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Finale de la Coupe de Champions Féminine 1980 – Gifles à Wittenheim

Coupe des Champions,

Montage Une : Laurent Rullier pour Basket Rétro

20 mars 1980Wittenheim, près de Mulhouse, 13 500 habitants, est la capitale d’un jour du basket européen féminin : l’USW organise, ni plus ni moins la finale de la Coupe d’Europe entre les Italiennes de Fiat Turin et les Bulgares de Minior Pernik. Un geste déplacé émaille le match…

Propriété exclusive du Daugava Riga de la géante Ouliana Semenova entre 1964 et 1978 (le Clermont UC fut cinq fois finaliste malheureux), la Coupe des Champions a ensuite basculé vers l’Italie qui avait regroupé les meilleures joueuses du pays à San Giovani avant que l’Etoile Rouge de Belgrade ne s’impose en 1979.

En ce printemps 1980, ce sont la Fiat Turin et ses internationales et les Bulgares de Minior Pernik qui sont aux prises pour la vingt-deuxième finale qui se dispute à Wittenheim, dans le Haut-Rhin.

En demi-finale, les Italiennes se sont défaites des étonnantes hollandaises du Bob Oud Beijeland, alors que Pernik a sorti l’Etoile Rouge de Belgrade après avoir terminé première de la poule des quarts de finale où figurait le Clermont UC.

IL MANQUE 7 CENTIMETRES AUX PANIERS

La salle Pierre de Coubertin est garnie de 1 500 spectateurs, mais beaucoup ont déploré le prix trop élevé des places (70 francs). L’organisation autour de Henri Gasztych, le président de l’USW, le club local, est au rendez-vous, malgré un sérieux coup de stress la veille du choc : les deux paniers sont installés trop bas : il manque 7 cm aux 3,05 m règlementaires, lacune qui suscite l’émoi des Italiennes au moment de leur prise de contact avec la salle et leur seul entrainement.

Les lauréates de la Coupe des Champions 1980, Fiat Turin. Le club a été dissous en 2019.
@Massimiliano Mascolo.

Elles sont inquiètes, car Sandra Guzzonato, une des internationales, est insuffisamment remise de son opération du genou. Superstitieuses, elles misent sur le fait que le match se déroule en France : deux ans plus tôt, San Giovanni avait gagné à Nice. Un heureux présage pour Wanda Sandon, sacrée sur la Côte d’Azur et à nouveau en finale ?

Le match est tendu et serré pendant de longues minutes, l’enjeu majeur crispe les jeunes femmes. Au repos, tout reste à faire (36-33).

A LA 26′, LE MATCH BASCULE DANS L’IRRATIONNEL

Les deux équipes continuent à se rendre coup pour coup.

A la vingt-sixième minute, le match tombe dans l’irrationnel.

Fiat Turin mène 47-43. Pernik prend un temps mort. Soudain, c’est le clash. Un violent incident oppose le coach bulgare Georgy Tchomakov à l’internationale Margarita Tutsova, une des meilleures joueuses jusque-là (10 points). « Il faut tout donner à présent. C’est le moment ! » leur demande-t-il. « J’aimerais bien, mais je suis sur le banc de touche ! » rétorque la joueuse.

Mal lui en a pris : le coach sort de ses gonds. On ne rétorque pas à son autorité. En représailles, il lui assène une violente paire de gifles ! Et prend un deuxième temps mort dans la foulée. Il hurle. Les Bulgares sont choquées, livides.  Le public, médusé, n’a rien manqué de la scène. Il gronde sa réprobation.

Le match reprend. Mais l’incident n’est pas clos.

Hors de lui et rouge de colère, Tchomakov se lève à nouveau : nouvelle paire de gifles vers sa joueuse cantonnée sur le banc. La grande Tutsova (1,85 m) court vers le vestiaire, en larmes. La gêne s’installe dans les travées. Comme un parfum de scandale.

La finale s’est-elle jouée à ce moment ? C’est plus que probable. En tous cas, le vent tourne. Privée de l’un de ses atouts majeurs et tétanisée par l’incident, l’équipe de Pernik a du mal à reprendre ses esprits et ses marques. Fiat Turin profite du flottement bulgare. Les Italiennes filent à 53-47 et verrouillent la raquette. Les joueuses bulgares, décontenancées, ratent tout ce qu’elles entreprennent (1 panier pour 11 tirs en sept minutes).

MAGNIFIQUE LIDIA GORLIN

Créatives et soudées en défense, les filles de Turin s’envolent (60-47), résistent au baroud d’honneur désespéré de Minior Pernik (65-59).

Vitesse d’exécution et défense ont primé avec, en fer de lance, Sandra Palombarini et, à la baguette, une joueuse exceptionnelle : la meneuse et capitaine Lidia Gorlin, la capitaine de la sélection italienne.

« Cinque, quatro, tre, due, uno ! ». Les tifosi de Fiat Turin hurlent plus qu’ils n’égrènent les dernière secondes de la finale. La trompe retentit. Fiat Turin s’impose avec autorité et la satisfaction du public (75-66).

Sourires et larmes libérées pour les Italiennes, soupirs et pleurs réprimés pour des Bulgares dévastées.

C’est à Lidia Gorlin, la reine du match, que Robert Busnel, président de la Standing Conférence of Europe de la FIBA et encore président de la FFBB pendant quelques jours avant de transmettre le flambeau à Robert Founs, remet la Coupe : « C’était un très beau match. Turin a fait preuve d’une grande intelligence de jeu, déclare le président. Les Bulgares se sont empêtrées sous les paniers à vouloir jouer sans cesse sur les grandes, sans prendre de risque à mi-distance. »

Les nombreux techniciens présents au match (parmi eux, Francis Jordane, Rudy d’Amico, le coach du Mulhouse BC, son joueur Hugo Harrewijn, Christine Delmarle) ont beaucoup apprécié la palette des systèmes défensifs des Italiennes, mais fustigent aussi le geste déplacé qui alimente toutes les discussions : « le coach bulgare a perdu le match pour son équipe. Son attitude a été inadmissible. »

Aussitôt la coupe remise, Tchomakov, visage fermé, harponne son équipe d’un ton sec, sans livrer de commentaires. Très vite la troupe du Minior Pernik quitte la salle.

De quoi est-il le plus furieux au moment où le bus bulgare s’éclipse dans la nuit : avoir perdu ou l’affront d’une de ses joueuses majeures ?

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About Dominique WENDLING (44 Articles)
Ancien journaliste, joueur, entraîneur, dirigeant, président de club. Co-auteur, avec Jean-Claude Frey, de "Plus près des étoiles", le livre paru fin 2018 sur les 90 ans de la SIG Strasbourg.

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