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L’Alsace de Bagnolet, une histoire de frangins

Le sport est souvent une histoire de famille. Le basket-ball ne déroge pas à cette règle. Dans les années 1960, l’Alsace de Bagnolet avec les frères Dorigo et Mayeur notamment écrirent une de plus belles pages de l’histoire de la balle orange de la France du général de Gaulle en remportant trois titres nationaux entre 1961 et 1967. Basket Rétro revient aujourd’hui au temps de l’ORTF à la découverte des blancs et rouges de Bagnolet.

L’histoire de l’Alsace de Bagnolet s’inscrit dans le contexte des patronages paroissiaux et plus particulièrement de la Fédération Gymnique et Sportive des Patronages de France créée en 1898. Cette fédération avait pour ambition d’encadrer la jeunesses autour de pratiques culturelles et sportives. Nous retrouvons là les mêmes objectifs que l’organisation américaine YMCA dont James Naismith était l’un des professeurs. Ainsi le développement du basket dans l’Hexagone doit beaucoup au patronage qui diffusa sa pratique sur tout le territoire à travers l’émergence d’un certain nombre de clubs comme l’Alsace de Bagnolet.

VOUS N’AUREZ PAS L’ALSACE ET LA LORRAINE

Nous sommes en 1908 dans la banlieue-Est de Paris. L’abbé Rouan fonde le patronage Saint Léon afin d’encadrer les jeunes gens du coin autour de la pratique de la gymnastique notamment. En 1919, L’Europe sort de la Grande Guerre. Le Traité de Versailles signé entre les belligérants prévoit entre autres le retour de l’Alsace et d’une partie de la Lorraine sous le drapeau français. Le symbole est fort. L’Alsace n’était plus française depuis la guerre de 1870. Pour célébrer ce grand retour, un alsacien, le colonel Keller, président du club, demanda le changement de nom du patronage à l’abbé Rouan. Le patronage Saint-Léon devint ainsi L’Alsace de Bagnolet. Après une section football, la section basket-ball vit le jour en 1924 sous l’impulsion de l’un des animateurs du « patro » Charles Guillon.

MAX L’ITALIEN

Maxime Dorigo

Maxime Dorigo

Après avoir grimpé les échelons de la hiérarchie durant le début des années 1950, le club francilien accède à l’élite pour la saison 1959-1960. Il faut dire que l’Alsace profite du soutien financier de son président, Emile Touzet, entrepreneur dans les travaux publics. Cette ascension coïncide également avec l’arrivée de Maxime Dorigo qui contribuera grandement au succès du club. Arrivé d’Italie quand il avait une dizaine d’années, Maxime Dorigo débute d’abord sa carrière de sportif comme avant centre de l’équipe minime de football de la JA Charonne dans le 20e arrondissement de Paris. L’abbé du quartier décide cependant de transformer l’équipe de foot en équipe de basket. Qu’à cela ne tienne, Dorigo sera basketteur, et, après quelques réticences, se montre rapidement aussi adroit des mains que des pieds. En 1957, il rejoint l’Alsace de Bagnolet, club qu’il ne quittera plus.

Le première exercice des blancs et rouges dans l’élite se solde par une honorable cinquième place de la poule A avec un bilan équilibré de 7 victoires pour 7 défaites. L’année suivante durant la saison 1960-1961, Bagnolet fait plus que confirmer. Aidé des frères Toffolon (Léon et Victor) et des frères Mayeur (Bernard, Gérard et Jean-Claude), Max Dorigo emmènent toute sa bande à la deuxième place de la poule A (10 victoires pour 4 défaites) juste derrière le Paris Université Club (PUC). Lors de la poule finale, L’Alsace vient à bout du PUC, du SA Lyon et de la formation normande de Caen s’adjugeant ainsi son premier titre de champion de France.

LA ROULETTE À NANARD

La saison suivante, les blancs et rouges reçoivent des soutiens de poids. Laurent Dorigo, le frère de Maxime rejoint le club accompagné du pivot Jean-Marie Jouaret, ancien rugbymen landais qui allait lui aussi laisser son empreinte au club. L’Alsace domine sa poule supplantant l’ASVEL et Caen. Elle affronte en demi-finale les toulousains du RCM. Les franciliens se font corriger à l’aller 62 à 75 avant de se reprendre et d’infliger un cuisant 74 à 47 à Toulouse. Bagnolet retrouve le PUC en finale mais est amputé d’un de ses joueurs cadres, Bernard Mayeur. L’intérieur international meilleur marqueur de l’Euro 1959 (11,4 points de moyenne) est connu pour son efficace bras roulé que l’on surnomma : « la roulette à Nanard ». Les alsaciens ne se démontent pas et disposent du Paris Université Club 66 à 57 avec un très bon Maxime Dorigo (25 points) et un impeccable Gérard Mayeur (20 points). L’Alsace de Bagnolet signe alors son deuxième titre de champion.

L'Alsace de Bagnolet lors de la saison 1961-1962

L’Alsace de Bagnolet lors de la saison 1961-1962

L’année suivante en 1963, le PUC prendra sa revanche en remportant le titre en finale. En 1964, c’est l’ASVEL qui empêchera l’Alsace d’enrichir son palmarès à une victoire près. Le titre se jouant cette année là sur un championnat aller-retour sans phase finale. Le club enchaînera les bonnes performances toujours bien placé. Le succès sera de nouveau au rendez-vous lors de la saison 1966-1967. Les frères Dorigo et Mayeur sont toujours là. Après avoir laissé l’ASVEL d’Alain Gilles en tête de la poule A lors de la saison régulière, les rouges et blancs s’emparent du titre lors de la seconde phase à la différence de points : +44 pour Bagnolet et + 22 pour l’ASVEL avec le même ratio de 4 victoires pour 2 défaites, ne laissant que peu de chance aux deux autres équipe Denain et Le Mans. Il faut dire que les cadres ont assuré leur statut : l’ainé des Dorigo, Maxime termine meilleur marqueur de l’équipe avec 24,3 points, son frère le suit avec 19 points de moyenne. Le pivot landais Jean-Marie Jouaret affiche quant à lui une jolie moyenne de 19,5 points.

L'Alsace de Bagnolet 1966-1967.

L’Alsace de Bagnolet 1966-1967.

 LE TOURNANT DES SEVENTIES : LA FIN D’UNE ÉPOQUE

Si l’Alsace de Bagnolet a trusté les premières places de l’élite et représenté la France sur la scène européenne grâce à ses trois titres de champions durant les années 1960. Les Seventies marqueront le déclin des banlieusards. Le basket-ball entamait sa mutation. En 1972, l’Alsace fut le dernier club avec l’ASVEL à engager un joueur américain. Jusqu’à présent, la philosophie du club était de préserver le côté familial du club. De plus, il apparaissait impensable pour un homme comme Maxime Dorigo (devenu entraîneur-joueur au début de la décennie) qu’un joueur n’ait pas une situation professionnelle en dehors du basket-ball. C’est pourquoi les différentes recrues se voyaient engagés par les firmes amies du club notamment par le fabricant d’électroménager Zanussi. Il n’était pas question de faire de la figuration mais bien de se retrousser les manches et de travailler véritablement dans l’entreprise. Ce fut le cas de l’international français Michel Longueville arrivé au club en 1971. Le dernier baroud d’honneur de l’Alsace de Bagnolet fut une deuxième place du championnat derrière Berck en 1973. Le club parvient à se maintenir dans l’élite jusqu’en 1978 avec dans ses rangs un certain George Eddy mais faute de moyens l’Alsace connut la relégation.

UNE AFFAIRE DE FAMILLE

L’histoire de l’Alsace de Bagnolet est atypique dans la mesure où la formation francilienne connut le succès tout en préservant jusqu’aux derniers instants l’aspect familial du club. Les frères Dorigo, les frères Toffolon pour les débuts et les frères Mayeur auront marqué le club et plus encore le basket français. Maxime Dorigo et les frères Mayeur remportèrent sous la houlette d’André Buffière le bronze à l’Euro turc en 1959. En 1963 au mondial de Rio, l’ainé des Dorigo termina même dans l’équipe type de la compétition. Bagnolet compta dans ses rangs nombre d’internationaux : Michel Longueville, Jean-Marie Jouaret, les frères Dorigo et Mayeur pour ne citer qu’eux. Le basket hexagonal est marqué par les histoires de familles, les Beugnot et autres Monclar sont là pour le prouver. Mais jamais un club comme l’Alsace de Bagnolet n’avait autant poussé la logique aussi loin.

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About Julien Hector (42 Articles)
aime les vieux grimoires surtout quand ils parlent de basket et de l'ALM Evreux Basket !

2 Comments on L’Alsace de Bagnolet, une histoire de frangins

  1. La photo représentant l’équipe championne de France saison 66/67 n’est pas la bonne
    L’équipe était composée de
    JOUARET Jean Marie BESSON Gilbert DUMEAUX Jean Jacques MAYEUR Gerard DORIGO max DORIGO Laurent BERTE Christian HUBERT Dominique LIRUSSI Gabriel CHEVALIER Jean Claude

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  2. Incroyable que dans cet article , soit oublié le nom de jean Claude Mayeur le 3eme de la fraterie.
    Il a presque toujours étè dans le 5 de départ et était avec Laurent Dorigo,d’une adresse incroyable.
    Denis Abraham est aussi oublié, alors qu’il a eut plus d’impact que certains joueurs cités.
    Enfin et pour complêter les articles, il aurait été interessant de spécifier, que les frêres Toffolon venaient d’1 autre patro:Les Hirondelles des coutures et que les frêres Dorigo, venaient de la JDAM(Jeanne D’arc de Ménilmontand.

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