Breaking News

ITW Paoline Ekambi – Part 1 : « Chaque titre nous marque. On travaille dur pour les obtenir »

Interview

Le 25 novembre dernier, Basket Retro s’est entretenu à Paris avec une autre légende du basket français féminin : Paoline Ekambi. La recordwoman du nombre de sélections sous le maillot bleu revient notamment sur sa carrière en France, son périple à la fac de Marist Collège aux Etats-Unis, de sa découverte du basket et de la NBA. Première partie de l’entretien.

Basket Rétro : Comment avez-vous découvert le basket ? Qu’est ce qui vous a donné envie de faire une carrière professionnelle ?

Paoline Ekambi : Ça a été le fruit du hasard. C’est lors d’une visite médicale. Le médecin avait constaté que j’avais grandi d’un coup à l’âge de 13 ans. Je mesurais  1m75. J’avais un début de scoliose. Il m’a conseillé de pratiquer un sport : basket, volley, natation, ou tennis.

BR : Vous avez donc commencé le basket en Ile-de-France.

PE : J’ai commencé au club de Sainte-Geneviève-des-Bois dans l’Essonne en départementale. C’était beaucoup plus pour le fun, pour m’occuper les mercredis au lieu de traîner dans la rue. Une amie d’école qui jouait dans ce club avait motivé mon choix pour le basket.

BR : Vers quel âge avez-vous débuté le basket ?

PE : Ça doit être vers l’âge de 14 ans. L’année suivante, Joé Jauney le DTN de l’époque est venu chez mes parents accompagné de Jacquie Delachet, ancienne capitaine de l’équipe de France, médaillé d’argent en 1970 pour leur présenter le projet Horizon 80 qui consistait à regrouper les jeunes pousses du basket Français en stage dit « Grands Gabarits » au CREPS de Boulouris pour ensuite intégrer l’INSEP où nous fûmes parties des toutes premières promo sport-études saison 1977-1978. J’avais alors 14 ans et demi et je savais à peine faire un double pas.

Paoline Ekambi - INSEP

Paoline Ekambi – INSEP

BR : Avant de revenir sur votre carrière pro. Abordons la NBA. Quels sont vos premiers souvenirs de la NBA ?

PE : Mes premiers souvenirs sont des joueurs comme Doctor Julius Erving, un de mes modèles, puis dans la foulée, Kareem Abdul-Jabbar, Wilt Chamberlain, Bill Russell pour ne citer qu’eux. Ensuite ce fut la génération des Chicago Bulls et la Dream Team composée des meilleurs joueurs NBA qui ont participé aux JO de Barcelone. Un véritable coup de projecteur et une sacrée promotion pour le basket en général. Je voulais aussi rajouter des joueuses de Team USA qui ont fait partie de mes souvenirs, mais à l’époque il n’y avait pas encore la WNBA. Il s’agit de Lynette Woodard, Cheryl Miller la sœur de Reggie.

BR : Vous avez cité des joueurs NBA de l’époque. Quels sont les joueurs actuels que vous aimez en NBA ?

PE : Evidemment, je citerai en priorité tous les joueurs français qui évoluent en NBA et tout particulièrement Tony Parker, Boris Diaw et Nico Batum. C’est pour nos Frenchies que je regarde le championnat NBA, et aussi la WNBA car il y a quelques Françaises qui évoluent dans ce championnat. Sans nos Frenchies, je regarderai tout ça avec beaucoup plus de distance encore.

J’aime suivre également les San Antonio Spurs, leur style de jeu incarnent la mixité du jeu européen et américain, ce qui fait que cette équipe est estampillée d’une identité de jeu unique en son genre, surtout qu’en règle générale le jeu typiquement NBA est axé sur l’attaque et les exploits individuels alors qu’en Europe on privilégie davantage la défense et le collectif. J’apprécie également les performances individuelles de Boris et Tony qui font partie des joueurs incontournables dans cette belle équipe et pour lesquels j’ai une tendresse toute particulière. Boris que j’ai vu bébé lors de mes premiers pas à 17 ans ½ en équipe de France avec sa maman Elisabeth Riffiod dont c’était la dernière saison au niveau international à l’époque. J’ai aussi connu son frère aîné Martin tout gamin.

Ensuite TP que j’ai suivi depuis son entrée à l’INSEP tout comme je suivais les exploits sportifs de son papa Tony Parker Sr qui a été aussi un grand joueur en France, en Europe, et aux Etats-Unis.

J’affectionne également Evan Fournier dont les parents judoka faisaient aussi partie de ma promo INSEP, Edwin Jackson dont je connais aussi le papa Skeeter qui évoluait au RCF (Racing Club de France) par le passé, et  Nico Batum dit Batman, un des prochains leaders de la future génération d’internationaux dont nous avons suivi les exploits lors du dernier Mondial. En plus d’être un joueur très talentueux, j’ai un attachement tout particulier car il est Franco-Camerounais tout comme Emmeline Ndongue, Diandra Tchatchouang, Endene Miyem, et moi-même, donc j’éprouve une double fierté face à leurs exploits sportifs.

BR : Vous parlez des San Antonio Spurs. Y a t-il d’autres équipes que vous aimez bien (actuels, passés) ?

PE : Pas trop non. J’avoue avoir décroché depuis que moi-même j’ai raccroché (rires). Comme je l’évoquais plus haut, je suis le basket de temps en temps. Ce n’est pas par manque de passion car j’adore le sport et le basket en particulier, mais par manque de temps. Il faut dire que depuis la fin de ma carrière sportive en 1997, je suis passée à autre chose et je n’ai plus trop le temps à cause de mes activités professionnelles et ma vie de famille qui ont pris le dessus. Après il y a les Chicago Bulls de Joakim Noah, les Cleveland Cavaliers de Lebron James et les Lakers de Kobe Bryant uniquement lors des finales de conférence, là ça devient un peu plus intéressant.

BR : A la période où vous étiez en activité, vous suiviez l’actualité basket ?

PE : Obligatoirement oui. Indispensable même quand on joue au basket, il faut savoir tout ce qui se passe dans les différents championnats nationaux et internationaux dans lesquels se trouvent nos adversaires. Suivre ces différents championnats permet aussi de mieux évaluer son niveau de jeu et de l’améliorer. J’adorais également suivre les championnats masculins en France, Europe et aux USA (NCAA/NBA) à l’époque dans lesquels se trouvaient des joueurs qui me servaient aussi de modèles pour améliorer et affiner mon propre jeu.

BR : Justement à cette époque, y a-t-il des équipes que vous portez dans votre cœur, d’autres que vous détestiez ?

PE : Je n’étais pas trop fan des Pistons de Détroit (elle le dit avec une pointe d’humour et l’accent américain). C’étaient les « Bad Boys » de la NBA avec Bill Laimbeer, Isiah Thomas. Ce dernier encore, avait l’air plus sympa et abordable que ses coéquipiers. Mais ça faisait partie de leur style de jeu. C’est comme ça la NBA, on valorise des styles de jeu et des personnalités atypiques dans le respect des règles bien entendu, tout ce qui est « markettable »  est exploitable pour le rayonnement de cette Ligue. J’adorais suivre les exploits des L.A Lakers de Magic Johnson, Jabbar et son légendaire bras roulé, les Boston Celtics de Larry Bird, et Robert Parish, l’homme qui ne souriait jamais (rires), les Chicago Bulls de Michael Jordan, Dominique Wilkins.

BR : Y a t-il un match marquant et historique de NBA  qui vous vient à l’esprit : play-offs, performance d’un joueur, un All Star Game par rapport à cette période ?

PE : Whaou, j’en ai tellement vu des matches marquants ! Je retiendrai surtout les finales légendaires des L.A Lakers vs les Boston Celtics, les performances individuelles de Larry Bird, Magic Johnson et bien entendu Michael Jordan.

BR : Peut-être un match récent alors ?

PE : Les équipes de France, ça c’est clair, Cocorico… !!! La finale des « Braqueuses » aux JO de Londres 2012, la finale à l’Euro 2013 qui a eu lieu en France même si cette dernière nous avait à tous laissé un goût amer car les filles avaient le potentiel pour remporter un nouveau titre européen. Ce sont d’ailleurs elles les premières déçues, et je pense que depuis elles ont su en tirer les enseignements pour aller de l’avant et nous faire à nouveau vibrer comme lors de leur exploit face aux USA au cours du tournoi préparatoire au Mondial en Turquie. Une première pour la France même en match amical !!! Les exploits de l’équipe de France masculine devenue championne d’Europe et leur superbe performance au dernier Mondial en Espagne. Forcément cocorico à fond… !!!

Paoline Ekambi - Médaillé d'argent Jeux Meditérranéen Montpellier 1993

Paoline Ekambi – Médaillé d’argent Jeux Meditérranéen Montpellier 1993

BR : Pour revenir à la NBA, on parle de San Antonio comme grandissime favori à l’Ouest, et de Cleveland du coté de l’Est. De loin, qui sont vos favoris cette saison en NBA ?

PE : San Antonio est carrément mon équipe favorite pour le titre. De plus, depuis qu’il y a un nombre significatif de joueurs français évoluant en NBA, je soutiens à fond nos « Frenchies ». J’oubliais de mentionner les Chicago Bulls de Joakim Noah.

Encore un joueur que j’ai vu petit, qui plus est le fils d’un grand champion et ami : Yannick aux origines camerounaises. Donc je suis pour la French et la Camerounaise Connection. Pour la petite histoire, le papa de Yannick Noah et mon père ont joué l’un contre l’autre au foot au Cameroun et font partie des tous premiers joueurs africains ayant évolué dans des clubs pro en France. Le mien à Rouen en L1 et papa Noah à Sedan.

Pour revenir aux Chicago Bulls, c’est une équipe à suivre de près. Une Team qui écrit une nouvelle page de son histoire riche en titres pour revenir au devant de la scène NBA. Va-t’elle retrouver ses lettres de noblesses d’antan ? Le championnat a tellement évolué, le niveau des équipes me paraît plus homogène qu’avant, avec toutefois une équipe de San Antonio qui sort son épingle du jeu.

Maintenant, rien ne peut se jouer à l’avance à ce niveau de compétition. Ils sont nombreux à vouloir atteindre le graal. Même si mes choix se portent sur San Antonio, Chicago Bulls, j’aurai bien dit les Cleveland Cavaliers de Lebron James, mais à l’heure où nous parlons ils avaient perdu un match en menant de 19 points, et étaient à 4 défaites. Wait and see then pour la suite.

BR : Possédez-vous des produits dérivés NBA, du basket européen : maillots, casquettes, goodies… ?

PE : Je n’ai gardé aucuns produits dérivés NBA. Par contre j’ai collectionné tous les Pins de chaque délégation internationale contre lesquelles j’avais joué ainsi que les billets comme ceux de l’ex-URSS, et la monnaie étrangère. J’ai même un billet irakien à l’effigie de Saddam Hussein que m’avait offert un ami journaliste qui couvrait les conflits dans le monde et particulièrement en Irak. Je n’ai gardé aucun maillot, casquette, goodies que j’avais donné à des jeunes à la fin de ma carrière sportive. Je n’ai gardé aucun souvenir matériel juste l’émotionnel.

BR : Et vous redonnez tous vos maillots?

PE : Je n’avais pas pu résister aux regards des enfants qui me les avaient demandés. A l’époque, je me disais que donner un maillot France à un petit (e) pouvait susciter l’envie de jouer au basket et pourquoi pas faire carrière à haut niveau. D’ailleurs, je me souviens avoir donné mon dernier maillot France à l’une des filles de l’ancienne internationale de basket ; Françoise Quiblier Bertal. Ca devait être à Elodie ou Géraldine mais comme ça fait un bail maintenant, il faudrait demander à Isa Fijalkowski car elle a dû en donner un à l’une des sœurs Bertal aussi de mémoire.

Il n’y a aucun signe extérieur apparent de mon passé de joueuse chez moi. Tout est dans un container (photos, médailles) dans ma cave. Par contre, j’ai une véritable passion pour les rouges à lèvres et les bouteilles de parfums que je collectionne dont certaines sont de vrai œuvre d’art. Ca n’engage que moi bien entendu. J’ai aussi une passion pour la mode, donc vous imaginez mon placard quoi que je me suis un peu calmée avec le temps (rires + dit-elle en se rapprochant de l’enregistreur). Plus jeune j’étais une Fashionistas, j’adorais créer mon propre style, ma propre mode. D’ailleurs, j’avais suivi des études de Fashion Design (1 semestre à Marist College et 1 année de BTS à l’école Art & Style à Lyon lorsque j’évoluais à l’AS Villeurbanne à l’époque). Entre temps, j’avais dû me résigner à mettre un terme à ce projet d’étude, à mon grand regret, car trop difficile à suivre en parallèle d’une carrière de sport de haut niveau.

BR : Pour revenir à la NBA.

PE : (Rires). Il insiste sur la NBA. Je peux avoir des sujets féminins…

BR : Ca va arriver après.

PE : Non, non je plaisante….

BR : Quel serait le 5 majeur idéal de toute l’histoire de la NBA pour vous ? C’est pas forcément un cinq classique.

PE : Je nommerai Bill Russell, Scottie Pippen, Magic Johnson, Larry Bird, Michael Jordan.

BR : Ca vous en fait 5.

PE : J’en ai pleins d’autres. Je peux faire un deuxième cinq, une équipe (rires)

BR : Si vous voulez.

PE : Karl Malone, Chris Mullin, Tony Kukoc, Dennis Rodman, Drazen Petrovic, Charles Barkley, Kareem Abdul-Jabbar, Julius Erving, et l’Amiral David Robinson. Désolée c’est très difficile de citer un 5 majeur idéal.

BR : Venons-en à votre carrière. Vous avez gagné beaucoup de titres que ce soit en club ou en Equipe de France, reçu plusieurs distinctions personnelles. J’imagine que c’est difficile d’en sortir un mais quel est le souvenir marquant que vous retenez de votre carrière de basketteuse ?

PE : Chaque titre nous marque, c’est clair. Ca demande tellement de travail, de sacrifices et d’investissement pour en obtenir un qu’on les savoure tous. Mon premier souvenir marquant fût le premier titre de championne de France avec le Stade Français. J’avais 17 ans et demi. Ensuite, le titre de vice-championne d’Europe junior avait une saveur énorme car il est arrivé 10 ans après celui de nos aînées en 1970. Même si à l’époque, on était junior, ça laissait présager un retour ou un renouveau du basket féminin par rapport à cette génération mythique. En toute humilité, je n’ai pas non plus une flopée de titres contrairement à certaines joueuses.

Toutefois, je retiens ceux que j’ai obtenus avec mes coéquipières de l’époque au Stade Français Paris et aussi les finales du championnat de France avec l’AS Villeurbanne, Bordeaux Chanteclerc, Racing Club de Paris,  Orchies. J’ai aimé contribuer aux performances de Bordeaux Chanteclerc , une équipe qui faisait souvent « l’ascenseur » comme on le disait dans notre jargon, et avec laquelle nous avions atteint la finale du Championnat de France pour la première fois de son histoire avec les coaches Pierre Jouvenet et Francis Dandine. Il y a aussi eu les quarts de finale de la Coupe d’Europe Ronchetti avec le Stade Français-Paris, quand on sait qu’à l’époque c’était le bloc de l’Est qui régnait sur la planète du basket féminin en Europe. C’était une vraie performance pour nous.

BR : Vous avez joué en France, aux Etats-Unis (au collège Marist de 95 à 97). Pouvez-vous nous parler de la différence de culture basket entre ces deux pays (les entraînements, le style et niveau de jeu, l’ambiance dans les salles, les supporters) ? Que retenez-vous de ces expériences à l’étranger ?

PE : Quand je suis allée en NCAA, j’avais deux objectifs : concilier sport et études supérieures, ce qui ne pouvait se faire en France à l’époque.  J’avais toujours gardé en tête le double projet sport et projet de vie (reconversion). Il faut dire que mes parents tenaient à ce que je fasse des études pour ne pas me retrouver en galère en cas de pépins physiques et aussi pour préparer en amont mon après-carrière sportive. J’avais ça en tête depuis l’âge de mes débuts en pro à 17 ans et demi.

J’étais allée en NCAA pour vivre à la fois le rêve américain sportif, suivre des études supérieures, maîtriser l’anglais, et découvrir une nouvelle culture qu’elle soit sportive ou sociale. La différence entre le style de jeu aux US et la France est au niveau du mental et athlétique. Les entraînements en NCAA étaient bien plus difficiles que les matches. J’en avais vraiment bavé. Je faisais un entraînement de 2H par jour là-bas alors qu’en France c’était 2 à 3 entraînements par jour.

En France, il y a énormément de talents, et il faudrait travailler davantage le mental afin de pérenniser les résultats comme les Américains. Je constate, que lorsque nous gagnons un titre international, nous avons parfois du mal à reproduire la performance. Toutefois, il faut reconnaître que les équipes de France actuelles progressent à ce niveau-là. Par exemple, nous avons vu une équipe de France féminine battre les Américaines à Coubertin dans le cadre de la préparation au Mondial 2014, ce qui fut une performance historique même s’il s’agissait d’un match amical, et ne pas réitérer l’exploit lors de la compétition officielle. Pour moi, tout se situe au niveau du mental.

BR : Et en terme d’ambiance, qu’aviez-vous ressentir entre ces deux pays ? Comment l’aviez-vous vécu ?

PE : Il y a beaucoup plus d’engouement en NCAA parfois qu’en championnat LFB. Les salles sont plus grandes et bien remplies, tout dépend aussi de la conférence dans laquelle on évolue. Il faut dire qu’à mon époque, le sport n’avait la place qu’elle a prise aujourd’hui dans la société française et à l’international. Aux Etats-Unis, il y a un vrai engouement pour le basket et le sport en général, c’est culturel aussi. C’est un des sports rois au même titre que le baseball, et le football américain, trois des sports les plus populaires là-bas.

Aujourd’hui, il y a un vrai engouement pour le sport en France et le sport féminin ne fait pas exception à la règle. Je suis agréablement surprise de retrouver un Coubertin dans lequel j’avais évolué par le passé, plein à craquer lors de l’Open féminin et/ou lors des campagnes de l’équipe de France féminine particulièrement. Avant, nous devions jouer en lever de rideaux des garçons pour bénéficier d’un public plus large.

BR : Comment s’est présentée l’offre de la fac de Marist College? (ndlr : établissement d’enseignement supérieur situé près de New-York) Pourquoi ce choix là ? Aviez-vous reçu d’autres offres de fac américaines ?

PE : Inge Nissen, une joueuse danoise qui évoluait à Asnières et Mary-Ann O’connor, vice-championne Olympique à Montréal avec Team USA avec laquelle je jouais en club à l’époque m’avaient toutes deux, conseillé de jouer en NCAA. Pour la petite histoire, à la même époque, le club italien de la Fiat de Turino m’avait aussi proposé de jouer en championnat italien qui était le plus relevé et était la référence en Europe à l’époque. Mais j’étais bien trop jeune et j’avais peur de sauter le pas à cette âge-là, je n’avais que 17 ans et demi.

En dépit de mon appréhension, Mary-Ann O’connor, m’avait mise en relation avec Long Beach State University qui était deuxième du championnat NCAA juste après la mythique Université de Tennessee de la légendaire coach Patty Head Summitt. La « number one team » en NCAA pendant de longues années. Ensuite, j’avais été approchée par une autre grande coach Mary-Ann Stanley pour jouer à Old Dominion (ODU).Une autre légende du basket US, Lynette Woodard qui était également la première joueuse à évoluer avec les Harlem Globe Trotters m’avait également proposé de jouer à Kansas University.

Alors pourquoi avoir choisi Marist College ? Il se trouve que l’entraîneur de l’équipe masculine du Stade-Français Paris, coach Mike Perry, avait comme projet de retourner aux USA pour coacher les garçons à Marist, en emmenant avec lui quelques joueurs européens.

On va dire qu’il m’avait influencé pour que j’aille à Up States New-York en me disant que le choc culturel serait moindre, que NY était une ville cosmopolite et que j’aurai moins de mal à m’adapter culturellement. C’est donc à 22 ans que je suis allée là-bas. J’avais obtenu une bourse de 4 ans mais j’étais éligible que 2 ans pour le basket.

Lors de mon retour en France entre les 2 années universitaires, j’avais participé au Championnat d’Europe 84 ou 85 de mémoire. Coach Mary-Ann Stanley de ODU était dans les tribunes le jour où j’avais mis 31 points contre la Yougoslavie, une équipe qui jouait le titre à l’époque.

Coach Stanley est allée voir notre coach Jacquie Delachet pour lui faire part de son intérêt de me compter parmi ses futures joueuses à ODU. Etant éligible que 2 ans pour le basket, être muté dans une autre université faisait de moi une « Red Shirt », ce qui veut dire que je ne pouvais pas jouer pendant un an. J’avais déjà effectué une année à Marist donc ça n’avait pas pu se faire.

« Quand je suis allée en NCAA, j’avais deux objectifs : concilier sport et études supérieures. Il faut dire que mes parents tenaient à ce que je fasse des études pour ne pas me retrouver en galère en cas de pépins physiques et aussi pour préparer en amont mon après-carrière sportive. J’avais ça en tête depuis l’âge de mes débuts en pro à 17 ans et demi. J’étais allée en NCAA pour vivre à la fois le rêve américain sportif, suivre des études supérieures, maîtriser l’anglais, et découvrir une nouvelle culture qu’elle soit sportive ou sociale ».

BR : Quel souvenir gardez-vous de votre passage durant ces deux ans à Marist ? J’imagine du positif.

PE : Bien évidemment, je garde des souvenirs positifs. Cette expérience m’a beaucoup apporté au niveau du mental mais aussi au niveau physique, et d’une autre culture du jeu qui avait enrichi le mien. Il faut savoir que j’avais commencé au poste 5 à l’Insep, ensuite Joé Jauney, me faisait évoluer en poste 3. Aux US, c’est au poste 5 qu’ils m’avaient le plus utilisé en m’affutant davantage physiquement pour jouer à ce poste.

Ca m’avait beaucoup servi pour l’équipe de France au championnat d’Europe qui avait eu lieu entre mes deux années universitaires. J’évoluais au poste 3-4, j’avais un jeu plus polyvalent et j’avais acquis en rapidité et j’avais un rendement plus efficace pour l’équipe (enfin je crois…rires).

Paoline Ekambi à Marist College (Sept 1984)

Paoline Ekambi à Marist College (Sept 1984)

BR : C’était compliqué j’imagine de basculer du jeu européen, français à celui américain.

PE : Au début c’était un peu compliqué de basculer particulièrement du jeu européen à celui des Américains. Mais, il m’a fallu très un peu de temps d’adaptation, car dans mon collège (= fac) tout avait été mis en œuvre pour m’aider à m’intégrer rapidement dans l’équipe. Ensuite c’était aller très vite, j’étais déjà dans le 5 majeur en début de saison.

De plus, j’avais à cœur de montrer aux Américains que les Françaises savaient aussi jouer au basket surtout qu’à l’époque la reconnaissance des joueurs(ses) français(es) n’étaient pas celles d’aujourd’hui auprès d’eux. Si l’adaptation était rapide, j’en avais quand même bavé au niveau des entraînements qui étaient plus durs en intensité que les matches. De plus, en NCAA, le règlement imposait 2H d’entraînement par jour max alors qu’en France j’en faisais 2 à 3 par jour. Mais c’était 2 H à 200% d’investissement.

BR : Votre premier club pro est le Stade Français. Pourquoi ce club et comment avez-vous été repéré ?

PE : À l’époque, les joueuses de l’Insep – contrairement à maintenant avec le CFBB / INSEP – n’étaient pas intégrées comme équipe dans le championnat de France. Les joueuses étaient réparties dans différents clubs de NF1 actuel LFB (Division 1). Une grande partie des joueuses évoluaient dans les clubs parisiens, comme au Stade-Français Paris, le Racing Club de France, Asnières, Versailles, …. C’était le DTN de l’époque qui m’avait conseillé de jouer au Stade Français Paris. On s’entraînait deux fois par semaine, le mardi et le vendredi soir avec nos coéquipières de club. On jouait le samedi soir en championnat de France et en semaine pour les Coupe d’Europe. Ensuite retour à l’internat à l’INSEP. Ce qui fait qu’on gagnait en expérience et en maturité de jeu. On avait ainsi été baignée dans le grand bain très tôt pour bon nombre d’entre nous.

Paoline Ekambi - Stade Français-Paris à 17 ans

Paoline Ekambi – Stade Français-Paris à 17 ans

BR : Sachant que le Stade Français a été donc votre premier club, j’imagine que vous gardez une attache particulière.

PE : Non seulement je garde une attache mais ce n’est pas à sens unique avec le Stade Français Paris. C’est un club qui n’oublie pas ceux qui ont apporté des titres et ont ainsi contribué à son rayonnement. Je suis fière d’être aussi la Marraine de la section basket féminin. D’ailleurs Irène Guidotti (ex-coéquipière au SF-Paris) s’implique auprès de l’école de basket et JD Vinson (ex-international de basket, ex-dirigeant de l’équipe féminine de l’époque) est quand à lui resté toujours fidèle au poste depuis sa carrière de joueur. Il faut dire que son papa était un des grands dirigeants de ce club aussi.

Pour en revenir sur le sujet, étant parisienne, ayant toute ma famille et mes amis(ies) sur Paris, j’aurai fait toute ma carrière sportive au SF-Paris si ça avait pu être possible. Mais à l’ère du professionnalisme, le club ne pouvait plus faire face financièrement pour garder les 2 équipes filles et garçons qui évoluaient au niveau pro. Il y a d’ailleurs eu fusion par la suite avec Versailles qui évoluait aussi en NF1.

C’était aussi le cas pour d’autres clubs de la capitale, qui n’ont pu faire face lorsque le basket est passé de semi-pro à pro. Je suis heureuse de voir les filles évoluées en NF1 (l’actuelle) avec un renfort comme Nicole Antibe. On peut espérer qu’un jour le SF-Paris retrouvera sa place parmi l’élite du basket féminin.

De plus, il manque une équipe féminine en LF1 sur la Capitale et ça ferait du bien pour la promo du basket féminin à Paris où il y a un grand manque de licenciées.

Equipe du Stade Français Paris 83-84

Découvrez dés vendredi, la deuxième partie de l’entretien. Nous avons abordé avec Paoline Ekambi d’autres questions sur sa carrière professionnelle, de la féminité dans le basket et de ses nouvelles activités après sa retraite de sportive. En attendant, découvrez la vidéo de la finale du championnat d’Europe 1993 (cliquez ci-contre à gauche) entre la France et l’Espagne à laquelle Paoline a participé. Les tricolores finiront deuxième du tournoi.

Montage Une : Gary Storck 

Retrouvez plus de Basket Retro sur





About Richard Sengmany (365 Articles)
Découvrant le basket dans les années 90 grâce à la diffusion des matchs NBA sur Canal+, je rédige depuis plus de dix ans des articles sur la balle orange, sur d'autres disciplines sportives et la culture.

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur la façon dont les données de vos commentaires sont traitées.