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[Portrait] Roger Esteller, plus qu’un joueur.

Portrait

Montage Une : Laurent Rullier pour Basket Rétro

Il est l’unique MVP étranger non américain* de l’histoire de notre championnat. Pourtant ses statistiques n’ont jamais été stratosphériques, il n’a jamais fait exploser les compteurs au scoring ni battu des records de triples doubles. Mais Roger Esteller a des qualités bien particulières et essentielles sur un terrain de basket. Il n’est spécialiste de rien, mais sait absolument tout faire. Il a une véritable aura et une capacité singulière à (presque) toujours faire le bon choix. Partout ou il est passé, l’importance du médaillé d’argent à l’Euro 99 a fait l’unanimité, et sa présence sur le terrain a toujours été capitale pour les équipes dont il a porté les couleurs.

Roger Esteller est un pur Catalan. Il est  originaire de Sants, un quartier de Barcelone qui respire le basket. un arrondissement qui fait la jonction entre deux monuments du “Baloncesto”. Au nord, le Palau Blaugrana, antre du Barça. Au sud, le Parc de Montjuic, écrin de verdure très vallonné qui abrite le Palau San Jordi, temple sacré qui a vu se dérouler le tournoi olympique de 1992. Et en plein milieu, le parc de l’Espanya Industrial, où l’on trouve les meilleurs playgrounds de la ville, sur lesquels certains anciens pro viennent régulièrement se dégourdir les jambes. C’est donc sans surprises, que le jeune Esteller, légende locale de cette fin des eighties, débarque au Barça en 1990.

LA MERE DE TOUTES LES SURPRISES

Au sortir d’un excellent Euro Junior en 1991 (13,4 pts/match), dont il est l’un des leaders ibériques aux côtés d’Alfonso Reyes. Esteller découvre le basket pro.

C’est sous les ordres d’une icône de la cité Catalane , Manolo Florès, légende au pays dans les années 70 et artisan majeur du premier sacre européen de l’histoire du basket Barcelonais (la Recopa Europa 1985), qu’ Esteller débute.

Manolo Flores et le jeune Esteller (Photo Mundo Deportivo)

Merveille physique (1m91 pour 100 kg), le tigre de Sants, comme on le surnomme, est doté d’un excellent bagage technique et d’une jolie adresse extérieure. Qualités qu’il a su faire évoluer tout au long de sa carrière, compensant l’inévitable déclin des aptitudes physiques.

Il reste au sein de l’effectif blaugrana pendant 3 saisons, ou il fait petit à petit monter son apport statistique sur le terrain et commence à se faire un nom en Liga.

Fin 93, il prend la direction de Manresa à 45 min de route du Palau pour y écrire les plus belles pages de sa carrière de joueur avec le TDK. Il y remporte la coupe du Roi en 1996, malgré le plus petit budget d’ACB, contre la Barça mené par un Xavi Fernández impérial (26 pts).

Les 30 dernières secondes de cette finale sont épiques, et pour toujours gravées dans l’histoire du basket espagnol. Menés 90-88, Esteller donne l’avantage à Manresa d’un tir primé instinctif, 90-91. Mais le Barça  réplique aussitôt par un dunk de son pivot américain Dan Godfread. 92-91. Sur l’action suivante Esteller drive, déborde l’ex Choletais Arturas Karnishovas puis trouve d’une passe lumineuse Joan “Chichi” Creus légende Manrésienne qui crucifie  Barcelone à trois points dans le corner. Manresa tient la première Copa de son histoire.

“La madre de todas las sorpresas” comme le titre  le magazine Gigantes del basket est le plus beau souvenir en carrière du tigre et son “after” a été selon la légende mé-mo-ra-ble. “C’était la super fête, elle a duré deux jours! Inoubliable” déclarait-il en 2018 à Basket Le Mag.

Vainqueur de la coupe du roi en 1996 avec Manresa (Photo Mundo Desportivo

)

Il rentre ensuite au bercail, pour y remplir l’armoire à trophées, pendant trois saisons. La doublette qu’il forme avec Aleksandar Djordjevic fait des étincelles. Les deux chauves remportent deux titres de Liga, en 1997 et 1999 et une coupe Korac en 1999 contre l’Estudiantes des frères Reyes. Il passe la saison suivante au Saski Baskonia, dans une équipe ou la ligne extérieure laisse rêveur: Esteller,  l’Argentin Juan Espil et Laurent Foirest. Le tout drivé par l’excellent Elmer Bennett, mais il repart bredouille du pays basque. Il glane ensuite une médaille d’argent lors de l’Euro Français avec la Roja en 99, puis s’exile (pas trop loin tout de même) pendant deux ans à l’Elan Béarnais Pau Orthez.

EN VOYAGE POUR FORMER LA JEUNESSE

Avant même de poser le moindre dribble sur le parquet du palais des sports de Pau, Roger Esteller fait l’effort d’apprendre la langue de Molière, par honneur, Comme il le rapporte à Basket le Mag:

 “C’est une question de respect, quand tu viens en France, tu prends le travail d’un citoyen Français. La moindre des choses c’est d’apprendre la langue.”

Il arrive dans un EB Pau Orthez en pleine transition. En ce mois de septembre 2000, les grands noms de la fin des années 90 (Rigaudeau-Sonko-Foirest, Risacher, Thierry Gadou…) sont partis. L’effectif  a des allures de pouponnière, ou Claude Bergeaud y couve une ribambelle de jeunes plein d’avenir: Boris Diaw, Flo et Mike Piétrus, l’Ukrainien Artur Drozdov…  Pour entourer toute cette jeunesse, Pierre Seillant avoue qu’il a cassé sa tirelire :

“Esteller est le second plus gros investissement de l’histoire du club derrière Rigaudeau”. 

Avec L’Elan Béarnais (Photo Mundo Desportivo)

Il y ajoute Jerry Mc Cullough, le génial lutin, ancien MVP du championnat avec le BCM Gravelines. Après avoir pris une raclée en finale de la coupe de France (-25pts) face à l’ASVEL en mai, les Palois ont une chance de se venger quelques semaines plus tard lors des finales du championnat.

D’entrée, Esteller et ses coéquipiers bousculent la hiérarchie et font tomber les Villeurbannais, chez eux. L’ASVEL réplique aussitôt lors du match retour et force le match d’appui.

Rencontre qui appartiendra à la jeunesse paloise et à Esteller qui finit meilleur marqueur. Fiers de ses jeunes coéquipiers, il leur fera dans les colonnes de Basket News le compliment ultime pour un Catalan : 

“Il fallait prendre des risques et ils les ont pris. Ils ont parfois raté. Mais ils ont eu les couilles comme on dit en France, los cojones. Et c’est ça, c’est très important. Ils sont durs mentalement ».

Après deux titres de Liga ACB, le voici désormais champion de France. La saison suivante  sera un rêve. Les Palois roulent sur le championnat et les playoffs et Esteller décroche le titre de MVP étranger. Malheureusement les finales sont ratées et les Béarnais se font sèchement corriger par une ASVEL revancharde.

Champion de France Pro A 2001 (Photo LNB)

SIMPLE MAN

Après cette parenthèse française, le tigre rentre au pays et joue successivement pour Malaga, Leida et Gran Canaria. Mais l’envie n’y est plus. Las du rythme effréné qu’impose la vie de basketteur pro, Esteller implose :

« Jouer 15 ans de suite, avec tant de pression, c’est comme donner vingt mille coups de marteau à une pierre, à la fin ça casse. Et ma tête s’est cassée »

A 32 ans, il décide de retrouver la vie normale, de profiter au maximum de ses enfants : « Je voulais les emmener à l’école, les baigner… pour être une personne normale, ce à quoi tout le monde aspire « .

Nostalgique d’une adolescence perdue, qu’il a consacré au ballon orange, vadrouillant aux quatre coins de l’Espagne, le Catalan n’aspire qu’à la banalité d’une vie lambda :

”À 18 ans, vous êtes déjà adulte et vous voyez des enfants de votre âge encore très immatures. Je me souviens être allé dîner avec mes anciens camarades de classe et j’ai vu une énorme différence. Ils étudiaient encore, c’étaient des enfants, et moi je gagnai déjà beaucoup d’argent, j’ai aidé ma famille … J’ai grandi beaucoup trop vite, ce temps vous ne le récupérez plus, vous le perdez. C’est le plus grand sacrifice d’un athlète .

Si dans un premier temps, il a préféré faire une coupure totale avec le monde du basket, et rester à cent pour cent à la maison, Roger Esteller est aujourd’hui un homme très occupé. Il est respectivement:

 -Directeur d’un centre d’optimisation de la performance sportive.

– Propriétaire d’une aire de jeux pour enfant

– Président de l’ONG “Esportites Solidaris”

– Membre et ex président de l’association des anciens du Barça

– Consultant TV pour la Liga Endesa

En aide défensive sur Thierry Gadou, face à Antoine Rigaudeau et Stéphane Risacher lors d’un match des anciens du Barça contre anciens de l’Elan Béarnais. (Photo paysdesgaves.com)

Plus d’une décennie après sa retraite, il est toujours régulièrement arrêté dans les rues de Barcelone par des fans qui le félicitent encore pour tout ce qu’il a apporté à la maison Blaugrana. Car définitivement pour sa ville, Roger Esteller aura été bien plus qu’un simple joueur de basket.

PALMARES

En club:

  • 483 matchs en Liga ACB (9,2 pts de moyenne)
  • Champion de Liga ACB 1997-1999
  • Vainqueur de la coupe Korac 1999
  • Champion de France Pro A 2001
  • MVP étranger de Pro A 2002

En sélection:

  • Vice champion d’Europe 1999

*Ricardo Greer est de double nationalité (Américano-Dominicain)

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