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ITW George Eddy – Acte 1 : Les années 90 étaient la période glorieuse du basket en France à la télévision 

Interview

Il fait partie des personnalités fortes du basket. Certains fans de la balle orange ont grandi en écoutant ses commentaires sur les matchs NBA. Avant son départ pour l’Espagne pour la Coupe du monde qu’il commente en ce moment sur Canal, George Eddy s’est longuement confié à Basket Rétro. Au menu de la première partie de l’entretien, le cultissime commentateur revient notamment sur sa carrière de joueur, celle d’entraineur, la NBA et son arrivée à Canal Plus.

Basket Rétro : Tout d’abord, comment avez-vous découvert le basket ?

George Eddy : Mon premier contact avec le basket, c’est lorsque j’ai regardé un match des Harlem Globe Trotters chez mon voisin à l’âge de 6 ans peut-être. J’ai aussi découvert la NBA à l’époque de Wilt Chamberlain contre Bill Russell quand j’avais entre 8 et 10 ans. J’avais ensuite envie de jouer moi-même.

BR : Vous avez joué pendant 15 ans dans le championnat de France. A quel poste avez-vous évolué ?

GE : J’étais shooteur longue distance au poste de deuxième arrière. Pendant la première moitié de ma carrière, je shootais à longue distance à trois points mais il n’y avait pas encore la ligne de tracer. Puis à partir de 1984, mes shoots à longue distance étaient 50 % plus rentables. J’ai eu la chance de connaître les deux époques. J’ai eu la chance d’être professionnel en France après avoir toujours été évincé de mon équipe au lycée et à l’université. J’avais donc beaucoup de frustration par rapport à cela. J’ai profité de ma double nationalité pour pouvoir enfin jouer au basket sérieusement en France.

BR : Vous avez été évincé de l’Université de Floride, c’est bien ça ?

GE : Oui c’est ça. C’était mon problème étant jeune. J’étais un bon joueur dans le deuxième meilleur lycée de l’Etat de Floride. J’étais trop fort et pareil pour Florida qui était dans le Top 20-Top 40 des universités du moment. Chaque fois, j’étais le 16ème meilleur joueur dans une équipe de quinze. Je me suis donc retrouvé écarté en dernier. Je continuais à jouer beaucoup de mon côté : 4 heures par jour. C’est comme ça que j’ai pu progresser et devenir professionnel en France.

George Eddy

George Eddy

BR : En effet, vous êtes devenu professionnel en intégrant l’équipe de l’Alsace Bagnolet en 1977. Comment avez-vous été repéré et recruté par ce club ?

GE : C’est très drôle. Je venais tous les deux ans rendre visite à ma famille du côté de ma mère. Elle est née à Chatou dans les Yvelines. Comme j’étais très branché basket, j’ai demandé à un ami de la famille s’il avait un tuyau pour me trouver un club. Cet ami est d’ailleurs le père de l’actuel directeur de Bercy : Philippe Ventadour. Celui-ci m’a donc filé un contact d’un club francilien pour voir si je pouvais m’entrainer avec eux pour le plaisir pendant les vacances en 1977. Un des dirigeants de ce club a dit ‘Ah si sa mère est française et s’il joue bien, peut-être que l’on pourrait l’intégrer grâce dans notre équipe à sa double nationalité’. Et à partir de là, ca m’a ouvert des portes, a créé des opportunités que je ne soupçonnais même pas.

BR : Après Bagnolet, vous avez évolué dans d’autres clubs français. Pouvez-vous nous détailler les années passées dans chacun de ces clubs et donc revenir sur votre parcours pro ?

GE : A Bagnolet, c’était toujours la même histoire. J’ai tapé un peu trop haut (rires). Pendant toute la saison, on avait beaucoup de blessés, de suspensions. Donc j’ai pas mal joué en fin de saison pour me faire connaitre. Ensuite j’ai signé deux ans dans un club ambitieux : Chalons en Champagne (1978-1980). On avait raté la montée deux années de suite. Ensuite j’ai joué en première division avec Caen pendant deux ans (1980-1982), un an à Nice (1982-1983), un an à Saint Julien à côté de Troyes (83-84). La plus belle époque pour moi ensuite est celle de la saison 1984-1985 au Racing Club de France. J’étais meilleur marqueur français pendant une grosse partie de la saison. Et après on était monté en première division avec le Racing.

BR : La saison 1984-1985 avec le titre de meilleur marqueur est donc votre meilleur souvenir de joueur ?

GE : Oui cette année-là a été la meilleure de ma vie à tout point de vue car j’ai proposé aussi mes services à Canal Plus pour commenter la NBA en novembre 1984, année qui correspond à mes débuts en carrière avec le club du Racing. Et Charles Bietry, directeur des sports de Canal, m’a pris comme consultant en janvier 1985. Dans la même saison, je réalise une super performance individuelle. Le club monte en première division. En parallèle, je commence donc ma carrière à la télévision qui dure depuis 30 ans désormais. C’était une année tournant. André Buffière (ndlr : ancien grand joueur et entraîneur de basket) a insisté pour me faire venir à Paris. Cela a été décisif pour la suite de ma vie.

« La saison 1984-1985 est mon meilleur souvenir de joueur. Je réalise une super performance individuelle au Racing avec le titre de meilleur marqueur. Le club monte en première division. Et cette période coïncide avec mon arrivée à Canal Plus en tant que consultant en janvier 1985 pour commenter le matchs NBA ». 

BR : On reviendra sur votre carrière de journaliste/consultant Canal Plus plus tard. Toujours concernant votre carrière de basketteur, en plus d’être un gros shooteur comme vous l’avez souligné, quel type de joueur étiez-vous sur le terrain ? Quelqu’un de calme,  un trashtalker ?

GE : J’étais beaucoup plus un trashtalker sur les playgrounds en Floride. Moi et mon pote qui était un des meilleurs joueurs de tout l’Etat que moi, passions toujours du temps ensemble. Et on jouait sur des terrains où il y avait que des noirs. Eux, ils aiment bien chambrer. Nous, pour être à la hauteur, on chambrait aussi. Moi j’imitais la manière de parler des noirs. Ca faisait rire tout le monde. J’étais plus dans le trashtalk à cette époque. A l’université, un peu aussi. Généralement, si d’autres personnes commencent à tchatcher, moi j’enchaine derrière et j’essaie d’être plus fort. Quand j’étais professionnel, j’étais davantage concentré sur le métier. Avec l’adresse, ma plus grande qualité était la concentration. Je n’avais pas beaucoup de qualités athlétiques. Je ne pouvais donc pas trop me permettre de parler aux adversaires. J’étais plutôt silencieux et dans une bulle, à me concentrer sur chaque geste que j’avais à accomplir.

BR : A coté de vos activités de commentateurs, trouvez-vous encore le temps de jouer ?

GE : A 58 ans, je joue dans un championnat des anciens en Ile-de-France. Avec le Vesinet, je joue avec l’équipe 2 et on est monté en deuxième division l’année dernière. C’est un petit accomplissement tardif. Ca correspond à mon niveau même si je dois être le plus vieux du championnat à 58 ans. Il faut avoir 36 ans au moins pour y participer. Je suis content de faire encore des matchs officiels avec un peu d’enjeu. Je joue aussi deux fois par semaine avec une équipe de journalistes qui aime le basket sur Paris avec Canal Plus, Eurosport, l’Equipe. Tous les journalistes qui jouent au basket sont les bienvenues à Coubertin deux fois par semaine. Je suis le président de l’association depuis presque 30 ans maintenant. Je joue donc encore 2-3 fois par semaine sérieusement.

BR : Vous êtes président de quelle association ?

GE : « Canal Bulls ». C’est l’équipe de basket du comité d’entreprise de Canal Plus. On est un peu comme le club de variétés au football. On faisait des matchs de gala pour des charités un peu partout. On en fait un peu moins car les journalistes ne sont pas trop libres le weekend à cause de leur travail.

BR : Après votre carrière de joueur, vous avez entraîné aussi en première division au Racing pendant un an. Quel type de coach étiez-vous ? Vous prôniez plus un jeu défensif et/ou plus offensif ?

GE : Probablement plus vers le jeu d’attaque. Moi-même j’étais un piètre défenseur. Je m’intéressais beaucoup à la technique individuelle. Avec André Buffières, on avait cela en commun. Je m’intéressais beaucoup au système offensif. Par contre, avec André, on avait des points de vue qui divergent car lui c’était la vieille école avec très peu de systèmes. Moi j’étais inspiré par des coachs comme John Wooden, Bill Sweek, Lloyd King, toute cette école UCLA avec des bons systèmes, du poste haut. J’étais un coach qui aimait bien ces systèmes de jeu et tactiques. J’ai commencé à coacher trop jeune. J’avais que 30 ans. Buffière m’a proposé de prendre la succession de Laurent Dorigo en 1986. On avait fini neuvième la saison précédente. On était quatrième a la fin des matchs aller. Le Racing m’a viré en disant que j’étais trop exigeant, trop dur envers mes joueurs que j’avais comme Jean-Michel Sénégal, Hervé Dubuisson, Skeeter Jackson, des joueurs très réputés. Le club parisien était convaincu qu’ils pouvaient faire mieux mais ils ont terminé la saison à la quatrième place avec Buffières comme entraîneur pour les matchs retour.

Je ressors de cette expérience de deux manières. Premièrement, d’abord, j’ai compris que j’ai arrêté de jouer trop tôt. Ce qui me plaisait le plus dans le basket, c’était d’être joueur. Donc j’ai repris le basket au Vésinet en tant qu’entraîneur-joueur par la suite. La deuxième chose, c’est que j’ai vécu mon éviction comme une injustice par rapport à mon travail. J’ai compris que j’avais plus de chances de réussir comme commentateur où il n’y a pas d’enjeux de résultats qu’entraîneur de haut niveau où ça joue beaucoup sur les coups de chance, la qualité de ton effectif.

C’était une expérience intéressante. Je l’ai fait trop tôt. J’ai peut-être parfois été trop dur, trop naïf. Parmi les joueurs, c’est très drôle, je coachais Jean-Michel Senegal qui avait 4 ans de plus que moi. C’était un grand joueur qui a remplacé Buffières au poste de coach au Racing en 87. Mais sans succès. C’était une période mouvementée pour moi mais après j’ai fait 4 belles années au Vésinet. Je tournais à 30 points par match en Nationale 3. Il y a une année où on est monté en Nationale 2 avec Mustapha N’Doye qui a été prêté par le Racing. J’ai terminé ma carrière de joueur sur une bonne note avec quatre belles saisons à un niveau correct.

BR : Le coaching ne vous manque pas ?

GE : Au Vésinet, j’étais donc à la fois joueur et entraineur. Pour la partie managériale, je me servais de mon assistant. Je n’ai pas de frustration par rapport au coaching qui est très compliquée. Même quand tu gagnes un match, les joueurs qui jouent moins ne sont pas contents. Leurs entourages et leurs agents ne sont pas contents. Quand on est joueur, si on gagne et tu joues bien, ça suffit. Tout est simple. Quand tu es coach, on doit s’occuper de 10 joueurs, de l’encadrement, des dirigeants, des supporters, des médias. C’en était trop pour moi. Et finalement ce n’était pas un métier qui me plaisait tant que ça.

Aujourd’hui, j’ai fait beaucoup de stages pour les jeunes et notamment des camps de basket où je fais travailler les fondamentaux pour les gamins au Vésinet et à Digne. Transmettre mon savoir-faire technique, faire des vidéos sur You Tube pour expliquer la technique du tir sont des choses qui me plaisent, me passionnent. Et j’aime toujours d’ailleurs les systèmes d’attaque. Je pourrais être un consultant d’un coach en première division pour aider son équipe à améliorer leur jeu offensif et tirer le maximum de chaque joueur.

BR : Venons en maintenant à la NBA. Vous en avez un peu parlé précédemment en découvrant ce basket avec Chamberlain et Russell. A partir de là, vous avez donc suivi sans cesse ce championnat nord-américain.

GE : A 8 ans, j’ai commencé à regarder les matchs. Ca m’a tout de suite plu. J’étais fan absolu de Wilt Chamberlain. Ce joueur faisait tout sur le plan des statistiques, performances. C’était un géant athlétique qui avait 20 ans d’avance sur le basket : 50 points par match sur une saison, 100 points dans un match. Tout ça m’impressionnait. Quand j’ai commencé à jouer et à être plutôt adroit, je suivais les super shooteurs  comme Rick Barry. Les gros scoreurs de chaque époque m’intéressaient. La NBA, à l’époque, était un peu marginale. C’était moins populaire que le football américain ou le baseball aux Etats-Unis. C’était un peu marginalisé à travers les années 70 et 80. De là, ca a toujours été une passion la NBA que j’ai commencé à commenter à Canal en 1985. Dans les années 80, c’était Bird face à Magic, les Celtics face aux Lakers. C’était une période extraordinaire. Dans les années 90, c’était les années Jordan. C’est encore plus fort. A partir des années 2000, on vit l’époque de Tony Parker. On ne pouvait pas vraiment rêver mieux. J’ai eu la chance de commenter pour Canal des matchs qui coïncident avec ces époques fortes de la NBA.

« J’ai eu la chance de commenter pour Canal des matchs qui coïncident avec les époques fortes de la NBA.Dans les années 80, c’était Bird face à Magic, les Celtics face aux Lakers. Dans les années 90, c’était les années Jordan. A partir des années 2000, on vit l’époque de Tony Parker. On ne pouvait pas vraiment rêver mieux ». 

BR : Par le passé et actuellement, quels sont vos joueurs, coachs, équipes NBA que vous préférez?

GE : Actuellement, j’apprécie beaucoup Gregg Popovich et les Spurs de San Antonio. C’est une équipe très internationale avec un basket collectif et un jeu à l’européenne basé sur l’adresse à trois points. Les joueurs sont altruistes, c’est tout à fait à l’opposé de la caricature du basket NBA : le un contre un à outrance, trop d’individualisme, ca joue en isolement. Je suis très fan des Spurs depuis 15 ans. Avant Popovich, c’était tous les ballons à l’intérieur pour Robinson et Duncan et grosse défense. Maintenant, c’est un jeu plus flamboyant, plus de vitesse avec l’apport de Manu Ginobili et Tony Parker. Ca shoote plus à 3 points, il y a plus de scoring. Popovich a su évoluer avec le basket moderne et le règlement d’aujourd’hui. J’apprécie Phil Jackson à l’époque des six titres des Bulls et des cinq titres avec les Lakers.

Ceux qui m’ont marqué le plus en tant que commentateur NBA sont ceux que je viens d’évoquer. Il y a aussi Pat Riley qui coachait les Lakers avec le coté showtime et le jeu flamboyant avec Magic, Kareem Abdul-Jabbar. En plus j’ai appris à connaitre personnellement ces joueurs. Magic a une personnalité qui est très souriante. Jabbar est beaucoup plus silencieux et incroyablement fort dans le jeu. Il y a la Dream Team, Jordan que j’ai côtoyé de très près. Toutes ces stars étaient des sacrés bonhommes, des personnages légendaires. Je ne pourrais que m’en ravir. Et ca continue de nos jours avec Lebron James, Kobe Bryant, Tony Parker, Boris Diaw, ou encore Kevin Durant.

BR : Et inversement quels sont les joueurs/équipes que vous détestiez par le passé et actuellement ?

GE : J’ai toujours été l’apôtre du jeu spectaculaire : marquer des points, courir, shooter, soit tout ce qui convenait de faire face à une défense de fer et pour répondre aux coups violents. Donc je n’ai jamais aimé les Pistons de Detroit et leurs bad boys. Je n’aimais pas les Knicks de Pat Riley qui jouaient comme ces mêmes Pistons, avec un jeu très destructeur. Moi je préfère construire que détruire.  J’étais contre ce basket là : ces très grosses défenses qui nivelaient le score, qui tuent le spectacle. C’est le même genre de basket qu’on a vu en Europe dans les années 90, le basket de Majkovic, le coach yougoslave qui jouait les matchs autour de 50-60 points, à la limite des 30 secondes. Tout ça pour moi était de l’anti-jeu.

Ensuite, il y a eu une prise de conscience dans les années 2000 où on a donné les clés au basket aux joueurs d’attaque notamment dans la NBA où ils ont arrêté le Ham Shacking et les violences inutiles. Maintenant, on est plus dans une culture de basket avec l’adresse, la vitesse, la technique et moins de domination athlétique. Les Knicks avec Phil Jackson comme joueur, Walt Frazier m’ont plu avec un jeu incroyablement collectif, le jeu de passes puis les shoots.

BR: Avez-vous un ou plusieurs souvenirs marquants de matchs que vous avez vus et commentés (matchs de playoffs, performances d’un joueur, un All Star Game, match olympique, européen…) ? J’imagine que ca doit être compliqué de donner une réponse.

GE : Oui j’ai commenté tellement de matchs. Je crois que je suis le recordman mondial sans modestie d’événements commentés : Super Bowl, Finales NBA, All Star Game NBA, championnat d’Europe et six Jeux Olympiques. Il y a personne au monde qui a commenté tellement de matchs comme moi. Si je dois sortir un match qui symbolise le style de basket que je préfère, c’est la finale de 2008 à Pékin entre les américains et les espagnols. Je pense que c’était le plus beau match de basket de tous les temps et de tous les baskets confondus. Il y avait toutes les stars sur le terrain avec la génération dorée des deux côtés. Il y avait une adresse colossale. Les deux équipes dépassent les 60 points en première mi-temps en jouant tous azimuts jusqu’au bout. L’Espagne a failli créer la surprise. C’est le plus beau match que j’ai commenté.

George Eddy (2) essentiel luBR : Vous avez assisté à beaucoup de matchs NBA sur place. Pouvez-vous nous décrire l’ambiance, l’après match, le public américain, le show à la mi-temps d’un match de basket aux Etats-Unis. Forcément la différence est notable par rapport à d’autres pays comme la France. La culture basket n’est pas la même entre les deux pays vous qui avait joué et vécu dans ces deux endroits.

GE : Oui on connait aux Etats-Unis ce côté sport spectacle, les pom pom girls, les plus belles salles, les 20 000 spectateurs dans les salles, les meilleurs joueurs du monde sur le parquet. Il y a énormément d’atouts. C’est probablement la ligue professionnelle qui a le meilleur outil depuis 30 ans tous sports confondus. La NBA a bien progressé, est présente à l’international. Il y a l’arrivée d’une centaine de joueurs internationaux. Mais la NBA a ses défauts avec la saison régulière à 82 matchs pour chaque équipe. C’est trop de matchs sans intérêts et enjeux. Tout ça pour payer des salaires encore plus excessifs.

Les équipes qui jouent mal sont pénibles à regarder avec un basket individualiste, beaucoup de ballons perdues, et des mauvais choix. Il y a des équipes qui jouent bien comme les Spurs, les Lakers de Phil Jackson, les Celtics de Doc Rivers, ou le Miami de Lebron James. Quand ca joue bien avec deux équipes de très haut niveau avec de l’enjeu au moment des playoffs, je pense que c’est le meilleur niveau qu’il soit, en dehors de la finale USA – Espagne à Pékin. Quand au public, il vient au match plus en spectateur. Ce qui n’est pas plus mal car il n’y a pas de violence chez eux comme on peut voir dans le foot ou dans le basket à Belgrade, en Grèce. Ce côté excessif me déplaît totalement. Moi je préfère le côté bon enfant du public américain. On vient avec sa femme et ses enfants en sécurité. Quand on arrive en playoffs, il y a une ambiance de folie et on veut vraiment voir son équipe gagner. Donc ca pousse mais sans excès de violence comme certains matchs ou publics en Europe. C’est l’idéal.

BR : Quelles sont les salles NBA qui vous ont le plus émerveillé ? Meilleure ambiance, meilleur public ?

GE : La salle de San Antonio, c’est très fort. On sent le public local qui vit vraiment le match avec l’équipe et qu’elle veut la voir gagner. Ca peut arriver à Los Angeles notamment quand les Lakers ont gagné leur dernier titre en battant les Celtics dans un match 7 très compliqué en 2010. C’est un public qui a su sortir de ses tripes pour pousser son équipe. Mais ce n’est pas tout le temps. C’est beaucoup plus relax pendant la saison régulière. A Détroit, il y a un public très chaud. A Seattle, à une époque aussi. Le Vieux Chicago Stadium à l’époque de Jordan on sentait carrément le bâtiment bouger.

BR : On peut vous voir avec pleins de casquettes, maillots à la télévision. Etes-vous un grand collectionneur des produits dérivés NBA ?

GE : Oui j’en ai beaucoup. Depuis qu’on a perdu les droits de la NBA, j’essaie de vendre ma collection de maillot. Si quelqu’un sur le site de Basket Rétro veut acheter toute ma collection de casquettes NBA et de maillots, il a qu’à me faire une proposition (rires). J’ai tout chez moi.

BR : Venons-en à l’actualite de la NBA. Ca s’agite beaucoup du coté des transferts. Cleveland s’est renforcé avec le retour de Lebron James et l’arrivée de Kevin Love. San Antonio va tenter de conserver son titre sans que l’effectif bouge. Oklahoma City est un prétendant. Chicago peut revenir fort avec l’arrivée de Pau Gasol et la réapparition de Derrick Rose. Quel est votre pronostic pour le titre NBA pour la saison à venir ?

GE : San Antonio peut faire le doublé. Leur jeu est tellement en place. Ils ont rajeuni l’effectif. Ils n’ont pas trop besoin de trop se reposer sur Duncan et Ginobili. Je pense que Cleveland peut très bien être en finale et gagner à l’Est vu que Miami est affaibli. Il n’y a pas beaucoup d’équipes fortes à l’Est. Indiana va être décimé par l’absence de Paul George et le départ de Lance Stephenson. Pour moi, la finale à l’Est opposera Cleveland à Chicago. Les Bulls ont recruté Pau Gasol et récupère Derrick Rose comme vous l’avez dit. Puis je vois San Antonio et Oklahoma City en finale à l’Ouest.

BR : Quel serait votre 5 majeur idéal de toute l’histoire de la NBA (pas forcément un pivot, deux ailiers, deux arrières) ?

GE : Bill Russell, Wilt Chamberlain, Michael Jordan, Magic Johnson et Larry Bird.

BR : Vous êtes devenu consultant basket par la suite. Comment êtes-vous rentré à Canal Plus ?

GE : J’ai eu la chance de jouer à Paris et de faire partie des tous premiers abonnés de Canal. J’avais mon décodeur 2 semaines avant la première diffusion des images. On voulait faire une télévision un peu à l’américaine. J’en pouvais plus des trois chaines publiques en France. J’ai vu ce qu’allait proposer Canal Plus. Notamment avec le basket américain. Ca a fait tilt dans ma tête. Je me suis dit, je parle français. Je connais la NBA par cœur. Je vis à Paris, donc je vais proposer mes services à la chaîne comme consultant. Tous mes copains au club du Racing m’ont dit «  tu rigoles, tu n’es pas assez connu, ils vont jamais te choisir, tu perds ton temps ». J’ai quand même envoyé une lettre à Charles Bietry, directeur des sports de Canal Plus à l’époque. Et deux semaines après, alors que je pensais que c’était fichu, il m’appelle et me fait faire des petits essais. Il me dit « on fait un match et si c’est correct on en fait un deuxième. Si c’est mauvais, je te remplacerais tout de suite ». J’ai essayé vraiment de bien préparer le premier match pour ne pas me rater.

« J’ai envoyé une lettre à Charles Bietry, directeur des sports de Canal Plus à l’époque. Et deux semaines après, alors que je pensais que c’était fichu, il m’appelle et me fait faire des petits essais pour commenter les matchs NBA. Il me dit « on fait un match et si c’est correct on en fait un deuxième. Si c’est mauvais, je te remplacerais tout de suite ». J’ai essayé vraiment de bien préparer le premier match pour ne pas me rater ».

BR : Vous vous rappelez du premier match de basket que vous avez commenté sur Canal ?

GE : C’était les Celtics de Larry Bird contre les New York Knicks. Bietry avait choisi de diffuser les Knicks toutes les semaines car c’est Madison Square Garden Télévision qui avait proposé les droits. A partir de la deuxième année, Bietry a compris qu’il valait mieux choisir le plus beau match de la semaine sur CBS. Bietry découvrait l’univers de la télévision, moi je découvrais le boulot de journaliste. On était tous en apprentissage. On était sans doute très moyen au début, très médiocre. On avait envie de progresser. C’est surtout ça de travailler. J’ai appris tout le métier sur le tas. Maintenant, j’ai la carte de presse depuis 30 ans. J’ai fait du vrai journalisme. Je me réjouis d’avoir envoyé cette lettre au début à Bietry. Je lui en suis très reconnaissant de cette chance qu’il m’a donnée.

BR : Quels sont les meilleurs matchs que vous avez commentés ? Là aussi, j’imagine que ce n’est pas facile d’en sortir un du lot.

GE : La première année a été compliquée, les Knicks étaient décimés par les blessures. Donc il n’y avait pas vraiment de matchs qui sortaient du lot au début sauf pour la qualité des adversaires comme les Lakers ou les Celtics. Lors de la deuxième année, quand on retransmettait les images du meilleur match de la semaine qui était diffusé sur CBS, c’est là que tout a vraiment décollé. On faisait vraiment des bonnes audiences au début. On parlait beaucoup de la NBA sur Canal ainsi que du foot US. C’était nouveau. On avait un peu copié sur ce que faisait la télévision italienne car elle diffusait déjà depuis 1981-1982 la NBA et la NFL. Les plus beaux matchs commentés sont forcément les Lakers contre les Celtics en finale dans les années 80. Après Jordan contre les Pistons. Je garde en tête aussi la première finale que j’ai commentée aux Etats-Unis. Ca c’était un tournant majeur.

A partir de 1991, on est parti aux Etats-Unis commenter tous les All Star Game et les finales NBA. Cette année là, c’est une finale Bulls – Lakers ; Jordan contre Magic. C’était un summum pour nous. Les trois premiers titres de Jordan étaient tous spectaculaires. Il n’y avait pas grand chose à ajouter sur les 6 titres de Jordan. Tout était bon à prendre. On avait beaucoup de monde même à 3h du matin. Il faut dire que la période glorieuse du basket en France à la télévision était les années 90 : Limoges champion d’Europe, la Dream Team en 1992, Jordan vs Magic en finale de 1991, les six titres de Jordan, la campagne Nike autour de Jordan, le phénomène playground auquel j’ai beaucoup participé en France pour faire construire des terrains avec Mondial Basket. J’ai crée le magazine comme 5 majeur, Newsport avec mes collègues. J’ai bossé à Maxi Basket. A l’époque où je bossais à Mondial Basket, il vendait 100 000 magazines par mois. C’était incroyable. J’avais sorti un scoop sur le retour de Jordan avec un salaire de 30 millions de dollars par an. Les années 90 ont été les plus belles années pour moi, la NBA et le basket général en France.

Propos recueillis par Richard Sengmany

Retrouvez samedi la seconde partie de l’entretien avec George Eddy. Nous avons abordé avec ce grand passionné de la balle orange entre autres de son travail de commentateur à Canal, de ses souvenirs NBA en tant que journaliste, de la Pro A, de la Coupe du monde de basket.  

En attendant voici un reportage sur les débuts de George Eddy au poste de commentateur des matchs NBA

Son premier match commenté est à retrouver sur Bball Channel, notre partenaire. Lien ci-contre : Boston – New York

Montage : Clément Demontoux

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About Richard Sengmany (399 Articles)
Découvrant le basket dans les années 90 grâce à la diffusion des matchs NBA sur Canal+, je rédige depuis plus de dix ans des articles sur la balle orange, sur d'autres disciplines sportives et la culture.

2 Comments on ITW George Eddy – Acte 1 : Les années 90 étaient la période glorieuse du basket en France à la télévision 

  1. Beau travail ! Super interview d’un grand monsieur du basket français !

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