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[Portrait] Al Cueto, le Cubain qui a dit non à la NBA

Portrait

Montage Une : Anthony Jeffries pour Basket Rétro

Contraint de quitter son île pour suivre son rêve de basketteur, Al Cueto découvre aux Etats-Unis, un univers aux antipodes de Cuba. Pendant sa courte carrière, il traverse une ligue colorée et exubérante, l’American Basketball Association. De Miami à Memphis, le Cubain va de surprises en surprises dans un championnat pas comme les autres.

LA PATRIE OU L’EXIL

A Cuba, le baseball est culturellement et historiquement le sport qui fait le lien entre l’île et les Etats-Unis. Le Beisbol est même considéré comme le sport national depuis la création d’un championnat en 1868. Malgré la proximité avec l’Oncle Sam, les autres sports US ont bien du mal à percer à Cuba. Il faut attendre presque 40 ans pour voir les premières traces de la balle orange. En 1905, un groupe d’étudiants de retour des USA ramènent le basket dans ses bagages. Les débuts officiels ont lieu le 13 octobre 1906 lors d’une rencontre amicale opposant ces jeunes revenus des States à des étudiants de l’Université de La Havane. Dans le gymnase YMCA de la capitale, ce sont les Havanais qui sortent vainqueurs 28 à 16 de ce premier match sur le sol cubain. Progressivement, les règles du basket font le tour de l’île. Ce sport bénéficie même d’une campagne pour sa pratique dans les écoles. Mais, la culture club avec du basket organisé met du temps à apparaître. Seules quelques équipes comme Ciego de Avilà, Deportivo Cardenas ou Matanzas font figures de marginaux dans les années 30. Si la balle orange connaît un essor au début des fifties avec un championnat amateur, elle reste pratiquer par les classes relativement aisées de la population. L’Histoire avec un grand H rebat les cartes. En 1959, la Révolution Cubaine menée par Fidel Castro renverse le régime pro-américain de Fulgencio Batista.

De grands changements sur l’île s’amorcent et le sport n’y échappe pas. Fidèle à son idéal communiste, Castro démocratise la pratique sportive, symbole selon lui de solidarité, de motivation et d’efforts. Le sport devient le vecteur de la réussite du régime castriste à l’échelle mondiale. Du haut de son 1m90, El Comandante a un faible pour le basket depuis ses années lycée à Belén. Pour Castro, ce jeu nécessite de la vitesse, de l’agilité et de la stratégie, soit les qualités que doivent avoir les guérilleros. En 1962, il crée l’INDER (Institut National du Sport, de l’Education Physique et des Loisirs) et signe dans la foulée le décret 83A qui interdit le sport professionnel à Cuba. Toujours pour éviter l’enrichissement de quelques-uns au détriment du reste de la population. Cette mesure provoque un remous considérable chez les athlètes cubains de haut niveau. Avec l’eldorado américain tout proche, l’exil sportif bat son plein dans les années 60. Considérés comme des traitres par le régime, Castro les bannit de sélection nationale, mais cela ne suffit pas pour stopper la fuite des talents. Le basketteur Al Cueto est l’un de ces déserteurs. Surnommé le plus grand cubain du monde, l’intérieur a de l’avenir dans les raquettes. Devant le manque de perspectives de carrière sur l’île, il émigre vers les USA en compagnie de sa famille au début des Sixties. Direction la Floride !

Fidel-Castro-Cuba1970

Fidel Castro en 1970 © Getty Images

LE PLUS GRAND CUBAIN DU MONDE EN NCAA

La région de Miami est le point de chute par excellence pour les émigrés cubains. La communauté hispanique y est importante et facilite l’acclimatation. Al Cueto s’inscrit à la Coral Gables High School, un lycée situé au sud de la ville. En plus d’une nouvelle langue, le Cubain découvre aussi une culture aux antipodes de ce qu’il a connu sur son île. Avec 83% d’étudiants hispano sur le campus, l’apprentissage se fait en douceur. Côté basket, Al impose rapidement son nom. Il faut dire qu’il mesure déjà 2m01 à 16 ans ce qui en fait la tour de contrôle de l’équipe. Des mains habiles, un physique robuste, Cueto se met à espérer un avenir pro aux Etats-Unis. En 1965, à la fin de son cursus en high school, il part pour une fac à forte consonnance cubaine : la Saint Gregory University à Shawnee dans l’Oklahoma. Un voyage en bus au cœur du pays de plus de 2300 kilomètres, à l’issu duquel Al débarque muni seulement d’un sac de vêtements et 10 dollars. Auparavant, il a pris le soin d’écrire une lettre de motivation au coach de basket de l’université. L’entraîneur Don Sumner se souvient :

Il m’a effectivement écrit une lettre. Mais, en gros, il était comme invisible pour moi au début. Nous avions plus d’une trentaine de réfugiés cubains sur le campus à l’époque. Avec le temps, ils se connaissaient tous les uns les autres. Mais, rapidement, Al est sorti du lot.

En deux saisons avec les Cavaliers de Saint Gregory, Cueto se fait remarquer par les scouts locaux. Sa puissance sous les panneaux est redoutée dans le championnat NAIA, l’équivalent de la seconde division universitaire. Après son année sophomore, il reçoit des propositions de bourses d’études de la part de trois facs prestigieuses en NCAA : les Sooners d’Oklahoma, les Demon Deacons de Wake Forest et les Golden Hurricane de Tulsa. La logique géographique aurait voulu que le Cubain se dirige vers le campus d’Oklahoma City, situé à 30 kms de Saint Gregory. Cueto s’y est d’ailleurs rendu pour un entretien avec l’entraîneur John MacLeod. Futur coach des Suns pendant 14 ans, MacLeod se rappelle d’un jeune homme futé qui lui a posé une tonne de questions tout plus pointues les unes que les autres, pour au final refuser la bourse. Le motif : les Sooners sont plus réputés au football américain qu’au basket. Al ne veut que l’excellence dans son sport. Il accepte donc l’offre de Tulsa à la rentrée 1966.

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© Tulsa McFarlin Library

A cette époque les Golden Hurricanes sont affiliés à la conférence MVC (Missouri Valley Conference). L’équipe drivée par le coach Joe Swank sort d’un bilan encourageant avec 19 victoires pour 8 défaites. Qualifié pour le tournoi NIT du Madison Square Garden, Tulsa se fait sortir in extremis par Marquette (60-64) futur finaliste. Derrière le tandem de scoreurs Rob Washington et Bingo Smith (10 saisons NBA avec les Cavaliers à plus de 13 points de moyenne), la fac recherche un intérieur solide capable d’épauler son backcourt de feu. Mais, la première saison d’Al Cueto sera décevante. Rétrogradé en pivot remplaçant, il cumule péniblement 3.1 points et 3.5 rebonds en 15 minutes. Après un départ en boulet de canon avec 9 succès en 11 matches, Tulsa rentre dans le rang dans la seconde partie de championnat en perdant 10 des 12 dernières rencontres. A l’intersaison, Joe Swank se voit proposer un poste de head coach en Louisiane. Il fait ses valises et sera remplacé par son assistant Ken Hayes. Ce dernier change les rotations de l’équipe et fait du Cubain son intérieur titulaire.

Le changement est plus que bénéfique pour les Golden Hurricanes. Avec les clés du camion en attaque clairement donné au one-two punch Washington-Smith – 20.1 points pour le premier et 24.5 points pour le second – Cueto s’affirme, lui, comme le pilier défensif de Tulsa. Pour sa dernière saison universitaire, il tourne quasiment en double double : 9.3 points et 9.0 rebonds. Une alchimie collective qui fonctionne dès le début du championnat avec 5 victoires consécutives et un bilan surprenant de 18 victoires pour 4 défaites en février. Pour la première fois de son Histoire, Tulsa apparaît dans le Top 10 de l’élite nationale. La fac fait même un run impressionnant avec trois succès d’affilée contre les cadors de sa conférence : Cincinnati (57-50), Louisville (85-69) et Drake (86-78). Cueto bat ses records personnels sur la série avec un match à 23 points et 14 rebonds ! Malheureusement, les Hurricanes s’essoufflent en fin de parcours et laissent les Bulldogs de Drake prendre la première place de la Conférence. Tulsa n’a pas à rougir de son bilan (19-8) et a eu le mérite d’exposer ses meilleurs joueurs aux recruteurs nationaux. Un excellent souvenir pour Al Cueto :

Ce groupe est l’un des plus amusants et des plus forts avec lequel j’ai joué. C’est une très belle université. Nous avions une excellente chance de remporter la Missouri Valley Conference. Mais, nous sommes tombés sur plus forts que nous. Cette équipe de Drake, d’ailleurs, a poursuivi son rêve. Elle est allée jusqu’au Final Four et n’est tombée qu’en demi-finale contre UCLA de Lew Alcindor.

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Tulsa University © Tulsa McFarlin Library

DES SEMI-PROS DE FLORIDE AUX PROS DU TENNESSEE

Sans être dans les shorts lists des équipes NBA, Al Cueto se présente à la draft de 1969 avec l’espoir de commencer une carrière professionnelle. Son physique (2m05 pour 104 kilos) reste son principal atout pour y parvenir. C’est d’ailleurs un autre intérieur qui fait l’unanimité dans cette cuvée : Lew Alcindor qui deviendra ensuite Kareem Abdul-Jabbar est plébiscité avec le First Pick par les Bucks. A la fin des sixties, l’organisation de la draft est pour le moins originale puisqu’elle se déroule en deux périodes. Le 7 avril 1969, les 14 franchises NBA piochent leurs prospects des deux premiers tours. Puis, le 7 mai, soit un mois plus tard, c’est le grand barnum avec 18 autres tours ! Au total 218 joueurs seront appelés. Cueto s’est montré patient, en plein milieu de la cérémonie, au 10ème tour, il est enfin sélectionné par les Supersonics de Seattle. Avec le pick n°130 et dans l’indifférence la plus totale de cette foire d’empoigne, Al devient le premier Cubain de l’Histoire à être drafté en NBA. Malgré l’embargo ricain contre le régime de Castro, Cuba parvient à caser un de ses talents dans le sport pro.

L’histoire ne s’arrête pas là pour Cueto. En 1969, la NBA n’a pas le monopole de la balle orange. Depuis deux saisons, une ligue concurrente lui grignote de la popularité, la fameuse ABA (American Basketball Association). Elle aussi organise une draft pour ses onze franchises. Un peu moins prétentieuse que la NBA, cette grande messe comporte tout de même douze tours pour 132 joueurs sélectionnés. Avec leur dernier choix, les Nuggets de Denver jettent leur dévolu sur le pivot cubain. Celui-ci se retrouve donc à devoir trancher dans quelle ligue il évoluera. Sur les conseils de plusieurs de ses amis et surtout de sa propre femme, Al opte pour la ABA. Les salaires y sont plus favorables et tout est fait pour mettre en avant le spectacle sur le parquet. Alors qu’il s’apprête à rejoindre le Colorado pour le training camp, coup de théâtre ! Denver transfère ses droits aux Floridians de Miami. Retour à la case départ pour Cueto qui se retrouve dans sa ville d’arrivée aux States… pour le plus grand bonheur de son épouse. Rien n’est encore gagné pour lui. Drafté au fin fond de la cuvée 69, le Cubain va devoir faire ses preuves lors du camp d’entraînement pour intégrer le roster définitif. Le quotidien Miami Herald titre même à l’époque qu’Al Cueto sera le premier joueur à être coupé. Une source de motivation pour lui :

Cela m’a donné de l’énergie pour me battre sans répit. J’y pense encore parfois aujourd’hui, à tous les efforts que j’ai fait pour intégrer une équipe professionnelle et je me sens fier. Parfois, je me demande comment j’y suis finalement parvenu. J’étais sûrement au bon endroit au bon moment.

L’abnégation de Cueto réussit tout compte fait à convaincre le coaching staff. Les mauvaises langues locales évoquent plutôt un choix destiné à séduire l’énorme communauté hispanique de Miami. En effet, après deux ans d’existence, les Floridians cherchent encore leur public. Réputée pour être la franchise la plus extravagante et novatrice de la Ligue, elle n’en reste pas moins une équipe nomade en ABA. Avec comme enceinte principale la Dinner Key Auditorium (un ancien hangar pour avions), les Floridians déambulent aussi pendant la saison du côté de Tampa, Jacksonville ou West Palm Beach. Pour attirer du monde dans les salles, la franchise rivalise d’ingénuité.

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Un match chez les Floridians © NBA.com/Heat

Outre les ballgirls les plus dévêtues de la Ligue, les Floridians organisent régulièrement des soirées thématiques lors des matches. La Ladies Night offrait, par exemple, des collants gratuits à toutes les femmes de l’assistance mesurant entre 1m50 et 1m80. Lors de la Irish Night, un fan est reparti avec 25 kilos de pommes de terre irlandaises. Certains ont même reçu des dindes vivantes un peu avant Thanksgiving. Pour la St Patrick, les dirigeants jamais à court d’idées, décident de mettre un O’ devant les noms des joueurs sur leur maillot. Cerise sur le gâteau, la franchise va jusqu’à recruter un crieur professionnel. Viré de toutes les salles de la région pour ses huées virulentes, Bob Pearce se voit attribuer une partie de tribune rien que pour lui lors des matches à domicile. Chef de file de la Cheering and Booing Section, Pearce castait lui-même les spectateurs dignes de le rejoindre.

Malgré cet attirail d’inventivité, la saison des Floridians est catastrophique. Finaliste de la Conférence Est en 1968-69, l’équipe est remaniée pour attaquer les seventies, mais joue de malchance. Le pivot titulaire Skip Thoren (14.5 points et 13.6 rebonds) se flingue le genou au bout de 29 matches. Quant au rookie Larry Cannon censé incarner l’avenir de l’équipe, il quitte ses coéquipiers en plein milieu d’une rencontre pour protester contre son temps de jeu. Suite à un départ calamiteux, le front office décide de changer de coach et multiplie les transferts sans queue ni tête. Pas moins de 22 joueurs porteront ainsi les couleurs des Floridians pendant la saison, un record en ABA ! Sur le banc, le nouvel entraîneur Harold Blitman ne peut empêcher l’équipe de décrocher le bonnet d’âne de la Ligue : 23 victoires pour 61 défaites. Et Al Cueto dans tout cela ? Le Cubain a eu le mérite de rester digne au milieu de ce capharnaüm. Il participe à 78 matches sur les 84 de la saison régulière pour une ligne de stats honorable : 6.0 points, 5.8 rebonds et 0.7 passe en 16 minutes. Avec un temps de jeu très fluctuant, il assène quand même quelques grosses performances comme ses 20 points et 18 rebonds dans l’une des rares victoires à l’extérieur contre Pittsburgh, ou son game high à 27 points, 17 rebonds et 4 assists contre Indiana.

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Al Cueto face à Rick Barry © Nasljerseys.com

A l’issu de la saison, les pertes d’argent sont colossales. Les deux propriétaires passent alors la main et vendent la franchise au publicitaire Ned Doyle. Ce dernier a l’occasion de se renforcer en signant le natif de Miami, Rick Barry. Passé de la NBA et la ABA, le shooteur sort d’une grosse année chez les Capitols (27.7 points, 7.0 rebonds et 3.4 passes) et cherche une destination. Il passe une série de tests chez les Floridians qui décident finalement de ne pas le signer. La déclaration de Doyle à l’époque fait beaucoup sourire aujourd’hui :

Il ne cadre pas avec le type d’équipe que nous souhaitons construire. On m’a dit qu’il n’est pas un joueur collectif, qu’il a des genoux en compote, qu’il reçoit vraiment une mauvaise presse et qu’il ne peut pas évoluer sur jeu rapide.

Le propriétaire vient de dire au revoir à un futur Hall of Famer qui enchaînera deux saisons à 30.6 points de moyenne à New York. Mais, le meilleur reste à venir. Conscient qu’il faut changer des choses, Ned Doyle tranche dans le vif : il choisit de virer toute l’équipe pour ne garder que le coach. Une méthode radicale qui fait date dans le sport professionnel. Les Floridians ne s’en relèveront pas et mettront la clé sous le paillasson la saison suivante. Quant à Al Cueto comme tous ses autres coéquipiers, il est contraint de trouver un point de chute. Pour lui, ça sera les Memphis Pros. La ville vient de récupérer la franchise des Buccaneers de New Orleans. En 1969-70, les Bucs se sont délocalisés quelques matches à Memphis et ont attiré une foule impressionnante. Un homme d’affaires du Mississippi, PW Blake, flaire donc le bon coup et rachète la franchise pour l’implanter dans le Tennessee. En plus d’être la seule équipe des sports majeurs à Memphis, les Pros bénéficient d’une enceinte flambant neuve, le Mid-South Coliseum. Tous les voyants sont au vert pour que Cueto évolue enfin dans un environnement sportif sain. Il n’en sera rien !

Al-Cueto-Memphis-Pros

© Nasljerseys.com

La nouvelle salle a déjà été réservée pour d’autres événements sportifs et culturels pendant l’hiver. Tant et si bien que seulement 31 dates sont disponibles pour les matches à domicile. Les dirigeants passent des jours à essayer de jongler avec le calendrier ABA. Au final, ils trouvent un accord pour neuf lundis soirs, dix mercredis, un vendredi et deux dimanches après-midi. Memphis demande désespérément des dates supplémentaires les week-ends qui ne seront pas accordées. Pas le choix, l’équipe jouera également à Jackson, Mississippi. Avec des horaires aussi peu cléments, la franchise a bien du mal à attirer du public. Autre frein, le surnom de l’équipe. Lors du déménagement à Memphis, la presse sportive américaine n’a pas hésité à juger le nom de Pros comme le plus insipide et sans imagination des ligues professionnelles. Derrière ce choix désastreux se cache en fait un motif financier. Pour faire des économies de bouts de chandelle, le proprio a décidé de garder les anciens maillots des Buccaneers. Du coup, une fois le nom de Bucs enlevé du jersey, il ne restait la place que pour quatre lettres. Fort heureusement, les Pros n’ont pas garder que les anciens équipements. Ils ont aussi rapatrié le shooteur Steve “Snapper” Jones (22.1 points à 47%), futur commentateur vedette des 80’s  et le meneur Jimmy Jones (19.6 points et 5.9 assists). Un backcourt All Star cette saison-là qui porte les Pros vers un bilan surprenant de 36 victoires pour 27 défaites mi-février.

Dans ce collectif, Al Cueto n’est que le pivot remplaçant. Le starter, Wendell Ladner, est un rookie qui s’est imposé en quelques mois comme l’un des intérieurs le plus dur de la Ligue. Avec 17.0 points et 11.4 rebonds en 33 minutes, il ne laisse que des miettes au cubain. Et alors que les Pros filent droit vers les playoffs, nouveau rebondissement : PW Blake, le proprio, tire sa révérence après avoir perdu 200.000$ dans son investissement initial. Dans le flou complet sur leur avenir, les Pros sont gérés pendant quelques semaines par la ABA le temps de trouver un repreneur. Mais, en local, les recherches ne donnent rien et la franchise se dirige vers un énième déménagement. C’est alors que les citoyens de Memphis montent au créneau et lancent l’opération “Save our Pros”. Plus de 4000 habitants de la ville vont ainsi mettre la main au portefeuille pour acheter des actions de 5, 10 ou 50$. La collecte rencontre un franc succès et permet aux fans de conserver leur équipe dans le Tennessee. La ligue accorde même une ristourne de 100.000$ sur la mise à prix d’origine fixée à 800.000$ pour la distribuer entre les joueurs. Ce sauvetage inédit reste dans les mémoires sous le nom de “Memphis Miracle”.

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Al Cueto face à Rich Jones © Nasljerseys.com

Cette épée de Damoclès au dessus de l’effectif a toutefois des répercussions sur les résultats sportifs. Les Pros perdent 16 de leurs 21 derniers matches de saison régulière et terminent avec un bilan négatif de 41 victoires pour 43 défaites. Al Cueto est l’un des rares joueurs a ne pas être trop affecté par cette instabilité. Il termine l’exercice en trombe avec ses deux meilleures performances (17 et 18 points) fin mars. Des chiffres bien au-dessus de ses statistiques sur l’année : 4.5 points, 3.9 rebonds et 1.2 passe en 13 minutes. Avec son bilan mitigé, Memphis arrache malgré tout une qualification en playoffs, la première de sa carrière pour le Cubain. Hélas, face aux Pacers d’Indiana, Memphis se fait sortir sur un sweep rageant : une défaite de deux points et deux autres d’un petit point. Cueto boucle une seconde année professionnelle tumultueuse. Agent libre, il reçoit plusieurs offres pour rester dans la ligue américaine ou pour s’exiler dans un championnat européen. Mais, c’est une autre proposition de sa femme qui va l’emporter !

LE GENIE DANS LA BOUTEILLE

Cueto prend sa retraite professionnelle à seulement 24 ans sur les conseils de son épouse. Assez clairvoyante sur le niveau de son conjoint, celle-ci lui indique “Tu es bon au basket, mais pas assez pour être une star, alors passe à autre chose”. Al accepte le veto conjugal et retourne à Miami pour se lancer dans le business. Un domaine où il se révèle largement aussi doué que sur les parquets. D’abord conseiller pour la multinationale Procter & Gamble pendant une décennie, il entre ensuite chez Bacardi. Ce job chez le distributeur de rhum de Santiago de Cuba lui permet de renouer avec ses racines. Il entrevoit également dans la distribution de boissons un créneau juteux. En 1986, grâce à l’argent gagné en ABA – environ 35.000$ – il crée la société Gato Distributors. Cueto a alors la bonne idée d’importer la bière espagnole Mahou en Floride. Le succès auprès de la communauté hispanique est immédiat, lui assurant une rente confortable pour mener “la folle vie” selon ses propres mots. Après la revente de son entreprise dans les nineties, Al se retire à 51 ans du monde des affaires. Malgré son départ de Cuba, il est introduit depuis peu au Salon de la Fama del Deporte Cubano, l’équivalent du Hall of Fame sur l’île. Devenu consultant basket pour une radio latino, il garde un oeil sur l’évolution du jeu de sa ABA qu’il a bien connu jusqu’à la NBA actuelle :

Il y avait beaucoup de choses qui rendaient l’ABA attrayante, mais la qualité de ses joueurs ne peut pas être ignorée. Comment oublier quelqu’un comme Doctor J. Il y avait énormément de talents et la NBA le savait très bien. Elle s’est alors engagée dans une sorte de combat à mort pour survivre. Quand je regarde la NBA actuelle, je suis étonné de voir à quel point le basket a évolué depuis le temps où je jouais. Mais, son succès d’aujourd’hui est le fruit des efforts du passé. C’est bien qu’ils n’aient pas oublié cela.

PALMARES ET STATISTIQUES

  • Introduit au Salon de la Fama del Deporte Cubano (HOF Cubain)
  • Stats NCAA : 6.4 points, 41,3% aux tirs, 67,9% aux LF et 6.5 rebonds
  • Stats ABA : 5.3 points, 40,4% aux tirs, 71% aux LF, 4.9 rebonds et 1.0 passe

LES FLORIDIANS EN IMAGES

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About mosdehuh (13 Articles)
Tombé dans la NBA au début des 90's avec Penny Hardaway. Grosse passion pour les loosers magnifiques et les shooteurs. Supporter de la Chorale de Roanne depuis 3 générations.

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