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Kobe, un ado américain en Alsace

France

La famille Bryant quelques mois avant son arrivée en France. @ Laurent Rullier - Est Républicain

Kobe Bryant a une courte histoire avec la France. Une histoire de 11 matchs. Ceux de son père, Joe, joueur du Mulhouse Basket Club lors du début de saison 1991-92.

Joe Bryant a 37 ans et mesure 2m06. Ailier originaire de Philadelphie, drafté en 1975, il termine une carrière qui l’a vu évoluer 8 saisons en NBA (4 aux Sixers de Philadelphie, 3 aux Clippers de San Diego et une aux Rockets de Houston) puis 7 saisons en Italie à partir de 1984 (Rieti, Reggio de Calabre et Pistoia en seconde division A2 et Reggio d’Emilie en première division A1). Ses prestations ont été moyennes en NBA pour un 14e choix de draft mais il a ensuite réussi la transition européenne en affolant les compteurs du championnat transalpin.

LE MULHOUSE BASKET CLUB

Bryant débarque dans une équipe de Mulhouse en souffrance. Les finances sont plus que dans le rouge et les collectivités locales prennent sous tutelle le club pensionnaire de la Nationale 1A. Le maire Jean-Marie Bockel (qui sera touché par le deuil en perdant son fils militaire Pierre-Emmanuel dans un accident d’hélicoptère au Mali le 25 Novembre 2019) devient président. On assiste au départ des frères Monschau, Jean-Luc, l’entraîneur et Christian, joueur-capitaine et manager général ainsi que celui de Jean-Aimé Toupane, papa d Axel. C’est Chris Singleton, aujourd’hui consultant à Bein Sports, qui arrive au poste d’entraîneur et croit aux possibilités du vétéran américain. Plusieurs autres noms connus composent cette équipe: Philippe Szanyiel, joueur international aux 191 sélections, Stéphane Lauvergne, le papa de Joffrey, Christophe Soulé, Jean-Frédéric Monetti, le rebondeur américain Curtis Kitchen ou encore Jimmy Vérove, futur champion d’Europe des clubs avec le CSP Limoges en 1993.

Après une belle aventure en Italie, «Jelly Bean» découvre les douceurs de l’Alsace l’été 1991. La famille est composée de Joe, Pamela, la maman, née Cox, Sharia et Shaya, les deux soeurs ainés et Kobe, le petit dernier, âgé de 13 ans. Leurs bagages arrivent de Reggio de Calabre à l’Espace Squash 3000, lieu de résidence mulhousienne des Bryant, deux jours avant eux et cela pose un casse-tête de stockage au personnel de l’hôtel ainsi qu’aux dirigeants du club rouge et blanc. Le problème est résolu et la famille américaine s’installe ainsi dans l’hôtel situé non loin de la salle et qui a l’habitude d’accueillir les joueurs du MBC.

Thierry Jung, actuel président du Mulhouse Squash Club, travaille en tant que directeur technique à l’Espace 3000 en 1991. Aimant le basket, il a installé au milieu de toutes les installations sportives proposées par le complexe hôtelier un panneau pour y jouer sur son temps libre et il est rapidement rejoint par l’adolescent américain qui, comme on peut se douter, le défie rapidement en un contre un. Kobe a toujours un ballon en main. Il est son meilleur compagnon. Le basket est sa passion et il a déjà l’ambition de rejoindre la NBA, rien de moins ! Il dribble dans sa chambre et dans les couloirs de l’hôtel ce qui entraîne parfois des plaintes des clients. Thierry Jung confie à LCI:

« J’ai connu un gamin très sympathique et très bien éduqué. Il était en découverte et en admiration devant son père. Pendant les matches, il était souvent derrière les panneaux. À chaque temps-mort, il prenait la balle et faisait des dribbles. Il avait toujours un ballon dans les mains, même quand il était au centre chez nous »

Kobe, dont le second prénom est « Bean » en rappel au surnom de son papa « Jelly Bean » qu’on pourrait traduire par « Dragibus », n’apprend pas le français dans un établissement scolaire hexagonal comme lui et ses sœurs auraient préféré. Tout comme il s’est imprégné de la culture italienne, il souhaite découvrir la française. Ses parents préférant un apprentissage en langue anglaise, il fréquente l’école internationale de Bâle, à une quarantaine de minutes en voiture de Mulhouse, mais, dès le soir venu ou les jours sans cours, il prend son vélo et va shooter dans un parc ou bien rejoint son père à l’entrainement au Palais des Sports de Mulhouse et traîne continuellement au bord des parquets allant tirer dès qu’un panier se libère.

Joe « Jelly Bean » et Kobe Bean Bryant. @ DNA

Le jeune Kobe, qui grandit et s’approche des 1m80, est fou de basket et fait déjà preuve d’une soif de compétitivité . Il n’hésite pas à défier les coéquipiers de son papa tel Jimmy Vérove, lui aussi issu d’une famille de basketteurs, son père Yves-Marie ayant été champion de France avec la grande équipe de Berck en 1973 et 1974. Jimmy a alors 21 ans et accepte de rester après les entraînements assouvir la soif de défis aux shoots ou aux un-contre-un du fils de son coéquipier américain. L’adolescent, déjà doué, préfère se confronter aux adultes plutôt qu’aux jeunes de son âge. Vérove le ramène ensuite à l’hôtel où il loge aussi. Le désormais assistant-coach de Pau-Orthez se souvient:

«Pendant des heures, on jouait ensemble. Il me disait : Jim, viens, on joue ! J’aimais bien ce gosse. Il se mettait des défis, comme toucher le filet du panneau : il ne partait pas avant d’y arriver. Il en était chiant car, moi, je l’attendais. C’était évident qu’il serait basketteur. Mais comment imaginer alors qu’il deviendrait, avec Jordan, un des plus grands champions de notre sport ?»

FIN DE CARRIÈRE POUR « JELLY BEAN » ET RETOUR EN PENNSYLVANIE

Malgré sa réputation de Magic Johnson du pauvre et un caractère affable, Joe Bryant, usé par une longue carrière et en perte de motivation aux entraînements, surtout ceux du matin, ne donne pas satisfaction au Mulhouse Basket Club qui se sépare de lui début 1992, après 11 rencontres. Ses statistiques de scoring sont très correctes sur le papier avec 21,3 points de moyenne à 53, 8% de réussite mais les apports défensifs et collectifs ne donnent pas satisfaction au coach et aux dirigeants. Chris Singleton et Joe Bryant se voient pour un dernier entretien qui signe la fin de carrière du père de Kobe mais Joe assure au coach, montrant son fils, que la relève est assurée avec Kobe, future star du basket. Visionnaire « Dragibus »…. La famille Bryant retourne dans la région de Philadelphie. Kobe intègre la Lower Merion High School et commence à écrire sa légende. Un peu plus de quatre ans plus tard, en 1996, Kobe est drafté par les Hornets et échangé dans la foulée aux Lakers. Chris Singleton, Jimmy Vérove et Thierry Jung n’en reviennent pas de la transformation physique du nouveau phénomène de la NBA qui n’est même pas passé par la case université. Ils gardent un souvenir ému de leurs échanges avec celui qu’on appellera quelques années plus tard Black Mamba.

Qu’est-il resté à Kobe de ce séjour de six mois à Mulhouse et plus généralement de sa vie européenne ? En octobre 2017, il se confiait aux journalistes de l’Equipe:

« J’ai eu la chance d’avoir un père qui s’est installé en Europe, et qui nous a permis de découvrir l’Italie et ses spécificités,…, la France et sa gastronomie, ses gens. Cela a développé mon imagination et ma capacité à penser le jeu »

La future star des Lakers de Los Angeles s’est ainsi adaptée à des cultures différentes de la sienne, à ne pas avoir peur d’aller vers des personnes dont elle ne parlait pas la langue, à vivre au milieu des adultes, à développer une curiosité et un esprit de compétition. Qualités dont Kobe Bryant a fait preuve tout au long de sa brillante carrière et de sa vie, belle mais trop courte, qui gardera une petite part de France en elle.

Kobe avait treize ans lors de son passage à Mulhouse, l’âge de sa fille Gianna, disparue avec lui et sept autres personnes dans un terrible accident d’hélicoptère le 26 janvier 2020, brisant la lignée et l’héritage basket de la famille Bryant et laissant des familles en deuil et le monde de la balle orange inconsolable.

Sources: Maxi-Basket, Le Parisien, DNA, LCI, l’Equipe.

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About Vincent "Baby TER" Reculeau (13 Articles)
passionné de la NBA des années 80 et 90, des drafts de Bird et Magic jusqu'au 6e titre de MJ. Et plus si affinités... Biberonné à Maxi-Basket, 5 Majeur, Canal+ et Pontel.

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