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[Portrait] Derek Harper, le Maverick jamais All Star

Portrait

Montage Une : Laurent Rullier pour Basket Rétro

Joueur symbole des Dallas Mavericks durant les années 1980-1990, Derek Harper a pourtant été le plus proche de remporter un titre avec les Knicks de Pat Ewing en 1994. Harp’ restera comme l’un des meilleurs meneurs de jeu all around de son temps. Pour les amoureux de cette période, Harper est vu comme l’un des meilleurs joueurs à ne jamais avoir disputé le All-Star Game.

UN EVOLUTION REMARQUEE MALGRE UN MANQUE DE RESULTATS COLLECTIFS

Derek Ricardo Harper voit le jour à Elberton en Géorgie le 13 Octobre 1961. Dans ses jeunes années, il joue cependant dans deux lycées du côté de « Palm Beach ». En 1980, Il quitte finalement le soleil floridien pour aller jouer à luniversité de l’Illinois sous les ordres de l’entraîneur expérimenté Lou Henson, en place depuis 1975. Harp’ joue trois saisons chez les « Fighting Illini ». Ses deux premières sur le campus sont correctes mais ne soulèvent pas un enthousiasme débordant avec un peu plus de 8 points et 5 passes de moyenne. Malgré une première qualification à la March Madness depuis dix-huit ans, la fac ne fait pas mieux qu’un sweet sixteen lors de l’édition 1981. C’est lors de sa troisième saison que Derek améliore ses stats. Plus leader, plus scoreur, il émerge à 15.4pts à 53,7%. Il est logiquement nommé dans la first team de la conférence Big Ten et second team All-American en 1983. Malgré cette reconnaissance nationale, la réussite collective n’est pas au rendez-vous puisque son équipe se fait sortir au premier tour par la fac d’Utah, 52-49…. L’appel de la NBA arrive alors et Harper est prêt à faire la saut dans la grande ligue.

DU ROOKIE TIMIDE AU CHIEN DE GARDE FEROCE

Détenteurs du onzième choix de la draft 83, les Mavs jettent leur dévolu sur ce grand meneur d’1m93 lui préférant Clyde Drexler (choix n°14) ou bien encore Doc Rivers (choix n°31). Si sa première année est plutôt timide par peur de mal faire (5.7pts et 2.9 passes en 21min), Harp’ ne fait que progresser sous la houlette du pourtant rigide coach Dick Motta qui lui laisse de plus en plus de responsabilités dans le jeu notamment au scoring. Lors de ses huit premières saisons chez les Mavs, Harper passe de 5.7pts à 19.7pts ! Une nouvelle fois son évolution est bluffante tout comme son impact sur le jeu. Défensivement, il est un voleur de ballon assez dur sur l’homme. (4 saisons consécutives à 2 interceptions ou plus) d’autant plus que sa taille gêne les meneurs plus petits que lui. Sa progression, il la doit aussi beaucoup à son compère du backcourt Rolando Blackman dont il est indissociable. Ces deux-là partageront la ligne arrière durant quasiment une décennie sur les parquets. Harper à la passe, Blackman à la conclusion avec un jump shoot devient une action classique de la Réunion Arena de Dallas.

Sa progression se conjugue enfin avec des résultats collectifs ! Il faut dire qu’avec des coéquipiers de qualité comme le scoreur Mark Aguirre, le pivot Sam Perkins, le sixième homme Detlef Schrempf  et l’intérieur Roy Tarpley sans oublier Brad Davis en rotation à l’arrière, ce petit monde n’en finit plus d’engranger des victoires. Tant et si bien qu’à la fin des années 1980, les Mavs deviennent de sérieux concurrents dans la conférence Ouest, eux qui ne sont pourtant encore qu’une jeune franchise arrivée en NBA lors de la saison 1980-1981. Après avoir alterné les éliminations en Playoffs au premier tour ou en demi-finale de conférence de 1983 à 1987, les Mavs franchissent le cap lors des Playoffs 1988 avec à leur tête un nouveau coach. Exit Motta, bonjour John MacLeod. Avec l’ancien coach des Suns, le jeu devient plus débridé (troisième offensive rating de la ligue) et le groupe progresse non pas en saison régulière ou l’équipe passe de 55 victoires en 87 à 53 en 88, mais surtout en Playoffs. Dallas remporte ses deux premiers tours (Houston et Denver) pour se confronter au cador de la conférence, les Lakers de Los Angeles. Les hommes de Pat Riley sont poussés jusqu’à jouer un Game 7 pour l’accession aux finales NBA. Menés 0-2 les Mavs vont revenir dans la série avec notamment un Game 4 de toute beauté de la part de Derek Harper qui domine Magic sur ce match avec ses 35 points, 7 passes et 6 rebonds. Malgré une belle série (17.1pts à 45.3% et 7.7passes) Harper et les Mavs doivent s’incliner contre l’expérience et le talent du quatuor Magic, Kareem, James Worthy et Byron Scott. A partir de ce point-là, cette belle équipe va commencer à se dissoudre et les Mavs vont finir par toucher le fond… Direction reconstruction du sol au plafond.

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Crédit photo: Brian Drake/NBAE via Getty Images

DE LA FIN DE L’ERE MAVERICKS A LA RENAISSANCE CHEZ LES KNICKS

Le premier domino à tomber se nomme Mark Aguirre qui se voit échanger aux Pistons contre Adrian Dantley et un premier tour de draft lors de la saison 1988-1989. Deux ans plus tard, à l’été 1990, c’est Sam Perkins qui fait ses valises direction Los Angeles chez les Lakers. Enfin, c’est le coéquipier le plus proche de Derek qui parti ; Rolando Blackman filant chez les compétitifs Knicks lors de la saison 1992-1993. Orphelin de ses anciens coéquipiers, Harper prend les choses en mains en terme de leadership vocale sur le terrain. Lors de la saison 1990-1991 il frôle les 20pts par match avec 7.1 passes de moyenne mais n’obtient pas la reconnaissance du All-Star Game qu’il mérite pourtant, la faute au piètre bilan collectif des Mavs. La franchise coule et finit par toucher le fond en 1992-1993. Malgré l’arrivée du rookie prometteur Jim Jackson en provenance d’Ohio State, les Mavs ne font plus peur à personne et remportent seulement onze petites victoires… Pourtant Derek Harper reste exemplaire dans son comportement et déclare :

« Quand on traverse une telle épreuve, on grandit ensemble. Pour éviter de pleurer, nous avons beaucoup ri dans cette équipe. Je pense toujours que cela m’aide aujourd’hui. »

En janvier 1993, Sports Illustrated lui décerne le titre de « joueur le moins envié » de la ligue dans cette équipe en pleine reconstruction. Cependant, Harper ne cache plus sa lassitude de perdre et la tension monte avec le nouveau coach Quinn Buckner qui ne le considère pas comme un meneur de jeu mais plutôt comme un deuxième arrière, ce qui frustre considérablement Harper.

En janvier 1994, le vétéran obtient son bon de sortie et rejoint son pote Blackman chez les Knicks qui voient en lui un parfait complément au jeune Greg Anthony. Son profil défensif de chipeur de ballon séduit beaucoup Pat Riley qui le voit bien s’inscrire dans l’ADN de son groupe. Il faut dire que New-York vient de subir la perte de Doc Rivers sur blessure peu de temps avant. S’il y en a un qui est heureux de retrouver Harper c’est bien Herb Williams. Son ancien coéquipier croisé chez les Mavs ne tarit pas d’éloges sur Harper

« C’est l’un des gars les plus compétitifs, les plus durs avec qui j’ai jamais joué dans ma vie. Et ce n’est pas juste les jours de matchs. Les entraînements aussi. Quel que soit ce que vous faites. »

Après une période d’adaptation Harper se voit confier le poste de meneur titulaire par Pat Riley seulement deux mois après son arrivée, une vraie marque de confiance.

Avec cette saison 1993-1994 si particulière sans Michael Jordan parti à la retraite, les Knicks affichent de hautes ambitions et Harper en bon professionnel qu’il est, va se mettre au diapason pour apporter son écho notamment en Playoffs.

A UN SOUFFLE DU TITRE

L’air du Madison Square Garden semble revigorer le vétéran (32 ans cette saison-là), qui se sent de mieux en mieux au sein du roster new-yorkais. Au début des Playoffs, il est toujours le titulaire aux côté de Ewing et Oakley.  Au premier tour face aux Nets, il se coltine défensivement le talentueux Kenny Anderson. Pas une mince affaire. Sans être génial il s’en sort tout de même avec 8.5pts et 4.5 passes de moyenne. Victoire des Knicks 3-1 face au voisin de l’autre côté de l’Hudson. Le deuxième tour voit les Knicks être opposés aux Bulls de Pippen et Kukoc… On retiendra de Derek Harper ce coup de sang lors du Game 3 et une bagarre mémorable face à Jojo English, le tout sous les yeux ébahis du comissioner David Stern. Résultat de cet épisode mémorable ? Deux matchs de suspension et 15.000 dollars d’amende pour Harp’. 10.000 dollars et un match pour English. Charles Oakley parlera même de deal du siècle pour les Bulls au vue des sanctions.

Après sept matchs disputés, les Knicks se défont enfin des Bulls. Next step, les Pacers de Reggie Miller. Comme souvent lors de sa carrière, ce bon Derek se révèle être un baromètre pour son équipe. Lors du Game 2 de la série remportée par les Knicks il est au four et au moulin avec 18 points, 8 passes et 6 rebonds. De quoi bien seconder Pat Ewing alors qu’il n’était pas censé avoir un rôle aussi important.

Même chose lors du Game 7, c’est lui avec Anthony Mason qui sonne la charge d’un 14-4 alors que les Knicks sont menés de 12 points dans le troisième quart-temps. Résultat des opérations ? Une qualification pour les finales NBA avec un Derek Harper à plus de 10 points et 4.4 passes sur la série. Harp’ monte clairement en puissance avant d’affronter les Houston Rockets en finale NBA. Le moins que l’on puisse dire c’est qu’il va se mettre au niveau de l’enjeu avec une série de grande qualité. Il fait plus que jeu égal voire domine les meneurs texans que sont Kenny Smith et Sam Cassell. Omniprésent sur la série tout en jouant juste Harp’ affiche des moyennes de 16.4pts et 6 passes tout en défendant le plomb de l’autre côté du parquet. C’est lui par exemple qui fait la différence à la fin du Game 2 à coup de tirs à 3pts décisifs. Défensivement, Harper n’a pas son pareil pour orienter son attaquant ou il le souhaite. Il faut dire qu’à l’époque le hand-checking est encore autorisé (ndlr : fait de mettre sa main ou le bras sur le dos de l’attaquant pour contrôler son déplacement) et d’après Sam Cassell, Harper est « le roi du hand-checking ». Harper utilise aussi une autre technique en comptant le nombre de dribble que fait son attaquant tout en se rapprochant de plus en plus avant d’intercepter la balle avec un coup de patte dont il a le secret.

Toutes ses performances seront malheureusement insuffisantes pour aller chercher le titre. Sans son coup de moins bien aux tirs dans le match 6 (à 2/10) et le shoot de John Starks contré par Olajuwon on peut croire que les Knicks auraient sûrement été champions… D’ailleurs Harper aurait eu de sacrées chances de décrocher le titre de MVP des finales.

This week in Knicks history: PGs Derek Harper and Charlie Ward are born, nine years apart - Posting and Toasting
Crédit Photo: Nathaniel S. Butler/NBAE via Getty Images

FIN DE L’AVENTURE AVEC LES KNICKS ET FIN DE CARRIERE DANS UN  RELATIF ANONYMAT

Harp’ jouera encore 2 saisons avec les Knicks participant aux batailles des Playoffs 1995 et 1996. Il laissera encore un peu plus son empreinte dans la franchise avec par exemple ce match à 30 points et un rondelet 7/10 à 3pts (un record dans ce domaine pour un joueur des Knicks) face aux Cavs afin de clore la série du premier tour en 1995. C’est pourtant à la fin de cette saison 1995-1996, sa meilleure statistiquement en saison régulière avec 14 points de moyenne et un joli 46% aux tirs, qu’il est laissé libre par les Knicks. New York change de cap après le départ de Pat Riley et la fin de l’expérience Don Nelson. Un nouveau coach prend les rênes de l’équipe, le flegmatique Jeff Van Gundy. Harper revient alors chez lui à Dallas en tant que free agent mais ne reste qu’une saison avant d’être échangé par sa franchise de cœur à Orlando contre l’artilleur Dennis Scott. Dans ce Magic coaché par Chuck Daly , il reste un solide joueur du banc et produit encore à 36 ans des statistiques plus qu’honorables avec 8.6 points et 3.5 passes en 26 minutes. Son passage en Floride est cependant de courte durée puisqu’un nouveau challenge plus excitant s’offre à lui…

Dans le but de décrocher enfin une bague, il s’engage pour une dernière pige chez les Lakers de Kobe et Shaq lors de la saison 1998-1999 celle du lock-out. Son expérience est appréciée par le front office Angelino aux côtés de Derek Fisher qu’il chaperonne. Cependant, L.A prend un coup de balai 4-0 lors des Playoffs face aux Spurs des tours jumelles Duncan et Robinson… Lors de l’intersaison les Lakers l’échange chez les Pistons mais Harper, modèle de longévité décide finalement de prendre finalement sa retraite après seize saisons à écumer les parquets NBA. Il se retire en étant alors le onzième meilleur intercepteur et le dix-septième meilleur passeur de l’histoire de la ligue. Il est encore à ce jour considéré comme l’un des meilleurs joueurs à ne jamais avoir disputé le All-Star Game. Pas mal pour un joueur qui arbore quasiment 1200 matchs de saison régulière et plus de 16 000 points en carrière.

En 2013, le propriétaire Mark Cuban annonce que les Dallas Mavericks vont retirer son maillot mais ce n’est pourtant que bien plus tard, le 7 janvier 2018 que son célèbre numéro 12 est retiré par les Mavericks. Il devient alors seulement le troisième joueur à recevoir cet honneur après son pote Rolando Blackman (numéro 22) et son ex-coéquipier Brad Davis (numéro 15).

Home sweet home, Derek Harper vit désormais à Dallas. Il est devenu commentateur pour les matchs des Mavericks depuis 2005 ainsi que le présentateur des émissions sportives du weekend sur la chaîne locale KTXA. Il reste assurément à ce jour l’un des joueurs les plus emblématiques de l’histoire des Dallas Mavericks.

STATISTIQUES ET PALMARES

  • Stats NCAA : 90 matchs joués, 10.9pts à 47.8% de réussite, 3.6rbs, 4.7passes.
  • First-team Parade All-American (1980)
  • Second-team All-American – AP (1983)
  • Stats NBA : 1199 matchs joués, 13.3pts à 46.3% de réussite, 2.4rbs, 5.5passes,1.6 interception.
  • 2× NBA All-Defensive Second Team (1987, 1990)
  • Maillot n°12 retiré par les Dallas Mavericks en 1998.

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About Franck Yaylarian (1 Article)
Grand fan de NBA depuis 95, admirateur de son altesse c'est pourtant Allen Iverson qui m'a fait vibrer. Amoureux du jeu collectif des Warriors et des "Splash Brothers", je garde toujours un œil sur les Sixers. Observateur du basket féminin et de la LFB en particulier. Podcasteur sur NBA Storytelling.

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