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Oui Boris, les Bleus de 1964, on connait !

Equipe de France

« Vous les connaissez les 64 ? Moi non. » as-tu lancé à la presse Boris. Bin, nous à BasketRetro, on les connaît. Bon faut dire que c’est un peu notre taf aussi. Pas de quoi se vanter. Mais pourquoi diable, Boris, es-tu aller chercher les « 64 » ? Au hasard ? Comme à la roulette ? Parce que là, on ne peut pas dire que tu as tiré un bon numéro.

ANNUS HORRIBILIS

1964, De Gaulle, les Beatles, les capsules Gemini, les yéyés… Mais pas le Basket. En France du moins. Car pour nos équipes de basket-ball, 1964 s’accorde plus avec « Annus Horribilis ».

Un mot sur les filles d’abord. Je sais Boris, les filles… Rien à voir avec les mecs. C’est juste pour nous replonger dans l’atmosphère de l’époque. Les filles en 64, elles sont rentrées du Championnat d’Europe en Hongrie en fredonnant le tube de Bobby Solo « Una lacrimo sul viso », sur ton visage une larme, tout un programme. Elles ont fini à la dixième place et ça a plongé dans l’amertume leur coach Georgette Coste Vénitien. Elle en voulait aux filles d’en face, de l’Est, d’être trop grandes, trop bien préparées, de bénéficier d’un véritable « professionnalisme d’Etat »… On ne pouvait pas lutter. Elle se plaignait même d’avoir dû jouer le match contre la Hongrie… dans une salle ! Les matchs de la compétition se déroulaient en effet en extérieur, mais la météo obligea le Hongrie-France à se réfugier dans une salle. Mme Coste Vénitien n’y a vu qu’une sombre manœuvre des Hongrois pour bénéficier du soutien d’un public forcément plus bruyant à l’intérieur. CQFD ! De retour en France, découragée, abattue, elle se demanda même : « L’Equipe de France doit-elle continuer à participer aux Championnats d’Europe ? ». 

Nos jeunes gens ensuite. Les Juniors, les Espoirs, l’avenir du basket Français… Oui, Boris, il ne s’agit toujours pas des A, les seuls qui comptent. Mais toi, un ex-bon p’tit gars de l’INSEP, de Zagreb 2000, lit ce que disait Robert Busnel de tes prédécesseurs en 64 : « Le stage de Boulouris a confirmé, hélas, le stage d’Antibes de la saison passée. A savoir que les jeunes espoirs ont manifesté une tel dédain, parfois même un tel manque de savoir vivre que les entraîneurs, unanimement, avaient décidé d’exclure la majorité des stagiaires. ». Bravo ! Belle ambiance ! Leur tube à eux, c’était « Les mauvais garçons » de Johnny. Que ne dirait-on pas aujourd’hui si nos U 18 ou U 20 se comportaient de la sorte ? Ça buzzerait de partout et Vincent Moscato en ferait un sujet d’un débat sur RMC.

ALAIN GILLES N’IRA PAS AU JAPON

Et les « A » ? j’y viens, Boris. En janvier 64, nos bleus pouvaient chanter en cœur « The girl from Ipanema » d’Astrud Gilberto. Ils pouvaient se vanter d’un bon Championnat du Monde 1963 au Brésil d’où ils ont ramené une très honorable cinquième place et des photos avec Jean-Paul Belmondo venu les voir pendant le tournage de « L’homme de Rio ». Cinquième ! A un CM ! Pas mal. Le problème est qu’on ne fera pas mieux dans cette épreuve avant longtemps, très longtemps. Tu dois le savoir Boris, c’était l’année dernière en Espagne.

EdF Geneve 1964

Les « 64 » à Genève. En haut : Dorigo, Moroze, Cordevant, Baillet, Mayeur, Grange, Baltzer. En bas : Gilles, Le Ray, Degros, Rat, Christ (c) FFBB

En 1964, pas de Championnats du Monde ou d’Europe au programme… mais des J.O à Tokyo. Encore fallait-il s’y qualifier. Mais depuis que le basket est une discipline olympique, la France a toujours répondu présente. Avec huit des douze de Rio à Genève où se déroulait le Tournoi de Qualifications, cela ne devait pas poser trop de problèmes. Mais avec seulement 2 victoires, (contre la faible Suisse), pour 7 défaites en prépa, il y avait peut-être quoi s’inquiéter non ? Les défaites… c’était contre des cadors qui ne seraient pas au TPO. Puis… ce n’était que de la prépa.

« Mais jamais autant que dans ce tournoi, nous n’avions ressenti notre faiblesse au pivot » – Organe Officielle de la Fédération Française de Basket-ball – juin 1964

Je te rassure Boris, en Suisse, les Français ont hérité d’adversaires largement à sa portée. Elle s’est même offert un désossage en règle du Luxembourg, (100-33), et… ça fait toujours plaisir… une belle victoire contre l’Espagne, (93-66). Bon… cette Espagne là n’était pas encore l’Espagne. Sinon, dans leur groupe, il n’y avait qu’une équipe de l’Est, la Bulgarie… Ce n’était pas les pires des Bolcheviques, mais c’était une équipe de l’Est. Les derniers à jouer en phase de poule. La France était invaincue, les Bul’ en avait pris une petite contre les Belges. Pas de quoi trembler. Résultat : 69-68… Pour les Bulgares !   Mais qu’importe, le principal était de se qualifier pour une demie-finale couperet contre une autre équipe de l’Est, la Hongrie. Une victoire et à eux les geisha ! 71-66… Pour les Magyars. Trop grands, trop bien préparés, véritable « professionnalisme d’Etat »… On ne pouvait pas lutter. Pour la première fois depuis Berlin en 1936, l’Equipe de France de basket-ball ne participa pas aux Jeux Olympiques.

Alin Gilles en action qui échappe le ballon face au hongrois Greminger en 1964 (c) FFBB

Alin Gilles en action qui échappe le ballon face au hongrois Greminger en 1964 (c) FFBB

Il y avait pourtant du talent dans ces « 64 », Boris. Maxime Dorigo qui a dynamité les défenses à Rio était l’archétype de l’ailier moderne, indiscutablement un des tous meilleurs en Europe à son poste. Alain Gilles, bien sûr. A 19 piges seulement, il a planté, en vain, 21 pions contre la Hongrie. Et Jean Degros, le petit meneur organisateur, qui a été un exemple pour ton pote Tony. Christian Baltzer, Jérôme Christ, (qui, au passage, deviendront respectivement présidents du MSB et de la SIG), Michel Le Ray, Michel Rat… Il n’y a pas à dire, les lignes extérieurs étaient bien tenues. Mais dans la raquette ? La raquette ! Attention Boris, je ne permets pas de remettre en cause les qualités de basketteur de nos intérieurs. Mais comment lutter efficacement quand notre big man, Pierre Cordevant, culminait à 2,04 m. Gérard Moroze, 20 ans, plein d’enthousiasme et de talent… très bon à Genève… il ne dépassait le double mètre que d’un tout petit centimètre. Léger pour un pivot. Et les autres : Grange, Mayeur, Baillet… pas un au dessus d’1,95 m. C’est dur le basket quand on est petit.

« Une mauvaise saison internationale vient de passer. Celle qui arrive sera sans doute la même… » – Joë Jaunay

Voilà Boris… Nos Bleus 64 ont laissé les deux billets disponibles à la Hongrie et la Finlande. Les « 64 » ne sont pas allés pas à Tokyo. Les « 68 », ne sont pas allés à Mexico, les « 72 » à Munich, les « 76 » à Montréal… L’Equipe de France 1964 est entrée dans un tunnel, mais elle ne savait pas qu’il serait si long, interminable. Quand, il a fait le bilan de l’année, Joë Jaunay, n’était pourtant pas des plus optimistes : « Une mauvaise saison internationale vient de passer. Celle qui arrive sera sans doute la même… car le blé est encore vert. Des difficultés de toutes sortes sont survenues… Notre Basket est malade… Nous devons vite le guérir car demain ce sera trop tard. Un seul remède : La JEUNESSE ! » Elle était effectivement là la jeunesse. Moroze n’a fait que passer, mais Alain Gilles est devenu une icône, un porte-drapeau esseulé. Plus tard Jacques Cachemire, l’ailier black qui jouait comme un Américain, est venu lui donner un coup de main, mais tous les deux regardaient résignés leur pivot, Jean-Claude Bonato, 1,98 m, en se disant doucement : « Jean-Claude ! Pourquoi tu ne fais pas dix ou douze centimètres de plus ? »

Tu vois Boris, je suis d’accord avec toi. Cela ne sert à rien de comparer des équipes d’époques différentes. Les « 64 » méritent le même respect que les « 52 », « 78 », « 91 »… ou « 2015 ».  Malheureusement sur la page Wikipédia de l’Equipe de France de Basket-ball, elle ouvre chapitre « 1964-1982 : traversée du désert ». Et oui, Boris… désolé. Allez… Pour se remonter le moral, fonce dans le grenier de ta maman, dépoussière son vieil électrophone, et met sur le plateau le 45 tours des Them, « Baby, please don’t go ». C’est sans doute le meilleur titre de rock all times et ça date de… 1964.

E.d.F 1964

Crédits photo : Organe Officiel de la FFBB – Juin 1964

Montage Une : Laurent Rullier

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About Laurent Rullier (70 Articles)
Le premier match de basket que j'ai vu en live était un Alsace de Bagnolet vs ASVEL. Depuis la balle orange n'a pas arrêté de rebondir dans ma p'tite tête.

1 Comment on Oui Boris, les Bleus de 1964, on connait !

  1. Excellent article ! Parfois réducteur mais si perspicace.

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  1. L'Histoire de l'équipe de France de Basket : Episode 4 – Aux oubliettes (1964 à 1982) | QiBasket

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