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Newsport, magazine pionnier des sports US en France

Presse

Montage Une : Laurent Rullier pour Basket Rétro

En octobre 1989, débarque dans les kiosques un magazine consacré aux principaux sports américains, Newsport. Replongeons-nous dans le temps pour revivre l’histoire de ce mensuel qui, pendant un peu plus de trois ans, a permis aux lecteurs passionnés d’être nourris de NBA, NFL, MLB, et NHL et a conduit à la création de 5 Majeur en 1991, il y a tout juste trente ans.

UN MANQUE A COMBLER ET UN MARCHE A CONQUERIR

Si on se penche sur le basket américain, en France, à la fin des années 80, c’est la disette pour les fans de NBA. À la télévision, un seul petit match en différé est diffusé par semaine sur la chaîne sur abonnement Canal+ et, dans la presse spécialisée, il n’y a que les articles de très grande qualité du mensuel généraliste Maxi-Basket pour se rassasier. Le quotidien L’Équipe n’est lui pas encore à la page du sport US et L’Équipe Magazine n’en évoque que sporadiquement. Dans ce quasi désert, il faut être abonné à des réseaux câblés étrangers, au système de VHS Pontel ou à la presse d’outre-atlantique pour avoir un peu plus de nourriture NBA. En ce qui concerne la NFL, Canal+ diffuse aussi un match hebdomadaire, avec aux commentaires l’incontournable George Eddy accompagné de Philippe Chatenay, un trimestriel, Football Américain Magazine, existe depuis 1987 et un mensuel US Foot vient tout juste de naître. Eurosport et TV Sport diffusent épisodiquement des rencontres de Major League de Baseball et le magazine Strike sort tous les trois mois depuis juin 1989. L’arrivée de Newsport, entièrement dédié au sport américain, tombe à point nommé en apportant un contenu supplémentaire. Pour les amateurs de NBA, de foot US, de baseball ou de NHL, c’est une nouvelle source d’information écrite attendue et bienvenue.

Dans la ligue de basket américain, c’est la grande période des Bad Boys des Pistons de Détroit, champions en titre, des Lakers de Los Angeles de Magic Johnson, derniers finalistes, ainsi que la montée en puissance de Michael Jordan et des Bulls de Chicago et l’émergence de David Robinson et des Spurs de San Antonio. Les légendaires Celtics de Boston des années 80, menés par Larry Bird, crachent leur derniers feu. La NBA commence sa médiatisation internationale dont le point d’orgue sera le tournoi des Jeux Olympiques de Barcelone en 1992. Les ados et jeunes adultes français sont avides de tout ce qui touche à toute la culture américaine (sports US, hip-hop, streetwear). Les feux sont au vert pour un magazine spécialisé.

Trois journalistes, Didier Le Corre, créateur de Maxi-Basket avec Pascal Legendre en 1982, Franck Richaud, spécialiste de football américain et Jérôme Sicard, notamment collaborateur à l’Équipe Magazine et occasionnellement à Maxi-Basket, lancent un projet commun mais ne s’entendent pas sur la répartition de leurs rôles respectifs. Le Corre et Richaud aboutissent sur la naissance de Sports Action tandis que le franc-tireur Jérôme Sicard, sur une réaction épidermique, développe un autre magazine, Newsport. L’aventure est lancée et va durer plus de trois ans.

DES DEBUTS ROCK AND ROLL

Sicard trouve le soutien de Philippe Paringaux et Philippe Koechlin. Paringaux est le rédacteur en chef de Rock & Folk dont Koechlin a été l’un des créateurs en 1966. Les trois hommes se connaissent de la rédaction de L’Écho des Savanes pour lequel Jérôme Sicard a été pigiste. La rédaction de Newsport s’installe ainsi rue Chaptal dans les bureaux du magazine musical. Philippe Paringaux et Philippe Koechlin sont respectivement directeur de la rédaction et directeur artistique et Jerome Sicard rédacteur en chef.

Bo Jackson des Raiders de Los Angeles, équipe de NFL, est sur la couverture du premier Newsport, en octobre 1989. L’édito de Jerôme Sicard est à relire sans modération et George Eddy, qui collabore déjà à Maxi-Basket, est aussi de la partie en consacrant ici une chronique au fameux Bo. Avec sa double casquette de joueur de foot us et de baseball, Jackson est une égérie de la marque Nike («Bo Knows») et le chouchou du magazine. La présence du premier français en NFL, Richard Tardits, drafté par les Cardinals de Phoenix et futur joueur des Patriots de New-England, suscite un aussi grand intérêt pour les lecteurs qui ont l’impression d’assister au premier pas d’un astronaute tricolore sur la lune américaine. Newsport est bien né avec un titre très graphique, une maquette originale et des reportages variés et accrocheurs. Les fans sont ravis et au rendez-vous.

Une première période, rue Chaptal, dans le 9e arrondissement de Paris, dure cinq numéros. Des signatures, issues du monument de la presse musicale, collaborent à l’aventure Newsport. Laurent Chalumeau, auteur prolifique et complice d’Antoine de Caunes, écrit sur les Bad Boys de Detroit tandis qu’Alain Gardinier, journaliste spécialiste de rock et de surf rédige un article sur le sport de glisse. Un basketteur de niveau national, sous le pseudo de Vincent Rozel, s’occupe lui aussi NBA. Deux correspondants permanents sont aux États-Unis: Jean-Sébastien Stehli, étudiant à Columbia puis résident à San Francisco (désormais rédacteur en chef à Madame Figaro) et Marc Chalamet, éditeur aux Nations Unis à New York (il est le père de l’acteur Timothée Chalamet, né en 1995). La légende Jean-Jacques Maleval, co-auteur avec Thierry Bretagne du cultissimme Ce Fabuleux Basket Américain en 1972, est aussi présent avec un article sur les Running Rebels de UNLV dans le numéro 4. Le succès est au rendez-vous et les ventes progressent vite mais malheureusement le titre Rock & Folk est de son côté en difficulté financière et est vendu aux Éditions Larivière qui ne souhaitent pas conserver le magazine de sports US. Newsport doit changer rapidement de propriétaire. Après un mois vierge de parution, l’expérimenté Jean Nouailhac (qui a lancé entre autres les magazines Onze et Première) reprend le flambeau et devient le nouveau directeur de la publication à partir du numéro 6.

DIRECTION BOULOGNE-BILANCOURT

Jérôme Sicard reste bien sûr le chef de la rédaction, tout comme Stehli et Chalamet les correspondants aux USA et George Eddy un conseiller et éditorialiste précieux. La nouvelle rédaction s’installe rue Paul Bert pendant quelques mois avant qu’un incendie ne dévaste les bureaux. Trois pieds nickelés voisins cambriolent les locaux, sans grand succès, et laissent une vilaine signature en y mettant le feu. Ils sont vite attrapés mais leur méfait entraîne un nouveau déménagement, cette fois-ci route de la Reine, toujours dans la même ville. C’est là qu’une nouvelle équipe de passionnés, journalistes ou en passe de le devenir, confectionne le magazine vendu à près de 30 000 exemplaires par mois. Pierre Callewaert, joueur de baseball au PUC qui a collaboré au magazine Strike, Thierry Dupont, spécialiste de foot US, David Cozette, étudiant journaliste commentateur de hockey sur glace sur Radio France Rouen et ancien basketteur, bientôt rejoints par Stéphane Mislin, passionné de boxe et qui a lui aussi pratiqué le baseball, forment un groupe dynamique de pionniers, en mission d’évangélisation de la bonne parole du sport US. Jérôme Sicard signe lui des articles sous le pseudo de Raoul Hunter en hommage à l’écrivain et journaliste Hunter S. Thompson, dont le personnage principal du livre Fear and Loathing in Las Vegas (Las Vegas Parano en version française) s’appelle Raoul Duke. En leur conseillant notamment les lectures de Thompson, dont il est un grand admirateur, le rédacteur en chef cherche à développer chez ses jeunes collègues un esprit de journalisme gonzo, basé notamment sur le ressenti et la subjectivité. Le « je » peut être utilisé, contrairement au code de déontologie classique, et un regard plus personnel, libéré de certaines contraintes, permet d’immerger le lecteur dans l’ambiance du thème proposé.

Au début des années 90, il est bien sûr beaucoup plus difficile de trouver des sources fraîches d’information. Toutes les franchises des grandes ligues américaines sont contactées par fax et elles envoient en retour d’épais dossiers de presse qui font chauffer le récepteur de la rédaction et alimentent les sujets proposés aux lecteurs. Les librairies parisiennes Brentano’s (1895-2009) et WHSmith, importatrices de littérature, de magazines hebdomadaires (Sports Illustrated, Sporting News) et de quotidiens américains (USA Today, Herald Tribune) sont largement fréquentées par les journalistes en quête de documentation. Ils commandent aussi des VHS Pontel des différents sports et regardent les programmes télé américains. Trente ans après, Thierry Dupont se remémore avec plaisir son premier article sur les Steelers de Pittsburgh et réalise la chance pour lui, jeune journaliste passionné, d’avoir assisté au 26e Superbowl à Minneapolis en 1992. David Cozette signe lui un premier papier sur les 69 points de Michael Jordan au Richfield Coliseum de Cleveland le 28 mars 1990, dans le numéro 6 puis des articles sur le trophée de meilleur défenseur de l’année décerné à Dennis Rodman ou encore le départ de Pat Riley des Lakers.

George Eddy passe régulièrement à la rédaction apporter sa chronique mensuelle. Depuis janvier 1985, le Franco-Américain barbu est LA voix de la NBA et de la NFL en France et il est désormais considéré comme le prophète du sport US. C’est une caution et une plus-value incontestable pour le magazine. George Eddy démontre en outre une excellente plume, des connaissances qui vont bien au-delà de la balle orange et une capacité d’analyse fine, en témoigne sa chronique, dans le numéro 3, dans laquelle il prédit la disparition des super pivots et l’augmentation de l’utilisation du tir à trois points et que Jordan dépassera Magic s’il remporte 5 titres d’ici l’an 2000. MJ a fait mieux mais George avait bien vu la razzia jordanesque à venir.

Grande première, Newsport propose aussi des numéros hors-série de posters taille XL qui recouvrent les murs des chambres des ados. Les magnifiques photos publiées proviennent notamment des agences Sports Illustrated/Presse sport et All Sport/Vandystadt. À partir du numéro 21, une nouvelle collaboration est entamée avec Mitch Chortkoff, célèbre journaliste américain couvrant les Lakers de Los Angeles. Marc Mingoia, spécialiste de Foot US rédige lui une chronique sur les médias. D’autres journalistes participent à l’aventure comme Xavien Chimits, Philippe Marcacci ou Bertrand-Régis Louvet. Au pic de popularité, l’équipe compte une quinzaine de personnes à la réalisation de Newsport.

LA NAISSANCE DE 5 MAJEUR

Le 18 février 1991 sort le mythique numéro de Sports Illustrated avec Magic, Jordan, Barkley, Ewing et Malone en couverture. La présence des stars de la NBA aux Jeux Olympiques de Barcelone l’année suivante devient réelle. Pierre Callewaert se souvient encore acheter le magazine à son kiosquier parisien avant de s’engouffrer dans le métro en direction de la rédaction de Newsport. Assis dans la rame, il dévore les pages de l’hebdomadaire américain et, une fois arrivé rue de la Reine, fait part de son excitation à Nouailhac et Sicard. Cela conforte l’idée générale de l’équipe de proposer une nouvelle revue spécialisée et, quelques jours plus tard, dans son éditorial du numéro 15, Jérôme Sicard annonce l’arrivée le 15 mars 1991 d’un nouveau magazine, dérivé de Newsport et consacré au basket international mais qui sera bientôt exclusivement dédié à la NBA: 5 Majeur. Le petit frère grandit rapidement et devient une institution qu’on retrouve toujours chez les marchands de journaux en 2021. C’est Thierry Bretagne, débarqué de l’Équipe Magazine où il était rédacteur en chef adjoint et avait fait la connaissance de Jérôme Sicard, qui prend la tête de la rédaction de 5 Majeur. L’équipe rédactionnelle est la même que celle de Newsport, les bureaux sont partagés et la production est ainsi doublée. Sicard et Bretagne mènent cette joyeuse bande, pleine d’énergie, qui vit au rythme de deux bouclages mensuels. Thierry Bretagne, par sa qualité de plume et son sens de la métaphore, est lui aussi un excellent formateur pour les rédacteurs. Il n’hésite pas non plus à encourager la jeune équipe à jouer aux fléchettes entre deux articles, une bonne ambiance étant importante à ses yeux à la création. Le développement et la bonne santé de 5 Majeur entraine l’arrêt des articles sur la NBA dans le numéro 23 de Newsport. Ce partage de compétences est compréhensible mais se révèle être un rude coup pour les lecteurs de la première heure, fans de l’ensemble des ligues américaines, sans exception. Est ce que c’est cette décision qui fragilise les ventes du magazine ? Sans aucun doute. Ce sont les fans de NBA qui sont les principaux acheteurs de Newsport et il y a clairement un transfert de lecteurs vers le nouveau magazine, boosté par la médiatisation de la ligue américaine derrière Michael Jordan et la vague grandissante de la Dream Team.

LE CREPUSCULE

La dernière formule commence à partir du numéro 31, en juillet 1992. Après une nouvelle enquête, la rédaction décide de revenir à la NBA et de mettre d’autres sports à l’honneur tels la boxe, le golf, le beach-volley, le tennis ou encore la course automobile (en mai, Nouailhac et Sicard ont d’ailleurs lancé un autre magazine spécialisé au sport auto américain, Speedway). Ce changement est symbolisé par le choix de couverture d’Evander Holyfield et une modification de typographie du titre accompagné de l’intitulé «les sports majeurs américains». Pierre Callewaert part notamment en reportage aux États-Unis couvrir le combat Holyfield-Bowe du 13 novembre 1992 (briefé par son collègue fou de boxe Stéphane Mislin) et poursuit par une tournée des salles NBA à la chasse aux Dream Teamers.

Mais cette évolution de ligne éditoriale ne fait pas que des heureux, en témoigne le courrier des lecteurs dans le numéro 37. De nombreux abonnés font étalage de leur courroux et s’attristent du changement de ton du magazine. Les critiques sont essentiellement tournées vers des articles sur le tennis, le golf ou encore sur Bill Clinton, éloignés des préoccupations des jeunes Français assoiffés de culture US. Il est aussi à souligner qu’en 1993, le paysage de la presse n’est plus le même que celui de 1989. Le magazine cousin, Sports Action, né en même temps que Newsport, a pris un virage différent en se consacrant uniquement au basket à partir de 1992 et en allongeant son nom en Sports Action Basket. Mondial Basket et bien sûr 5 Majeur sont eux apparus en 1991 et connaissent un succès croissant. 5 Majeur atteint jusqu’à 100 000 ventes mensuelles pendant la période olympique ! La couverture change une dernière fois pour le numéro 36 («Newsport, le sport aux États-Unis») mais un nombre de lecteurs en baisse, associé aux charges inhérentes à un magazine bien produit (coût d’impression sur papier glacé, achats des droits photos aux agences) et une baisse de motivation du propriétaire, font que Newsport disparait au printemps 1993, laissant son petit frère 5 Majeur poursuivre sa route dorée.

LES COUVERTURES

Parmi les 38 couvertures, 22 sont consacrées au football américain, 10 au basket-ball, 4 au baseball et 2 à la boxe.

  • NFL: Bo Jackson (2), Joe Montana (3), John Elway, Richard Tardits, Ottis Anderson, Jim Kelly, Irving Fryar, Art Shell, Troy Aikman, Mark Rypien, Christian Okoye, Ronnie Lott, Washington Redskins, Thurman Thomas, Cardinals/Rams, Darren Lewis, Mile Cofer, Super Bowl XXVII, cheerleaders des Dallas Cowboys.
  • NBA: Isiah Thomas, Magic Johnson (3), David Robinson, Michael Jordan (2), Joe Dumars, Byron Scott, Jordan/Dumars.
  • MLB: José Canseco (2), Roger Clemens, Bo Jackson.
  • Boxe: Evander Holyfield et Riddick Bowe.

UNE AVENTURE HUMAINE

L’histoire de Newsport laisse aujourd’hui une douce nostalgie à ceux qui l’ont fait et ceux qui l’ont lu. Les 38 numéros, témoins de la période fin 1989-début 1993 et recherchés par les collectionneurs, ont fait vibrer le cœur des lecteurs avides de culture sportive made in USA et permis à des jeunes passionnés de mettre le pied à l’étrier de leur carrière journalistique, guidés par un rédacteur en chef atypique. 5 Majeur a survécu à Newsport, l’équipe a changé, mais le magazine reste aujourd’hui une référence de revue spécialisée en basket américain.

Remerciements à Pierre Callewaert (L’Équipe), Thierry Dupont (Contexte), Stéphane Mislin (beIN Sports) et Jérôme Sicard (Sphere) pour leur disponibilité et leur richesse d’échanges.

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About Vincent "Baby TER" Reculeau (16 Articles)
passionné de la NBA des années 80 et 90, des drafts de Bird et Magic jusqu'au 6e titre de MJ. Et plus si affinités... Biberonné à Maxi-Basket, 5 Majeur, Canal+ et Pontel.

1 Comment on Newsport, magazine pionnier des sports US en France

  1. Excellent article, j’avais 10 ans quand j »ai acheté le Numéro 1, juste parce que je trouvais beaux les logos des équipes …

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