Draft NBA : le bug de l’an 2000
NBA Draft
Passage obligé pour les grands espoirs de la planète basket, point de départ d’un nouveau projet pour les franchises NBA, nombreux sont les enjeux qui entourent chaque année la draft NBA. Mais si chaque cuvée renferme son lot de prodiges et de déceptions, il peut arriver que certaines soient la victime d’un véritable creux générationnel. Une étiquette qui sied fort bien à celle de l’année 2000, encore considérée par beaucoup comme l’une des plus pauvre en talents de l’histoire.
LA RECHERCHE DE LA RELEVE
Le moins que l’on puisse dire, c’est que la grande ligue ne débute pas ce nouveau millénaire dans les meilleures dispositions. Depuis la retraite de Michael Jordan et la fin de la dynastie des Bulls, la NBA fait face à une importante baisse d’audience, passant notamment de dix-huit millions de téléspectateurs lors des finales 1998 à onze millions la saison suivante. Pour ne rien arranger, la ligue est frappée par le plus long lockout de son histoire juste avant l’entame de la saison 1998-1999, résultant d’un désaccord entre le syndicat des joueurs et la ligue sur la mise en place d’une nouvelle réglementation salariale. La NBA perd gros dans l’histoire : reprise de la saison régulière en février, annulation du All Star Game, réduction du nombre de rencontres à 50 matchs pour finir dans les temps, joueurs hors de forme et niveau de jeu loin des standards habituels. De quoi bien entamer la réputation des basketteurs aux yeux de l’opinion publique.
Dans cette période mouvementée où la ligue cherche son nouveau visage, les regards se tournent naturellement vers la draft, pourvoyeuse des futurs prodiges de la balle orange depuis 1947. Après deux cuvées aux retombées assez homogènes, la draft 2000 prend place le 28 juin dans le Target Center, salle des Minnesota Timberwolves. Mais d’emblée, l’espoir de voir un futur grand nom émerger parmi les joueurs inscrits semble maigre. Contrairement aux années précédentes, aucun prospect ne se démarque réellement, si ce n’est Kenyon Martin, fraîchement désigné « National Player Of The Year » au terme d’une saison Senior rondement menée avec les Bearcats de Cincinnati. Athlétique et bon défenseur, il apparaît déjà comme un joueur capable d’impacter dans le jeu, mais reste malgré tout loin de l’image de « game changer » qui pouvait accompagner Allen Iverson ou Tim Duncan quelques années auparavant. Derrière lui, difficile de réellement prédire un ordre de sélection précis, tant les franchises semblent se rendre à la draft avec peu de certitudes concernant les profils disponibles.

Vers 20 heures, David Stern prend place derrière son pupitre pour féliciter les Lakers, tout juste sacrées champions, et souhaiter la bienvenue aux joueurs, agents et fans réunis dans le Target Center. Pour les franchises NBA, ce n’est que le début des hostilités, la soirée de la draft est lancée. Détenteur du premier choix, les New Jersey Nets sélectionnent sans trop de surprises Kenyon Martin, mettant fin au peu de suspense entourant le first pick de la cuvée. Il sera ensuite suivi par deux autres profils assez similaires, les Vancouver Grizzlies jetant leur dévolu sur le pivot de LSU Stromile Swift, tandis que les Los Angeles Clippers tenteront un pari osé en sélectionnant le lycéen Darius Miles. Avec leur quatrième choix, les Chicago Bulls seront à l’origine de la première surprise de la soirée en misant sur l’ailier fort de Iowa State Marcus Fizer, joueur pourtant assez peu en vu avant la draft et qui évolue au même poste que Elton Brand, sélectionné en première position par la franchise l’année précédente. Détenteur du pick suivant, le Magic d’Orlando conclura le top cinq en sélectionnant le local Mike Miller, arrière des Florida Gators.
La soirée se poursuivra avec, entre autre, les sélections de DerMarr Johnson (Hawks), ancienne star du circuit lycéen et coéquipier de Martin à Cincinnati, Chris Mihm (Cavaliers), rebondeur référencé en NCAA, Jamal Crawford (Bulls), meneur spécialiste du un contre un, Joel Przybilla (Bucks), protecteur de cercle réputé, et enfin Keyon Dooling (Clippers) pour conclure le top dix. Le basket hexagonal sera également mis à l’honneur avec la sélection de Jérôme Moïso, ancien de l’INSEP, appelé par Boston en onzième position. L’ailier fort des Bruins de UCLA devenait ainsi à l’époque le deuxième français à évoluer en NBA, trois ans après la draft de Tariq Abdul-Wahad.
UNE CUVEE SANS ETOILE
Dans les médias, nombreux sont les analystes dubitatifs quant au potentiel des joueurs fraîchement arrivés dans la grande ligue. La plupart des profils sélectionnés apparaissent comme des athlètes bruts dotés, certes, de qualités physiques indéniables, mais avec un QI basket et un bagage technique plus limité. En somme, des joueurs que les franchises devraient prendre le temps de développer sur le long terme, avec des retombées plus qu’incertaines. Cette analyse se confirme aujourd’hui dans les chiffres : cinq des dix premiers joueurs appelés ce soir là par David Stern ne passeront pas plus d’une décennie en NBA, tout comme trente-trois des cinquante-huit membres de la cuvée. Parmi les trajectoires en-deçà des attentes, difficile de ne pas évoquer les cas de Stromile Swift et Darius Miles. Malgré un potentiel certain, les deuxième et troisième choix ne justifieront jamais vraiment leur statut. A l’image de la promo tout entière, ils incarnent le début d’une époque où l’on ne se base plus sur les performances affichées, mais sur les performances envisagées sur le long terme et les qualités physiques. Un pari risqué qui se révélera perdant pour les Grizzlies et les Clippers.
Habitué des finitions acrobatiques lorsqu’il évoluait à LSU, Swift ne parviendra jamais à réitérer ses exploits sur les parquets NBA. Passé par Vancouver, mais aussi Houston, Phoenix et les Nets, « Stro » apparaissait régulièrement dans les compilations des actions les plus spectaculaires de la nuit, sans pour autant parvenir à s’imposer comme un titulaire solide. Ses lacunes en terme d’intelligence de jeu et son incapacité à développer un véritable arsenal offensif finiront par lui coûter sa place dans la ligue, débouchant sur une retraite en 2010, à tout juste trente ans. Un profil et un destin relativement semblable à Darius Miles, qui bénéficia pourtant d’un engouement spectaculaire après sa draft. Avant l’arrivée des Kwame Brown, LeBron James et Dwight Howard, « D-Miles » était tout simplement le lycéen sélectionné le plus haut dans l’histoire de la draft. Un statut qui le fit bénéficier d’une grande popularité, au point de voir son maillot en tête des ventes aux Etats-Unis, devant ceux de Shaquille O’Neal et Kobe Bryant ! Malgré de belles promesses et une saison rookie convaincante, cette notoriété ne va jamais se retranscrire sur les terrain. Son éthique de travail et un transfert du coté des Portland « Jail Blazers » ne l’auront certainement pas aidé à se faire une place dans la ligue, qu’il quittera après une grave blessure au genou avant même son vingt-huitième anniversaire.

Blessures et manque de fondamentaux, voilà le sinistre cocktail qui frappera de nombreux représentants de la cuvée 2000. A Chicago, Marcus Fizer souffrira comme attendu de la concurrence avec Elton Brand, puis connaîtra plusieurs complications aux genoux qui lui coûteront sa place dans la ligue dès 2005. Considéré comme l’un des joueurs les plus tatoués de NBA à l’époque, il deviendra par la suite le seul lottery pick élu MVP de la D-League. La carrière de DerMarr Johnson sera elle aussi stoppée par les blessures, mais d’une manière encore plus brutale. En septembre 2002, le sophomore des Hawks se retrouve impliqué dans un accident de voiture qui lui fracturera quatre vertèbres. Même s’il évitera la paralysie, sa progression sera évidemment affectée, ne dépassant jamais les huit points de moyenne en sept saisons. Plusieurs joueurs souffriront également d’un manque d’adaptation au jeu de la grande ligue, à l’image des intérieurs Chris Mihm et Joel Przybilla dont le manque de mobilité aura représenté un frein au développement de leur jeu. Le frenchie Jérôme Moïso compte également parmi les déception de sa génération avec une sortie par la petite porte après trois exercice moyens, la faute à un jeu porté sur le shoot légèrement en avance sur son temps. Une statistique illustre le niveau globalement fragile de la draft 2000 : selon la statistique avancée WARP (Wins Above Replacement Player), qui tend à mesurer l’impact d’un joueur par rapport à un remplaçant, cette cuvée a un indice de –17,3 en carrière. En d’autres termes, cela signifie que cette draft a eu un effet négatif sur le niveau global de la NBA, un cas unique qu’elle reste encore aujourd’hui la seule à avoir réalisé.
DANS LA PENOMBRE, QUELQUES LUEURS
Malgré les nombreuses déceptions, la draft 2000 renfermait également quelques bonnes pioches. Certes, aucun multiple All-Star ou futur Hall Of Famer, mais tout de même plusieurs bons joueurs qui laisseront des souvenirs positifs aux fans.
Difficile pour commencer de ne pas évoquer le first pick de la cuvée, monsieur Kenyon Martin. Considéré par les observateurs comme le pari le moins risqué de la draft, « K-Mart » ne deviendra certes jamais un franchise player, mais parviendra à garder sa place dans la ligue pendant quinze saisons et occupera un rôle non-négligeable dans les deux campagnes de playoffs des Nets qui les verront atteindre les finales NBA. All Star en 2004, il restera notamment dans les mémoires pour ses nombreux alley-oop conclus sur des offrandes de Jason Kidd. Ses 12,3 points et 6,8 rebonds de moyenne peuvent sembler un cran en dessous des attentes habituelles autour d’un premier choix, mais apparaissent comme très corrects au vu du niveau global de la cuvée. Mike Miller se démarquera également en décrochant dans un premier temps le titre de rookie de l’année en 2001. Il s’affirmera par la suite comme un excellent joueur en sortie de banc, lui valant d’être élu sixième homme de l’année à l’issue de la saison 2005-2006. Shooteur régulier, il fera partie de l’effectif du Heat qui réalisera le back-to-back en 2012 et 2013. La palme du meilleur lottery pick revient cependant à Jamal Crawford. Meilleur scoreur de sa draft, J-Crossover passera pas moins de vingt saisons dans la grande ligue, période durant laquelle il fera honneur à son surnom pour le plus grand malheur des chevilles de ses adversaires. Redoutable dribbleur, Crawford inscrira près de onze milles points en sortie de banc durant sa carrière, s’affirmant ainsi comme l’un des meilleur sixième homme de l’histoire. Il glanera le 6MOY à trois reprises, faisant de lui le co-recordman en la matière avec Lou Williams.

Plusieurs très bons éléments passeront également entre les mailles du filet des scouts et finiront drafté au-delà des lottery pick. Ce sera notamment le cas des deux autres futurs All Star de la cuvée, Jamaal Magloire et Michael Redd, qui seront respectivement appelés en dix-neuvième… et quarante-troisième position ! Hasard du destin, ils honoreront leur seule participation au match des étoiles la même année que Kenyon Martin, en 2004. Proche de finir MVP surprise de la rencontre, Jamaal Magloire reste cependant dans les mémoires comme l’un des All Star les plus faibles de l’histoire en terme de niveau. Il faut dire qu’avec ses 13,6 points et 10,3 rebonds de moyenne, le pivot des New Orleans Hornets avait surtout profité de l’absence d’intérieurs dominant dans la conférence Est à l’époque. Quant à Michael Redd, il aurait sans doute pu devenir le meilleur élément de cette draft…si les blessures l’avaient épargné. Il restera néanmoins le seul membre représentant de la cuvée 2000 à décrocher une place dans les All-NBA Teams, avec une nomination dans le troisième cinq de la saison 2003-2004. Membre de la Redeem Team à Pékin et ancien détenteur du record de panier à trois points inscrits sur un quart-temps, « Red Hot Redd » est le seul drafté lors de cette soirée maudite à avoir terminé plusieurs saisons à plus de vingt points de moyenne.
Quelques bons role players vont également se révéler avec le temps. Sélectionné avec le seizième choix, le turc Hedo Turkoglu sera élu meilleure progression de l’année en 2008 avant de jouer un rôle clé au sein de l’effectif du Magic qui atteindra les finales en 2009. Appelé en dix-huitième position, Quentin Richardson s’affirmera lui comme un scoreur régulier au cours de ses treize années dans la ligue. Plusieurs remporteront également une bague avec des apports plus ou moins conséquent (Mark Madsen avec les Lakers, Speedy Claxton avec les Spurs, Eddie House avec Boston ou encore Deshawn Stevenson et Brian Cardinal avec Dallas).
Au global, il va de soit que la draft NBA 2000 a déçue. Aucun multiple All-Star ou multiple All-NBA, aucun franchise player solide, aucun Hall Of Famer…des titres peu enviables qu’elle est la seule à détenir. Un vide encore aujourd’hui difficile à expliquer à une époque où les scouts commencent l’observation des prospects de plus en plus jeunes.


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