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[Portrait] Howard Carter, un Nugget à la sauce béarnaise

Portrait

Montage Une : Laurent Rullier pour Basket Rétro

Star universitaire, Howard Carter n’a pas eu le temps de briller en NBA. Pour cela, il lui faudra traverser l’Atlantique pour atterrir dans un petit coin du Béarn. A Orthez, le Major devient le chouchou de toute une région et emmène le club au firmament du basket hexagonal et européen. Des joutes mémorables contre Limoges au déménagement à Pau, Carter reste un personnage à part dans le cœur des fans de l’Elan.

LE DINDON DE LA FARCE CHEZ LES NUGGETS

Baton Rouge en Louisiane, une ville à l’accent français dans l’Etat le plus tricolore des USA. Howard Carter n’aurait pas pu trouver meilleur lieu de naissance pour illustrer sa carrière. A ses débuts dans la Bayou, l’Hexagone n’est encore qu’une chimère. Adolescent, Carter ne rêve que de sports US. Dans la famille, la pratique sportive est vecteur de réussite. Sa sœur douée pour le volleyball obtient une bourse dans l’Alabama. Quant à Howard, il choisit de rester au bercail pour s’engager à la Redemptorist High School, le lycée catholique du Nord de Baton Rouge. Doué pour le basket, il a, en revanche, un physique plus proche d’un linebacker de football américain. 1m93 pour 110 kilos, des jambes comme des troncs d’arbre, pas le choix, Howard fait ses débuts en tant qu’intérieur. Ça ne l’empêche pas de montrer une belle force de caractère. Opposé à un lycée de Central Louisiana, il se fait conspuer à l’échauffement. Un supporter lui braille avec insistance : « Les gros ne peuvent pas jouer au basket ». Carter reste stoïque et répond sur le parquet avec une feuille de stats bien grasse : 58 points pour le joueur des Wolves de Redemptorist ! Au fil de son cursus, il développe un jump shoot dévastateur et bascule sur le backcourt. Un poste qui sera le sien désormais, pour le plus grand bonheur du lycée qui remporte deux titres d’état en 1977 et 1978.

Star montante en Louisiane, c’est tout naturellement que la plus grosse fac de la région, LSU, lui fait les yeux doux. Pour s’assurer que le prospect ne file pas ailleurs, l’université engage même son coach au lycée, Rick Huckabay, en tant qu’assistant. Dans le creux de la vague, LSU attend depuis 25 ans une participation au tournoi NCAA. Même le passage sur le campus de la légende Pete Maravich n’a pas débouché sur une qualification. Heureusement, l’arrivée de l’entraîneur Dale Brown change progressivement les choses. Sous l’impulsion de deux futurs NBAers, Rudy Macklin et DeWayne Scales, la fac atteint le Sweet Sixteen en 1979. C’est donc dans une équipe ambitieuse que Carter déboule l’année suivante. Bombardé titulaire dès sa saison freshman, il ne quittera plus le 5 majeur pendant sa carrière universitaire. Et pour cause, il répond immédiatement aux attentes en tournant à plus de 10 points à 48,8% aux tirs. Les Tigers passent un tour supplémentaire lors du tournoi NCAA pour échouer aux portes du Final Four contre Louisville. Howard Carter découvre l’ivresse de la March Madness et en veut plus.

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© LSU Athletics

En sophomore, il devient le leader offensif de l’équipe avec 16.0 points à 51,8% de réussite. Son shoot reste bien entendu son arme principale, un tir en suspension d’une propreté rare, qui lui vaut le surnom de Hi-C. Son coach, lui, préfère l’appeler Money Man pour sa capacité à scorer dans les moments chauds. Autour de Howard, LSU réalise tout simplement la meilleure saison de son Histoire avec un run inoubliable de 26 victoires consécutives. Le titre de la Southeastern Conference en poche, les Tigers dévorent les premiers tours du tournoi NCAA avec un pic à 26 points pour Carter contre Lamar. Cette fois, la dernière marche face à Wichita State est franchie, la fac accède au Final Four pour la seconde fois depuis sa création. Une joie atténuée par la blessure de l’autre star du groupe, l’ailier Rudy Macklin. En demi, LSU affronte Indiana : Isiah Thomas vs Howard Carter, le duel fait saliver les fans. En tête à la mi-temps 30-27, les Tigers se cassent les dents sur la défense des Hoosiers en seconde période. Hi-C a beau finir meilleur scoreur de l’équipe, il laisse s’envoler ses rêves de titre. De quoi nourrir des regrets comme il le confesse plus tard :

C’était une année amusante et très excitante. Nous étions vraiment talentueux et nous avions l’impression d’avoir tous les joueurs dont nous avions besoin. Nous avions tous les postes blindés et nous avions même un sixième homme qui aurait pu être starter dans n’importe quelle autre équipe. Je me souviens à quel point nous étions confiants. Et puis, la blessure de Rudy (Macklin) a en quelque sorte brisé notre élan. Au début, nous ne pensions pas que c’était une blessure si grave. Nous ne savions pas comment cela l’impacterait dans le Final Four.

Le départ de Macklin pour les Hawks d’Atlanta pendant l’été 1981 va justement affaiblir les Tigers. Sur ses saisons junior et senior, Howard monte encore en régime avec respectivement 16.7 et 17.6 points, mais cela reste insuffisant pour accrocher l’élite NCAA. L’arrière se console en intégrant la First Team All-SEC pour peaufiner un CV universitaire brillant. Au terme de son cursus, Carter cumule 1942 points en 128 matchs, soit le troisième total alltime de LSU derrière Maravich et Macklin, mais devant Shaquille O’Neal pour un petit point. Ses campagnes avec les Tigers ont suffisamment marqué les scouts NBA pour en faire un lottery pick légitime. A la draft 1983, Howard est appelé à la 15ème position par les Nuggets juste derrière Clyde Drexler. Ironie du sort, en 1980, Portland et Denver procèdent à un échange de pick pour la cuvée 1983 dans le transfert de l’obscur T.R. Dunn. Sans cet échange, le destin des deux hommes aurait pu être tout autre.

Réputé pour ses qualités de scoreur, Carter semble le fit parfait dans le Colorado. Depuis l’arrivée du coach Doug Moe en 1980, les Nuggets caracolent en tête des attaques NBA avec plus de 123 points en moyenne. Des orgies organisées par Alex English, Kiki Vandeweghe et Dan Issel qui débouchent sur une demi-finale de conférence encourageante en 1983. Le rookie de LSU se fait bizuter en mode ball trap. A peine entré en jeu, il dégaine tous azimuts et laisse entrevoir de belles choses sur les premières semaines : 11.2 points à 43,3% aux tirs. En décembre, il participe au match le plus prolifique de l’Histoire contre les Pistons (186-184). Comme un symbole, ce duel de pistoleros se solde par une défaite. L’attaque de Denver arrive à saturation et enchaîne les revers. Après le All Star Break, Doug Moe s’appuie sur ses vétérans pour accrocher le wagon des playoffs. Howard se contente du garbage time avec un temps de jeu qui se réduit comme peau de chagrin. Malgré un bilan négatif, Denver se qualifie in extremis pour affronter le Jazz au premier tour. Une série accrochée, où le rookie obtient sa douzaine de minutes pour se faire les dents. Mais, défaits largement dans le Game 5 décisif, les Nuggets changent leur fusil d’épaule. Fini le run and gun, l’équipe veut se doter d’un jeu plus défensif. Howard en fait les frais. Pendant l’été, il est envoyé à Dallas contre Elston Turner, un guard réputé fort défenseur. Dans le Texas, la concurrence est rude entre Rolando Blackman, Dale Ellis ou Mark Aguirre. Bloqué en bout de banc, Carter est finalement coupé en décembre après 11 petits matchs. Même s’il garde la NBA dans un coin de tête, il est obligé de s’exiler pour terminer la saison.

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© Getty Images

ROI DE FRANCE ET DE NAVARRE

Pendant ce temps, de l’autre côté de l’Atlantique, une équipe est en pleine tergiversation. Orthez, un petit village d’irréductibles, bouleverse progressivement l’ordre établi de la balle orange. En 1984, les Béarnais ont soulevé à la surprise générale la Coupe Korac après leur hold-up contre l’Etoile Rouge Belgrade. Depuis, le président Pierre Seillant veut mettre fin à l’hégémonie du CSP Limoges, vainqueur des trois dernières éditions du championnat de France. Mais, la saison 1985-86 ne commence pas sous les meilleurs auspices. Fin novembre, le club est dans la tourmente après une déculottée à domicile contre Monaco. Seillant et le coach George Fisher se passent plusieurs fois la cassette du match pour prendre une décision drastique : ils virent l’Américain Harvey Knuckles. Et pas question de rester longtemps sans renfort US. Fisher active alors son réseau aux Etats-Unis pour dénicher la perle rare. Un appel vers son vieil ami Dale Brown retient son attention. L’entraîneur de LSU le met sur la piste d’Howard Carter, son ancien protégé à la recherche d’un job. Le shooteur sort d’une expérience très exotique aux Philippines et souhaite un tremplin plus médiatique pour rebondir. C’est ainsi que Carter déboule dans le Béarn le 21 novembre pour un CDD de 6 mois. En bon président, Pierre Seillant l’accueille à l’aéroport de Pau pour le conduire jusqu’à Orthez. Des champs à perte de vue, la neige et le froid ambiant, un hôtel loin du standing habituel, une salle de sport transformée en marché au gras le mardi, Howard qui arrive de sa Louisiane natale est chamboulé. Il pense même à rentrer immédiatement au bercail, avant que le meneur local Freddy Hufnagel ne lui propose de l’héberger le temps de s’acclimater.

Deux jours après son atterrissage, Carter fait ses débuts sur le sol français dans un match de gala contre l’ESM Challans. La petite salle de Tresses en Gironde affiche complet pour jauger le nouveau ricain. Avec 27 points en 20 minutes dont 7 tirs longue distance, il dissipe les doutes entourant son état de forme. Le week-end suivant, Howard découvre l’ambiance de la Moutète. Le chaudron béarnais est en ébullition pour voir de près le phénomène. Opposés au Racing, les Orthéziens sont sous pression et doivent faire oublier leur mauvais départ en championnat. Dans un match couperet enlevé 96 à 91, Carter (24 points) remporte son duel face au shooteur parisien George Eddy (19 points). Pas le temps de refroidir que l’Américain enchaîne en Coupe Korac contre Caserte, où Oscar Schmidt l’un des plus grands scoreurs alltime, l’attend. Le barillet du Brésilien (26 points) est bien chaud, mais moins que celui de Carter qui envoie 38 points pour sa première en coupe d’Europe ! En tête à la pause d’un point, l’Elan Béarnais subit l’agressivité physique des Italiens en seconde période pour céder 83 à 78. Une défaite qui clôt une quinzaine quasi parfaite sur le plan individuel pour la recrue orthézienne. Afin de s’intégrer au groupe, Carter se rend régulièrement au Café Moulia, le QG des joueurs et supporters, pour siroter un café muni de son inséparable walkman dans les oreilles. L’ancien NBAer n’est pas là pour rigoler et va vite le montrer sur les parquets.

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Howard Carter et Pierre Seillant © Sud Ouest

Cinquième de Nationale 1 avant l’arrivée de Hi-C, Orthez entame une remontada à partir de janvier 86. L’Hexagone découvre le jump shoot soyeux de l’arrière. Tanké pour résister à la pression physique, Carter est capable de punir les défenseurs les plus pugnaces grâce à son tir en suspension. Comme lors ce déplacement à Vichy, où il distribue les pastilles : 35 points à 12 sur 16 aux tirs ! Le samedi suivant, il est encore sur le pont avec 29 points contre Avignon. A l’issue de la première phase du championnat, l’Elan Béarnais termine en boulet de canon à la seconde place juste derrière l’Asvel. Mi-février, les compteurs sont remis à zéro. Une nouvelle poule composée des 6 premiers de Nationale 1 et des 2 premiers de Nationale 2 déterminera le champion de France. Eliminés en quart de finale de la Coupe Korac – non sans une dernière salve de 46 points contre le Partizan Belgrade pour Howard – les Orthéziens sont plus que jamais focus sur le trophée national. Le match d’ouverture propose des retrouvailles contre l’ennemi intime limougeaud. A Beaublanc, la défense d’Orthez prend l’eau (107-96), mais le spectacle continue dans les vestiaires, où une échauffourée envoie Paul Henderson à l’hôpital. Premier crochet d’une rivalité naissante.

Cette défaite galvanise complètement l’Elan qui enchaîne un run de 6 victoires consécutives. Carter est à chaque fois le meilleur scoreur des Béarnais. Pas une seule rencontre en dessous des 20 unités pour une moyenne de 24,7 points… une régularité effarante !  Il se réserve même des pointes contre les principaux prétendants : 25 points contre Villeurbanne et 30 points face à Monaco dans une victoire au forceps sur un shoot au buzzer de Christian Ortega. A la fin des matchs allers, Orthez est seul en tête avec deux victoires sur un trio de poursuivants. Sur sa lancée, l’Elan prend sa revanche contre Limoges à domicile (90-75). Avec le moral gonflé à bloc, les hommes de Fisher ne font qu’un seul faux pas à Antibes avant la réception de Monaco lors de l’avant dernière journée, synonyme de titre en cas de victoire. Dans une Moutète peinte en vert et blanc, Orthez prend 18 points d’avance, puis voit revenir les Monégasques à 53 partout. Dans le money time, Carter prend ses responsabilités pour porter l’Elan vers la victoire 84-72. Ses 28 points permettent à Orthez de soulever le premier titre de Champion de France de son Histoire. La signature de Hi-C en novembre a complètement changé la face de la saison d’Orthez. Fier d’avoir cinq natifs d’Aquitaine dans son effectif, Pierre Seillant reconnaît tout de même l’importance de sa recrue américaine.

Ce sont les Américains qui s’adaptent à nous, pas l’inverse. Chez nous, ils sont nourris à la sauce béarnaise. C’est le cas d’Howard. C’est le meilleur Américain que nous ayons eu à Orthez et le plus complet de tous : mener le jeu, shooter, passer la balle et la récupérer. Il peut tout faire.

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© Sud Ouest

L’appétit vient en mangeant dans le Béarn. Aussi le président Seillant est décidé à s’installer durablement dans l’élite avec un groupe reconduit à l’identique auquel vient s’ajouter l’international Daniel Haquet. Cette ambition dépasse le cadre de l’Hexagone. Pour ses débuts dans la prestigieuse Coupe d’Europe des Clubs Champions, Orthez passe du statut de Petit Poucet à Cendrillon de la compétition. Victorieux de Tirana puis Leverkusen en matchs de barrage, l’Elan accède au gratin du Vieux Continent avec le Real Madrid, le Maccabi Tel Aviv, le Tracer Milan, le Zalgiris Kaunas et le KK Zadar au menu. Une campagne historique où la Moutète se transforme en Fort Alamo pour rester invaincue ! En guise d’amuse-bouche, Orthez se paie le scalp des Milanais de Bob McAdoo en résistant à la zone press des visiteurs dans la dernière minute (75-73). Le Maccabi passe ensuite à la marmite avec un Carter aux petits oignons (27 points) et un shoot clutch de Benkali Kaba à six secondes de la sirène (78-77). L’addition est encore plus salée pour Kaunas, battu 94-80. Ecoeuré par la défense étouffante de Haquet, la superstar lituanienne Arvydas Sabonis sèche même le repas d’après-match servi au relais de Berenx. En plat principal, les orthéziens s’offre le Real. Déjà battus à l’aller sur leurs terres avec 31 points de Hufnagel, les Madrilènes ont le couteau entre les dents. C’est sans compter sur la furia verte validée par un tir clutchissime de Carter à 16 secondes du buzzer (84-82). Cerise sur le gâteau, Orthez se défait de Zadar 73 à 69 avec un nouveau récital de Howard qui inscrit plus du tiers des points de l’équipe (25 points) pour valider un sans-faute à domicile. Une juste revanche du match aller, où les Béarnais avaient enduré un road trip old school jusqu’en Croatie, faute de pouvoir décoller à Pau à cause du verglas. Une courte défaite rageante sachant que l’Elan rate la Finale pour un petit point de retard au classement.

Revenons au championnat. La saison 1986-87 inaugure un nouveau format avec l’instauration des playoffs. En quête du doublé, Hi-C attaque fort sa campagne : 30 points contre Monaco, 32 à Reims, 34 contre Nice puis 43 face à Grenoble. L’ancien Nugget survole les débats sur la première phase de poule. Rebalancé dans un groupe de 12 équipes à partir novembre, l’Elan fait la course en tête malgré la fatigue accumulée en Coupe d’Europe. Carter termine bien sûr meilleur scoreur d’Orthez avec 23.6 points en intégrant le fameux club du 50-40-90. En chiffres, cela donne 56,3% aux tirs (325 sur 577), 51,2% à 3 points (88 sur 172) et 91,7% aux lancers (110 sur 120) ! Un véritable métronome qui poursuit sur sa lancée en playoffs. Caen est débordé en 1/8ème de finale, tout comme Lorient au tour suivant, balayé 103-72 à la Moutète. La demi-finale contre Villeurbanne est d’un autre tonneau. Vainqueur à l’extérieur 106 à 91, l’Elan a un matelas de 15 points pour le match retour. Malmené par la bande à Beugnot trois jours plus tard, Carter n’est pas dans un grand soir. A une seconde de la sirène, l’ASVEL mène 77 à 62 et Eric Beugnot obtient un lancer. S’il le rentre, les Rhodaniens filent en finale. Mais, la chance sourit in extremis à Orthez. Le tir est raté. Prolongation ! Debout pendant tout le temps supplémentaire, la Moutète serre les dents jusqu’à un rebond décisif de Tom Scheffler. Villeurbanne gaspille sa dernière munition en ne s’imposant que de 14 points (73-87). Un scénario hitchcockien qui se répète en finale contre Limoges. Défait de 20 points à Beaublanc, l’Elan remet les pendules à l’heure sur son parquet (93-76), non sans une nouvelle bagarre entre Clarence Kea et Paul Henderson. Cette fois, pas de goal average, mais un match d’appui qui sent la poudre pour décider du vainqueur. Au terme d’un coude à coude incessant, Richard Dacoury donne un point d’avance au CSP sur un tir primé à 22 secondes du terme. Dans un dernier sprint, Hufnagel va chercher 2 lancers sur une faute de Kea. L’international ne tremble pas pour offrir un second titre à l’Elan (82-81).

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© Maxi Basket

Ce doublé fait entrer Orthez dans la cour des grands et précipite le duel face à Limoges comme le plus grand Clasico de France. Une rivalité exacerbée par la baston du match 2, qui plus est sous les caméras d’Antenne 2. Les deux équipes ne s’aiment pas, un véritable nid de vipères auquel vient s’ajouter le cobra américain Don Collins côté CSP. L’Elan, lui, embauche l’international Jean-Luc Deganis pour étoffer sa raquette. Le premier bras de fer à lieu à la Moutète en octobre 1987. Dans la dernière minute, Collins envoie deux banderilles primées qui permettent aux Limougeauds de s’imposer sur le fil (97-98). La première défaite à domicile depuis plus d’un an pour les Orthéziens, suivie d’une seconde dans la foulée contre Caen. La bande à Carter paie en championnat les longs déplacements européens dans une poule désormais fixée à 8 clubs. En plus, les Béarnais ne profitent plus de l’effet de surprise et ne rééditent pas leurs exploits avec 4 petites victoires en 14 matchs. Seuls les succès de prestige contre l’Aris Salonique de Nikos Galis et les Barcelonnais de San Epifanio avec 32 points de Carter viennent éclaircir cette campagne. Libéré du poids de la Coupe d’Europe, Orthez termine fort la saison à l’image de Hi-C qui tourne enfin à plein régime sur les 10 derniers matchs : 21 points à 59% d’adresse. En playoffs, c’est encore lui qui évite l’élimination au premier tour. Battu 103 à 93 à Lorient, Howard cartonne les Bretons à domicile avec 31 points pour une victoire au goal average sur le fil du rasoir (97-81). En quart, le Racing donne juste assez de résistance aux Orthéziens pour préparer le choc contre Limoges en demi. Dans l’enfer de Beaublanc, Carter ne peut prendre que 6 tirs en seconde période. Surveillé comme le lait sur le feu, il laisse la vedette à Don Collins (31 points) lors du match 1 perdu 101 à 82. Le retour à la Moutète tourne encore autour du duel entre les deux Ricains : 35 points pour le Cobra, 25 pour le Major Carter. Plus fort, le CSP prend sa revanche 98 à 90 et met fin (provisoirement) au règne d’Orthez.

BRISER DANS SON ELAN

La mayonnaise ne prend plus chez les Béarnais. Des rumeurs évoquent le départ de l’enfant du pays Hufnagel. Quant à Carter, le club envisage de le signer en tant que naturalisé, puisqu’il s’est marié à une Française. Au final, il n’en sera rien, seuls Kaba et Haquet quittent le navire. Pour les remplacer, le président Seillant signe l’intérieur Skeeter Jackson et surtout un poste 4 au CV NBA, Claude Gregory. Ce dernier prend le lead en attaque au détriment d’un Carter un peu plus en retrait avec « seulement » 18.5 points de moyenne. Alors que Limoges caracole en tête du championnat en infligeant deux nouvelles défaites à Orthez, l’Elan peine à trouver de la régularité. La faute à de nouvelles équipes ambitieuses comme Cholet ou Mulhouse. Troisième à l’issue de la saison régulière, les fans subissent une onde de choc juste avant le début des playoffs. Pierre Seillant officialise un changement d’identité pour son club qui s’appellera désormais l’Elan Béarnais Pau-Orthez. Le déménagement vers la capitale béarnaise et ses infrastructures plus modernes est indispensable pour rester compétitif au haut niveau. Les joueurs offrent un baroud d’honneur à la Moutète en distançant Monaco puis Cholet pour s’offrir une belle dans les Mauges. Avec 25 points, Carter riposte au carton de Graylin Warner (41 points) et assure une place en finale… contre Limoges. Une trilogie haletante dont l’épilogue revient au CSP grâce à deux victoires de rang, 108-97 puis 102-96. Orthez n’a plus battu les Limougeauds depuis son sacre en 1987. La saison 1989-90 qui devait être celle du renouveau avec le changement de nom prend vite des allures de tragédie. Début septembre, lors d’un tournoi de préparation à Saint-Nazaire, Howard Carter se rompt le tendon d’Achille. Une blessure grave qui nécessite une rééducation au long cours. Opéré à Dax, l’arrière se prépare à six mois de convalescence au grand désespoir de Pierre Seillant :

C’est un coup dur sentimental, sportif et financier. Sentimental parce que Carter est un garçon adorable et un professionnel sans reproche. Sportif parce qu’on ne remplace pas un joueur de sa trempe en un tour de main, bien qu’il soit plus facile de trouver un ailier-shooteur qu’un pivot, et enfin financier puisque le recrutement d’un nouveau joueur représentera une charge supplémentaire, étant entendu que Carter est sous contrat avec l’Elan et qu’il réintégrera l’équipe une fois rétabli.

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© Sud Ouest

Ce premier coup d’arrêt dans sa carrière marque le début d’un long, très long chemin de croix. Quatre mois après son intervention chirurgicale, alors qu’il commençait à trottiner, Howard se flingue de nouveau le tendon. Second passage sur le billard suivi d’un plâtre pendant 45 jours. Cette fois, Hi-C doit mettre une croix sur sa saison. Le club ne veut pas mettre en danger son avenir et le laisse à l’infirmerie jusqu’en août. Pendant son absence, l’Elan enchaîne les pigistes médicaux pour se faire sortir au premier tour des playoffs par Mulhouse. Alors que l’équipe s’apprête à déménager en 1991 dans le Palais des Sports de Pau flambant neuf, Carter n’est pas de la fête. Le club décide de le prêter à l’Espérance de Châlons-sur-Marne en Nationale 2, le temps de se refaire la cerise. Un laps de temps où Howard obtient son passeport français pour réintégrer l’Elan en tant que naturalisé. En plus de son retour, Pau-Orthez enregistre les arrivées de Valery Demory et Frédéric Domon et prolonge son duo US Mike Jones et Orlando Philipps. Malheureusement, la poise s’acharne sur Howard. Avant même le début du championnat, il est victime d’un accident de la route. Bilan : fracture du fémur et six mois d’indisponibilité. A 31 ans, sa carrière apparaît de plus en plus menacée. Il faut attendre mars 1992, soit 2 ans et demi après sa dernière apparition avec l’Elan, pour croire au miracle. Dans les dernières minutes contre Reims, les fans scandent son nom pour le revoir sur le parquet. Le coach Michel Gomez cède à 49 secondes de la fin. Fébrile, Carter laisse échapper un premier ballon, mais réussit à aller chercher deux points aux lancers sur l’action suivante. La machine, encore en rodage, est enfin relancée :

Actuellement je ne suis qu’à 60 % de mes capacités. Dans un mois j’espère être revenu à 85 %. Ce dont je manque le plus, c’est de force dans ma jambe d’appui. J’ai encore besoin de travailler en musculation, et de reprendre confiance aussi. Le jour où Michel Gomez me fera rentrer dans un moment important du match, je saurai que j’y suis enfin arrivé.

C’EST DANS LES VIEUX PAU QU’ON FAIT LES MEILLEURES SOUPES

Ce moment ne va pas tarder. Howard profite de la Semaine des As pour se remettre progressivement en selle : 9 points contre Cholet en demi, puis 6 face à Limoges en finale. Son retour coïncide avec le premier titre de la saison pour l’Elan qui s’adjuge le trophée grâce à un festival des frères Gadou, auteurs de 40 points ! Sur la route pour les playoffs, Pau-Orthez croise la CRO Lyon en quarts de finale. Surprise dès le premier match, où Stéphane Risacher crucifie les Palois aux lancers dans leur salle (81-82). Dos au mur, les Béarnais doivent s’imposer dans le Cité des Gones pour ne pas partir prématurément en vacances. Moment choisi par Carter pour se rappeler au bon souvenir de ses jeunes années. A Gerland, tout réussi à la Croix Rousse, insolente d’adresse en début de match 28-21. Howard sort alors de sa boîte avec un tir mi-distance suivi d’un missile primé, de deux lancers et d’un caviar pour Phillips. Résultat, l’Elan passe devant à la pause 36-41. C’est encore le Major qui sonne la charge en seconde période avec trois paniers à 3 points en 3 minutes ! Lyon ne se relèvera pas, battu sévèrement 87-60 et 78-65 dans la belle à Pau. Le revenant vient de sauver la peau de l’équipe. Sur sa lancée, il score 35 points dans la série contre Cholet qui voit l’Elan s’imposer d’une courte tête à La Meilleraie dans le match d’appui (82-85). Pour clôturer la saison, quoi de mieux qu’un Clasico contre le CSP, le troisième pour le titre en six ans. Recadré dans un rôle de facteur X, Carter apporte son écot en attaque : 13 points dans la victoire à Beaublanc (74-76) et 8 unités pour le sacre de champion de France (63-50). Une victoire collective dans la nouvelle enceinte du club, importantissime pour faire le pont entre la période Orthez et les nouveaux fans palois. Mais, aussi, une victoire pour Howard qui est revenu sur le devant de la scène après une longue descente aux enfers.

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© Elan-bearnais.fr

Pour durer dans la ligue, Carter a l’intelligence de faire évoluer son jeu. Conscient qu’il n’est plus l’arme ultime offensive de l’Elan, il devient le joker du coach Alain Gomez. Seul rescapé de l’épopée initiale à Orthez avec Didier Gadou, il ramène sa quinzaine de points pendant encore trois saisons. Des campagnes sérieuses où Pau-Orthez fait partie de l’élite sans décrocher le Graal pour autant. En 1993 et 1994, c’est encore le Limoges de Bozidar Maljkovic qui lui barre la route. L’année suivante, les Béarnais déposent les armes en finale contre Antibes au terme d’une série complètement folle ponctuée par un game winner de Micheal Ray Richardson. A 33 ans passés, Howard a même l’honneur de faire ses premiers pas sous le maillot tricolore. Il participe aux qualifications de l’EuroBasket 1995 avec 14 points de moyenne en 5 matchs.

Mais, sa fin de carrière est entachée par plusieurs incidents. Le 30 janvier 1993, le Major est coupable d’une vilaine manchette sur Georgy Adams. Le shooteur antibois dont la tête frappe le parquet dans sa chute reste inanimé plusieurs minutes avant d’être évacué à l’hôpital. Un geste indéfendable qui lui vaudra trois mois ferme de suspension et une amende de 100.000 francs pour le club. Et puis en avril 1995, Carter défraie la chronique judiciaire cette fois-ci. Placé en garde à vue dans le cadre d’un trafic de drogue lors d’un déplacement au Havre, Howard est finalement condamné pour usage et acquisition de stupéfiants. Un écart de conduite qui coûte 30.000 francs d’amende à l’Elan. Quand il découvre le Pau aux roses, Pierre Seillant n’a pas d’autre choix que de l’écarter du groupe. En fin de saison, le président, tiraillé, décide de ne pas reconduire son contrat. Après huit saisons hautes en couleur, le Major quitte le Béarn par la petite porte. Ironie du sort, l’équipe repartira sur un cycle victorieux l’année suivante avec la fameuse French Team composée d’Antoine Rigaudeau, Frédéric Fauthoux, Fabien Dubos et Laurent Foirest. Howard, lui, fait une ultime saison dans l’Hexagone à Montpellier avant de raccrocher définitivement ses baskets en Crète à l’Irakleio. Retraité, Hi-C repasse parfois avec nostalgie au Palais des Sports de Pau pour les dates anniversaires du club. Mais, c’est avec son fils qu’il est le plus occupé, puisque Cameron Carter-Vickers est footballeur professionnel et membre de la sélection américaine pour la plus grande fierté de son paternel.

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© Elan-bearnais.fr

STATISTIQUES ET PALMARES

  • Stats NCAA : 15.2 points, 4.4 rebonds, 1.8 passe
  • Stats NBA : 5.3 points, 1.3 rebond, 1.1 passe
  • Stats Pro A : 17.4 points, 3.0 rebonds, 2.4 passes
  • Third Team Parade All-American (1979)
  • All Southeastern Conference 1st Team (1982) 2nd Team (1981, 1983)
  • Champion de France (1986, 1987, 1992)
  • Vainqueur de la Semaine des As (1992, 1993)
  • 2 sélections au All Star Game (1987, 1995)
  • International Français (5 sélections)

HOWARD CARTER DANS LE CLASICO (1987)

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About mosdehuh (19 Articles)
Tombé dans la NBA au début des 90's avec Penny Hardaway. Grosse passion pour les loosers magnifiques et les shooteurs. Supporter de la Chorale de Roanne depuis 3 générations.

1 Comment on [Portrait] Howard Carter, un Nugget à la sauce béarnaise

  1. Un joueur polyvalent super-régulier dans ses performances !

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