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ITW Chris Singleton – Part 1 : « Je savais que je serais entraîneur à un moment ou à un autre »

Interview

20 minutes après la fin de l’émission NBA Extra du 24 avril dernier, c’était au tour de Chris Singleton de répondre aux questions de Basket Rétro pendant près de 50 minutes. L’actuel consultant NBA à BeIn Sports nous a fait partager ses souvenirs basket dans les locaux de la chaîne sportive. Dans cette première partie, découvrez notamment son parcours sur sa carrière de joueur et celle d’entraîneur, soit deux histoires qu’on ne connaît pas forcément.

Basket Rétro : Tout d’abord, comment avez-vous découvert le basket ?

Chris Singleton : J’ai une mère qui est française. Mon père est américain. Il était militaire. Nous sommes venus en Europe. J’y suis resté jusqu’à l’âge de 5 ans.  On a déménagé aux Etats-Unis quand ils ont fermé toutes les bases militaires en France. Je crois que c’était en 1964, je m’en rappelle plus. Donc j’ai vécu là-bas de 6 ans jusqu’à 22 ans en Californie. Et la culture américaine, c’est le baseball, le basket, le football américain. Il y avait pas de soccer là-bas à l’époque. J’ai donc appris le basket là-bas. J’ai ainsi découvert la NBA, le basket universitaire. J’ai commencé à jouer au basket vers 8-9 ans.

Et c’est devenu ensuite une passion de jouer au basket, de le regarder. Puis après c’est devenu un objectif de partir jouer à l’université. C’est là que je reçois une bourse pour aller à la fac grâce au basket. J’ai fait 4 ans à l’université aux Etats-Unis et en sortant il y a un entraîneur qui est venu me voir pour me dire que je pouvais venir jouer en France si ça m’intéressait. J’ai dit pourquoi pas. Je suis allé en Europe pendant un an et après retourné aux Etats-Unis pour trouver un vrai job. Maintenant ça fait plus de 35 ans que j’habite en France.

Chris Singleton tout sourire (c) PanoramicBR : Vous avez joué à Allan Hancock College de 75 à 77. Puis à la fac de Montana State de 77 à 79. Et ensuite vous débarquez à Vendée Challans Basket de 79 à 84. Comment s’est présentée précisément cette opportunité de jouer en France ? Aviez-vous d’autres propositions de clubs ?

CS : Non. Aux Etats-Unis, c’est très simple. Vous sortez de l’université. Pour continuer de jouer au basket, soit vous êtes drafté en NBA et on vous invite à un camp d’été et vous vous démarquez. Moi je n’avais pas ce niveau là. J’étais un très bon joueur universitaire. Finalement, c’est un entraîneur américain qui m’avait vu jouer dans un camp. Il savait que j’avais la possibilité d’avoir un passeport français. Il m’a invité en France pour venir voir justement cette équipe. Puis j’ai signé à Challans. Si vous connaissiez bien la Vendée, Saint-Jean de Mont, pas loin de Challans…Quand je suis arrivé dans cette ville, il y avait à peu près 100 000 personnes, des plages remplies. Je suis allé au mois de juillet. Je me dis que c’est sympa ici. Pendant un mois c’était comme ça.  Et à partir du mois de septembre, il y avait plus un chat. Ils m’ont un peu trompé.

BR : Quand vous sortez de la fac, votre envie, votre but n’était pas de jouer en NBA ou dans une grosse équipe européenne ?

CS : On a toujours ce rêve là. Mais on n’a pas tous le niveau. A cette époque tu comprends bien qu’il y avait que 20-25 équipes NBA. Il y a 500 universités de Division 1. Tu fais le calcul. Il y a peu de places sauf si vous faites partie du gratin des bons joueurs. Ce que je voulais, c’était prolongé un petit peu l’expérience basket. C’est-à-dire pouvoir jouer professionnellement en Europe. Ça m’a permis au départ de me dire je peux encore jouer un peu. Après je ferais peut-être autre chose. Je voulais entrer aussi dans le coaching. Je le savais depuis très jeune. J’y suis arrivé. J’ai eu un peu de réussite. J’ai continué à jouer.

BR : Après la Vendée, vous avez ensuite joué à Reims, et Saint Quentin. A quel poste jouez-vous ?

CS : Ailier marqueur, ailier shooteur.

BR : Et quel type de joueur étiez-vous durant votre carrière ? Quelqu’un de calme ? shooteur ? rebondeur ? trashtalker ?

CS : C’était pas une époque où il y avait beaucoup de trashtalkers. J’étais plutôt un joueur attiré par la course, le jeu rapide, le shoot. Quand j’étais jeune, j’étais pas très bon. Mais je voulais jouer au basket. J’étais le dernier choisi quand on sélectionne les joueurs. A partir de ce moment, je crois que j’avais 15-16 ans, j’ai grandi. Donc ça a aidé un peu. Après, j’ai passé des étés tous seuls à jouer pendant 5-6 heures avec mon ballon. J’ai progressé et progressé. C’était très tard. En université, j’avais un bon niveau en attaque, adroit. Mais en sortant je n’avais pas les qualités requises pour continuer à jouer. J’étais assez calme. Pas vraiment comme je suis aujourd’hui (rires).

BR : Vous jouez toujours pour le plaisir ?

CS : Non je ne joue plus. A 30 ans, j’ai eu les ligaments croisés et donc quelques problèmes de genoux. Si je ne peux pas faire quelque chose à un niveau que je souhaite, je veux pas le faire. Aujourd’hui, j’ai attaqué le golf en essayant de m’améliorer, et donc d’être un meilleur joueur de golf. Au basket, je ne peux plus. Je suis pas du style à prendre un ballon juste pour m’amuser.

BR : Vous avez joué aux Etats-Unis et en France. Quelle différence faites-vous entre les deux pays dans lesquels vous avez joué : le niveau des entraînements, l’ambiance dans les salles, les supporters ?

CS : Il y a déjà des moyens plus importants. Quand tu vois une salle NBA aujourd’hui et celle meilleure en France, ça n’a absolument rien à voir. Tu as des salles aux Etats-Unis qui sont remplies. Il y a 25 000 personnes. Il y a un spectacle autour qui fait qu’il y a autant d’hommes que de femmes, d’enfants aux matchs. Ce qui n’est pas forcément le cas en France. En France, rien n’est fait autour d’un match ni dans les installations pour attirer les gens. C’est le strict minimum. Avec ça est-ce-que ça te donne plus envie d’aller voir un match de basket ? Je ne crois pas vraiment. Le basket aux Etats-Unis est un spectacle. On n’a pas compris ça encore en France. On veut juste attirer les gens pour leur dire y a un match ce soir. Ça ne fonctionne pas comme ça.

BR : Et au niveau des entraînements ? J’imagine qu’il y a bien évidemment des différences sur l’apprentissage du basket, la progression du joueur.

CS : Oui forcément. On commence très tôt à jouer au basket aux Etats-Unis. C’est leur culture. On commence très tôt à apprendre les fondamentaux, à avoir des entraînements structurés. Le problème en France est simple. Chez nous aux Etats-Unis, le basket fait partie intégrale de l’école. Les entraînements sont faits à l’intérieur de l’école. En Europe, c’est façon clubs. Il y a alors pas autant d’entraînements. Les temps, les installations sont limités. Les entraîneurs ne sont pas forcément de qualité. Il y a une différence d’instructions, d’encadrement. Cela fait que la formation est meilleure dans un pays par rapport à un autre.

Vendee Challans Basket Logo

Vendee Challans Basket, club avec lequel Chris Singleton a gagné la Coupe de France en 1983

BR : Je reviens sur votre carrière de joueur. Quel est votre meilleur souvenir voire plusieurs ?

CS : C’est un peu d’avoir gagné un titre de Coupe de France avec Challans en 1983 (ndlr : victoire de Challans 114-98 face à CRO Lyon). Ce club n’avait jamais réussi à gagner quoi que ce soit. A l’époque, cette Coupe ne représentait pas grand chose.

BR : Avez-vous gardé tous les maillots que vous avez portés ?

CS : Non je suis pas très collectionneur. Je dirais même que j’ai zéro ou soit j’ai donné à mes amis ou la famille. Je n’ai jamais gardé pour moi-même. Et ça a été vrai pendant toute ma carrière. On en parlera plus tard mais quand j’étais entraîneur du PSG pendant 4 ans, on avait des équipements PSG. Et il ne me reste pas un polo.

BR : Possédez-vous sinon des produits dérivés ? Des maillots NBA ?

CS : Forcément des maillots mais je suis pas collectionneur.

BR : Vous avez parlé de coaching tout à l’heure. Creusons ce sujet ensemble désormais. C’était donc la suite logique après votre carrière de joueur ?

CS : Pour moi oui. Je l’ai toujours su. Même tout jeune, quand je regardais un match NBA, je regardais souvent les entraîneurs pour voir comment ils faisaient et parlaient. C’était la suite logique. Le basket, c’était la passion de jouer et après c’était de continuer dans ce sport. J’étais intrigué par la tactique, cette espèce de jeu d’échecs un peu. Je savais que j’allais être entraîneur à un moment ou à un autre.  J’ai commencé quand j’étais joueur à entraîner les poussins, les minimes. Et quand j’étais à Saint-Quentin, en même temps d’être joueur, j’étais coach au centre de formation. D’une façon ou d’une autre, y avait un problème en équipe première, on m’a demandé si je voulais prendre cette équipe jusqu’à la fin de la saison. On était douzième. On a gagné 18 des 19 matchs qui restaient. On est monté en Pro A et puis je me suis dit, maintenant je fais un choix. Est-ce que je reste entraîneur ou bien je continue à essayer de jouer ? J’ai eu une blessure au genou à cette époque là. C’est pour ça que je disais que je ne pouvais pas revenir au niveau auquel je voulais être moi. Donc je suis passé à la prochaine étape. Et je suis devenu entraîneur professionnel à l’âge de 30 ans, ce qui est assez jeune.

BR : Vous l’avez évoqué précédemment. Vous avez entraîné notamment en Pro A au PSG Racing pendant 4 ans. Qui vous repère à ce moment-là pour prendre les rênes du PSG ?

CS : A l’époque j’étais à Dijon, dans une équipe qui fonctionnait très bien. C’était l’époque du PSG Omnisport. Charles Biétry en était le président. Je me souviens d’avoir fait un match de Coupe de France à Sceaux. Dans les gradins, il y avait Charles Biétry et George Eddy. Ils sont venus me voir pour m’observer je pense et de voir ma manière de fonctionner. Ils avaient déjà entendu parler de moi. Ils cherchaient un entraîneur pour le PSG Omnisports. On m’a contacté pour me proposer le poste. J’étais en fin de contrat à Dijon. Et c’était en 1993 que je débarquais ainsi à Paris.

Logo PSG RacingBR : Sur ces 4 ans au PSG, quel bilan faites-vous de votre passage dans ce club ?

CS : C’était important. C’est un club qui avait des moyens. A mon arrivée, ils ont mis à ma disposition des styles de joueurs que j’aimais bien entraîner. J’ai eu Laurent Sciarra, Yann Bonato, Stéphane Risacher, toute la génération qui était championne d’Europe juniors. J’avais l’impression d’entraîner une équipe universitaire avec des joueurs américains de qualité. C’était vraiment une bonne chose.

BR : N’avez-vous pas une pointe de regret de ne pas avoir gagné le championnat de France avec cette équipe du PSG ? Comme vous dites, elle avait des moyens.

CS : Oui mais en face il y avait des équipes qui avaient plus de moyens, de culture basket. Le problème à Paris est et sera toujours le même. C’est différent en foot mais en basket on n’a pas un public d’envergure comme Limoges, Pau, soit des clubs qui ont vraiment des structures. C’est la Province. A Paris, il y avait des matchs avec personne dans le public. Les seuls matchs où il y avait du monde, c’est lorsque tu jouais face à Villeurbanne, ou Pau et la moitié de la salle était pour ces équipes et non Paris.

BR : Vous avez aussi coaché à Dijon, Evreux, Besançon, quel type de coach étiez-vous ? Vous prôniez plus un jeu défensif ou plus offensif ?

CS : Je crois que j’ai évolué un peu avec le basket. Au début, j’étais le premier entraîneur en France à utiliser les défenses de zone et on m’avait critiqué pour ça. A Saint-Quentin, j’ai commencé comme ça. Je mets un « matchup zone » en place qui fonctionnait à merveille. Tout le monde disait «  Ah c’est pas normal ». Aujourd’hui, tout le monde utilise la défense de zone. Au début, j’étais plus un entraîneur structuré défensivement. Après au fur et à mesure du basket moderne, tu ne trouvais plus les joueurs pour jouer ce genre de jeu défensif. Dans le recrutement, je cherchais donc plus des joueurs offensifs. J’ai compris aussi que pour faire plaisir aux spectateurs et dirigeants, il faut leur donner quelque chose. Ainsi le basket champagne plaît à tout le monde. Quand tu veux remplir les gradins, faut mieux en place ce genre de basket. J’ai donc essayé d’aller dans cette direction-là.

« Même tout jeune, quand je regardais un match NBA, je regardais souvent les entraîneurs pour voir comment ils faisaient et parlaient. J’étais intrigué par la tactique, cette espèce de jeu d’échecs un peu. J’ai commencé quand j’étais joueur à entraîner les poussins, les minimes. Et quand j’étais à Saint-Quentin, en même temps d’être joueur, j’étais coach au centre de formation. Il y avait un problème en équipe première, on m’a demandé si je voulais prendre cette équipe jusqu’à la fin de la saison. On était douzième. On a gagné 18 des 19 matchs qui restaient. On est monté en Pro A et puis je me suis dit, maintenant je fais un choix. Est-ce que je reste entraîneur ou bien je continue à essayer de jouer ? J’ai eu une blessure au genou à cette époque là. Donc je suis passé à la prochaine étape. Et je suis devenu entraîneur professionnel à l’âge de 30 ans, ce qui est assez jeune ».

BR : Vous avez cité Laurent Sciarra, Yann Bonato, soit des joueurs que vous avez entraîné. Parmi tous les joueurs que vous avez coachés ou avec lesquels vous avez joué, quels sont ceux qui vous ont le plus marqué dans votre carrière ?

CS : Je pense que Yann Bonato est le joueur qui m’a le plus marqué dans ma carrière. Quand on a fait la visite médicale avec lui, on l’avait déclaré inapte à jouer au basket. Il avait vraiment deux genoux en cartons. Mais il avait un talent de trouver le cercle, de vraiment créer des choses avec un ballon. Il faisait un peu penser à moi car c’était un joueur qui était fait lui-même. Il avait les clés de la salle pour faire quand il pouvait des shoots. C’est vraiment l’attaquant né qui m’avait vraiment marqué individuellement. C’était un joueur phare.

Yann Bonato, entrainé par Chris Singleton au PSG Racing (c) delcampe.net

Yann Bonato, entrainé par Chris Singleton au PSG Racing (c) delcampe.net

BR : Hormis Yann Bonato, ya t-il un autre joueur ?

CS : On est face à des talents. A Dijon il y avait un joueur comme Skeeter Henry qui était un ailier formidable. Impossible à gérer mais il fallait le gérer tous les jours, tous les jours. Il avait un incroyable talent, naturel. C’est un garçon charmant pas à problème du tout mais il avait une façon de vivre qui était différente des autres. Des fois, il fallait faire le Guy Roux, aller le chercher et lui dire qu’il y avait un match le lendemain et qu’il faut peut-être se calmer. Avec Bonato, ce sont deux joueurs qui étaient au-dessus de la norme.

BR : En tant que joueur, ya t-il un coéquipier voire des adversaires qui vous ont marqué ?

CS : Quand je suis arrivé, j’ai eu la chance de jouer contre Alain Gilles. Quand tu le vois, surtout à cette époque là, tu te dis je vais prendre le ballon et le démonter. Et non absolument pas. C’était un joueur incroyablement dur. Il avait une intelligence, un QI basket, qui lui permettait même à 38, 39 ans d’évoluer à un basket de haut niveau.

BR : Avez-vous le souvenir d’un pire déplacement en tant que joueur ou coach durant votre carrière ?

CS : Oh pire. Absolument. C’est à l’époque où on commence à voir des matchs à la télé assez souvent. On avait joué un match très important qui était diffusé à la télé sur Canal+. C’était avec le PSG et on jouait face à Cholet. Tout simplement, du début à la fin, on n’a jamais existé. Je crois qu’on a perdu de 45 points. C’était embarrassant. Je ne savais pas où me mettre. Tu ne pouvais rien faire. Dans le bus, au retour, j’ai découpé ma cravate en me disant que je la mettrais plus de ma vie. C’était vraiment le chat noir. C’est des défaites où tu sais pas où te mettre. La télé était là. On te pose la question : « Pourquoi vous avez perdu ? » Quand tu perds de 40-45 points, que veux-tu dire ?

BR : Et quel est votre meilleur souvenir en tant que coach ?

CS : On a des bons souvenirs un peu partout. A Dijon, quand je suis arrivé la première fois, le club était à la limite de descendre. Arrivé au dernier match, même si on avait bien redressé la situation, il fallait que deux choses se produisent. On se déplaçait chez le premier du championnat qui avait besoin de gagner pour rester en tête. Et si nous on gagnait, on restait en Pro A. Logiquement en face, si l’équipe n’avait pas besoin de gagner, c’était bon. Mais on a gagné chez eux. Dijon est resté en Pro A. Gravelines avait perdu le match. C’est un bon souvenir. On devait pas gagner ce match là. Mais cette sensation d’y croire et d’y croire pour gagner et quand tu arrives à le faire, c’est vraiment énorme. Tu ressens les sensations tout de suite après.

BR : Si je me trompe pas, vous coachez toujours en NM2 à Sceaux.

CS : Ouai quand je suis arrivé à Paris, il y a le président du Club de Sceaux qui m’a appelé. Il voulait réorganiser son club un peu. Il avait des difficultés. Je me suis dit que j’étais pas encore complètement prêt à relâcher le basket. Si je peux en même temps travailler à BeIn Sports la nuit, ce qui me donne l’occasion de faire autre chose dans la vie, alors je me suis dit que je vais m’occuper de ce club autant que je peux. Même si des fois c’est très compliqué. Il y a des déplacements, le samedi on rentre à deux heures du matin. J’ai un match à 10h à commenter. Je me suis impliqué dans ce club pour continuer à transmettre ce que je sais dans le basket. Sceaux est un club familial. C’est sympa.

« Je pense que Yann Bonato est le joueur qui m’a le plus marqué dans ma carrière. Quand on a fait la visite médicale avec lui, on l’avait déclaré inapte à jouer au basket. Il avait vraiment deux genoux en cartons. Mais il avait un talent de trouver le cercle, de vraiment créer des choses avec un ballon. Il faisait un peu penser à moi car c’était un joueur qui était fait lui-même. Il avait les clés de la salle pour faire quand il pouvait aller faire des shoots. C’est vraiment l’attaquant né qui m’avait vraiment marqué individuellement. C’était un joueur phare ».

BR : Au fond de vous-même ça ne vous manque pas de coacher un club pro ?

CS : Non car je l’ai fait pendant 25 ans. J’ai tout simplement donné ce que j’avais à donner. J’ai arrêté le basket de haut niveau à un certain moment car je ne voulais plus de Coupe d’Europe, faire les voyages et déplacements. J’étais fatigué. Et le deuxième élément à prendre en compte était que les mentalités des joueurs avaient changé. Quand cela ne vous correspond pas et que vous vous ne vous identifiez pas avec ces gens, tu ne peux pas travailler avec eux. J’ai donc arrêté le basket de haut niveau pour ça. Et je ne veux pas réintégrer le basket dans ce domaine là. Peut-être dans autre chose. Comme entraîneur, non car je sais parfaitement bien que les mentalités n’ont pas changé. Je suis pas un gardien d’égos, un truc de musée. Je veux faire ce que j’ai envie de faire et avec qui je veux le faire « baskettement parlant ».

BR : Sur les 10 dernières années, l’opportunité ne s’est pas présentée de coacher en Pro A ou Pro B ?

CS : Si bien sûr que oui mais j’ai dit non. J’ai plus envie de le faire. Ça correspond plus à moi. Dans ce cas-là, je peux aller prendre de l’argent si je veux mais ça ne m’intéresse pas.  C’est pas dans ma personnalité.

BR : Vous avez donc joué et coaché. Quels conseils donneriez-vous aux jeunes qui veulent connaître une expérience basket dans une fac américaine, connaître le monde pro dans ce sport ?

CS : Déjà il faut prendre étapes par étapes. C’est une question que je pose souvent et que j’ai toujours posé à des jeunes joueurs. Je dis à un cadet ou un minime : « Que voulez-vous faire dans le basket ? ». Un joueur va vous dire je veux aller d’un point A pour rejoindre un point B. Je dis ok mais il y a des étapes à passer entre chaque point et qu’allez-vous faire pour atteindre ce point B ? Comment allez-vous travailler ? Faut alors apprendre aux joueurs étapes par étapes, qu’ils maîtrisent les choses techniquement et mentalement. Une fois que tu passes bien une étape, t’en passes donc à une autre. Mais ne pas aller trop vite en voulant passer deux étapes à la fois sans avoir bien atteint la première. Il faut donc prendre le temps, faire les bons choix. Et travailler tout ce qui est les fondamentaux. C’est ça qui va vous faire grandir et faire que vous allez en sortir.

BR : Quelles différences faites-vous entre le basket français que vous avez connu à vos débuts en tant que joueur puis coach jusqu’à maintenant en terme technique et tactique ?

CS : Bien sûr car les entraîneurs sont beaucoup plus instruits. Ils font beaucoup plus de stages, de cliniques. Ils voyagent, regardent et observent avec l’Internet maintenant. Vous allez sur des sites sur lesquels on vous montre des cliniques. Il y a plus d’informations aujourd’hui. Je pense aussi qu’il y a plus de volontés de s’améliorer. Les esprits sont un peu plus ouverts chez les entraîneurs. Bien évidemment, le jeu a changé aussi. Il est beaucoup plus porté sur l’attaque. Il est beaucoup plus simplifié. A notre époque, il y avait 10 systèmes. Aujourd’hui, si vous regardez une équipe avec plus de 3 systèmes, vous aurez vraiment une équipe tactique. Aujourd’hui, le basket c’est écartement, jeu à deux, le talent individuel et physique qui font la différence. Les joueurs ont plus de talents.

BR : Actuellement, suivez-vous toujours le championnat de France de Pro A notamment Paris ?

CS : Je suis forcément un peu. Je dirais très honnêtement moins qu’avant.

BR : Car le jeu vous déçoit ?

CS : Non, car j’ai autre chose à faire. Quand tu te lèves le matin, tu as déjà 10 dossiers NBA à regarder. Voir ce qui se passe en Pro A, ce n’est pas mon travail. Si j’étais chroniqueur pour le basket français à l’Equipe, je suivrais à la lettre. Actuellement, mon travail numéro 1 est de regarder la NBA et de voir donc ce qui se passe la nuit en étant documenté. Savoir les tendances, les blessures. J’y travaille tous les jours, 7 jours sur 7 et pas 3. Je dois me tenir au courant de l’actualité au quotidien. Après je sais que Jacques Monclar est au Paris-Levallois. J’ai toujours des amis qui sont là-bas. Je peux vous dire que Strasbourg est premier du championnat. Je peux pas vous dire ensuite qui est sixième et septième.

Dès vendredi, retrouvez la deuxième partie de l’entretien avec Chris Singleton. Pour Basket Rétro, il nous a remémoré ses souvenirs de la NBA et parlé notamment de son travail de consultant NBA sur BeIn Sports.

Montage Une : Clément Demontoux

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About Richard Sengmany (374 Articles)
Découvrant le basket dans les années 90 grâce à la diffusion des matchs NBA sur Canal+, je rédige depuis plus de dix ans des articles sur la balle orange, sur d'autres disciplines sportives et la culture.

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