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Le guide du Basket 1962 – Arrêt sur image

Presse

Montage Une : Laurent Rullier pour Basket Rétro

C’est l’événement du printemps 1962 : en mars, le journal l’Equipe publie « Basket 62 » dans sa série « les Cahiers de l’Equipe », jusque-là largement consacrés au football, au rugby et au cyclisme. La balle au panier entre dans la cour des grands du sport français. Ce cahier, hélas unique, nous donne l’occasion de nous replonger dans le basket français d’élite, il y a pile 60 ans et d’apporter quelques parallèles avec la Betclic Elite de 2022.

L’ouvrage de 162 pages au format 16 x 24 cm, réalisé par Jacques Marchand et Pierre Tessier, alors les figures marquantes du quotidien L’Equipe, nous offre avec le recul, une immersion instructive quasi sociologique des sixties, version FFBB, de ce « sport populaire qui intéresse en France 200 000 pratiquants », selon l’introduction de Gaston Meyer, le rédacteur en chef de l’Equipe.

La couverture d’abord. Elle est signée Paul Ordner, un des dessinateurs de presse en vogue de la gestuelle sportive réaliste à l’inverse de ses pairs Pellos, Dero et Siro, davantage dans la caricature. La Une des Cahiers portait sa griffe, quel que soit le sport. Il est également intervenu dans des affiches d’événements comme les grandes rencontres du Vel d’Hiv ou la promotion des stations de ski.

Au-delà des interviews des personnalités clés de l’époque, Renato William Jones, Robert Busnel ou les aspects techniques de l’équipe de France signés André Buffière et de la masse des statistiques, l’intérêt de l’ouvrage est de nous permettre d’établir une véritable photographie des clubs de l’élite des années 60.

« DÉFENDRE SON MAILLOT’

« L’équipe de basket a le privilège d’exiger une homogénéité absolue des actes et des intentions, elle est la cellule sociale la plus simple, mais la plus complète et la plus harmonieuse. Défendre un ballon, c’est déjà défendre son maillot, son club, sa société… la Société. C’est défendre ce qui appartient autant aux autres qu’à soi-même. Et, à ce titre, c’est exaltant… Le basket est une discipline athlétique, mais aussi une discipline intellectuelle, c’est une tournure d’esprit. »

L’éditorial de Jacques Marchand idéalise alors ce sport. On est loin de ces valeurs aujourd’hui au sommet d’une pyramide sujette à une « mercenarisation » exacerbée, par moment outrancière, vu la valse incessante des joueurs et un attachement au maillot réduit à sa plus simple expression.

En ce printemps 1962, le titre de champion de France de la Nationale est détenu par l’Alsace de Bagnolet qui le conservera cette année-là. Vingt équipes, réparties en deux poules, forment l’élite. Les deux premiers (PUC et RCM Toulouse, d’un côté, Bagnolet et Villeurbanne de l’autre, disputeront les demi-finales croisées pour une finale parisienne qui reviendra donc à l’Alsace de Bagnolet face au PUC. En 1963, ce sera la même finale, mais avec un résultat inversé.

TROIS SURVIVANTS

En scrutant les 20 équipes, on s’aperçoit qu’aujourd’hui, il n’en reste que trois en Betclic Elite : Roanne, la SI Graffenstaden qui a migré à Strasbourg et l’AS Villeurbanne qui s’est rapproché de Lyon, la seule à être restée au plus haut niveau français. On trouve d’autres clubs dans l’antichambre (Pro B / Nationale 1) comme Denain, Tours, Caen et Bordeaux. Les autres ont soit disparu, soit sont rétrogradés dans la hiérarchie, malgré des titres de champion de France (Bagnolet, Championnet Sports, PUC, RC France, Charleville). En Excellence (2eme niveau), on retrouve 39 clubs, parmi lesquels le SCM Le Mans, l’Olympique d’Antibes, l’AS Monaco.

Plusieurs éléments frappent l’esprit en compulsant les compositions et les photos des 20 équipes de Nationale

L’incroyable évolution de la taille – Sur les 174 joueurs référencés, seulement huit joueurs (sur 230 environ) atteignent les 2 m. Jean-Paul Beugnot (Charleville) et Pierre Cordevant (RC France) culminent à 2,04 m devant Jean-Baptiste Ré (SMUC) 2,02m. En comparaison, le Guide 2021-2022 édité par Basket Le Mag (18 équipes de Betclic Elite et 189 joueurs cités), relève 87 joueurs de 2m ou plus. De même, en 1962, l’élite compte 92 joueurs de 1,80 m ou moins. Ils ne sont que 11 cette saison.

Il y a très peu de joueurs étrangers – Cinq joueurs américains, militaires (Rod Lewis à Charleville, Josef Reading à Tours, Len Green à Nantes), étudiant (Frank Jackson à la SIG) ou fonctionnaire US comme Martin Feinberg au PUC. On retrouve deux Roumains à Alfortville-Charenton, Florin Cucos, dépanneur radio et Stéfane Hategan, ingénieur, deux Yougoslaves à Nantes, Serge Kalember, maître d’éducation physique et Djordje Kojonvic, dentiste. Et un étudiant syrien venu d’Alep, Alain Moussali au SA Lyon. Aujourd’hui, l’internationalisation, les arrêts Bosman, Cotonou et le métissage sont passés par là…

De vrais métiers – Il y a bien-sûr bon nombre d’étudiants et de militaires, mais on était encore 25 ans avant le passage officiel au professionnalisme qui n’interviendra qu’en 1987. Les ténors de l’époque travaillaient : Max Dorigo était tailleur, Jean-Paul Beugnot agent de planning, Louis Devoti employé d’usine, Roger Antoine ingénieur, André Vacheresse représentant, Henri Grange technicien, et Louis Bertorelle employé municipal. Par ailleurs, la coutume étant alors de faire figurer la profession des joueurs, on retrouve de nombreux corps de métier comme boucher, coiffeur, pâtissier, carreleur, serrurier, instituteur, ébéniste, ambulancier etc…A Auboué, on trouve quatre mineurs.

Au plus près de chez eux – En compulsant les lieux de naissance, on s’aperçoit, par exemple, que 8 joueurs sur 11 de l’AS Denain Voltaire sont nés à Denain. On retrouve la même proportion de Stéphanois à l’AS St Etienne alors que 11 joueurs sur 14 du CSM Auboué, le club des années 50, sont nés à Auboué…

Très peu de joueurs noirs – En regardant les photos des équipes, le faible nombre de joueurs noirs frappe. On retrouve Max Joseph-Noël, le Toulousain, Roger Antoine, le Puciste, Roger Correa, d’origine sénégalaise, à Valenciennes ou Yves Guichard du SA Lyon, aux côtés des deux joueurs américains Frank Jackson et Len Gren). L’apport des DOM TOM, de l’Afrique et des joueurs US viendra plus tard.

Futurs coaches – Élément saisissant : de nombreux joueurs de 1962 deviendront des coaches réputés au plus haut niveau. Serge Kalember alors joueur à Nantes, Jacques Renaud (Alfortville), Jean Degros (Denain), Michel Rat (PUC), Jean Luent (Toulouse), Daniel Gendron (Tours), Maurice Buffière (SA Lyon), Laurent Dorigo (Bagnolet), Michel Leray (Nantes) ainsi que les très jeunes roannais Jean-François Dubreuil (17 ans) et Alain Gilles (16 ans).

Pub – Il n’y a alors pas encore de sponsors sur les maillots (elle apparaitra sept ans plus tard), mais dans l’ouvrage on retrouve une pleine page de publicité sur les ballons SEA (« c’est un article Robert Busnel ») et encore une demi-page sur les Chaussures Busnel et une page, sur… la porcelaine de Limoges. Comme un clin d’œil prémonitoire…

La Nationale 1961 – 62 était composée de : Poule A : 1. PUC, 2. RCM Toulouse, 3. ABC Nantes, 4. AS St Etienne, 5. SA Lyon, 6. GSCM Roanne, 7. JSA Bordeaux, 8. ASPO Tours, 9. SMUC Marseille, 10. SC Charenton. Poule B : 1. Alsace Bagnolet, 2. AS Villeurbanne, 3. Caen BC, 4. Racing CF, 5. AS Denain, 6. SI Graffenstaden, 7. Etoile Charleville 8. CSM Auboué, 9. RSC Valenciennes, 10. Championnet Sports.

Finale : Alsace Bagnolet – PUC 66-57.

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About Dominique WENDLING (56 Articles)
Ancien journaliste, joueur, entraîneur, dirigeant, président de club. Auteur en 2021 de "Basket in France", avec Laurent Rullier (I.D. L'Edition) et en 2018 de "Plus près des étoiles", avec Jean-Claude Frey (I.D. L'Edition).

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