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Steve « Snapper » Jones, des parquets de l’ABA aux micros de la NBA

Portrait

Illustration : Adrien PMMP pour Basket Rétro

Pour tout fan de NBA ayant regardé des matchs en V.O. dans les années 80 et 90, la voix de Steve « Snapper » Jones est restée dans les mémoires. Une voix chaude et légèrement rocailleuse qui a notamment commenté les matchs des Trail Blazers de Portland sur les chaînes locales pendant 26 saisons, des centaines rencontres diffusées sur les antennes nationales de CBS, NBC, TNT, TBS, ABC, ESPN, NBA TV ainsi que les J.O. de Barcelone. Basket Rétro retrace le parcours du joueur devenu un des consultants vedettes de l’âge d’or de la ligue.

LES ETUDES EN OREGON

Bien que né en Louisiane à Alexandria, le 17 Octobre 1942, Stephen (Steve) Howard Jones est un enfant de l’Oregon. Steve et ses frères (Roman l’ainé et surtout Nick, le cadet, qui effectuera lui aussi une carrière professionnelle) aiment le sport, sont compétiteurs et privilégient le basketball, qu’ils trouvent moins traumatisant que le football américan. Leurs parents sont plus axés sur leur réussite scolaire mais Steve et Nick Jones sont doués et ils les convainquent de les laisser jouer ainsi souvent qu’ils le souhaitent. Grandissant dans la région Nord-Ouest des Etats-Unis, Steve fréquente la Franklin High School, avec laquelle il remporte le titre de champion de l’état en 1959 dans son année junior, puis intègre l’Université d’Oregon en 1960. Bien que recevant de nombreuses solicitations, Jones rejoint l’université la plus proche de chez lui sous la pression de son père qui lui assène qu’il n’irait pas plus loin que là ou il puisse aller le chercher ! A l’époque, les étudiants de première année ne pouvant pas jouer pour l’équipe du campus, il ne foule les parquets du championnat qu’à la rentrée 1961. Après une saison initiale timide, Jones prend ses marques. L’ailier d’1m96 est co-meilleur marqueur de l’équipe en junior puis devient la principale arme offensive des Ducks de l’Oregon lors de son année sénior avec 16,5 points par match, le bilan de l’équipe coachée par Steve Belko passant de 11-15 à 14-12. Le numéro 23 est accompagné cette dernière année par Jim Barnett qui accomplira une carrière honorable en NBA entre 1966 et 1977 et deviendra consultant télé puis radio pour les Warriors de Golden State à partir de 1985.

UNE BELLE CARRIERE DANS LE TUMULTE DE L’A.B.A

Twitter Université

Malgré ses bonnes performances universitaires, Steve n’est pas drafté en NBA. La ligue professionnelle de basketball ne compte que neuf équipes à l’époque et les places sont chères ! C’est la création d’un championnat concurrent, celui de l’ABA, American Basketball Association, en 1967, qui va lancer la carrière professionnelle de Jones. Dix franchises sont créées et, recommandé auprès des propriétaires et de l’entraîneur Bruce Hall, Steve quitte son Oregon et descend le long de la côte ouest pour tenter sa chance au camp de sélection des Oaks d’Oakland. Une centaine de joueurs est présente et « Snapper », au milieu de ces candidats morts de faim, finit par gagner chèrement sa place dans l’effectif inaugural de l’équipe dont la mascotte est un petit gland dribbleur. Malheureusement cette représentation est prémonitoire et les Oaks finissent bon derniers de la ligue. A leur décharge, sur les 16 joueurs enfilant l’uniforme cette année-là, 12 sont des rookies ! Steve a l’honneur d’être le joueur le plus adroit de la saison derrière la ligne à 3 points avec 23 réussites sur 54 tentatives en 78 rencontres. Cette fameuse ligne est alors une spécificité de l’ABA, la NBA ne l’adoptant qu’en 1979. « Snapper » le sniper apprivoise donc ce bonus avec réussite mais aussi parcimonie ne tentant sa chance derrière l’arc moins d’une fois par rencontre ! Il quitte Oakland qui recrute la légende du coaching Alex Hannum, deux fois champion NBA, ainsi que Rick Barry. Ainsi renforcés, les Californiens passent de bons derniers à vainqueurs du championnat ABA en 1969. Les glands sont devenus chênes et Jones assiste impuissant à l’élévation de son ancienne équipe, étant balayé avec ses partenaires des Buccaners de la Nouvelle-Orleans par les Oaks en finale de la Western Division. Le sophomore Jones a cependant pris du grade chez les Bucs formant avec un homonyme au prénom de Jimmy une sacré paire d’arrières scoreurs. Sous les couleurs des Boucaniers, Steve devient All-Star en 1970 et le reste les deux saisons suivantes, d’abord en tant que joueur des Memphis Pros, la franchise des Buccaneers ayant déménagée dans la ville du King Elvis et ensuite représentant la franchise des Chaparrals de Dallas, les ancêtres des Spurs de San Antonio. « Snapper », qui s’est laissé pousser les cheveux et arbore désormais un bouc volumineux, ne reste qu’un peu plus d’une saison dans le maquis texan (chapparal) et devient un Cougar en rejoignant l’état de la Caroline en fin d’année 1972, échangé contre Bob Warren. Le coach des Carolina Cougars est un rookie qui deviendra célèbre, un certain Larry Brown, et le leader de l’équipe est Billy Cunnigham, champion NBA avec les Sixers de Philadelphia en 1967, qui vit alors une parenthèse ABA de deux saisons et est élu Most Valuable Player de la saison 1972-73. Les Cougars comptent aussi en joueur de complément un certain Ed Manning, le papa de Danny. Les temps de jeu sont répartis plus harmonieusement que dans ses anciennes équipes et les statistiques de Steve Jones diminuent parrallèllement. Comme la saison précédente, il est échangé, cette fois-ci contre Marv Roberts, direction les Rockets de Denver et l’entraineur Alex Hannum que Steve avait juste croisé à Oakland ! Le surnommé « Sergent York » termine sa carrière dans le Colorado. C’est aussi la dernière année sous l’appelation Rockets pour la franchise de Denver. À l’intersaison 1974, les fusées deviennent pépites, welcome to the Nuggets ! Nouveau nom et nouveau coach, Larry Brown. « Next Town Brown » ne conserve pas Steve Jones, celui qu’il avait échangé quelques mois plus tôt et « Snapper » s’envole vers les Spirits de Saint-Louis, évolution de la franchise des Cougars de Carolina qu’il avait quittée quelques mois plus tôt.

À travers tous les cheminements d’un joueur, on peut se rendre compte de l’histoire chaotique et des tribulation géographiques de l’American Basketball Association, petite soeur desoeuvrée de la grande NBA. En 8 saisons avec 7 équipes, Steve Jones compile une moyenne de 16 points, 3,7 rebonds et 2,3 passes décisives par match. Le célèbre journaliste Bob Costas, qui a démarré sa carrière comme commentateur radio des Spirits de Saint-Louis, dernière équipe ABA de Jones, se souvient:

« Steve avait un formidable tir extérieur, mais il était aussi assez grand et fort pour pouvoir tenir un gars en défense et ainsi être efficace des deux côtés du terrain. Les équipes ne tiraient beaucoup à 3 points ces années-là, mais il était considéré comme un très bon shooteur derrière la ligne. Steve a excellé en ABA. « 

Bob Costas

Pas très grand au milieu des basketteurs (1m70) et, comme il le dit lui-même, paraissant 14 ans alors qu’il en a 22, Bob Costas est surnommé « Lep » en référence aux « Leprechauns », les lutins malicieux. Par contre, le mystère reste entier sur la génèse du surnom « Snapper ». Plusieurs traductions existent et peuvent laisser libre court à l’imagination. un snapper est un petit poisson (le vivaneau), le synonyme de moquerie ou bien encore un bouton-pression…Steve se faufilait-il dans les défenses comme un vivaneau, aimait-il chambrer ses coéquipiers ou bien existe t’il une autre explication plus farfelue ? Costas, qui en connait l’origine, n’a jamais révélé le secrêt. Le vétéran et le jeune journaliste se lient d’une amitié indéfectible qui va durer plus de 40 ans.

UN POINT FINAL EN N.B.A.

Steve ne va pas vivre l’ultime saison de l’ABA. En 1975-76, il change de crèmerie et rejoint pour sa dernière année de joueur professionnel la NBA et pas n’importe où. Il revient chez lui, dans l’Oregon, compléter le roster d’une jeune équipe de cinq ans d’âge, les Trail Blazers de Portland. Jones est un joueur de sortie de banc et n’a plus le même statut qu’avant mais il apprécie terminer son parcours dans la grande ligue. Ses stats sont de 6,5 points, 1,2 rebounds et 1 passe décisive de moyenne par rencontre. L’équipe menée par Lenny Wilkens ne participe pas aux Playoffs mais compte dans ses rangs une pépite orangée qui monte en puissance, le 2e année Bill Walton. « Big Red » et ses coéquipiers, sous la houlette du coach Jack Ramsay seront d’ailleurs champions la saison suivante (unique titre dans l’histoire de la franchise) pour leur première découverte de l’après-saison régulière ! Jones et Walton s’apprécient dès le début de leur rencontre, le tempétueux rouquin et le sage vétéran partageant les mêmes valeurs de fraternité. Walton commence déja à être perturbé par les pépins physiques et envisage de stopper une carrière professionnelle a peine démarrée. Décidant de changer d’air, les deux coéquipiers prennent la voiture en direction de Kah-Nee-Ta, un complexe hotelier situé dans une réserve indienne à 175 kilomètres de Portland. Ils s’asseoient dans des sources chaudes particularités du site, et là, Steve remonte le moral du génial pivot:

« Foi et Patience, ça ira mieux petit Billy »

Steve Jones à Bill Walton.

Les blessures ne quitteront bien sûr jamais Walton mais Grateful Red se souvient encore des conseils de « Snapper » qui lui permirent de retrouver l’envie et la force d’aller chercher le titre en 1977 et la couronne de MVP en 1978. Cette alchimie entre les deux hommes leur servira quand ils se retrouveront quelques années plus tard…

 

UNE RECONVERSION PLUS QUE REUSSIE

Last Dance avec les Blazers saison 1975-76.

Steve Jones se retire donc des parquets en 1976. Il n’a pas encore 34 ans et certainement pas l’âge pour les mots croisés ou le bingo. Il devient consultant pour la chaîne nationale CBS ainsi que pour l’antenne régionale affiliée KOIN qui diffuse les matchs des Blazers pour la radio et la télévison. Il fait ainsi équipe avec le commentateur historique de l’équipe de l’Oregon Bill Schonely. Et pour ses débuts, « Snapper » est gâté ! les Trail Blazers défrichent le chemin jusqu’aux Finals 1977 et terrassent les Sixers de Philadelphie 4/2. les trois joueurs pricipaux sont « The Enforcer » Maurice Lucas, Lionel Hollins (actuellement assistant-coach aux Lakers) et bien sûr l’ami Bill Walton, MVP des Finals. Jones officie sur quatre décennies auprès des journalistes commentateurs des Blazers, Bill Schonely, Pat Laferty, Pete Pranica, Eddie Doucette et Mike Barrett et analyse les exploits des stars successivers de la franchise de l’Oregon: Jim Paxson, Kiki Vandeweghe, Clyde Drexler, Terry Porter, Arvydas Sabonis, Damon Stoudamire, Rasheed Wallace pour ne citer qu’eux. Le style de Steve Jones est très pédagogique. Il n’est pas dans l’emphase et, de part son expertise de joueur professionnel, connaît bien les différentes réactions des hommes sur le terrain. Le consultant manie l’humour et l’ironie à fleuret moucheté à l’encontre des adversaires des Blazers mais aussi vis à vis de ces derniers, ne les ménageant pas et en restant objectif comme l’oublient parfois certains de ses confrères. Il quitte le micro de la franchise de l’Oregon en 2006, juste après l’époque des sulfureux Jail Blazers, l’amour du consultant pour le jeu en mouvement et le passing game s’accommodant difficilement avec le jeu en isolation proposé.

Parrallèlement, « Snapper » pousuit sa carrière sur les chaînes nationales. En 1990, NBC est le nouveau diffuseur de la NBA en remplacement de CBS. Jones est un des premiers consultants recrutés. C’est une période dorée pour la NBA et à l’issue de la saison 1990-91, Michael Jordan et les Bulls remportent leur premier titre. La ligue regorge d’équipes avec des leaders charismatiques fidèles à leurs franchises et les audiences sont en pleine progression.

Steve Jones se retrouve très souvent aux commentaires avec Bill Walton, son ancien coéquipier et ami. Ils forment un duo de consultants très complémentaires. Walton, l’exubérant, fan inconditionnel de Grateful Dead, se lance parfois dans des analyses aussi psychédéliques que ses goûts musicaux tandis que « Snapper », beaucoup plus mesuré, apporte un discours plus technique et concret. Son injonction « Bill, you can’t be serious » est fréquemment entendue aux micros de NBC. Leur numéro de duettistes bien rodé, tantôt larrons en foire, tantôt boudeurs l’un envers l’autre, donne du relief aux matchs qu’ils commentent.

En 1992, c’est aussi NBC qui envoient ses équipes commenter les matchs des Jeux Olympiques de Barcelone. La Dream Team éclabousse de tout son talent la quinzaine et «Snapper» réussit un véritable marathon aux commentaires: 36 matchs analysés en deux semaines !

«Snapper» a l’honneur de participer à 3 NBA Finals. Lors des Finals Bulls-Lakers en 1991, Marv Albert et Mike Fratello sont aux commentaires, Steve et Ahmad Rashad sont au bord du terrain et Bob Costas, vieux complice de « Snapper » du temps des Spirits de Saint-Louis, en studio avec Pat Riley, alors en année sabbatique. En 2000, c’est la première levée du threepeat des Lakers de Shaq et Kobe, Jones est accompagné de Bill Walton pour l’analyse en plateau animée par Hannah Storm. Les deux anciens compères des Blazers sont les consultants principaux aux commentaires auprès de Marv Albert en 2002. C’est ABC qui récupère les droits des finales NBA à partir de la saison suivante.

Après son départ de Portland en 2006, il termine sa carrière, saison 2007-2008, en osant une incursion chez les voisins des Supersonics de Seattle en duo avec Kevin Calabro (passé depuis 2016 derrière le micro des…Blazers). C’est la dernière saison de la franchise à Seattle avant le déménagement à Oklahoma City.

La dévotion de « Snapper » Jones à son activité de consultant trouve son paroxisme en 2006. Il ressent de violentes douleurs abdominales pendant un match qu’il commente au Madison Square Garden de New York. Il décide d’attendre la fin de la rencontre avant de faire appel aux professionnels de santé. Mal lui en prend. Il a fait une violente crise d’appendicite avec éclatement et les complications infectieuses en résultant vont l’affaiblir pendant les dernières années de sa vie. À partir de 2008, il se retire à Houston auprès de son épouse Carol avec laquelle il a eu deux filles, Samantha et Céleste.

Les Trail Blazers honorent « Snapper » en mars 2012 au centre du parquet du Rose Garden. Un maillot encadré de l’équipe, floqué du numéro 26, le nombre d’années passées par Jones derrière les micros pour la franchise, lui est offert.

Steve Jones décède le 25 novembre 2015. Sa mort provoque un flot d’hommage dans tout le paysage médiatique de la NBA. Ses anciens partenaires sur les terrains ou derrière les micros vantent un homme positif et toujours d’humeur égale. C’est bien sûr le complice Bill Walton qui en parle le mieux au micro d’ESPN:

« Steve Jones est l’un des plus beaux êtres humains que j’ai jamais connus. Il avait dix ans de plus que moi. Il a sauvé ma carrière de joueur et a fait ma carrière de commentateur. Un esprit incroyable, une âme incroyable. Il m’a toujours dit qu’il était le plus grand basketteur de l’histoire de l’Oregon. Et qui étais-je pour ne pas être d’accord ? Parce qu’il avait cette âme fantastique, cette force de lumière, d’optimisme et d’espoir… Nous avions hâte de nous réunir pour travailler. Cet homme a été absolument déterminant dans toute ma vie, dans la compréhension des gens, non seulement de la façon de jouer au basket, mais aussi de vivre sa vie. »

Bill Walton.

Tous les amoureux de la NBA des années 80 et 90 qui ont visionné des matchs en version originale ont vu ou entendu Steve « Snapper » Jones. Sur les antennes nationales de CBS puis NBC, il a commenté les actions des plus grandes stars et des équipes les plus marquantes de la période dorée. À l’écran, les leaders du renouveau de la ligue, Bird, Magic, Doctor J. puis Jordan, Barkley Olajuwon et consorts ainsi que les teams championnes Lakers, Celtics, Sixers, Pistons, Bulls, Rockets, Spurs et, cerise sur le gâteau, la Dream Team. Les orchestrations grandioses des génériques de NBA on CBS puis NBA on NBC restent dans toutes les mémoires. Steve Jones, par ses analyses précises et rigoureuses, était une plus value non négligeable à ces programmes. « Snapper » est fréquemment cité dans les listes des meilleurs consultants de l’histoire de la NBA. Son chemin de l’ABA jusqu’au plateaux télévisés restera un modèle de reconversion professionnelle.

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About Vincent "Baby TER" Reculeau (14 Articles)
passionné de la NBA des années 80 et 90, des drafts de Bird et Magic jusqu'au 6e titre de MJ. Et plus si affinités... Biberonné à Maxi-Basket, 5 Majeur, Canal+ et Pontel.

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