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ITW Makan Dioumassi – Part 2 :  Tony Parker a su déjouer les pronostics 

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Comme convenu, voici la seconde partie de l’entretien avec Makan Dioumassi. L’ancien joueur de Villerbanne est revenu notamment pour Basket Rétro sur sa carrière à l’étranger, Tony Parker qu’il a côtoyé sous le maillot bleu, la Pro A, ainsi que sur la bonne passe de l’équipe de France et de ses futurs projets. Détails.

BR : En plus du quart face au Canada et de la finale contre les Etats-Unis au JO de Sydney, quels sont vos autres meilleurs souvenirs de votre carrière?

MD : Je retiens l’épopée à l’Euro 2003 où on avait constitué une des meilleures équipes laquelle était programmé pour l’or. En match de préparation, on gagnait nos matchs avec un écart moyen de 20 points. On battait tout le monde. On est arrivé en match de poule, c’était pareil. On perd la demi-finale sur une perte de balle de Tony. (ndlr : Avec deux points de retard et 16 secondes à jouer, la France a l’occasion d’égaliser et de décrocher la prolongation. Un brin fébrile, Tony Parker perd alors le ballon le plus important de la compétition) Cette campagne européenne a été très belle.

BR : Dans cette équipe de 2003, vous avez donc côtoyé Tony Parker, quel regard portez-vous sur sa progression ? Vous saviez qu’il excellerait dans les années à venir surtout pour le basket français ?

MD : Tony Parker a su déjoué et encore aujourd’hui les pronostics. On le mettait dans la catégorie des anti-basketteurs : pas très grand, pas très musclé. Ce n’était pas un bon shooteur. Il n’était pas ambidextre. Mais il a su avec humilité apprendre auprès de chaque personne qu’il a côtoyé, être respectueux de ce qu’il avait, de ce qu’il entendait, prendre ce qu’il avait à prendre par rapport à son profil. Et c’est ce qu’il fait sa force par rapport à ça. Au Paris Levallois, on disait qu’il n’allait pas jouer en Pro A, que c’est trop compliqué. Débarquant en NBA, on dit qu’il n’y arriverait pas. Mais il gagne son premier titre deux ans après son arrivée. Est-ce qu’il va pouvoir faire ci faire ça ? A chaque fois les gens étaient pessimistes par rapport à ses performances. Tony arrivait à déjouer tous les pronostics et c’est ce qui m’impressionnait. On l’a vu pendant toute sa carrière et notamment son match contre l’Espagne au championnat d’Europe 2013. En Europe, des joueurs qui dominent en équipe nationale sont ceux qui sont surdimensionnés comme Dirk Nowitzki, Pau Gasol. Ils jouent à des postes bien spécifiques. Au poste de meneur, des joueurs comme Tony qui évoluent en NBA sont très rares. Il fait partie du microcosme de joueurs privilégiés à avoir marqué son nom sur un trophée NBA. On pourra ne jamais le lui enlever. C’est une bonne personne. Il n’a pas changé entre 2001 et aujourd’hui avec tous les titres qu’il a.

Makan Dioumassi en équipe de France (c) Philippe Noviant

Makan Dioumassi en équipe de France (c) Philippe Noviant

BR : Vous avez joué dans plusieurs clubs français (Montpellier, Le Mans, Asvel). Mais aussi  en Italie (Trieste, Imola), Espagne (Bilbao) ; Iran (Saba Battery) Pouvez-vous nous parler de la différence de culture basket entre ces différents pays. Que retenez-vous de ces expériences à l’étranger ? (ambiance, entrainements, supporters)

MD : Il faut s’aguerrir à l’étranger pour progresser. On le voit aujourd’hui dans notre équipe de France. A part quelques-uns, la plupart joue à l’étranger. Le championnat espagnol est un des meilleurs d’Europe. En Italie, c’était rugueux, exigeant avec beaucoup d’heures de travail à l’entrainement. Les supporters sont de vrais fanatics. L’Iran c’était une autre configuration. J’étais dans la meilleure équipe du championnat. Là c’était plus de la gestion de fin de carrière. J’avais 33-34 ans. C’était des salles bondées avec des gens qui crient. C’était moins exigeant.

BR : Vous partez en Iran en 2007, au club de Saba (ndlr : avec lequel il gagne tous les titres, de champion d’Iran à celui de champion d’Asie en 2008 avant de prendre sa retraite sportive. Comment s’est présenté cette opportunité ?

MD : Pourquoi l’Iran ? J’avais fait 3 ans à Villeurbanne en signant un contrat de 4 ans. On avait changé en 3 ans 3 fois de coach. Au bout de ma quatrième année, j’ai décidé de partir car la politique du club n’était pas la bonne. C’est par le bouche-à-oreille que j’ai entendu parler de cette offre de l’Iran. On m’a dit si ca m’intéresse d’aller au Moyen-Orient. J’ai dit oui pourquoi ne pas tenter l’aventure. J’y suis allé très tard au mois de novembre. Dans ma carrière, comme objectif, je voulais jouer dans des pays qui étaient des empires. Après ma première année en Iran, j’ai resigné un an. J’y ai donc joué deux ans.

Makan Dioumassi a évolué à l'ASVEL (c) Hervé Bellenger - IS

Makan Dioumassi a évolué à l’ASVEL (c) Hervé Bellenger – IS

BR : Ya t-il des joueurs, des entraîneurs, des adversaires qui vous ont le plus marqué dans votre carrière ?

MD : James Scott est celui qui m’a le plus donné de fil à retordre. Il jouait à Paris-Levallois à l’époque avec Sacha Giffa, Vincent Masingue. C’était difficile de défendre sur lui. Il y a d’autres américains comme Sam Mitchell, Brad Sellers qui a joué au Chicago Bulls. Il y en a énormément qui m’ont marqué.

BR : Quelle différence faites-vous dans l’évolution du basket masculin au niveau du jeu entre votre époque à aujourd’hui ?  (Terme technique, tactique)

MD : Comme on le voit aujourd’hui en NBA, la préparation physique faite au collège ou à l’université, montre qu’on transforme les joueurs en des athlètes, des gars hyper dimensionnés. Je le regrette. Des gars comme Carmelo Anthony, Dwayne Wade, Lebron ont vraiment changé leur préparation physique en maigrissant, en étant plus véloce comme peut l’être Kevin Durant. Le basket américain s’oriente plus donc vers des joueurs plus véloces que de joueurs surdimensionnés. La Fédération de basket fait plus une détection d’athlètes. Pour rentrer à l’Insep, il faut correspondre à telle fourchette de taille. Dans les prochaines générations, ca serait une erreur de prendre que des grands pour en faire des basketteurs. Quand on regarde aujourd’hui notre meilleur basketteur français qu’est Tony Parker, TP ne serait pas admis à l’Insep si on se table par rapport à ce que fait la Fédération aujourd’hui. C’est une erreur. Ce n’est pas parce qu’on est petit, maigre et frêle qu’on ne peut pas jouer au basket et devenir le meilleur joueur de l’histoire du basket français à l’instar de Tony Parker. Je ne comprends pas pourquoi la Fédé puisse s’orienter sur des choses comme ça. Tony Parker est  le contraire de leur stratégie. Voilà la différence avec le basket d’aujourd’hui. A l’époque, on était basketteur pour essayer de nous rendre un peu plus athlétique. Maintenant, on essaie de prendre des athlètes pour les rendre basketteurs.

BR : Et en terme tactique ?

MD : Oui l’évolution du basket à ce niveau est totalement différente aussi. C’est clair. On essaie de plus tabler sur le basket américain et le côté showtime. Sur le plus haut niveau européen, on reste sur du pur basket. Tactiquement, en Europe, le basket est toujours à l’image de celle qu’ont toujours montré les Yougoslaves. C’était l’équipe de Toni Kukoc, Maljkovic. A mon époque, on jouait vachement plus au basket à l’européenne qu’un basket américain où ça court partout.

« Le basket américain s’oriente plus vers des joueurs plus véloces que de joueurs surdimensionnés. La Fédération de basket fait plus une détection d’athlètes. Pour rentrer à l’Insep, il faut correspondre à telle fourchette de taille. Dans les prochaines générations, ça serait une erreur de prendre que des grands pour en faire des basketteurs ».

BR : On assiste à un championnat de France de Pro A irrégulier avec des champions différents en presque 10 ans. Quel est votre regard à ce sujet ?

MD : C’est une stratégie de développement. Les managers de clubs sont des directeurs financiers avant d’être des gens du basket. Les managers en place dans le basket français ne sont pas d’anciens joueurs à une ou deux exceptions près. Ils n’ont pas une connaissance basket et une approche du terrain et hors terrain par rapport à une stratégie à court ou long terme. Vis-à-vis de cela, ils n’ont pas une stratégie sur 2-3 ans comme les San Antonio Spurs ou d’autres équipes. Aujourd’hui, pour être pérenne, une équipe doit avoir de vrais partenaires financiers, de vrais associés. En NBA, par exemple, on a cette notion de naming comme on peut voir avec le stade d’Arsenal : l’Emirates Stadium. On n’a pas ce reflex de se rapprocher de partenaires sur du long terme. L’Asvel l’avait fait avec Adecco. Je pense qu’il faudrait revenir là-dessus. Avoir de vrais partenaires régionaux pour des petits clubs de Province comme Chalon ou nationaux avec un club parisien à l’image de Total, EDF. Et ce pour vraiment s’installer dans le haut du tableau à long terme. Il faut carrément changer l’approche. Dans la politique des clubs, il faut s’entourer de gens qui connaissent le basket, qui y ont joué, qui savent, qui ont une vraie connaissance du vestiaire aussi. Le staff de Popovich est constitué de beaucoup d’anciens joueurs NBA. Il y a cette culture de la gagne qu’on voit depuis des années à San Antonio qui intègre régulièrement des nouveaux joueurs. Ses résultats sont apparus non pas avec des gens qui n’ont joué au basket mais plus avec ceux qui ont une expérience du vestiaire. C’est là ou le bat blesse en France. Il n’y a pas d’anciens joueurs à des postes décisionnaires dans les clubs.

« L’irrégularité de la Pro A ? C’est une stratégie de développement. Les managers de clubs sont des directeurs financiers avant d’être des gens du basket. Les managers en place dans le basket français ne sont pas d’anciens joueurs à une ou deux exceptions près. Ils n’ont pas une connaissance basket et une approche du terrain et hors terrain par rapport à une stratégie à court ou long terme. Vis-à-vis de cela, ils n’ont pas une stratégie sur 2-3 ans comme les San Antonio Spurs ou d’autres équipes. Aujourd’hui, pour être pérenne, une équipe doit avoir de vrais partenaires financiers, de vrais associés ».

BR : Quel regard portez-vous sur les récentes performances des équipes de France : les champions d’Europe 2013 médaillé de bronze en 2014 et les vice-championnes olympique 2012 ? Pensez-vous que la France va dominer sur le plan européen voire mondial ?

MD : C’est l’honneur de la France après 10 ans de travail. Ce n’est pas venu comme ça. C’est l’abnégation de la génération 1983. Ils ont pris leur mal en patience, venus à toutes les campagnes des équipes de France et donc mis leurs vacances de côté. Il ne faut pas que ca s’arrête là. On l’a vu chez les garçons avec l’intégration de certains nouveaux joueurs comme Lauvergne, Fournier, et Gobert. On peut espérer être encore au plus haut pour une décennie si on arrive bien à gérer le passage à témoin entre les générations 1983 et 1988 dans ces compétitions pour toute une équipe, un pays, une Fédération. Comme disait l’ancien président du Real Madrid, on avait gagné la Ligue des Champions l’année dernière mais l’essentiel c’est d’être présent. Bien que des choses ont été faites par le passé, c’est le présent qui compte. Une équipe n’existera que par les résultats. C’est donc notre cycle aujourd’hui. On a vu que c’était celui des espagnols ces dernières années.

BR : Quelles sont vos activités en ce moment ? Qu’avez-vous fait après votre retraite ?

MD : Je suis diplômé du Centre d’Economie et Droit du Sport (CDES) à Limoges. J’étais dans la promo de Zinedine Zidane, Olivier Dacourt, et Eric Carrière. Mon objectif est de redonner ce que m’a apporté le basket français. Et donc de revenir dans ce milieu par rapport à tout ce que j’ai vécu.

BR : Entraîner rentrerait en ligne de compte ?

MD : Oui bien sur. J’ai mes brevets d’Etat. J’ai un diplôme de Manager Général de club sportif. J’ai la connaissance du terrain en tant qu’ancien joueur. Ca peut être entraineur, manager ou directeur sportif ou bien développé le basket à la Fédération. Si je peux contribuer au succès du basket français dans les prochaines années, selon la position que j’aurais, je le ferais.

BR : Quels conseils donneriez-vous aux garçons et filles qui veulent effectuer une carrière comme la votre ?

MD : Il faut être sur de ce qu’ils veulent. On l’a vu avec Tony Parker qui est l’exemple à suivre. Peu importe qui on est, comment on est, et ce qu’on est. Si on croit en soi, il faut écouter cette petite voix qu’on a au fond de soi. Et se donner à 100%. Il y aura toujours des détracteurs pour vous dire que « t’es pas assez ceci, t’es pas assez cela ». Si on commence à écouter ces gens là…. Des gens qui ont réussi sont ceux qui ont cru en eux. Il faut être à 200 % et croire en ses convictions.

BR : On va conclure cette interview avec votre mot de la fin ?

MD : Merci à votre site. C’est grâce à des sites comme ça que le basket aussi peut vivre. C’est un vrai moyen de communication et de qualité. Je vous remercie pour l’interview et l’opportunité de faire parler des gens, d’anciens sportifs. Je vous encourage grandement et longue vite pour votre site. A très bientôt.

Merci à Makan Dioumassi de nous avoir accordé de son temps pour répondre aux questions de Basket Rétro.

Propos recueillis par Richard Sengmany

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Découvrant le basket dans les années 90 grâce à la diffusion des matchs NBA sur Canal+, je rédige depuis plus de dix ans des articles sur la balle orange, sur d'autres disciplines sportives et la culture.

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