de la ville. Même si la fédération tahitienne de basket est autonome, elle reste affiliée à la fédération française. Le championnat est composé d’une poule de huit équipes avec des playoffs et une finale jouée au meilleur des cinq matchs. Remporter le titre a une double importance. Non seulement, le vainqueur règne sur la Polynésie Française, mais en plus s’octroie le droit de participer à la finale de la Coupe du Pacifique contre le champion de Nouvelle-Calédonie. A la clé, une qualification pour le sixième tour de la Coupe de France. Selon les observateurs, le niveau de la finale tahitienne est proche des équipes de Nationale 3. Un niveau que Georgy Adams veut largement dépasser. Debout à 5h00 du matin, il se rend seul à la salle pour peaufiner son shoot. Un rat de gymnase acharné pour qui Tahiti devient rapidement trop petit. Aussi, lorsque adolescent, il domine l’île de la tête et des épaules, il prend la direction de la métropole.

A seize ans, il pose ses valises au Tours Basket Club. Rapidement, l’essai est décevant. Georgy alterne un peu trop entre les cours et les parquets à son goût. Les deux ou trois séances hebdomadaires d’entraînement ne lui suffisent pas pour atteindre son objectif : devenir basketteur professionnel. Frustré, il plie bagage pour revenir sur ses terres tahitiennes. Il entre alors en contact avec Jean-Claude Bonato. L’ancien tricolore, champion avec Antibes en 1970, est de retour dans son club de cœur. Il remplace le coach Djordje Andrijasevic parti au Caen BC et veut rapatrier Adams sur la Côte d’Azur pour le tester. Cette fois, la rigueur de Bonato correspond complètement avec l’état d’esprit du Polynésien. Comme un poisson dans l’eau à Antibes, il découvre une ambiance familiale propice à sa progression. Agé d’à peine dix-neuf ans, il intègre le groupe pro, utilisé à dose homéopathique le temps de cinq petits matchs. La montée en régime se fait dès la saison suivante en 1986-87, où Georgy fait pleinement partie des rotations de Bonato. Malgré son jeune âge, il n’hésite pas à dégainer dès qu’une position est ouverte. Avec plus de 40% à 3 points, le Tahitien aurait tort de s’en priver. Sixième de la seconde phase du championnat, Antibes est stoppé en playoffs par le futur finaliste limougeaud. Mais, l’air azuréen réussit plutôt bien à Adams qui passe encore un cap l’année suivante. En 20 minutes de temps de jeu, il franchit les 10 points de moyenne. Son arme principale, son shoot travaillé si durement plus jeune. Dans les chiffres, cela donne 55,1% aux tirs, 46,2% à 3 points et 80,5% aux lancers ! Le championnat de France découvre la chevelure bouclée du Tahitien, inarrêtable les soirs de main chaude comme dans la victoire à Nantes où Adams plante 34 points à 12/19 aux tirs. Sa bonne campagne individuelle n’empêche pas Antibes de finir avec un bilan tout juste à l’équilibre. L’équipe est en perte de vitesse après une élimination sans gloire en playoffs contre Mulhouse, pourtant situé derrière au classement. Et ce n’est qu’un avant-goût de ce qui attend les Azuréens en 1989.

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© Sud Ouest

A l’intersaison, Antibes réajuste l’effectif en mixant expérience et jeunesse. Les signatures du trentenaire Jacques Monclar et du jeune talent Hugues Occansey vont dans ce sens. La doublette américaine est également changée avec l’arrivée du tandem Norris Coleman et James Hardy. L’objectif, décrocher au moins une qualification en Coupe d’Europe. Mais, dès l’entame de la saison, le navire azuréen tangue sérieusement avec huit défaites entre octobre et novembre. Le collectif rame pour trouver l’alchimie et ne parvient pas à enchaîner plus de deux victoires. Comme ses coéquipiers, Georgy est déboussolé par le remaniement du groupe. Il tourne à 4.5 points sur les dix-sept matchs de 1988, avant de redresser la barre à partir de janvier 1989 : 15.1 points à 55,1% de réussite. Peine perdue, Antibes s’est sabordé avec un bilan de treize succès pour dix-sept défaites. On est même en plein naufrage quand la Ligue retire sept victoires aux Antibois pour avoir aligné Jim Deines, un naturalisé pas encore sélectionnable en équipe de France, en plus de ses deux Américains. Désormais quatorzièmes, les Azuréens jouent leur survie dans un barrage contre le septième de Nationale 2, le RC Toulouse. Un duel déséquilibré sur le papier qui tourne à l’avantage du petit poucet grâce à un pressing défensif étouffant. Largués à -15 à la mi-temps, les Antibois baissent complètement pavillon en seconde pour boire une tasse bien salée, 111 à 73. Rattraper trente-huit points de retard, la messe semble dite ! Une humiliation pour le club qui tente un électrochoc en nommant Jacques Monclar, entraîneur-joueur lors du match retour. Ce changement de cap fonctionne à merveille et c’est au tour des Toulousains de subir la houle, 53-45 à la pause. En seconde période, Antibes bombarde tous azimuts derrière la ligne pour grignoter son retard. Il faut un ultime missile longue distance de Norris Coleman au buzzer pour réaliser l’impensable. Avec 22 points, Georgy participe à l’écopage en étant le meilleur scoreur français du match. Vainqueurs 127 à 88, les Azuréens remontent des abysses pour finalement sauver leurs têtes dans une série plus facile contre Le Mans. Cet exploit marque un tournant pour Adams et son club :

C’était la naissance d’un nouveau club, d’une nouvelle équipe. L’ancien Antibes est devenu un Antibes nouveau, ambitieux. Jacques est joueur et prend le coaching avant le match retour. On avait une bonne équipe mais désordonnée. L’objectif était simple : il fallait gagner absolument de 39 points pour se qualifier. On s’est tout de suite focalisé sur ce chiffre sans se mettre de pression. On ne pensait qu’à ça, il n’y avait rien autour.

Conservé au gouvernail après son tour de force, le commandant Monclar recrute une nouvelle doublette US expérimentée : le NBAer Robert Smith et Lee Johnson, l’ancien pivot du Maccabi Tel Aviv. Smith et Johnson, deux noms qui pourraient passer inaperçus, mais qui vont très vite faire parler d’eux. Le coach parvient à trouver l’équilibre parfait entre ce duo américain et les scoreurs français Occansey et Adams. 16.3 points et 2.5 rebonds pour le premier, 13.4 points et 2.7 passes pour le Tahitien, cette équipe d’Antibes séduit par son basket offensif de feu : 95.2 points par match, deuxième attaque du championnat. Après avoir frôlé la correctionnelle en 1989, les Azuréens renversent la vapeur pour prendre la deuxième place de Nationale 1. Le premier tour des playoffs est avalé au terme d’une belle contre le Racing Paris. Antibes fait son retour dans le dernier carré hexagonal au terme de six saisons de disette. L’opposition contre Cholet en demi paraît plus indécise. Vainqueur à l’aller 87-80, la bande à Monclar va chercher sa qualification à la Meilleraie grâce à un run de 13-0 en fin de match, porté par les 26 points d’Occansey. En finale, c’est l’ogre limougeaud qui les attend. Champion de France à six reprises sur les huit dernières saisons, le CSP éteint complètement la ligne arrière antiboise sur la première manche avec Adams limité à 4 points. Dans les cordes, les Azuréens trouvent l’énergie pour rebondir à domicile à l’aide d’un secteur intérieur impérial (45 points pour la paire Daniel Haquet-Lee Johnson). Antibes est à un exploit du titre. Vexés, les Limougeauds prennent d’entrée le match en main dans cette belle. Distancés d’une douzaine de points pendant 35 minutes, Adams et Occansey se mettent à pilonner de loin pour revenir 88 à 81 à 3 minutes du buzzer. Une réaction trop tardive, le métier côté CSP faisant le reste dans une victoire 103-89. Cet échec permet de voir qu’il y a encore un écart entre les deux équipes. Si Antibes veut le titre, il faudra redoubler d’efforts.

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© Youtube

Ces efforts commencent dès la préparation estivale où Monclar concocte un stage à l’Alpe d’Huez pour souder le groupe. Heures sup’ en fin d’entraînement, double ration de musculation pour certains, séances de shoots marathoniennes pour les autres, rien n’est laissé au hasard. Le binôme Occansey-Adams reçoit une attention particulière avec des exercices d’athlétisme pour améliorer le cardio et la vélocité. Un travail qui paie avec onze succès consécutifs pour entamer la saison 1990-91 ! Toutes voiles dehors, les Azuréens voguent vers la première place du championnat grâce à un bilan de vingt-deux victoires pour huit défaites. Georgy surfe sur ce raz-de-marée collectif pour produire sa meilleure saison statistique en carrière : 17.1 points en vitesse de croisière avec un tsunami à 36 unités contre Le Mans. Le Tahitien est tout simplement le canonnier le plus précis de l’Hexagone : plus de 60% de réussite dans les tirs à 2 points ! En playoffs, Antibes fait chavirer Saint-Quentin en trois matchs pour accéder aux demi-finales contre Pau-Orthez. Bord à bord après deux rencontres, la bande à Monclar corrige les Béarnais, qui subissent les déferlantes de Lee Johnson (28 points) et Adams (18 points, meilleur scoreur français) dans une défaite fleuve 101-80. Les Azuréens s’offrent ainsi un remake de la finale 90, mais avec l’avantage du terrain cette fois-ci. Un avantage de courte durée puisque le duo Richard DacouryStéphane Ostrowski score 51 points pour s’imposer à Salusse-Santoni, 102-108. Un faux pas qui solidarise encore plus le groupe, parti en mission à Beaublanc. Les Antibois laissent passer l’orage Michael Brooks en première période et prennent les commandes à la vingt-huitième minute sur un tir primé de Georgy. Le Tahitien porte l’estocade en compagnie de Robert Smith pour faire monter l’écart à +8 dans les dernières minutes. Moment choisi par Pascal Julien pour enfiler trois missiles de suite qui permettent au CSP de revenir à un point. En vieux loup de mer, Adams ne tremble pas sur la ligne des lancers. Il convertit ses deux tirs pour une victoire 99-102. Dès lors, le vent change de sens dans cette finale. De retour au bercail, la patrouille azuréenne resserre sa défense pour faire craquer progressivement la coque limougeaude et s’offrir un finish tout en maîtrise, 88-76. L’hégémonie du CSP est terminée, Antibes récolte le fruit de son énorme travail de fond avec le second titre de son Histoire, plus de vingt ans après le premier.

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© couverture du magazine Pivot

Le retour d’Antibes au premier plan fait changer, Georgy Adams, de statut. Reconnu comme l’une des gâchettes les plus prolifiques du championnat, il cumule les sélections pour le All-Star Game à partir de 1989. Mais, surtout il intègre l’Équipe de France, faisant de lui le premier Polynésien à recevoir cet honneur. Plus jeune, il s’était déjà illustré sous le maillot bleu lors de l’Eurobasket Junior 86 en tournant à 16.7 points sur la compétition. Des chiffres qu’il ne réitère pas en senior. Pour ses débuts contre Israël en novembre 1989, il a la lourde charge, à vingt-deux ans, de remplacer Hervé Dubuisson dans le rôle de sniper. En 73 sélections, Georgy va connaître quelques hauts et beaucoup de bas, la faute a une génération qui ne parvient pas à se sublimer lors des grands rendez-vous. L’encourageante quatrième place à l’Eurobasket 1991 ne débouche sur rien. Non qualifiés pour les J.O. de Barcelone, les Bleus se contentent d’un match d’exhibition contre la Dream Team à Monaco. Face à ses idoles, Georgy score 15 points à 6/8 aux tirs, de quoi arracher à Michael Jordan un « Good Game, mister Adams ! » sur le chemin des vestiaires. Une parenthèse enchantée dans sa vie tricolore. De retour à l’Euro en 1993, Adams est le quatrième scoreur de l’EDF avec 10.5 points et son record en bleu : 21 points contre la Bulgarie. Tout ça pour se faire sortir par la Grèce en quart de finale, 59-61. Ce n’est pas sa dernière campagne en 1997 qui arrange les choses, les Bleus terminant derniers de leur poule au deuxième tour. Pour son palmarès collectif, il faut retourner en championnat de France.

Après son titre, Antibes est attendu au tournant. Pour se renforcer, les Azuréens font appel à la jeunesse. Adams doit ainsi progressivement partager la gonfle avec les espoirs Yann Bonato, Laurent Foirest ou Arsène Ade-Mensah. Une greffe peu concluante en 1992 avec une élimination au premier tour des playoffs par Gravelines. L’arrivée de Stéphane Ostrowski l’été suivant redonne de l’ambition à Antibes, dauphin de Nationale 1 derrière l’inamovible CSP. Second marqueur de l’équipe à 15.8 points de moyenne, Georgy connaît un sérieux coup d’arrêt contre Pau-Orthez. L’arrière béarnais Howard Carter décroche une manchette en plein visage du Tahitien qui s’écroule inerte pendant de longues minutes. Evacué à l’hôpital, il mettra plusieurs semaines avant de reprendre le jeu. Comme le hasard fait bien les choses, les retrouvailles avec les Palois ont lieu en demi-finale. Bousculés par le duo intérieur Tony FarmerGheorghe Muresan, les Antibois perdent l’avantage du terrain. A Pau, Adams tente un baroud d’honneur avec une entame de match irréelle d’adresse, qui force le respect du public alors qu’il l’avait boudé lors de la présentation des équipes. Un sursaut insuffisant pour les hommes de Monclar qui laissent filer l’Elan en quatre manches. Cette élimination marque la fin de cette équipe championne 91. Pendant l’intersaison, les cadres quittent le navire : Occansey signe à Montpellier, Deines à Strabourg, Bonato au Racing et Georgy s’engage à Limoges !

AU CREUX DE LA VAGUE

Du cadre familial d’Antibes, Georgy passe à une ambiance institutionnelle. Fraîchement couronné champion d’Europe, le CSP est le plus grand club de l’Hexagone au début des nineties. Aux manettes de cet effectif pléthorique, le serbe Bozidar Maljkovic. Sa méthode, une mise à l’épreuve quotidienne du physique et du mental de ses joueurs. Recruté pour ses qualités de scoreur, Adams va devoir faire ses preuves dans cet environnement hautement concurrentiel et répondre aux énormes ambitions du club. Avec 14 points de moyenne sur le premier mois de compétition, le Tahitien prend vite ses marques, avant que sa saison bascule contre Levallois. A la quatrième minute de jeu, Georgy se blesse au ligament croisé antérieur du genou droit, la première vraie tuile de sa carrière. Il consulte alors le professeur Saillant à Paris qui lui annonce que l’opération n’est pas nécessaire. Mais, après quelques semaines de convalescence, Adams est finalement obligé de passer sur le billard et dire adieu au reste de la saison. Son absence ne pénalise pas Limoges qui caracole en tête du championnat avec un bilan de 23-3. En playoffs, le CSP sort le rouleau compresseur pour surclasser Gravelines puis Pau-Orthez. Ironie du sort, ce sont les anciens coéquipiers antibois de Georgy qui s’invitent en finale. Un dernier round en sens unique remporté en deux manches par les Limougeauds. Sans mettre le pied sur le parquet, Adams soulève son deuxième trophée de champion de France, un titre avec une saveur bien amère :

Le premier titre, c’était un peu une surprise, alors je l’ai ressenti comme un cadeau. En revanche, mon deuxième titre avec Limoges m’a en réalité fait très mal. Je me sentais exclu du groupe, et quand on est rentré avec le titre, j’étais complètement abattu. Ce n’est la faute à personne, mais cela a été le moment le plus pénible de mon passage à Limoges. En fait, le seul souvenir que j’aie de ce titre, c’est la médaille qu’on nous a donnée et que j’ai aussitôt offerte à un gamin. Il la regardait avec envie, et pour moi, elle n’avait aucune signification. Je n’avais pas l’impression d’avoir participé en quoi que ce soit à ce titre.

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© Panini 1994-95

Son retour à Beaublanc se fait sur la pointe des pieds en 1994. Adams n’est clairement pas le préféré de Maljkovic dans les rotations avec seulement 15 minutes de temps de jeu pour 6.0 points de moyenne. Même son adresse longue distance semble l’avoir quittée : 26,7% son plus faible pourcentage en carrière. Avec un budget record en France de 48 millions de francs, le CSP veut se donner les moyens de jouer sur tous les tableaux. Déception, seule la Coupe de France tombe de l’escarcelle des Limougeauds dans une bataille remportée après prolongation contre Pau-Orthez, 84-83. Leur campagne européenne se solde par une quatrième place après deux défaites contre le Real Madrid et Panathinaikos. Et sur son sol, Limoges trébuche en demi-finale contre les Palois. Une défaite lourde de conséquences. Privé du championnat d’Europe des Clubs, le CSP est obligé de faire des coupes budgétaires drastiques, sous peine de déposer le bilan. Georgy profite de la situation pour signer au PSG Racing. L’équipe est jeune et ambitieuse, le profil idéal pour se relancer. Attendu pour jouer les grands frères de Stéphane Risacher, Laurent Sciarra ou Franck Mériguet, Adams retrouve l’adresse en même temps que du temps de jeu : 11.8 points à 46,8% aux tirs. Il se permet même une pointe à 32 points contre ses anciennes couleurs antiboises. Mais, en janvier, un différend avec le coach Chris Singleton brise quelque peu son élan. En retrait dans le groupe, le Tahitien est moins impliqué sur le parquet avec une baisse significative de ses minutes. Le parcours des Parisiens s’arrête dès les quarts de finale contre les Azuréens de Jacques Monclar. A 29 ans, la carrière de Georgy est en perte de vitesse depuis son départ de la Côte d’Azur. Il tente alors un nouveau défi dans une autre grosse cylindrée du championnat, Villeurbanne.

SAUVE DES EAUX PAR LA GREEN TEAM

Avec une dette de 17 millions en 1992, l’ASVEL est obligée de déposer le bilan. Sauvé in extremis, le club repart quasiment de zéro en misant sur ses jeunes. Une reconstruction qui fonctionne avec l’émergence de talents comme Alain Digbeu et Laurent Pluvy. Le projet prend une autre dimension avec la signature, deux ans plus tard, de Delaney Rudd. Coachée par le bouillant Grégor Beugnot, cette Green Team renoue avec son glorieux passé. Dans son enceinte flambant neuve, l’Astroballe, Villeurbanne est tout proche du titre en 1996, pliant seulement en cinq manches contre Pau-Orthez. C’est dans ce contexte très ambitieux que Georgy déboule, en même temps qu’un autre poids lourd tricolore, Jim Bilba. Dans la Cité des Gones, Adams baigne de nouveau dans une ambiance amicale, favorable à son acclimatation. Il ne faut pas longtemps au Tahitien pour retrouver la plénitude de ses moyens. Titulaire en alternance avec Digbeu selon les besoins de l’équipe, il reverdit sous le maillot de l’ASVEL : 10.3 points à 55% de réussite. Une embellie qui lui permet d’être rappelé en Équipe de France et de briller à l’échelle européenne.

Surnommés les Diables Verts en Euroligue, les Villeurbannais cumulent les exploits, comme à Madrid ou au Panathinaikos notamment. Experts des situations impossibles, ils renversent la vapeur dans le money time. Quand ce n’est pas Rudd, c’est Adams qui assassine l’adversaire au buzzer. Match retour contre Pau-Orthez dans ce duel franco-français sur la scène européenne. 65 partout, dernière possession pour l’ASVEL. Pris entre deux défenseurs, Rudd délivre une passe au cordeau pour Georgy qui assomme les Palois à cinq dixièmes de la sirène. Un joli pied de nez à son ancien coach Jacques Monclar, passé sur le banc de l’Elan. Pas rancunier, l’entraîneur est heureux pour son poulain, qui avait fait de même contre Lisbonne en coupe d’Europe sous le maillot antibois, se rappelle-t-il. Cette campagne connaît son apothéose en quart contre Efes Pilsen. Invaincu sur son parquet, Istanbul subit la loi de la Green Team dans un match d’appui irrespirable. La défense villeurbannaise n’encaisse que 19 points en seconde période pour un authentique exploit collectif, 57-62. Avec 18 points dans cette série, Adams est précieux dans son rôle d’energizer. Qualifiée pour le Final Four 1997, l’ASVEL profite de l’euphorie seulement quelques minutes. Sous le feu de projectiles, les joueurs rhodaniens s’empressent de rejoindre les vestiaires. Dans la cohue, Jim Bilba encastre son bras dans une porte vitrée. Le tricolore sera indisponible pour la fin de saison. La demi-finale contre Barcelone, que Villeurbanne avait vaincu deux fois en poule, peut laisser des regrets. Privé de ses intérieurs Rémi Rippert et Ronnie Smith sortis pour cinq fautes, l’ASVEL reste au coude à coude pour ne céder qu’en fin de match, 70-77. Le manque d’expérience à ce niveau s’est fait sentir pour un groupe qui ne peut même pas se consoler avec le trophée de champion de France. Toujours sans Jim Bilba, l’ASVEL se fait surprendre par le PSG Racing en finale. Non seulement la victoire des anciens coéquipiers de Georgy prive l’ASVEL d’un titre qu’elle n’a plus remporté depuis 1981, mais aussi de participation à la prochaine Euroligue. Une déception pour Adams, bien sûr, mais le Tahitien préfère garder en tête la formidable union sacrée de cette Green Team, ainsi que son retour au premier plan :

Je n’étais pas revanchard et mon seul challenge était vis à vis de moi-même. Je savais que je pouvais retrouver mon véritable niveau. Je récolte les fruits de mon travail, mais l’ambiance générale y est pour beaucoup. Greg a su me faire confiance. Nous disposons d’un bon collectif avec des gens sympathiques. On se sent bien dans ce club et à partir de là on travaille. Vous savez, il n’y a pas de mystère : on peut être bon si le collectif est bon et se met bien en place. Il suffit alors de s’y fondre.

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© Le Progrès

SOUS LE SOLEIL EXACTEMENT

Toute la famille Adams se sent bien dans l’organisation villeurbannaise, à l’image du fils Heiarii qui réalise des prouesses dans l’équipe minimes de l’ASVEL en compagnie du fils de Grégor Beugnot. Du coup, Georgy prolonge l’expérience deux saisons sous le maillot vert. Deux campagnes où il rapporte sa petite dizaine de points avec une adresse toujours aussi précise de loin, mais également en se chargeant de missions défensives en sortie de banc. Le titre hexagonal est dans toutes les têtes en 1998. Villeurbanne survole le championnat avec un bilan de 24-6. Les retrouvailles en demi avec Limoges sont désormais un classique. Dans une belle haletante, c’est l’ancien binôme de Georgy, Hugues Occansey, qui se met en avant avec 31 points pour réduire à néant les rêves de trophée de Villeurbanne. Avec un bilan identique en 1999, cette fois c’est Pau-Orthez qui se dresse sur sa route. Impérial d’adresse jusqu’ici, l’ASVEL dévisse complètement en finale avec 1/14 longue distance dans la première manche puis 3/17 dans la seconde. La Green Team perd sa troisième finale en quatre ans pour se forger une réputation de Poulidor du championnat. Dès lors, une page se tourne avec les départs de Rudd et Digbeu. Adams décide de bouger également. Approché par le Real Madrid et Cholet, il opte finalement pour son premier amour antibois. Jacques Monclar, de retour lui aussi sur le banc, s’est montré le plus convaincant. Le club repart d’une page blanche et Georgy sert de cadre au projet. Avec 13.7 points, une moyenne qu’il n’avait plus atteint depuis son départ d’Antibes, il participe activement à l’opération maintien. Alors qu’il s’était initialement engagé pour trois ans, Adams change son fusil d’épaule. Il signe à Cantù en Italie pour sa première expérience hors métropole. En Serie A, il découvre une ambiance débridée, surtout lors des derbys. Après une victoire chez le voisin milanais, Georgy se retrouve sans short ni maillot au milieu du parquet envahi par les tifosis. Un basket de passion tout comme celui qu’a pratiqué le Tahitien durant toute sa carrière. Cette parenthèse transalpine sera sa dernière. A 34 ans, Adams raccroche définitivement ses baskets, sans quitter toutefois le monde de la balle orange et la Côte d’Azur.

Pour sa reconversion, il reste au soleil à une quarantaine de kilomètres d’Antibes. Directeur sportif de l’AS Monaco, Georgy met en place un système de formation des jeunes tout en passant ses diplômes d’entraîneur. Et quand un changement de coach survient en 2007, c’est lui qui reprend en main l’équipe, qui évolue en Nationale 2 à l’époque. Un passage sur le banc le temps de deux saisons pour se faire la main, puis Adams repart vers son île natale pour devenir directeur technique de la fédération tahitienne. Il entreprend un travail de fond pour introduire le basket dans les écoles et créer un brevet polynésien professionnel de basket, une première pour un sport dans l’archipel. En parallèle, il entraîne les filles de son tout premier club, l’AS Aorai et se permet quelques incursions sur les parquets avec l’équipe masculine. Lors de l’édition 2016 de la Coupe du Pacifique. A quasiment cinquante ans, Adams plante un shoot primé clutch après une feinte de passe pour la victoire des Tahitiens 71-63 contre les Kanaks du Mont-Dore. En 2018, il passe d’une île à une autre pour se retrouver en Corse du Sud. En plus de se rapprocher de sa belle-famille vivant sur la côte, il s’occupe des sections jeunes de Porto-Vecchio et Sainte-Lucie, toujours à la recherche de nouveaux talents. Mais, l’appel du large est plus fort. Il retourne finalement vers les plages de Papeete pour gérer des chambres d’hôtes en compagnie de son épouse, tout en gardant un pied au basket. Qui sait, Georgy finira peut-être par découvrir la prochaine perle tahitienne.

Les Polynésiens veulent absolument que je sois sur le terrain. Au quotidien. Je gère les sélections filles et garçons des 12, 13, 14 et 15 ans. Il y a une attente. Les jeunes sont plutôt réceptifs. Mais je manque cruellement de cadres formés. J’ai d’ailleurs bien peur de rester l’exception pour encore un bon bout de temps…

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Georgy avec les filles de l’AS Aorai lors de la Coupe de France

STATISTIQUES ET PALMARES

  • Stats Pro A : 10.7 points à 51,4% aux tirs, 1.7 rebond et 2.3 assists
  • Stats Equipe de France : 7.9 points, 1.4 rebond et 1.6 assist
  • Champion de France (1991 et 1994)
  • Vainqueur de la Coupe de France (1994, 1995 et 1997)
  • 6 nominations au All Star Game (1989, 1990, 1991, 1992, 1997 et 1999)
  • Final Four de l’Euroligue (1997)
  • 73 sélections en Equipe de France

GEORGY ADAMS LORS DE LA FINALE 1991

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About mosdehuh (24 Articles)
Tombé dans la NBA au début des 90's avec Penny Hardaway. Grosse passion pour les loosers magnifiques et les shooteurs. Supporter de la Chorale de Roanne depuis 3 générations.

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