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[Infographie] Paris banlieue – Terre de basket

Infographie

Au moment où le très jeune Paris Basketball accède à l’élite du basket français, il est temps de regarder dans le rétroviseur pour savoir si oui ou non Paris et sa banlieue est une « terre de basket ». Infographie à l’appui.

Si la célèbre rencontre du 27 décembre 1893 dans le gymnase de la YMCA de la rue de Trévise est considéré comme l’acte de naissance du basket en Europe, c’est dix mois plus tard, en octobre 1894, que l’histoire commence vraiment avec la création officielle du Basket Ball Club Trévise par l’Américain Melvin Rideout. Le premier club de l’histoire du basket français voit le jour au cœur de la capitale.

PARIS, REINE DES AMATEURS DÉCHUE PAR LES PROS

Durant toutes les années qui suivent jusqu’à la création du championnat de France « moderne » en 1949, Paris et sa proche banlieue sont l’épicentre du basket national par la densité des clubs qu’elles abritent. En 1914, les catholiques du patronage Championnet Sports s’emparent de ce sport protestant et l’intègrent à leur structure. Ils fourniront trois membres de leur section aux vice-champions olympiques de 1948. Le prestigieux omnisport Stade Français est le premier champion de France en 1921. Le très chic Racing Club de France disputera la suprématie nationale aux lyonnais de l’ASVEL tout au long des années 50. Patros, grands clubs omnisport, mais aussi les universitaires du PUC et les travailleurs de l’US Métro, Quelque soit la nature associative, la balle orange trouve sa place dans les structures sportives parisiennes.

Le « cinq majeur » du Stade Français, champion de France pour la deuxième fois en 1927

En 1949 est créé le premier véritable championnat national. Parmi les 16 équipes, (divisées en deux groupes), figurent six clubs parisiens. Ils sont sept la saison suivante. Trois d’entre eux se distinguent d’entrée, les trois grands omnisports de la capitale, Championnet, le PUC et surtout le RCF qui emporte la mise en 51, 53 et 54. Avec le recul progressif de Championnet, jusqu’à sa relégation en 1956, le basket parisien des fifties vit au rythme des derbies PUC / RCF. Les banlieusards de Charenton, de Billancourt et les Stadiste tentent de s’immiscer en vain dans ce duel, mais en 1959 c’est un nouveau venu, issu de la petite couronne Est qui perturbe la confrontation jusqu’à évincer les Racingmen durant les années 60. L’Alsace de Bagnolet de Maxime Dorigo et Bernard Mayeur, décroche le Graal dés sa deuxième saison dans l’élite, et remet le couvert l’année suivante.

Maxime Dorigo vs Henry Fields, Bagnolet vs PUC, un derby parisien au sommet du classement.

Pour les étudiants du PUC qui ont eu la peau des bourgeois des beaux quartiers, un nouveau nemesis est en ville. 1963 est marqué d’un double duel au soleil. D’abord en finale du championnat de France, la revanche de la finale 62, puis en finale de la Coupe de France. Par deux fois les Pucistes de Michel Rat, Henry Fields et Roger Antoine terrassent les banlieusards. Mais ils ignorent que c’est un chant du cygne. Peu à peu le PUC recule, jusqu’à la relégation en compagnie du RCF venu faire une courte apparition en ascenseur en 1968. Il revient en 69 / 70 puis en 72 / 73 avant de disparaître définitivement du haut niveau. Refusant la professionnalisation larvée et l’américanisation qui en découle, les étudiants jettent l’éponge et retourne à leurs études. L’Alsace de Bagnolet a elle aussi du mal à suivre la tendance. Malgré un nouveau titre en 1967 et la fratrie Dorigo, elle rentre dans le rang. Les Alsaciens font comme les autres, pub sur le maillot dés 1970 et doublette US de rigueur. Mais la salle vétuste, le quasi anonymat dans lequel elle évolue dans l’immense jungle parisienne, l’empêche de se développer et d’intéresser au delà d’un public francilien purement basket qui hésite à se jeter dans les embouteillages pour voir un match de haut niveau. Et quand bien même, s’il n’appartient pas au cercle fermé des supporters locaux, l’amateur de basket ne vient-il pas qu’une fois l’an voir l’Asvel si c’est un expat’ lyonnais où le Mans si ses racines sont en Sarthe ?  Sait-on à Montreuil ou Romainville qu’il y a du basket de haut niveau dans la commune voisine si l’on n’est pas abonné à l’Equipe Basket Magazine ? Pas sûr. Durant les années 70 apparaît alors la légende noire du Basket parisien : « Cela ne marchera jamais ». La saison 77 / 78 sonne comme un coup de grâce. Le RCF revenu faire un dernier adieu et l’Alsace de Bagnolet sont relégués. En septembre 1978 débute une nouvelle saison… Mais sans aucun club de Paris ou sa banlieue. Une première depuis 1949.

LA MALÉDICTION PARISIENNE

En 1980, un revenant. Le Stade Français, qui avait fait quelques apparitions one shot, les deux décennies précédentes est de retour. Avec un nouveau projet autour d’une association avec une « ville nouvelle », Evry et son « Agora » de 3000 places et armé de deux nouveaux joueurs référencés, Philippe Haquet et Victor Boistol, le Stade Français Evry peut viser haut. Ça sent bon la modernité et l’ambition. Enfin. Et ça commence plutôt bien. Quatrième au classement final, pas mal pour un promu. L’arrivé de la star Hervé Dubuisson en 1982  renforce les volontés affichées. Pourtant en 1986, au terme d’une saison dotée d’une formule à pompes et à bascules comme seul le basket tricolore peut en imaginer, les Stadistes finissent 10e de la première phase. Pourtant ils disparaissent de l’élite. Après sept années somme toute honorables c’en est fini du Stade Français Evry. La mayonnaise n’a jamais vraiment pris. La malédiction du basket parisien.

Richard Dacoury et Charles Biétry, l’heure de gloire du PSG de Canal +

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Mais le Racing est de retour. En 1989, au sein de la toute nouvelle LNB, il se transforme en Racing Paris Basket. Le club fait exister une vraie entité basket dans la capitale malgré les changements de propriétaires et de noms successifs. Laurent Sciarra guide ses gars jusqu’à un titre surprise en 1997. Basketball is back in Paris. En 1992, il est même rejoint par les Levalloisiens et ses formidables Cardiac Kids. En 1993, c’est l’ASA Sceaux d’Alain Weisz et sa perle Mouss Sonko qui incarne le basket moderne, celui de la rue qui n’a peur de rien. Un souffle nouveau se répand sur le basket parisien en ces temps de Jordanmania qui saisit les « cités ». Le « sport de l’an 2000 » sera parisien ou pas. Mais malgré une dixième  place qui la préserve de la relégation, l’ASA Sceaux ne continue pas l’aventure faute de moyens, de salle, de public, de notoriété, (même dans les communes voisines)… Les vieux démons sont toujours là, mais la rivalité qui s’installe entre PSG Racing Paris et Levallois les dissimule. Elle est de courte durée, en 1997, l’année du titre parisien, Levallois est rétrogradé pour raisons financières. Retour en 1998, mais descente immédiate pour le même motif. Chute brutale qui les propulse en N2. Opiniâtres, les banlieusards ne baissent pas les bras et remontent la pente jusqu’en Pro B en 2005. Pendant ce temps le devenu Paris Basket Racing vivote dans le ventre mou de la Pro A. Et ceux qui auraient dû être des rivaux pour l’éternité finissent par s’associer. 2007 assiste à la naissance de Paris-Levallois qui partage ses matchs entre Coubertin et Marcel Cerdan. Ce qui n’empêche pas la relégation. 2008 / 2009 est donc la seconde année sans club parisien dans l’élite. Le rêve est passé.

L’INESPÉRÉE RENAISSANCE

Le purgatoire de la Pro B ne dure qu’une saison. S’en suivent des exercices sans gloire ni honte. Mais en 2012, un nouvel acteur surgit de manière fracassante, la JSF Nanterre. Depuis la départementale, les Nanterriens suivent les mêmes dirigeants, le même coach Pascal Donnadieu et d’entrée ils posent le trophée national au sommet de l’Olympe. Un séisme. Attention, comme le disait Bozidar Maljkovic : « Les titres sont le cimetière des petits équipes ».  Mais si Nanterre est petit, Nanterre est costaud. Ils ont leur antre, pas vaste, un peu désuète, mais pleine de ferveur. Au fil des montées, la JSF s’est forgée une identité et a fédéré un vrai public de terroir. Et ça c’est nouveau en Ile de France : un club de province en terres parisiennes. La rivalité promise entre Racing Paris et Levallois se transforme de facto en derby Paris-Levallois / Nanterre. Et même si la municipalité parisienne abandonne son partenaire en 2017, Levallois se trouve vite un nouvel associé, Boulogne qui retrouve ainsi, 60 ans après le CO Billancourt, le basket de haut niveau. Le combat ne fait donc que commencer, il en va de savoir qui est le plus balèze dans le neuf-deux, à Paris, en France.

120 ans après Melvin Rideout, un Américain, David Kahn, crée un club Paris

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Mais Paris n’a pas laisser tomber. Son désengagement, officiellement pour raisons « politiques », a d’autres motivations. Paris veut son équipe rien qu’a elle. Avec Paris et seulement Paris sur le maillot. Mais qui pour la monter ? Sollicité, le PSG et ses millions du Quatar décline l’offre. La solution vient d’outre-Atlantique. David Kahn, ex-dirigeant des Minnesota Timberwolves, a mis la main sur un club de N3 fruit de la fusion de trois associations de l’Est parisien, (Donrémy Basket 13, Ménilmontant Paris Sport et le Club Sportif du Ministère des Finances), Paris Basket Avenir. En N2 en 2017, le PBA évolue à la Halle Carpentier, une salle hors d’âge mais haut-lieu du basket parisien. En 2018, le Hyères Toulon Var Basket, relégué de Pro A, est en graves difficultés financières. David Kahn se porte acquéreurs de ses droits, ce qui propulse le PBA en Pro B. Le PBA ? Non, désormais, c’est juste Paris Basketball. Un nom qui plaît beaucoup à la mairie de Paris. Reste le problème de la salle, car la vénérable Halle Carpentier ne peut être un écrin digne d’un club de haut niveau parisien. Une petite sœur à l’Accor Arena Paris-Bercy était programmée de longue date, mais se faisait attendre. L’attribution des JO 2024 accélère la mise en œuvre. Ce sera l’Arena Alice Millat, 8500 places, Porte de la Chapelle, dont l’ouverture est prévue en 2023.

Après une fin de saison en boulet de canon, Paris Basketball monte en Pro A (renommée Jeep Elite pour des raisons de naming) en 2021, avec une équipe jeune et talentueuse. Face à elle, parmi tous les briscards de Pro A, deux l’attendent de pied ferme et ils ne sont qu’à une ligne de métro.

Paris ?… Pas une terre de basket ?

Quai 54, l’évènement basketo-mondain du basket parisien.

INFOGRAPHIE – PARIS BANLIEUE? TERRE DE BASKET

Nous n’avons traité dans cet article que le basket masculin. Nous publierons bientôt l’histoire du basket francilien féminin.

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About Laurent Rullier (72 Articles)
Le premier match de basket que j'ai vu en live était un Alsace de Bagnolet vs ASVEL. Depuis la balle orange n'a pas arrêté de rebondir dans ma p'tite tête.

3 Comments on [Infographie] Paris banlieue – Terre de basket

  1. Quel plaisir de pouvoir lire un article de qualité et bien argumenté sur l’histoire de notre basket !
    Félicitations à L. Rullier

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  2. J’étais minime en 1966, Maxime Dorigo et Jouaret m’ont appris leurs trucs de ‘petits’ joueurs de 1,90m, que de souvenirs des matchs du dimanche, allongés sur les tapis oranges rangés en haut des gradins, les commentaires par Leon Zitrone entre autres, le premier des américains Dan Rodriguez d’Antibes, les joueurs qui entraient en baissant la tête par la petite porte ou le match de légende contre Tel Aviv.

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  3. Merci pour ce superbe article très complet ! Une petite précision : C’est en 1976 que le Stade Français-Evry revient au Haut Niveau avec une ossature d’ex-pucistes ( Fathi Driss , André Burel…etc ) et Jacky Renaud comme coach !

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