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Ferenc Nemeth – Le colosse gourmand

Portrait

Montage Une : Laurent Rullier pour Basket Rétro

Ferenc Nemeth a disputé quatre saisons en France entre 1947 et 1951.  Il est alors un des meilleurs joueurs en Europe. A chaque printemps, il est sacré champion de France, avec trois clubs différents : l’UA Marseille, Villeurbanne et enfin le RC France. Un cas unique.

On dirait aujourd’hui qu’il était cubique. Un physique hors norme pour l’époque (1,96 m, 100 kg, puis beaucoup plus). Une carrure de colosse et une puissance exceptionnelle qui valent au Hongrois de s’illustrer au handball – il est devenu champion du monde universitaire -, au water-polo, spécialité nationale, et à la boxe.

Mais c’est au basket qu’il doit sa célébrité.

Ferenc Nemeth éclabousse le championnat d’Europe à Genève, le premier de l’après-guerre, début mai 1946, d’un talent rarement vu : la sélection hongroise s’illustre pour la première fois au plan international. La Hongrie termine avec la médaille de bronze en battant l’équipe de France, quatrième (38-32) en jouant tout le match à cinq. Aux manettes, le gaucher Geza Bajari avec son bras roulé déconcertant et Ferenc Nemeth, au poste d’arrière, se révèlent.

L’insigne des Jeux Mondiaux Universitaires d’août 1947 à Paris où Nemeth a fait forte impression.

A 26 ans, Nemeth est considéré comme le meilleur joueur de la compétition. Avec 11,8 points en moyenne, Il termine 3eme meilleur marqueur de l’épreuve derrière le Polonais Pavel Stock (12,4) et le Tricolore Jean Duperray (12,3).

La Hongrie est alors en vogue et, selon Robert Busnel, « peut-être le pays le plus sportif du monde. » En basket, elle ne compte pourtant que 2 000 licenciés contre plus de 80 000 en France.

Le Magyar frappe les imaginations du public français un an plus tard, lors des 9emes Jeux Mondiaux Universitaires de Paris, où la France, sous la houlette d’Emile Frézot termine à la deuxième place d’une compétition que les experts jugent « très relevée. »

D’arrière, Nemeth est passé pivot. Plus personne ne sera en mesure de l’arrêter.

UN HONGROIS SUR LA CANEBIERE

Une page dans Basket Magazine en avril 1948 avant sa première finale.

En parallèle, à Marseille, un industriel local s’est entiché de l’Union Athlétique. Il veut inscrire le club phocéen sur la carte des grands clubs français. Il décide de mettre les moyens.  Débarquent deux internationaux débauchés à l’Avia Club, René Chocat et Jean Swidzinski. En 1947, l’UAM est championne de France Honneur (2eme niveau) face au CSM Auboué du très jeune Louis Devoti (32-25). La course à l’armement se poursuit au moment de l’accession en Excellence (élite) avec les arrivées de Robert Busnel et André Buffière, 24 ans, transfuges de l’Eveil Sportif Ste Marie de la Guillotière, club qui vient d’exploser pour avoir voulu grandir trop vite. Si Busnel décide de quitter Marseille avant même le début du championnat « pour promesses non tenues », Ferenc Nemeth, lui, est bien là. Le Hongrois, un des meilleurs joueurs européens, avait fait forte impression à Buffière et Chocat ses nouveaux coéquipiers qu’il avait affronté dans le match pour la 3eme place du fameux championnat d’Europe 1946 en Suisse. Un an après, Nemeth était encore le meilleur marqueur de sa sélection au championnat d’Europe de Prague. Les Français, coachés par Michael Ruzgis, prennent leur revanche sur la Hongrie et Nemeth (45-41) et terminent 5 emes.

Du coup les Marseillais sont complets dans toutes leurs lignes, avec un atout puissant que les autres équipes n’ont pas, un « piquet » (poste 5) sans équivalent en championnat de France. Alors qu’on attend l’AS Monaco avec sa fameuse doublette d’origine balte, Michael Ruzgis – Zygmas Varkala, l’UAM sort le club monégasque en demi-finale (41-29) et affronte en finale 1948, Championnet Sports qui a écarté le champion de France en titre, le PUC.

Début mai à Roland-Garros, pour la dernière finale disputée en plein-air, le mauvais temps et une grève du métro éclaircissent les travées du temple du tennis. Marseille et Nemeth (14 points) sont souverains en défense devant un adversaire trop maladroit avec un bien modeste 13/71 aux tirs (40-29). L’UAM est championne de France, la même année que l’OM en football. La Canebière est en feu !

Et d’un.

CONFISEUR A LYON

Entre temps, l’ASVEL a été créée (juin 1948) et André Buffière, dont la femme est villeurbannaise, est tenté de revenir dans sa région. Auréolé de sa médaille d’argent aux Jeux de Londres, il retourne sur Lyon et embarque Ferenc Nemeth dans ses bagages. Le Hongrois devient le premier étranger du club avant le Bulgare Assen Iagoridcov (en 1963).

2 mai 1948 à Roland-Garros, l’UA Marseille et Ferenc Nemeth s’imposent en finale contre Championnet Sports. (@But et Club)

Le hasard veut que le Vel d’Hiv, le nouveau Palais des Sports de la rue de Nélaton à Paris, serve de cadre à une finale opposant l’AS Villeurbanne au tenant, l’UA Marseille de René Chocat. C’est la première finale en salle. Mais cette fois, l’arme absolue est en face, tout comme André Buffière. Le Hongrois signe le premier sacre de l’ASVEL : Nemeth inscrit 22 points sur les 30 de son équipe (30-21).

Et de deux.

Ferenc, devenu François, est très sollicité. L’ASPO Tours lui propose 10 000 francs, sans succès (1). Villeurbanne, tient à son porte-bonheur. Le Hongrois travaille dans une confiserie lyonnaise. Conséquence directe : il a tendance à prendre de l’embonpoint. « Quand il vint s’établir à Lyon, écrit Marcel Hansenne, dans « Le Basket », le malheur voulut qu’il exerçât la profession de pâtissier, si bien que son tour de taille s’arrondit considérablement. Mais si Nemeth sautait de moins en moins haut, il était de plus en plus difficile à approcher. » Sa carrure de déménageur lui permet de s’amuser dans la raquette, sans grande résistance. Pour la petite histoire, André Buffière et Nemeth ont été invités par la Fédération suisse pour renforcer une sélection suisse face aux Harlem Globe Trotters à Genève, mais la FFBB a mis son veto, voyant dans les Harlem l’idée du professionnalisme, si âprement combattue alors.

Le championnat français d’élite s’appelle désormais Division Nationale, mais rien ne change au fond. Villeurbanne rayonne à nouveau en finale. Nemeth, à court de tonus, rate la cible à … 36 reprises sur 43 tirs, soit 16,20 % de réussite. Mais, avec 27 points, dont 13 lancers-francs, Nemeth marque néanmoins plus de la moitié des points de son équipe, dans une finale tendue gagnée face à l’AS Monaco (52-40) alors que bruissent les rumeurs de son départ vers Paris. Il est aussi le meilleur marqueur de l’élite avec 16, 2 points de moyenne.

Et de trois.

A PARIS, AVEC QUELQUES KILOS EN PLUS

Nemeth, alourdi, signe en effet au RC France au printemps. Il devient officiellement « métreur ». En ce printemps 1951, on assiste à un derby parisien pour l’apothéose du championnat de France. Le club huppé du RCF se retrouve face aux étudiants frondeurs du PUC, tout juste sacrés champions de Paris. Pour mettre un peu d’ambiance (et accessoirement se moquer gentiment de leur rival du jour), les étudiants se présentent en jaquette et chapeau melon. La facétie n’empêche pas le talent et le PUC, emmené par l’Américain Joë Owen, mène encore 46-47 à sept minutes de la fin. Mais le Racing, avec Quiblier (16 points) et surtout Nemeth (22), s’impose au finish (64-53). Ferenc est encore le meilleur marqueur du championnat (23,4 points de moyenne) devant Jacques Dessemme, de Bellegarde, (18,5) après avoir été le premier à dépasser les 50 points dans une rencontre (55 points le 11 février 1951 face aux Hirondelles des Coutures).

Et de quatre.

Total : quatre titres de champion de France en quatre saisons avec trois clubs différents. Dans une période où le basket français manquait cruellement de joueurs de grande taille, Nemeth n’avait pas de rival.

Moralité : il suffisait de le recruter pour être titré…

Champion avec Villeurbanne en 1949. De gauche à droite, debout, Raymond Sahy, André Buffière, François Nemeth, René Longchamp, Georges Darcy (manager). Accroupis : Edmond Garcia, Fred Hugonin, Gaby Fillod,, André Dejoannès. (@Georges Darcy).

La suite se passe en Argentine. Ferenc Nemeth s’y installe à l’été 1951. Il sera naturalisé en 1953. Il a 34 ans et jouera de plus en plus rarement.

Sans lui, l’équipe de Hongrie sera le rival n°1 de l’URSS lors des championnats d’Europe de la décennie :  elle est sacrée championne en 1955, chez elle à Budapest, termine deuxième en 1953, quatrième en 1957 et 59.

Nemeth a ouvert la voie à d’autres joueurs Hongrois qui, plus tard, feront le bonheur des clubs français et du championnat de France comme Jan Racz (le grand Berck des années 70), Robert Gulyas (entre 1999 et 2004 à Pau, Chalon et Villeurbanne) ou Kornel David (SIG Strasbourg en 2001).

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About Dominique WENDLING (43 Articles)
Ancien journaliste, joueur, entraîneur, dirigeant, président de club. Co-auteur, avec Jean-Claude Frey, de "Plus près des étoiles", le livre paru fin 2018 sur les 90 ans de la SIG Strasbourg.

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