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Les tranches d’histoire d’Alain Jardel – la structuration du BAC Mirande

Témoignage

Montage Une : Laurent Rullier pour Basket Rétro

Triple champion de France en club, champion d’Europe avec l’équipe de France. Même s’il n’a « jamais eu de plan de carrière », « toutes les étapes étaient nécessaires » pour créer ce palmarès hors norme. Ce sont ces étapes que notre nouveau consultant Alain Jardel va nous narrer, époque par époque. Second volet : la structuration du BAC Mirande.

Notre club est créé, structuré pour les championnats dans lesquels nous jouions. Notre manière de nous entrainer (cf. La genèse du BAC Mirande) que je qualifierais de volontariste pour toutes les équipes à commencer par les féminines.

 » c’était une époque où on s’entraîne peu, même les équipes des divisions largement supérieurs à la nôtre « 

Il faut le replacer dans le contexte puisque nous sommes avant 1980, c’était une époque où on s’entraîne peu, même les équipes des divisions largement supérieurs à la nôtre. Nous nous entrainons déjà très sérieusement en excellence régionale, c’est à dire deux entraînements par semaine à ce moment-là. Ajouté à cela, nous avions la possibilité d’intégrer des joueuses au Centre d’Animation Sportive, une fois par semaine, des entrainements réservés au lycée. Nous arrivions donc à trois entrainements par semaine a minima auquel j’ajoute les matchs. Puis, de manière individuelle des entrainements spécifiques pour certaines joueuses en fonction de leurs besoins et de leur poste (les intérieures, comme Martine Campi, le plus souvent).

© BAC Mirande

Puis nous gravissons les échelons, dès 1980, de la Nationale 3, puis 2, puis l’Élite absolue, la Nationale 1 en 1984. Les exigences sont différentes, les joueuses sont les mêmes mais elles sont devenues de jeunes adultes et ont pris de la taille. Nous étions tous du même petit village mais la majorité de l’équipe est partie du village de Mirande, l’équipe est dispersée, certaines poursuivent des études, à l’université de Toulouse, par exemple, située à 100km. D’autres sont encore à Mirande et passent le baccalauréat comme Martine. Il a fallu s’adapter, faire des efforts en ce qui les concernait, des allers-retours à Toulouse, ce qui retardait considérablement les entrainements qui se situaient dans notre salle à Mirande. Les filles venaient à deux voitures et rentraient tard le soir à Toulouse, elles étaient au moins six.

1ERE ETAPE : LA NATIONALE 3

La Nationale 3 où ne nous sommes restés qu’une seule saison.

2EME ETAPE : LA MONTEE EN NATIONALE 2

Pour la montée en Nationale 2 nous nous sommes pris beaucoup plus au sérieux. A cette époque les questions de budget, d’infrastructures n’étaient pas les mêmes qu’aujourd’hui. Personne n’était professionnel au sens financier, personne n’était payé mais uniquement défrayé, les repas étaient fournis… Rubis sur l’ongle. L’argent étais mis pour le bien commun. Il a fallu attendre, de mémoire, la montée en première division pour toucher une première prime par le club, pas un salaire, une modeste prime. Nous sommes restés trois saisons en Nationale 2 puis nous sommes montés en Nationale 1 en 1984.

 » Nous avons mis en place quelque chose qui n’existait pas … l’école d’espoirs « 

A partir de 1980, nous avons mis en place quelque chose qui n’existait pas alors qu’aujourd’hui c’est presque ridicule de le préciser tellement c’est répandu, l’Académie des jeunes, l’école d’espoirs. Nous avions un vivier considérable, les jeunes filles étudiaient en face de la salle du club, La Poudrière. Concernant le contenu des entrainements, je m’en rends compte aujourd’hui, était probablement très différent de ce qui se faisait ailleurs, car j’ai toujours considéré que le basket, féminin en particulier, est un sport « terrestre », c’est-à-dire qu’il n’y a rien dans la recherche du bondissement, notre priorité totale était l’utilisation de la course, de l’intensité. De tous temps j’ai fait beaucoup courir mes équipes lors des entrainements. C’était lié au fait, vraie histoire, que nous n’avions pas de chauffage. Nous devions nous réchauffer par nous-mêmes, éviter les parlotes, et donc courir. J’ai toujours eu la voix qui porte fort et loin, je pouvais donner mes consignes pendant leurs courses.

 » Je suis un farouche partisan de ce qu’on appelle, souvent de manière galvaudée, les fondamentaux « 

J’ai appliqué cela toute ma carrière, les nouvelles venues étaient souvent surprises. Sur le plan technique, je suis un farouche partisan de ce qu’on appelle, souvent de manière galvaudée, les fondamentaux. Il faut savoir se déplacer sur le terrain sans le ballon, le maitriser quel que soit le poste. Ce qui implique que le joueur commet peu de violation, peut partir en dribble d’un coté ou de l’autre… Je travaillais à cette époque des facettes du jeu que les entraineurs travaillent aujourd’hui, port de tête haute pour prendre les informations et photographier les situations, anticipation, savoir se mouvoir sur le terrain, s’arrêter… C’est pour cela que nous avons eu une kyrielle de meneuses de jeux qui sont devenues, pour la plupart, internationales mais aussi des pivots. L’école de basket de Mirande a été reconnue pour ses meneuses et ses pivots. C’était l’axe de mon équipe, j’ai toujours considéré qu’il était impossible de jouer au basket sans une meneuse et un pivot. Les autres postes s’ajoutent.

© La dépêche

 » Quand je regarde les joueuses en 2022, je trouve qu’elles sont très modestes techniquement « 

Quand je regarde les joueuses en 2022, je trouve qu’elles sont très modestes techniquement et dans les déplacements offensifs et défensifs. Par exemple certaines éprouvent des difficultés à partir en dribble d’un côté ou l’autre sans faire de marcher ou simplement anticiper son déplacement avant de recevoir le ballon, ou les défenses ne bougent pas en fonction du ballon. C’est valable pour tout ce qui est maitrise de la balle en attaque et en défense, maitrise des déplacements, pour tous les postes. J’ai aussi beaucoup insisté sur la défense, c’était une de mes marques de fabrique. Anticiper le mouvement du ballon, défendre en équipe. On bâtissait un réseau défensif.

Mes autres dadas étaient de jouer entre les limites du terrain, ne pas perdre le ballon, marquer tous les tirs en course et tous les lancers-francs. Si on défend correctement et qu’on suit cela, en basket on obtient des résultats. Voilà la recette à suivre. Pour moi les aspects stratégiques ne venaient qu’en aval des aspects techniques, par exemple une défense de zone avait un objectif autre que de se reposer des efforts d’une défense individuelle. Ce sont des principes anachroniques, on est très très loin des pirouettes et autres arabesques que nous voyons aujourd’hui sur les terrains. Sur le plan défensif, nous jouions différentes formes de défenses à suivre mais c’était avant tout de la défense « fille à fille », puis on faisait des variations, il y avait des tendances. Par exemple, Box and 1, c’est-à-dire une zone avec une joueuse en individuelle. Tout ce qui est sur le plan de la course, de la technique individuelle et de tout ce qui est tactique, je crois pouvoir dire, qu’avec la qualité des personnes qui exécutaient et la répétition des choses ce sont les raisons qui ont provoquées notre montée en flèche de notre collectif, sans en être conscients. En revanche, lorsque nous sommes devenus professionnels, j’ai vu arriver des joueuses étrangères qui s’entrainaient différemment.

3EME ETAPE : NOUS DEVENONS PROFESSIONNELS

Nous devenons professionnels, c’est-à-dire que nous vivons de notre sport. Cela oblige les joueuses à habiter près du club, à n’avoir aucune autre activité à plein temps, le mi-temps était cependant possible. C’est là qu’on « invente » les basketteurs pluridisciplinaires : employée de bureau/basketteuses avec des plages de temps aménagées pour les entrainements. De deux à trois entrainements hebdomadaires nous sommes passés à un entrainement quotidien, puis, quand toute l’équipe est devenue professionnelle, un et demi à deux entrainements par jour.

« J’étais à la base professeur d’éducation physique « 

Concernant mon statut, pour rappel j’étais à la base professeur d’éducation physique, j’ai travaillé pour le ministère des Sports et c’est ce qui a permis de créer le BAC Mirande en 1975 lorsque nous avons vu qu’un certain nombre de jeunes filles étaient aptes à jouer. En partant d’une équipe « pour s’amuser », nous nous sommes tellement amusés que nous avons eu des résultats et nous sommes allés de plus en plus loin en termes de performances d’équipe. Parallèlement, le directeur départemental de la jeunesse et des sports du Gers m’a proposé de devenir conseiller technique départemental. De ce fait, tout en étant toujours rattaché au ministère des sports, je suis en même temps devenu cadre technique de la fédération pour mettre en place les directives techniques de la fédération.

A l’époque le cadre technique était une personnalité qui comptait, faisait référence sur son territoire, il traitait d’égal à égal avec le meilleur entraineur local. La fonction a beaucoup évolué selon les volontés des différents ministres des sports depuis cette époque. En 2022, ce rôle est avant tout administratif, il applique uniquement la politique du ministère mais qui n’intervient plus jamais sur le terrain. Contrairement à mon époque où le métier était d’être en survêtement, d’avoir une « grande bouche » et d’initier les entrainements. Et ce à deux niveaux, pour les cadres techniques et pour l’équipe de Mirande. Mes supérieurs hiérarchiques d’alors m’ont laissé une grande latitude d’action, ils ont compris qu’il fallait agir de la sorte, et sans que je le demande. Je tiens à rendre hommage ici à mes différents directeurs départementaux, au directeur du département du Gers qui avaient compris l’intérêt du club de Mirande et de le faire grandir.

© La Dépêche

Cela a fédéré autour de l’intérêt des jeunes filles à jouer dans ce club, mais aussi à fédérer nombre d’entraineurs qui venaient se former et être formés lors de mes entrainements. Je vais passer pour prétentieux mais certains entrainements se transformaient en « clinic » pour entraineur.

 » Je tiens à rendre hommage ici à mes directeurs départementaux, au directeur du département du Gers qui avait compris l’intérêt du club de Mirande « 

Je vais résumer cela par un terme, synergie. Puis lorsque je suis devenu entraineur d’une équipe professionnelle de haut de tableau, et qui gagne, j’ai eu comme interlocuteurs privilégiés les différents présidents de fédération, les directeurs techniques, comme Gérard Bosc en particulier, qui ont tout fait pour me faciliter le travail. J’ai même ensuite sillonné l’Europe avec l’équipe de Mirande tout en étant conseiller technique du département puis de la région. Ce rôle de conseiller technique est en train de se modifier considérablement, les cadres sont regroupés dans des centre urbains alors qu’il y aurait plus de valeur d’être répartis sur les territoires. Sans faire de polémique on est aujourd’hui sur une fonction essentiellement administrative, plus exactement de spécialiste de l’ordinateur. Et c’est ce qu’on leur demande.

Tout ce cheminement nous a mené en Nationale 1 en 1984, rapidement mais de manière structurée. L’aventure professionnelle débute.

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Entraineur national et international, champion de France avec le BAC Mirande et champion d'Europe avec l'équipe de France, je n'ai jamais eu de plan de carrière mais toutes les étapes ont été nécessaires.

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