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[Portrait] Fennis Dembo, doux dur et dingue !

Portrait

Montage Une : Laurent Rullier pour Basket Rétro

Son nom cocasse, son jeu survitaminé ou ses frasques verbales, Fennis Dembo ne passe pas longtemps inaperçu. Star de tout l’état du Wyoming en NCAA, il n’a pas su saisir sa chance chez les Bad Boys de Detroit. Le début d’un long périple à travers le globe pour étaler ses talents de showman. Une carrière excentrique avec des choix surprenants, qui s’est malheureusement terminée de manière tragique.

DEMBO UNCHAINED

Fennis Dembo, un drôle de blaze, suggéré par sa sœur aînée, Zona. Passionnée de français, elle propose à ses parents une contraction du mot « finis » à la sauce franglaise. Une manière de leur indiquer de s’arrêter là en matière de procréation. Pour cause, avec la naissance des jumeaux Fennis et Fenise, la famille Dembo compte 12 enfants. Pas facile de se démarquer au sein d’une telle fratrie. C’est pourtant ce que parvient à faire Fennis en s’inscrivant au basketball. Avec des qualités physiques surdéveloppées dès le lycée, il devient la coqueluche de la Fox Tech Highschool de San Antonio. Dunks à gogo, missiles à 3 points, trashtalking aiguisé, Dembo porte son école jusqu’en demi-finale du titre d’état en 1984. Une défaite rageante contre Houston Memorial de 4 points met fin à cette épopée. En freinant le rythme du match, les adversaires limitent la production de Fennis, plus à l’aise sur jeu rapide. Il hérite quand même d’une nomination dans la All-State Team du Texas cette saison-là, mais le plus dur commence pour lui. Dembo s’est construit une réputation de joueur impossible à coacher et trop émotif pour être constant dans ses performances. Conséquence, les facs référencées boudent son cv. Une seule université lui fait un appel du pied, les Cowboys du Wyoming.

Situé à plus de 1000 miles de San Antonio, Fennis n’a aucune idée de l’endroit où se trouve le campus, ni même dans quelle conférence évolue Wyoming. Il traverse donc le pays du Sud au Nord pour découvrir le charme de Laramie, la ville d’à peine 30.000 âmes qui héberge la fac. Une bourgade paisible qui vit au rythme de l’équipe de basket. Champion NCAA en 1943, les Cowboys sont la principale attraction sportive de l’Etat. Pour preuve, l’Auditorium Arena fraîchement inaugurée en 1982 peut accueillir jusqu’à 15.000 fans, soit la moitié de la population locale. Dès son arrivée, Dembo est dépaysé. Pour un texan qui n’avait jamais vu de neige, il se surprend à jouer dans la poudreuse entre deux entretiens. La dernière interview avec Jim Brandenburg est déterminante. Le coach se montre tellement fier de son programme qu’il convainc Fennis de s’engager. La nouvelle parvient aux autres recruteurs qui changent leur fusil d’épaule le concernant. Louisville et Kentucky notamment tentent un rapproché. Trop tard, le jeune prospect a fait son choix :

Je n’ai pas pensé une seule fois à les rencontrer. Ces écoles sont arrivées en retard parce qu’elles avaient essuyé le refus d’autres joueurs. J’avais vraiment l’impression que Wyoming était le fit parfait pour moi. Sérieusement, je savais bien que l’endroit avait l’air ringard, mais bon j’avais besoin de changer d’air. Le Wyoming n’était pas un choix glamour. Je n’ai jamais fait de choix glamour d’ailleurs, mais ma vie a été tellement bénie que j’ai toujours fait le bon choix.

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© Getty Images

Bombardé titulaire dès sa saison freshman, Dembo se met rapidement les fans locaux dans la poche . Son jeu ultra flashy enflamme le public qui le surnomme « Electric Man » ou « Fabulous ».  Avec son physique de buffle, Fennis pratique un basket survitaminé : plonger sur une balle perdue, gratter des rebonds au nez des intérieurs adverses ou finir la tête dans le cercle sur un alley-oop, chacune de ses actions transpire la testostérone. 13.5 points à 48,9% de réussite, Dembo préchauffe sur sa première campagne. Il franchit un cap en sophomore avec des statistiques encore plus musclées : 17.0 points à 54% aux tirs, 6.7 rebonds et 3.7 passes. Désormais leader offensif, Fennis conduit les Cowboys à la première place de la Western Athletic Conference et il le fait savoir ! Que ce soit dans les oreilles de ses adversaires ou devant des tribunes hostiles, il signale verbalement ses fulgurances. A force de rouler des mécaniques et japper à tout-va, il devient le joueur le plus haï de la conférence. Dans la Moby Arena de Colorado State, la foule crie « Showboat » (frimeur) dès qu’il touche la balle. A Texas El Paso, des affiches géantes de Dumbo l’éléphant accompagnent ses apparitions. Le summum est atteint chez les Lobos de New Mexico, où il est régulièrement la cible de jets de gobelets. Les bouffonneries de Dembo ont même dégénéré en baston contre Air Force après qu’il eu susurré à son défenseur « C’est un 3 points et tu vas en recevoir beaucoup d’autres ». Cette adrénaline, Fennis en a besoin pour exprimer complètement son talent :

Showboat, Hot Dog, je prends n’importe quel surnom qu’ils me donnent. Pour moi, ils résonnent tous comme des compliments. Les fans adorent me détester. Mais, ils ne veulent pas me faire de mal physiquement. Je les menace du poing, je leur réponds et comme ça ils ont du grain à moudre en rentrant chez eux. Ils se disent, Fennis a fait ceci, Fennis a fait cela quand il nous a entendus. Je rentre dans leur jeu. Ma salle préférée, c’est The Pit à Albuquerque. L’an dernier, j’ai plongé dans la foule. Je n’avais aucune chance d’avoir le ballon, mais j’ai fait un plongeon comme un aigle les ailes déployées. Est-ce que les fans attendaient ça avec impatience ? Bien sûr ! Et qu’ont-ils fait ? Ils m’ont donné un high five comme si j’étais un de leur frère perdu depuis longtemps.

La saison 1986-87 est celle de la consécration pour Dembo. Après avoir remis les Cowboys sur la carte NCAA, il mène une folle chevauchée jusqu’à la March Madness. Statistiquement, il émerge à plus de 20 points et 8 rebonds tout en sulfatant à 42,4% longue distance. Logiquement élu Joueur de l’Année dans la Western Athletic Conference, il punit sévèrement les universités texanes qui n’ont pas voulu de lui : 31 points contre Texas Tech puis 34 points contre Texas-El Paso. Et comme Wyoming lui trouve un lieutenant parfait dans la raquette – le futur NBAer Eric Leckner – la fac se découvre des ambitions nationales. Pour cela, il faut remporter le tournoi de conférence. Le couperet passe tout près en quart contre Utah, sauvé in extremis par un game winner du meneur Reggie Fox (56-54). Idem en demi-finale face à El Paso, où le même Fox inscrit le shoot de la victoire sur l’ultime possession (77-74). Le billet de qualification se joue dans l’enceinte favorite de Fennis, The Pit, la maison des Lobos de New Mexico. Le duo Leckner-Dembo rapporte 46 points dans ce match couperet, sans que ce soit suffisant ! A égalité 62 partout à 10 secondes du buzzer, New Mexico choisit de faire faute sur Sean Dent, le pire pourcentage aux lancers de l’équipe. L’arrière inscrit les deux tirs sans sourciller pour envoyer Wyoming au tournoi NCAA.

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© Sports Illustrated

Les spotlights de la March Madness servent de tremplin médiatique à Fennis Dembo. Opposé à Virginia, les Cowboys peuvent compter sur 5000 fans qui font le déplacement pour ce premier tour. Petit poucet de la compétition, Wyoming renverse la hiérarchie en l’emportant 64-60 avec une doublette Dembo-Leckner au top : 38 points et 15 rebonds. L’adversaire suivant propose une confrontation totale de style. UCLA, ses stars, ses paillettes affrontent les péquenauds du Wyoming. Au cœur de ce duel, le Californien Reggie Miller, déjà estampillé comme l’une des meilleures gâchettes du pays, défie le redneck Fennis Dembo. Un combat de grandes gueules et de pistoleros qui tourne vite à l’avantage du Cowboy. Distancé la plupart du match, Wyoming refait surface à 5 minutes de la fin pour ne plus lâcher le morceau, porté par sa star complètement en fusion : 41 points, 9 rebonds et 6 passes dans une victoire au panache 78-68. Avec 24 points et 2 tirs primés, Reggie Miller subit l’ouragan Dembo qui termine à 7/10 à longue distance et un impeccable 16/16 aux lancers. Les Cowboys atteignent le Sweet Sixteen après 20 saisons de disette. Contre UNLV, tête de série n°1 à l’Ouest, Wyoming fait de la résistance pendant 30 minutes avant de lâcher sous les coups de boutoir d’Armen Gilliam (38 points). Dembo tombe les armes à la main avec 27 points, 9 rebonds et 4 assists. Il se console en terminant meilleur scoreur du tournoi avec 27.8 points. Fennis est alors à son firmament, un prospect incontournable, immortalisé par la couverture de Sports Illustrated. Le magazine traverse tout le pays pour venir à sa rencontre, une première dans l’histoire des Cowboys. Même son coach Jim Brandenburg finit par accepter le caractère bien trempé de son joueur :

De l’extérieur, on pourrait penser que ce gamin n’était qu’un frimeur. En fait, il était tout sauf cela. C’était juste sa personnalité. Il était comme un fil en permanence sous tension. Je ne suis pas sûr d’avoir rencontré quelqu’un comme lui durant toute ma carrière dans le basket universitaire. Je veux dire que je ne connais personne qui est entré dans une salle et a attiré tous les regards et l’attention sur lui comme Fennis l’a fait. Il a illuminé chaque match dans lequel il a joué.

MON NOM EST PERSONNE

Durant l’été 1987, Dembo reçoit une leçon bien amère. Retenu par Team USA lors des Jeux Panaméricains, au milieu de joueurs comme David Robinson ou Danny Manning, il se voit trop fort, trop beau. Comme ses compatriotes, il pense faire la différence au talent. Mais, avec 5.6 points et 3.6 rebonds sur le tournoi, Fennis, encore en mode vacances, se déchire (34,4%) et laisse filer la médaille d’or aux Brésiliens (bien aidés par les 46 points d’Oscar Schmidt en finale). A son retour dans le Wyoming, il squatte régulièrement l’infirmerie pour son année senior. Même s’il se maintient à plus de 20 points par match, ses pourcentages de réussite sous en baisse : 47,7% aux tirs et 36,7% à 3 points. Comme par hasard, les Cowboys sont moins fringants et se font sortir dès le premier tour de la March Madness contre Loyola Marymount. Alors qu’il était considéré comme un lottery pick un an auparavant, la cote de Dembo chute à la draft 1988. Les franchises font l’impasse sur son talent jusqu’à ce que les Pistons le sélectionnent au début du second tour. Un agité du bocal chez les Bad Boys, le fit semble parfait ! Dès le camp d’entraînement, les anciens le bizutent en bonne et due forme : Isiah Thomas l’humilie sur des dribbles assassins, quant à Bill Laimbeer il affute ses coudes sur le rookie. Mais, il en faut plus pour le décourager. Fennis s’accroche et convainc Chuck Daly de l’intégrer dans le roster. L’objectif du GM Jack McCloskey est de développer Dembo comme scoreur en sortie de banc pour prendre progressivement la place d’un Vinnie Johnson vieillissant.

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© Detroit Free Press

Dans une équipe qui joue le titre et rien d’autre, le rookie a bien du mal à faire sa place. Il ne voit le parquet que lors du garbage time : 4 points et 5 rebonds contre les Bucks puis 8 points et 3 rebonds contre les Cavs dans de lourdes défaites en décembre. Tandis que les Pistons roulent sur la NBA avec 63 victoires – meilleur bilan de la franchise à cette époque – Fennis regarde ses camarades du banc, coincé entre les vétérans Darryl Dawkins et John Long qui lui parlent du métier. Au fur et à mesure de la saison, sa confiance s’effrite en même temps que ses brèves apparitions sur le parquet. Impossible de grignoter du temps de jeu à Joe Dumars, Vinnie Johnson, Dennis Rodman ou Mark Aguirre arrivé en cours d’exercice. Au terme de la saison régulière, Fennis ne compte que 31 matchs au compteur pour une moyenne de 2.4 minutes. Et ce n’est pas la campagne de playoffs qui va arranger ses affaires. Avec des rotations encore plus serrées, Daly ne lui accorde qu’une récréation lors du Game 1 des Finales contre les Lakers. 2 minutes de jeu où Fennis a juste le temps de ceinturer AC Green pour l’envoyer aux lancers. Qu’importe, il est sur la photo de famille des nouveaux champions NBA. Dans un bain de champagne, il savoure le premier titre de l’histoire de Detroit.

Au retour de l’été, Fennis se pointe au camp d’entraînement hors de forme. Il reste convaincu que son talent naturel sera plus que suffisant pour garder sa place dans l’effectif. Mais, pour le coach Chuck Daly, le projet Dembo est mort-né depuis un bon moment. Les Pistons tentent alors de le transférer. Têtu, Fennis fait jouer sa No Trade Clause, persuadé qu’il peut réintégrer l’équipe. Daly est obligé d’appeler son ancien entraineur à Wyoming pour lui expliquer que son ancien poulain est définitivement blacklisté dans les rotations. Brandenburg parvient finalement à raisonner Dembo. Après seulement une saison, il quitte la NBA par la petite porte. La faute à une franchise contender qui n’avait pas réellement de place à lui proposer et qui n’a pas pris le temps de le mettre en jachère. La faute surtout à une éthique de travail loin d’être irréprochable doublée d’un ego surdimensionné.

Leur noyau était déjà installé. Il s’avère que je n’avais aucune idée de l’attitude et de l’éthique de travail qu’il fallait pour faire partie de cette équipe. J’ai commis quelques erreurs. Il y a des choses que je ferais différemment maintenant. Le temps de réaliser que vous deviez travailler pendant l’été, que vous deviez vous entraîner seul pour vraiment bosser sur votre jeu, la NBA m’avait déjà dépassé. J’ai beaucoup de regrets, beaucoup. J’aurais aimé recevoir plus de temps de jeu, j’en avais besoin. J’aurais aimé travailler plus dur. La gloire m’est venue trop facilement. Je me souviens que l’entraîneur Brandenburg me le disait : « Ce n’est pas parce beaucoup d’exercices sont faciles pour toi que tu ne dois pas les travailler ». Mais je n’ai pas compris ça. Oui, je pouvais rentrer des tirs, mais cela ne faisait pas de moi un grand shooteur ; oui, je pouvais dribbler et driver, mais cela ne faisait pas de moi un grand joueur.

RÈGLEMENTS DE COMPTES A OK CHORALE

74 minutes de temps de jeu sur une saison, Dembo a les crocs. Une fois passée la déception avec Detroit, il cherche une équipe pour rebondir. Ça sera en CBA, l’antichambre de la Grande Ligue. Avec les Rapid City Thrillers, notre Cowboy remet le pied à l’étrier : 25.0 points, 8.0 rebonds et 2.7 passes en 39 minutes. Il a suffi de 23 matchs à Fennis pour retrouver des sensations. Du coup, il cherche à exporter ses talents. Et comme il n’est pas adepte des choix glamour, il opte pour Roanne, une ville provinciale de 40.000 habitants qui vibrent pour la Chorale, la seule équipe pro de la région. La similitude avec la fac de Wyoming est frappante ! Sauf qu’en cette saison 1990-91, la Chorale est aphone, relégable depuis la septième journée après une série de 9 défaites consécutives. Les dirigeants tentent un ultime coup de poker en remplaçant Guy Williams par Dembo. A peine sorti de l’avion, Fennis sabre le champagne contre Reims : 34 points dans une victoire 94-92. Le public de la Halle découvre un ovni physique qui harangue les fans comme s’il avait toujours fait partie du groupe. Le style est bestial mais efficace à l’image de sa spéciale : il endort son défenseur en fixant un temps ses chaussures puis monte droit comme un i pour décocher un missile distance NBA. L’espoir renaît chez les Roannais qui ont la bonne idée de recruter l’intérieur Cedric Henderson dans cette mission sauvetage. Une mission quasi impossible tant le calendrier qui les attend est dantesque. Mais, le nouveau duo US choralien va offrir un récital en fin de saison.

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© chorale-roanne.com

Fennis enchaîne à domicile contre le Racing avec 28 points et 11 rebonds dans un nouveau succès. Sur le parquet du leader, Antibes, c’est son duo avec Henderson (46 points et 12 rebonds) qui clôture une partition collective XXL, 85-90 ! Puis c’est au tour de Cholet, dauphin des Antibois, de sortir les mouchoirs face aux 30 points de Dembo. Le week-end suivant, il remet le couvert avec 29 unités contre Mulhouse, autre client du Top 5. Le remontada de la Chorale orchestrée par l’ex-Piston est irrésistible. Le bad boy galvanise ses coéquipiers, à l’image du capitaine Christophe Grégoire qui plante 32 points dans l’avant dernière journée contre Montpellier. Malgré cela, Roanne est toujours relégable avant l’ultime rencontre contre Monaco. Seule une victoire en principauté peut sauver le club. Pour soutenir leur équipe, les supporters sortent les grands moyens avec un train affrété pour le Rocher. Un soutien populaire qui rappelle celui des fans des Cowboys lors de la March Madness 1987. Et comme à l’époque, Dembo répond présent avec 42 points dans une victoire 85-106. Il termine son intérim hexagonal à 27.2 points de moyenne, 7.1 rebonds, 46,6% de réussite à 3 points et un bilan de 8 victoires en 13 matchs. Roanne sauve sa tête provisoirement dans l’élite. Pour assurer définitivement le maintien, il lui faut remporter le barrage contre le troisième de Nationale 2. Une opposition contre Levallois, emmené par un autre ex-NBAer Terence Stansbury, qui pourrait bien faire déchanter la Chorale. Dans le match le plus important de la saison, Fennis livre son meilleur solo avec 47 points dans une Halle en fusion. Il faudra quand même une belle entre les deux équipes remportée 91-81 par la Chorale pour valider son sauvetage.

Avec ce run mémorable, les dirigeants reconduisent l’effectif au grand complet en 1991-92. Une saison au cours de laquelle, la Chorale vit ou meurt au gré des performances de son tandem ricain. Fennis alterne le très chaud comme ses 36 points face au futur champions Palois ou le très froid avec 8 petits points contre la CRO Lyon, pourtant promu du championnat. C’est en coulisses que Dembo est le plus dur à dompter. Les entraînements peuvent dégénérer sur un simple coup de sang. Sa rage de vaincre déborde parfois un peu trop sur ses coéquipiers, incapables de savoir à quelle sauce ils seraient mangés. Les anecdotes croustillantes pullulent à ce sujet, comme la fois où il rapplique torse nu à la salle en plein hiver, qui peut être assez rigoureux dans la Loire. Contre Gravelines, exclu pour sa cinquième faute, il entame alors un tour de salle… à l’extérieur ! Une légende urbaine raconte également qu’un matin il se pointe à la bourre, peu motivé par la séance de training. Il monte alors au dunk, arrache le cercle et repart avec dans les vestiaires. Fin de l’entraînement ! Heureusement, sur le parquet, Fennis canalise son énergie pour le bien collectif. Avec plus de 23 points en moyenne, il emmène la Chorale en playoffs à la surprise générale. Opposé à Montpellier au premier tour, les Roannais arrachent leur qualification à l’extérieur au terme d’une belle indécise de bout en bout (63-65). Avec 19 points, Dembo est encore l’homme du match. En quarts de finale, il faudra que le CSP Limoges s’emploie pour éliminer les Choraliens sur un match d’appui, 75-65. La dernière rencontre de Fennis avec Roanne. A l’intersaison, il décide de rentrer au bercail à la recherche d’un nouveau challenge. Même s’il n’est resté qu’un an et demi dans l’Hexagone, Dembo a marqué le club ligérien, comme en témoigne son coach Alain Thinet :

Fennis est un joueur qui m’a marqué d’autant que j’étais jeune coach. Il est arrivé en cours de saison en 1990. Il y avait aussi Cédric Henderson qui était complètement sous l’emprise de Fennis Dembo. Son impact sur le groupe était impressionnant. C’était un phénomène dans le basket mais hyperactif. Ce n’était pas un talent pur incroyable mais il était d’une puissance. Il ne prenait pas toujours bien mes conseils, je ne maîtrisais pas grand-chose. J’ai été entraîneur de l’année mais ce n’était pas le basket que j’apprécie, dépendant de mes deux lascars. C’était un sacré compétiteur, un gagneur. En match, la salle était pleine, Fennis faisait le spectacle, gonflait le torse etc… Les gens ne voyaient que la partie immergée de l’iceberg. C’était 1/10ème de ce qu’il faisait la semaine ! Mais le samedi, Fennis répondait toujours présent pour le match.

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© basquetplus.com

En 1992-93, l’ex Cowboy est de retour sur le sol américain, toujours en CBA à Rapid City. Même à l’échelon inférieur, le seul talent ne suffit pas à gagner sa place. Dembo est sorti du 5 en cours de saison pour terminer l’exercice à 13.7 points et 5.4 rebonds. Pas suffisant pour taper dans l’œil des franchises NBA. Il part alors dans un périple qui le voit passer en coup de vent en Espagne, en Italie pour finir en Argentine. Dans ce championnat, il s’engage avec le promu, l’Olimpia de Venado Tuerto, pour un scénario similaire à celui de Wyoming ou Roanne. D’une équipe de bas de classement, Fennis parvient à la hisser en demi-finale avec des stats dans ses standards (24.3 points et 8.1 rebonds) et un show garanti sur le parquet. Mais, comme lors de ses précédentes expériences, sa production décline la saison suivante. Il tente alors un comeback en France au SLUC Nancy, une fois n’est pas coutume, le promu de l’épreuve. Cette fois, la folie a pris le dessus sur le talent. Dembo ne reste que 4 matchs en Lorraine et ne laisse pas que des bons souvenirs derrière lui, comme la fois où lancé en contre-attaque, il termine sa course littéralement sur le parking ! Après avoir hurlé sur le parvis, il rejoint son équipe dans la salle sous les yeux médusés des dirigeants. Désormais incapable de rester en place et se focaliser sur le jeu, il tente un dernier essai en Argentine en 1996. Là encore, il est coupé avant même le début de saison pour un état de forme douteux. L’entraîneur Sergio Lamas qui l’a côtoyé à l’Olimpia résume parfaitement sa trajectoire :

Dembo était l’un des trois meilleurs américains qui sont venus en Argentine. Son potentiel était même beaucoup plus élevé que ce qu’il a montré ici. Il avait un très long tir à trois points. Dans les airs, il était très difficile à défendre. Il avait une force et une agressivité énormes. Mais, il n’a pas trouvé la stabilité et la tranquillité. C’était un volcan en éruption permanente. Il avait été une star à l’Université et il pensait qu’il allait jouer en NBA. C’est pourquoi le voyage qu’il a fait en basket FIBA ​​ne l’a pas satisfait et il a vite pris sa retraite. Il aurait pu faire une énorme carrière.

LE TIR DE TROP

A seulement 30 ans, Fennis raccroche donc ses baskets. Fini l’arrogance et le trashtalking, Dembo entame le premier jour du reste de sa vie. Avec sa femme Joy et sa fille Kailyn, il s’installe à Birmingham dans l’Alabama, son état natal. Il commence par s’essayer éducateur sportif auprès des jeunes en difficulté, avant que son instabilité chronique le regagne. Il change d’univers pour devenir gardien de prison et se sépare de sa compagne quelques mois après. Pour ne pas perdre pied, il rentre vivre chez sa mère à San Antonio. Il dégote un job d’agent d’entretien dans la compagnie des eaux locale. Mais, sa descente aux enfers ne s’arrête pas là. En avril 2003, son beau-frère le réveille en pleine nuit. Un rodeur s’est glissé dans le hall de la maison familiale qui abrite sa fille, ses neveux et ses nièces. Le sang de Fennis ne fait qu’un tour. Il court jusqu’à l’entrée avec son arme, somme l’intrus de s’arrêter puis vide son chargeur comme il refusait d’obtempérer. Alertée, la police retrouve Dembo en état de choc, les huit douilles de son semi-automatique à ses pieds et le corps de Dominic Martini, 25 ans, gisant dans une mare de sang. Touché à la tête, à la poitrine et au bras, le jeune homme est transporté d’urgence à l’hôpital, où il succombe à ses blessures. La vie de Fennis vient de basculer du mauvais côté. Pendant sept mois, il quitte à peine sa chambre évitant précautionneusement l’endroit du drame. Licencié peu après par le service des eaux, cette détresse psychologique va le suivre des années durant.

C’était difficile et tu ne t’en remets jamais. Ça a été un tournant dans mon existence. Quand quelque chose comme ça se produit, cela change toute votre perspective sur la vie. Ça m’a changé. Comme le temps a passé, je suis capable d’en parler. Mais, je ne pouvais même pas l’évoquer pendant des années. Si c’était à refaire, j’aurais laissé les autorités s’en occuper. Je n’aurais pas fait ce que j’ai fait. Je ne possède même plus d’arme. Mes intentions dans la vie sont de ne jamais faire de mal à personne. Oui, je veux protéger ma famille, mais je ne veux pas faire de mal pour protéger ma famille.

Ce n’est qu’avec une aide clinique que Dembo refait surface lentement. Toujours installé à San Antonio, il s’est reconverti en chauffeur de bus. Un métier qui lui permet d’être au contact de ses concitoyens et d’évoquer ses souvenirs basketballistiques en compagnie de ceux qui le reconnaissent. Chez lui, il a sa caverne d’Ali Baba, où l’on retrouve pêle-mêle sa bague de champion, son maillot des Cowboys de la March Madness, des produits du Wyoming à son effigie et même une photo avec le président Bush Sr lors de la visite officielle des Pistons. Des vestiges de son ancienne vie qu’il a eu l’occasion de célébrer le 7 décembre 2019, date à laquelle la fac de Wyoming a retiré son numéro 34. Un retour aux sources pour celui qui reste le meilleur scoreur alltime des Cowboys avec 2311 points et une façon de boucler la boucle d’une carrière qui laisse un goût d’inachevé.

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© Spectrum Local News

STATISTIQUES ET PALMARES

  • Stats NCAA : 17.9 points à 50,6% aux tirs, 7.4 rebonds et 3.2 assists
  • Stats NBA : 1.2 point à 33,3% aux tirs, 0.7 rebond et 0.2 assist
  • Stats France : 22.6 points à 49,3% aux tirs, 6.3 rebonds et 2.5 assists
  • Player of the Year de la Western Athletic Conference (1987)
  • All-WAC Conference First Team (1987 et 1988)
  • All American Third Team (1988)
  • Meilleur scoreur alltime des Cowboys du Wyoming (2311 points)
  • Maillot retiré par l’Université du Wyoming
  • Médaille d’argent aux Jeux Panaméricains (1987)
  • Champion NBA (1989)

SA CARRIERE EN IMAGES

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About mosdehuh (24 Articles)
Tombé dans la NBA au début des 90's avec Penny Hardaway. Grosse passion pour les loosers magnifiques et les shooteurs. Supporter de la Chorale de Roanne depuis 3 générations.

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