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ITW Samuel Nadeau – Part 1 : « Mon livre ? Un hommage à ma mère »

Interview

Samuel Nadeau, ancien basketteur français, s’est longuement confié pour Basket Rétro le 14 janvier dernier à Paris. Nous avons abordé la sortie de son livre « Rien que pour toi Maman », disponible dès le 14 février prochain. Sans y dévoiler tout le contenu, dans cette première partie, vous en saurez davantage sur son livre, son basket et de l’évolution de son sport favori.

Basket Rétro : Bonjour Samuel, ton actualité, c’est la sortie de ton livre «  Rien que pour toi Maman » qui sort le 14 février prochain (voir couverture en fin d’article).  Comment t’es venu l’idée d’écrire un tel ouvrage ?

Samuel Nadeau : L’idée d’écrire date de très longtemps, lorsque je suis rentré des Etats-Unis pour retrouver ma maman. Je suis une personne assez ouverte. Je parle facilement avec de nombreuses personnes. Je leur ai fait part de tout ce que j’ai vécu, de ce qu’ils ont vécu. Toutes les choses par lesquelles je suis passé, de mon enfance jusqu’à aujourd’hui, ils me disent : « Whaou, ton histoire, c’est comme un film, c’est pas possible ». Tout en connaissant mon histoire ils sont souvent très étonné.

Personnellement, je me suis toujours dit qu’il fallait que je laisse un témoignage pour pouvoir remercier ma mère dans un premier temps, qui est à l’origine de cette histoire grâce à l’éducation qu’elle m’a apportée. Puis dans un second temps dire merci à toutes les personnes qui m’ont permis d’en arriver là. A travers ce témoignage, je veux également faire comprendre que dans la vie, on rencontre des bonnes et des mauvaises personnes pour soi-même, mais que chacune de ces personnes nous apportent forcément quelque chose. Pour résumer, ce livre c’est l’histoire d’un homme, et non d’un basketteur, dont le basket en a été l’outil.

BR : Quelles démarches as-tu entrepris pour mettre à terme ce projet ?

SN : La toute première fois que j’ai voulu écrire, cela a été par l’intermédiaire d’une rencontre, une étudiante/enseignante en lettres, qui s’est rapidement soldée par un échec. Rien de concret ne m’était proposé, et à partir de ce moment-là, j’ai donc abandonné provisoirement mon projet. Puis, l’an passé, juste après le décès de ma grand-mère, j’ai eu l’occasion de retrouver mon ami Mansour Thiam, qui m’avait envoyé son livre (ndlr : « J’avais pas prévu ça »). Je l’ai rapidement lu lors de mon envol pour les Antilles (Paris – Fort-de-France) pour l’enterrement de ma grand-mère.

Chose invraisemblable, le livre de Mansour est le second livre que j’ai lu de toute ma vie. Il est vraiment magnifique, à tel point qu’il m’a touché particulièrement. Lors de mon retour des Antilles, je lui ai fait part du bonheur que j’ai eu à lire son livre, et il me répond subitement : « Eh Samuel, moi j’ai écrit un livre, mais un autre livre doit être écrit, et tu le fais pas, tu dois écrire ton livre ». Je lui réponds alors : « Mais tu sais, il y a des démarches à faire, et un livre c’est compliqué à écrire ». C’est alors que Mansour me propose son aide. Me mettant à la recherche d’une société pouvant me permettre de mettre à terme mon projet, je trouve enfin une personne capable de m’aider. Après une longue discussion, cette dame (qui souhaite garder l’anonymat), me confirme que mon histoire l’intéresse beaucoup et qu’il n’y avait aucun souci pour travailler ensemble.

« Personnellement, je me suis toujours dit qu’il fallait que je laisse un témoignage pour pouvoir remercier ma mère dans un premier temps, qui est à l’origine de cette histoire grâce à l’éducation qu’elle m’a apportée. Puis dans un second temps dire merci à toutes les personnes qui m’ont permis d’en arriver là ».

BR : Parlons un peu des coulisses de la réalisation de ce livre. Peux-tu nous raconter quel a été ton quotidien lors de l’élaboration de cet ouvrage ?

SN : Pour l’écriture, nous avons tout d’abord procédé à de nombreuses séances téléphoniques, après lui avoir fait part des grandes lignes de mon histoire. Elle m’enregistrait de façon régulière, puis me renvoyait par mail le contenu de notre conversation téléphonique, écrite à sa manière. A partir de là, j’ai alors repris ses écrits pour les réécrire à ma manière, en tournant les phrases comme je les aurais faites. Par la même occasion, j’en profitais pour y ajouter quelques détails qui auraient pu être mal compris ou omis. Ces différentes séances ont duré environ 6 à 7 mois, et le livre était alors bouclé. Mon style d’écriture est plutôt basé sur des métaphores. Je me suis toujours exprimé avec des images. Mais attention, je ne m’invente pas écrivain, j’adore écrire.

BR : En te confiant ainsi, des bons comme des mauvais souvenirs ont dû ressortir. Cela n’a pas du être évident pour toi. Comment as-tu réussi à te confier si facilement ?

RienquepourtoimamanSN : En écrivant ce livre, j’ai vécu des moments très difficiles. Par moment, j’ai même pleuré. En allant tout au fond de moi, je me suis aperçu que j’avais vécu des choses super tristes, et cela faisait très mal, donc je pleurais. Je n’ai vraiment rien caché, je n’ai jamais enjolivé les choses pour les rendre belles.

C’est dans ma nature de m’exprimer si facilement ! Ma mère a toujours assumé sa vie, tout comme moi. Je n’ai aucun souci à raconter mes erreurs, que j’assume totalement. Pour moi, il n’y a pas d’étrangers. Si tu me juges, c’est bien pour toi, si tu me juges pas, c’est bien pour toi. Si je t’ai parlé, c’est que je pensais que tu méritais que je te parle. Je sais qui je suis, et je l’assume complètement.

BR : Pourquoi ce titre « Rien que pour toi maman » ?

SN : J’ai eu plusieurs titres : « Au nom de ma mère », « J’ai pris une balle dans le coeur pour ma mère », mais c’était trop long. Et après j’ai trouvé « Rien que pour toi maman », qui fut le titre définitif.

BR : Tu as arrêté ta carrière à 24 ans, et à 32 ans tu décides d’écrire un livre. Te considères-tu trop jeune pour écrire un tel ouvrage ? Et comment pourrais-tu le définir ?

SN : Non, personne n’est trop jeune. Nous sommes des êtres humains, qui vivent des choses différentes au quotidien, et qui accumulent du vécu. Et à un moment donné, on peut avoir le besoin de s’exprimer. En faisant mon bilan, je me suis aperçu qu’il était temps de raconter mon histoire.

Il est vrai que beaucoup peuvent penser que ce livre peut être une autobiographie. Ce n’est pas du tout le cas. C’est ma vie. C’est l’histoire d’un enfant devenu homme avant l’heure. Je n’aime pas le terme « biographie », ça ne me correspond pas. Dans mon livre, je parle de ma mère, de mon père, de mes grands-parents, de tout le monde. Quand tu commenceras la lecture, tu verras que mon livre démarre bien avant ma naissance.

BR : A travers cet ouvrage, j’imagine que tu voulais remercier une femme.

SN : Je ne remercie pas une femme. Il y a Dieu, et après il y a ma mère. Je suis croyant sans appartenir à une quelconque religion. Je ne suis ni chrétien, ni musulman, ni juif. Il y a le bien et le mal, et notre conscience sait ce qu’on fait de bien ou de mal. Pour moi, il y a un maître puissant, qui fait qu’on est tous là aujourd’hui, et de l’autre côté, il y a un autre être maléfique qui tente de prendre les mauvaises décisions. Je respecte toutes les religions, j’ai été chrétien jeune. J’ai parlé avec des musulmans, des chrétiens, des juifs. Ce sont de belles religions. Elles ne prônent pas la guerre, mais elles prônent que l’amour. Malheureusement, ce sont les hommes qui en font des armes, ce qui ne date pas d’aujourd’hui. Ma mère est donc en dessous de Dieu. Pour tout ce qu’elle a fait, je connais très peu de femmes qui en auraient autant.

BR : Parlons basket. En 2006 tu vas jouer à Sarcelles, qui jouent la montée en Nationale 2 contre Rueil, en mai 2007. Tu  scores 40 points dans un des matchs du club. C’était un retour après ta soit disant retraite à 24 ans.

SN : Ouai retraite. Mais les gens ne comprennent pas. Je le dis pas trop dans le livre. Il y a beaucoup de joueurs qui disent « faire carrière ». Moi j’ai pas fait de carrière. Personne comprend quand je dis ça car ils se disent « t’as vu par où t’es passé ». Mon image de la carrière c’est Yann Bonato, Moustapha Sonko, Stéphane Ostrowski, Laurent Foirest, Hughes Occansey, Laurent Pluvy. Ce sont des anciens joueurs qui ont fait carrière. Ils ont fait des choses. Ils ont bourlingués. Ils ont fait avancer le basket. Ils ont vraiment fait une carrière. Moi j’ai été à des endroits dans lesquels j’ai pas trouvé ce que je voulais « baskettement » parlant. Financièrement, on prend plein d’argent. Tu fais du sport, tu gagnes de l’argent. Tu peux rien dire à personne. Tu peux même pas juste te plaindre. C’est juste ridicule. J’ai pas fait carrière car je n’ai pas fait ce qu’un carriériste fait : c’est-à-dire des stats, une continuité. Pour moi c’est ça une carrière. Ma mère a fait une carrière dans le milieu hospitalier. Y en a qui joue en Nationale 3, en Nationale 2 qui disent qu’ils font une carrière. Ils disent que je suis basketteur. C’est pas ça être basketteur (rires).

sam5BR : Ils sont basketteurs à leur niveau.

SN : Oui mais c’est pas une carrière. A partir de là, quelqu’un qui a fait du basket de rue va dire « ouai tous les samedis je joue à Clignancourt et tous les vendredis je joue à Sarcelles dans les playgrounds, j’ai fait une carrière de basketteur de rue ». A partir de là, on est tous carriéristes.

BR : Dans ton bouquin, tu évoques les raisons de ta « non carrière » ?

SN : J’explique pourquoi j’ai pas continué. Mais je dis pas pourquoi j’ai pas fait carrière. Dans le livre, les gens comprendront. Mais à chaque fois qu’on me pose la question, je dis que j’ai pas fait carrière. C’est marrant. C’est un combat de tous les jours en disant aux jeunes « vouloir faire carrière, c’est pas jouer en Nationale 3 ou Nationale 2. C’est pas ça ».

BR : En 2006, comme je l’ai évoqué précédemment, tu rejoues pour Sarcelles qui joue la montée en Nationale 2 contre Rueil en mai 2007. Ca durera jusqu’en 2012. L’envie du terrain te manquait et tu t’es dit faut rejouer ?

SN : C’est pas que ça me manquait. Pour moi, le basket est une passion. Pour beaucoup d’autres, c’est une fenêtre pour être vu et reconnu parmi les siens, parmi les autres. Un jeune qui dit « moi je suis au centre de formation de Nanterre », il va te le dire comme si c’était une reconnaissance ». Moi je joue au basket car j’aime ça. Il n’y a rien d’autre encore au monde, extérieur à mon corps ou à ma famille, qui me procure cette sensation quand je joue au basket. Le basket, je l’aime en bas de chez moi tout seul avec le ballon et le panier. Partout où j’étais dans le monde, de me retrouver face à un panier et à faire des tirs et les mettre, de sentir cette relation avec la balle comme la première fois, c’est quelque chose qui est inexplicable. J’ai jamais eu le manque. Puisque je prends un ballon et j’y vais. Par contre, oui j’ai voulu donner un coup de main car j’aimais ma ville pour aider le club de Sarcelles à accéder au niveau supérieur.

BR : Parmi tous les clubs par lesquels tu es passé, quel est ton pire déplacement voire plusieurs ?

SN : Y a un déplacement dont je parle dans le livre. Ce sont des choses qui se sont passés dans un gymnase. J’ai vécu des choses qui étaient inconcevables pour moi. C’était dans les années 2000. Sinon le pire déplacement que j’ai fait (rires), c’était en Russie avec le Real Madrid. On est parti à Perm. C’est limitrophe la Sibérie. Et le voyage était rude. On a pris plusieurs avions dont le dernier dans lequel les chaises étaient rabattables. On arrive dans l’hôtel, l’eau est rouge. Fallait la faire couler longtemps. C’était quelque chose de commun dans ces endroits-là. Fallait laisser couler l’eau 10 minutes pour qu’elle devienne orange clair. Il faisait froid comme j’avais jamais vu. J’avais peur lors du voyage car les moyens étaient un peu bizarres surtout avec le dernier avion.

Mais j’ai vu, encore une fois et grâce au ballon de basket, que là où j’ai atterri, il y avait toujours pire. Je voyais les gens dans quelles conditions de vie ils vivaient. Pour aller à l’entraînement, t’es dans le bus et tu regardes par la fenêtre pour constater cela. Je me disais « en fait, tu peux pas te plaindre. De quoi tu parles quand tu te plains ». Tu réalises que te plaindre, c’est un peu naturel. On est tous un peu humain. On a chacun nos souffrances. Tu te plains à un moment donné mais tu dois avoir une certaine limite et avoir cette réflexion, et te dire qu’il y a toujours pire. Donc lèves la tête. Ce voyage-là, comme d’autres, m’a permis de voir qu’il y avait de la souffrance partout. A un moment donné, faut que je me dise « ok j’ai le droit de souffrir, malgré que tu manges, tu respires, et que je touche beaucoup d’argent, tu souffres, mais y a pire ».

BR : Pour ceux qui te connaissent pas, quel type de joueur étais-tu sur le terrain ? Comment décrire ton jeu ? En parles-tu dans le bouquin de ta façon de jouer ?

SN : Oui j’en parle. Ca était un problème au niveau professionnel. J’avais une manière atypique de jouer. Même en étant jeune. J’ai appris le basket dans la rue. Comme souvent cela a été dit, c’est un entraineur de Sarcelles qui m’aurait formé. Ca était mal compris, En fait non, j’ai appris le basket dans la rue. Et après on m’a appris quelques fondamentaux comme n’importe quel entraîneur ferait. Mon basket de base est celui très urbain : du un contre un. C’est celui qui ressemble le plus à la NBA. Tu prends la balle et tu fais un 1 vs 1. On te laisse l’espace pour le faire. Mon style de jeu était plutôt ça.

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BR : Tu découvrais un autre basket alors en Europe ?

SN : Je le découvrais pas car je le connaissais étant jeune. Je le voyais en équipe de France, au centre de formation à Levallois. A Sarcelles, il y avait pas car pas de niveau pro. Les éducateurs n’étaient pas à ce niveau-là pour me faire découvrir le basket aussi technique qui l’est. Mais en sélection avec la France, avec Ivano Ballarini, j’ai rencontré ce basket européen. Celui-ci ne me plaît pas forcément.

BR : Sur ton jeu, peut-on dire que tu étais polyvalent : rebondeur, passeur ?

SN : Ca dépend des niveaux. En pro, mon job c’était de défendre. Et ensuite de couvrir tout ce qui est la contre-attaque, le jeu de transition, le jeu rapide. Mes qualités, c’est la polyvalence. C’est ce qui explique pourquoi on m’a pris que ce soit en équipe de France, au Real Madrid, même n’importe où. Je fais 2 mètres. Je dribble plus main gauche que main droite. J’utilise très bien ma main gauche. Je sais tirer. Je suis pas un grand tireur comme Laurent Foirest. Par contre je marque des points. Je suis un scoreur. On me donne le ballon. On me met en confiance. Je marque des points que ce soit derrière la ligne à 3 points, ou dans la raquette. Je suis très athlétique. Je cours vite. Je peux prendre des rebonds. Je peux défendre autant sur le meneur que sur le joueur au poste 4 et 5. Je pourrais me battre à passer devant lui. Ce sont mes qualités qui ont été utilisées différemment dans chaque catégorie. En high school, on me demandait de scorer, de tout faire, la vaisselle et tout ça. En pro, c’est plus un rôle que chaque joueur a. Le meilleur fait ce qu’il sait faire. Et moi on m’a plus utilisé pour mon coté athlétique et défensif pour pouvoir freiner le scoreur adverse. Et apporter ce plus. C’est-à-dire qu’on a un scoreur dans l’équipe, mais Samuel aussi peut marquer des points tout en apportant son travail défensif.

BR : Et que peut-on dire sur la personnalité que tu dégageais sur le terrain ?

SN : Je suis moi. Souvent, on a tendance à vouloir se donner une image : se taire ou être politiquement correct. Moi je n’ai jamais été politiquement correct. Quand je suis content, tu le sais. Quand ce n’est pas le cas, tu le sais aussi. Tout ce qui est injustice à mes yeux peut être différent dans les yeux de l’autre. Moi je le fais savoir tout de suite dans ce cas et je demande pourquoi il y a cette injustice. Que ce soit en dehors ou sur les parquets, mon caractère est toujours le même. Si ça va pas, je vais le dire. Mais cela peut te faire passer pour une personne impulsive, mauvaise ou à fort caractère. Je vais pas dire : « non je me tais, et dire oui t’as raison alors que c’est pas le cas ». Je donnerais tout ce que j’ai pour faire ce que tu me demandes.

La vision extérieure des gens, et d’ailleurs je l’explique dans le livre, est marrante. On nous demande d’être des acteurs. Sportifs, présidents, toutes les personnes aux postes auxquels ils sont vus, on leur demande toujours d’avoir cette façade d’ange ou de personnes qui ne font aucune erreur. Mais c’est faux. On est tous des humains. On fait tous des choix, des erreurs, des bonnes actions mais arrive à un moment où on nous demande d’être cet ange. Mais je suis l’ange de personne. Je veux pas être l’exemple de quelqu’un. Je veux être moi, à travers mes choix, si quelqu’un s’y retrouve, tant mieux. Mais je suis pas Jésus.

BR : Y a t-il des joueurs, des entraîneurs, des adversaires qui t’ont le plus marqué dans ta carrière ? En parles-tu dans le livre ?

SN : Oui, ce qui est bien dans le livre, c’est que je donne le nom et le prénom uniquement des personnes qui m’ont affecté positivement. Ils m’ont apporté quelque chose. En revanche, tout ceux que j’ai croisé et avec lesquelles cela s’est mal passé, j’en parle mais sans dévoiler leur nom. Ce qu’ils ont fait m’a touché car je n’étais pas d’accord avec leurs agissements. Les gens comprendront. Les situations sont claires dans le livre.

BR : Quelles sont les qualités/défauts que disaient tes coéquipiers, coachs pendant ta carrière ?

SN : Via les gens, ce qui ressortait, c’est « Samuel c’est une tête brulée » dans le sens il a un fort caractère. Et baskettment parlant «  Whaou, quel talent, quel potentiel ». J’ai eu des remarques de grands joueurs qui m’ont dit : « il te manque ceci cela, et tu vas réussir ». Comme je dis dans le livre, j’ai eu des expériences. Lors d’un échauffement, on a voulu me faire signer dans un club. Alors que j’ai pas du tout joué. Et à l’échauffement, on s’est dit « mais comment c’est possible qu’il ne puisse pas jouer ». Mais c’est normal dans le sens où j’ai été face à des joueurs qui avaient un niveau et j’ai su sortir du lot. Des fois c’est le cas, des fois non. Une fois que c’est le cas, t’arrive avec des joueurs où tu sais que tu es capable de bousculer la hiérarchie. Mais au final, y a pas de place pour tout le monde. Il y a des choix différents de la part de tous. C’est le tri sélectif comme je dis dans le livre. Pourquoi lui ? Car il fait ci et ça.

BR : Entraîner un club ne te tente pas ?

SN : Aujourd’hui j’entraîne mais je suis pas coach. Ce que je cherche à faire est de donner du plaisir à travers le basket. C’est enseigner ce plaisir. Essayer de faire passer un minimum de fondamentaux pour que chaque joueur qui m’ait rencontré, puisse pouvoir, s’il en a le niveau, accéder à un centre de formation, à un niveau qu’il pourrait atteindre. Il sait faire un dribble à gauche, il sait dribbler main droite. Je dirais que je suis un entraîneur plus dans la formation. C’est plus ce qui m’intéresse que d’entraîner une équipe.

BR : Ce que tu m’expliques à l’instant, c’est ton rôle d’éducateur sportif ?

SN : Oui exact comme j’ai en club qu’au travail. J’ai coaché des seniors filles à Sarcelles pendant deux ans. On est monté d’une division. C’était bien. Mais l’expérience est compliquée de coacher des filles dans le sens où il y a un travail social à effectuer et que tout entraîneur doit faire même au niveau pro. Quand on le fait bien, c’est une charge de travail immense. A un moment donné, c’était trop lourd, j’ai arrêté. Mais je me retrouve très bien avec les benjamins, les « baby basket ». J’adore transmettre ma passion du basket et leur faire découvrir cet amour pour ce sport.

BR : Au quotidien, tu croises donc ces jeunes. Quels conseils donnerais-tu aux garçons et filles qui veulent effectuer une carrière de basket pro ? En parles-tu dans le livre ?

SN : Non j’en parle pas. Mais dans le livre, il y a un message clair. Peu importe d’où tu viens, si tu travailles, tu vas voir le fruit de ton travail. Celui-ci ne sera pas le même pour tous. Que tu veuilles être basketteur, footballeur, artiste, musicien ou quelque soit le métier que tu veux exercer, c’est en travaillant que tu vas arriver à un certain niveau. Mais il faut savoir qu’atteindre un certain niveau ne t’ouvre pas forcément les portes que tu souhaites. Et c’est ça que j’enseigne. Tu veux être pro. Tu peux être pro. Sauf que tu le seras peut-être pas. Mais que’est-ce-que tu vas faire ?

Souvent en banlieue, en tout cas là moi où j’habite, il y a des jeunes qui avaient du talent et qui n’ont pas réussi à passer le cap pour différentes raisons. Leur caractère n’a pas été accepté là où ils ont été. Ils n’ont pas accepté la charge de travail à fournir malgré leur talent. Ils n’ont pas su s’adapter au changement d’environnement ou à la vie de groupe. Ces jeunes-là, malgré le talent qu’ils ont, décident d’abandonner. Ils rentrent dans un mur. Leur passion qui les empêchait de couler, n’était plus là. Ils n’ont pas eu accès à ce qu’ils voulaient. Ils changent complètement de vie. Et deviennent pas des galériens. Mais ils sont là entrain de parler du passé, et ils font rien pour eux alors qu’ils ont du talent dans les mains. Ce talent-là, je dirais cet amour, leur permettrait de continuer d’être heureux dans la vie… S’ils étaient suffisamment suivi, ils pourraient être par exemple éducateur au foot, ou jouer dans des petits clubs pour avoir cette reconnaissance, cet amour des gens. Cela leur permettrait de continuer à se battre. J’essaie de faire comprendre aux enfants que c’est un piège de courir après le niveau pro. Si on n’y arrive pas, c’est comme un « suicide ». Ah j’ai pas réussi, on envoie tout en l’air. Alors qu’on a beaucoup à transmettre à d’autres.

BR : Par rapport à ta carrière, as-tu gardé tous les maillots que tu as portés ?

SN : J’ai tout chez moi. Ils sont pas accrochés au mur. Ils sont très bien rangés : survêtements, chaussures d’anciens pro, maillots dédicacés. J’ai beaucoup de cadeaux offerts par des gens que j’ai respectés fortement : Zidane, Ronaldo, Makelele, Sasha Djordjevic, Albert Herreros, Kobe Bryant, Allen Iverson, Kevin Garnett. J’ai pu les avoir grâce à des personnes qui me sont chères qui ont joué avec eux.

BR : Tu possèdes des produits dérivés en général ? (maillots, écharpes, mugs…)         

SN : J’ai acheté beaucoup de maillots NBA pendant mon parcours professionnel. J’en avais les moyens. Et j’aime la basket. Et les survêtements. J’ai acheté des DVD à l’époque mais c’était juste pour regarder comment les joueurs jouaient. Je dois avoir peut-être 200 paires de baskets. Si je compte ceux que je porte pas, ça fait plus. Je collectionne les baskets. Tout ceux qui m’appartiennent à part celles où j’ai fait des records, et que j’avais envie de mettre de coté pour ma collection personnelle, je les porte tous. Une paire doit être mise. Je les achète pas pour les revendre. Si elles sont usées, elles sont usées.

BR : Suis-tu l’actu basket en ce moment : NBA, Pro A, Euroligue ?

SN : En ce moment, je regarde pas trop le basket. Je regardais beaucoup la NBA quand Mickael Piétrus jouait. En ce moment, je regarde pas car il joue pas. Je suis mais les matchs ne m’intéressent pas. Mon époque est en train de disparaître, de s’effacer dans le sens où moi je regardais les joueurs d’une certaine époque : Kevin Garnett, Ray Allen et compagnie. Aujourd’hui, ce ne sont plus les joueurs d’actualité. Je vais pas dire que regarder les autres ne m’intéressent pas. Pour regarder un match de basket, soit faut que je connaisse la personne, soit il faut qu’il y ait un joueur dont j’apprécie sa façon de jouer. Sinon, aujourd’hui, je m’y intéresse car je suis un basketteur. Mais j’ai pas l’œil posé pour me dire « ouais je vais regarder un match »

BR : Mais tu vas suivre les playoffs 2015 ?

SN : J’ai regardé les playoffs de l’année dernière, car y avait Tony, Boris. Je voulais voir ce que ça donnait en finale. C’est des gens avec qui j’ai joué, que je fréquentais et connais. Sinon, non. Mais si demain je me remettais à regarder la NBA, je connaitrais tous les joueurs en deux secondes. Mais aujourd’hui non. Je regarde beaucoup l’Euroligue en suivant le Real Madrid en ce moment et l’année dernière. Cette année est plus compliquée que celle dernière. Même si le club espagnol est bien, l’année dernière, il aurait dû tout prendre. Ils ont rien pris. J’étais déçu puisqu’il méritait d’être champion d’Europe, d’Espagne vu la saison qu’il a réalisée. Mais il a juste pris la Coupe du Roi.

BR : En parlant du Real, as-tu gardé contact avec les gens du club ?

SN : J’ai gardé contact avec Alberto Herreros avec qui on se texte de temps en temps. Je l’ai ai revu une fois il y a 3-4 ans. Je les ai vus à Charleroi. J’étais ému. On m’a invité à voir leur match en Belgique. Quand les préparateurs physiques, les responsables de la délégation étaient là et m’ont vu, ils m’ont réservé un accueil royal (rires) comme s’ils avaient retrouvé leur petit frère ou quelqu’un de leur famille qu’il n’avait pas vu depuis très longtemps. Pas comme si j’étais une légende. A Madrid, les gens restent graver dans les mémoires. Moi, je suis pas une légende car j’ai rien fait. C’était un accueil chaleureux : il se disait «  Ah tu nous as manqués. Pourquoi tu viens plus. Viens à Madrid ». Et je suis pas retourné à Madrid depuis que je suis parti. Je le ferais bientôt. Le Real Madrid, c’est une famille. Peu importe ce qu’il s’y passe, c’est ce que je dis à tout le monde, et c’est dur à expliquer, que ce soit bien passé ou pas, j’ai à l’intérieur de moi le Real Madrid. Je pourrais pas dire pourquoi.

BR : C’est aussi parce que tu as joué au Real.

SN : J’y étais. J’ai aussi joué à Vichy mais j’ai pas Vichy en moi. Vichy, Paris Levallois peuvent perdre, ça me fera ni chaud, ni froid. J’étais en équipe de France. Pourtant aujourd’hui, je respecte cette équipe mais le Real Madrid, c’est tout autre chose. Je vais pas dire que c’est comme une secte. C’est une famille. Une fois que tu es passé là-bas, tu peux comprendre ce que c’est au niveau sportif. C’est une expérience de vie.

« J’ai gardé contact avec Alberto Herreros avec qui on se texte de temps en temps. Je l’ai ai revu une fois il y a 3-4 ans (le Real). Je les ai vus à Charleroi. J’étais ému. On m’a invité à voir leur match en Belgique. Quand les préparateurs physiques, les responsables de la délégation étaient là et m’ont vu, ils m’ont réservé un accueil royal (rires) comme s’ils avaient retrouvé leur petit frère ou quelqu’un de leur famille qu’il n’avait pas vu depuis très longtemps. Pas comme si j’étais une légende. A Madrid, les gens restent graver dans les mémoires ».

BR : Je voulais donc savoir si tu suivais en ce moment le basket. Tu m’en as donné la réponse. Quelle différence observes-tu dans l’évolution du basket masculin au niveau du jeu entre ton époque et aujourd’hui  (en terme technique, tactique) ?

SN : En NBA, ca n’a pas beaucoup évolué en terme technique, tactique dans le sens où il y a toujours eu du jeu rapide, du spectacle. Ca n’a rien à voir avec le basket européen. On le voit très bien avec les défenses au niveau de ce qu’il laisse passer, des appuis. Moi je dis dans le basket, y a eu une période où ce sport était à son summum. Je viens d’une génération qui est entre les deux : le passé et le présent. Je suis né en 1982. J’ai commencé à regarder le basket des années 90. Je regardais autant la Pro A que la NBA. Et je suis fier de dire ça. Je connaissais pas les championnats étrangers. Mais je pouvais regarder Dijon avec Skeeter Henry, Cholet avec Mike Jones, Ostrowski, Bilba, Limoges, Antibes avec David Rivers, Villeurbanne avec Delaney Rudd. C’était (il souffle). Chaque année, on savait à Villeurbanne qu’il y a intel, ils ont ramené un nouveau joueur. Aujourd’hui, c’est mort tout ça. Le basket français n’a plus d’identité. Je sais pas si c’est à cause des nouvelles règles par rapport aux étrangers. Mais y a eu une période. Je le dis dans le livre. Je regarde la Pro A . Cette année les joueurs sont là, demain ils seront peut-être plus là.

BR : Le dis-tu dans le livre ?

SN : Non. Je dis juste que je ne comprends pas certains choix. En Europe, il y a des ligues qui font en sorte que le basket ait une identité chez eux. D’autres ne le font pas comme le basket français qui n’a plus d’identité. Plus aucune.

BR : Cette absence d’identité, c’est à cause de la présence de 5 américains dans le 5 majeur et les équipes.

SN : Ce n’est pas les cinq américains. Avant tu avais Delaney Rudd. Lui a fait une carrière à Villeurbanne. On savait que dans 2-3 ans, il serait là. On savait que le club allait rajouter des pièces pour combler le manque. A Levallois, je regardais Stéphane Lauvergne, Marcus Geiser. On savait qu’ils allaient rester 1-2 ou 3 ans. Il y avait une continuité sur le travail. Dans les équipes, on note que intel sera là aujourd’hui et plus là demain. Ca a pas de sens.

BR : Cela ne s’explique t-il pas par les budgets des clubs français aussi. 

SN : Ca n’a rien à voir avec le budget. Si on veut parler de budget, en ce qui me concerne, le basket français est très riche en athlète et je dirais même en basketteur. Tu veux former une équipe, va chercher des joueurs chez toi, prends les meilleurs. Tu leur donnes un salaire cohérent. Ils vont accepter vu les temps de crise ces temps-ci. Eux, ils vont être fidèles à ton équipe pendant 2-3 ans. Avec ça, tu ajoutes un ou deux bons corps étrangers dans le sens où des personnes vont venir et palier au manque de ton équipe. A partir de là, tu as une équipe qui tourne. Ces deux personnes en plus, si elles sentent que l’équipe tourne bien, elles vont rester. Si c’est pas le cas et qu’elles ont pas bien travaillées pour le club, elles partiront. Par contre, tes joueurs français que tu as fait venir et mis en valeur, à qui tu as accordé ta confiance, resteront. Ils vont aller où ? Ils sont bien. Mais il y a pas ça. On joue avec des jeunes espoirs car il y a un règlement qui fait qu’on doit le signer. On le prend mais il va pas jouer. Ca va être le 10e homme.  On va prendre un 9e, un 8e homme… Je me souviens de Lauvergne à Levallois. Il y en a encore des Lauvergne aujourd’hui, ils sont où. Ils sont pas là dans les clubs. L’identité n’est plus là.

En NBA, c’est toujours pareil. On prend les meilleurs athlètes possibles. Et l’identité perdure pendant 1-2, 3 ans. Après il y a les transferts si ça marche pas. Par exemple quelqu’un de Villeurbanne, peut s’y retrouver à dire « ah oui mon équipe », tous les jours ça change, à un moment donné, on comprend plus rien. Qui ne sait pas qu’aucune équipe française n’arrivera dans le Top 16 de l’Euroligue ? On va attraper peut-être une Eurocup. Pour moi c’est ridicule vu le niveau des talents qu’on a.

BR : Pour en revenir à ma question, tu vois des évolutions tactiques et techniques en Pro A, Euroligue ?

SN : En Europe, ca a changé car on est plus dans un basket où les postes s’équilibrent un peu plus. Un ailier fort pourra jouer au poste 3. Un poste 2 pourra jouer au poste 1. C’est un basket un peu plus altruiste dans le sens où tout le monde peut faire un peu de tout. Il n’y a plus vraiment de 5 très lourd, de 4 qui jouent qu’au poste bas. Le basket a évolué. Mais au niveau du système, on est toujours sur un 20-18 secondes. On joue long, très long, avec beaucoup d’écrans. On fatigue la défense adverse. Peut-être que des fois en jouant juste altruiste, en jouant direct  sur un écran ou deux, on pourra apporter un spectacle. Regarder un match européen, c’est bien, mais tout le monde préfère regarder un match NBA selon moi.

Samuel Nadeau et Rouge Gazelle Éditions ont le plaisir de vous inviter à découvrir le livre « Rien que pour toi Maman » le dimanche 15 février 2015 à 17h au Palais des Sports Pierre Machon (93). La présentation commencera avec une séance dédicace qui aura lieu de 17h a 18h, puis sera précédée de la projection de deux clips vidéos et d’un temps de parole avec le public et la presse.

livre

Retrouvez la deuxième partie dés vendredi, à travers laquelle Samuel Nadeau reviendra sur ses souvenirs de la NBA, des derniers bons résultats des Equipes de France, de son activité de consultant par le passé. Stay Tuned. 

Montage Une : Clément Demontoux

Propos recueillis par Richard Sengmany et Patrick Parizot

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About Richard Sengmany (378 Articles)
Découvrant le basket dans les années 90 grâce à la diffusion des matchs NBA sur Canal+, je rédige depuis plus de dix ans des articles sur la balle orange, sur d'autres disciplines sportives et la culture.

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