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La saison inaugurale des Braves de Buffalo.

NBA

Montage Une : Laurent Rullier pour Basket Rétro

Avant de prendre comme port d’attache San Diego puis Los Angeles en Californie, les Clippers se sont appelés les Braves et jouaient de l’autre côté des États-Unis, à Buffalo, dans l’état de New York. Basket Rétro revient sur la première saison de la franchise en 1970-71.

En mai 1970, les Knicks de New York remportent leur premier titre. La NBA comporte alors 14 équipes mais ses dirigeants ont annoncé le 5 novembre de l’année précédente leur volonté d’accueillir de nouvelles franchises et la création d’un comité dédié à cette expansion. Parmi les six villes candidates, Buffalo, Cleveland, Portland, Kansas-City, Memphis et Minneapolis, ce sont les trois premières dont les dossiers sont acceptés le 20 janvier 1970. Bienvenue aux Trail Blazers de Portland à l’Ouest et aux Cavaliers de Cleveland et aux Braves de Buffalo à l’Est ! Initialement porté par la ville de Buffalo, le 6 février 1970, la franchise est officiellement propriété du groupe d’inverstissement new-yorkais Neuberger-Loeb & Co. dirigé par Philipp Ryan et Peter Crotty, moyennant un chèque de 3,7 millions de dollars. C’est la quatrième franchise de l’histoire de la ligue basée dans l’état de New York après les Knicks (débuts en BAA en 1946), Les Royals de Rochester (débuts en BAA en 1948, déménagement à Cincinnatti en 1957) et les Nationals de Syracuse (débuts en 1949, déménagement à Philadephie en 1963).

Un concours est proposé pour déterminer l’appelation de l’équipe. 14 000 réponses affluent dont la plus populaire avec 74 bulletins est Frontiersmen, les Frontaliers, Buffalo n’étant séparé du Canada que par le fleuve Niagara. C’est cependant le nom Braves qui est choisi pour souligner l’importance des populations natives dans l’histoire de la région de Buffalo. Dans le cas présent, un Brave n’est pas considéré comme une personne obligeante et docile mais évoque un amérindien possédant force et courage (la franchise d’Atlanta en MLB a invoqué récemment cette explication pour conserver cette même dénomination alors qu’en 2021 les Indians de Cleveland devenaient Guardians et que l’équipe des Redskins de Washington en NFL était rebaptisé les Commanders en 2022. Ce débat ne s’est pas posé pour la fanchise de basketball de Buffalo, celle-ci prenant le nom de Clippers en déménageant à San Diego en 1977). C’est Dave Lejewski de Dunkirk (une ville appellé ainsi en 1880 en raison de la ressemblance de son port avec celui de la ville française de Dunkerque) qui remporte le concours et un abonnement aux matchs des Braves.

Fait extrêmement rare dans l’histoire de la NBA, le logo initial de la franchise n’a une durée de vie que d’une seule année. Il représente un buffle bleu de profil et devant un ballon de basket jaune foncé, coiffé de 29 plumes rouges, assemblées telle une coiffe d’indien. Les trois couleurs du logo sont aussi sur les maillots. Sur les blancs portés à domicile, Braves est écrit de la même manière que sur les jerseys de l’équipe d’Atlanta en Major League Basketball, en cursive jaune liséré rouge, et sur ceux destinés aux matchs à l’extérieur, c’est Buffalo qui est écrit de façon identique mais là sur fond bleu.

La salle qui va accueillir les matchs à domicile existe déjà. C’est le Buffalo Memorial Auditorium, construit en 1940 pour honorer la mémoire des soldats américains tombés lors de la première guerre mondiale. En cette année 1970, « The Aud », son surnom, ne comporte qu’un peu plus de 10 000 places. Il subira à l’inter-saison 1971 d’importants travaux nécessaires à un accueil satisfaisant des fans de ses deux nouvelles franchises de sport professionnel, les Braves en NBA donc et les Sabres en National Hockey League. Le toît sera surélevé de plus de sept mètres, ce qui portera la capacité de l’enceinte à près de 18 000 spectateurs en configuration basketball.

Le poste de General Manager est confié à Eddie Donovan. L’homme de 47 ans ne vient pas de très loin. Coach universitaire à Saint Bonaventure, dans l’Etat de New York, entre 1953 et 1961, Donovan vient de passer neuf saisons chez les Knicks, trois ans et demi en tant que head coach et cinq ans et demi avec les responsabilités de GM. Il a notamment œuvré à la construction d’une partie de l’équipe qui vient d’être sacrée championne en draftant Bill Bradley en 1965, Cazzie Russell en 1966 et Walt Frazier en 1967 et en faisant venir Dave DeBusschere de Détroit en 1969.

Alors que le coach n’est pas encore nommé, Donovan est en charge des choix lors de la draft 1970. Il n’a pas le même flair qu’avec les Knicks. Parmi les onze joueurs sélectionnés, seul deux feront partie de l’effectif dont seul John Hummer, 15e choix du premier tour, aura un certain impact au poste de pivot en cette première saison mais n’aura pas une brillante carrière ensuite. Derrière lui seront draftés deux futurs Hall of Famers, Calvin Murphy de l’université de Niagara en 18e choix et Nate « Tiny » Archibald en 19e.

le 31 mars, c’est Dolph Schayes qui est engagé comme coach principal. Légende des Nationals de Syracuse devenus les Sixers de Philadelphia en 1963, Schayes a effectué sa dernière année de joueur dans la cité de l’amour fraternel avec aussi la casquette d’entraineur, qu’il a conservée deux saisons de plus jusqu’en 1966. Malgré la présence dans son roster de Wilt Chamberlain à partir de 1964 et un excellent dernier bilan lui offrant la récompense de coach de l’année, Schayes ne réussit pas à emmener son l’équipe au sommet et il est prié de quitter le banc un an avant le magnifique titre 1967 des Seventy-Sixers. En choisissant le futur Hall of Famer, Donovan reste dans le talent régional, Schayes étant un enfant de New York, aussi apprécié pour ses talents de communiquant. Johnny McCarty, l’assistant coach est originaire de Buffalo. Il a été joueur professionnel chez les Royals de Rochester puis Cincinnati, les Hawks de St Louis, et champion avec les Celtics de Boston en 1964. Il a la particularité d’avoir réalisé un triple-double pour son premier match de playoffs en 1960, exploit qu’il partage avec Magic Johnson, LeBron James et Nikola Jokic, excusez du peu !

Le 11 mai, place à la draft d’expansion qui va définir le squelette général de l’équipe. Onze tours de trois choix sont au programme. Les Braves choisissent alternativement avec les Cavaliers en premier et en troisième position de chaque tour alors que les Trail Blazers sélectionnent toujours le deuxième choix. Parmi les onze joueurs récupérés par Buffalo, neuf rejoigneront le roster final mais seuls trois resteront au delà d’une saison, Em Bryant, Dick Garrett et Billy Hosket. Ray Scott file en ABA et le joueur au plus beau palmarès, le six fois All-Star et deux fois champion avec Boston, Bailey Howell, est utilisé comme monnaie d’échange pour Bob Kauffman en provenance de Chicago via Philadelphia. Après deux saisons sans éclats pour les SuperSonics puis les Bulls, le solide intérieur moustachu surnommé « Ajax » pour ses qualités de nettoyeur sous les panneaux, va se révéler une excellente acquisition pour la nouvelle franchise. Le choix le plus judicieux de cette draft d’expansion est Don May qui, bien que champion avec les Knicks, se morfondait en bout de banc au sein d’un effectif comptant déjà Bill Bradley et Cazzie Russell dans ses rangs. Eddie Donovan continue ses emplettes à New York en récupérant Nate Bowman et les droits de Mike Silliman. Trois rookies et douze seconds couteaux ont ainsi la lourde tâche de représenter la franchise de Buffalo en cette nouvelle saison NBA 1970-71. Un tempérament de Braves est attendu devant les combats à venir !

Le premier match d’exhibition à Wooster dans l’Ohio met déjà l’équipe à rude épreuve. Plutôt l’après match d’ailleurs. Après une victoire 97 à 95 face aux Cavaliers, le bus tombe en panne d’essence sur la route du retour, obligeant l’équipe à trouver un hôtel de fortune ! Souffrant d’un déficit de popularité vis à vis de l’équipe de hockey des Sabres, le staff et Bob Kauffman multiplient les clinics à travers tout l’est de l’Etat afin de développer l’engouement pour les Braves et le basketball professionnel dans cette région.

En proie à des difficultés financières dues à de mauvais choix dans leur affaires, les poches des propriétaires Ryan et Crotty se retrouvent temporairement vides peu de temps après leur acquisition des Braves. La NBA reprend le contrôle de la franchise et contacte un autre investisseur local, Paul Snyder, qui vient de vendre sa société de produits surgelés Freezer Queen, basée à Buffalo, au groupe Nabisco pour 22 millions de dollars. Snyder et son fils vont voir un match de pré-saison des Braves face aux Sixers à Niagara Falls. La toute nouvelle équipe bat celle de Philadelphie sur un buzzer beater après prolongation ! Pour la première fois que les Snyder père et fils voient un match, le suspense est au rendez-vous et l’ambiance conquiert l’acheteur potentiel. L’occasion est belle pour se diversifier et l’homme d’affaires de 33 ans, à la petite taille et à la poignée de main ferme devient le nouveau propriétaire des Braves pour 4 millions de dollars, la veille du match inaugural de la franchise !

« J’étais au sommet de ma vie. Je venais de vendre mon entreprise. J’étais au sommet du monde. Je possédais beaucoup de biens immobiliers. J’étais donc sur une lancée. J’avais été athlète à l’université. Je connaissais beaucoup de monde du sport et j’étais ami avec Ralph Wilson (propriétaire des Bills de Buffalo en NFL). Je me suis lancé dans le sport.

Le 1er octobre 1970, c’est à domicile que les Braves inaugurent leur histoire avec la National Basketball Association. 7129 spectateurs prennent place dans un Auditorium, qui ne fait malheureusement pas le plein, avec des billets achetés de 1$75 à 6$50. La saison commence de la plus belle des manières avec une victoire, 107 à 92, face aux Cavaliers, comme en pré-saison. Buffalo va rencontrer onze fois de plus la franchise de l’Ohio, tout comme celle de Portland, soit 24 matchs sur 82 face à une autre équipe débutante ! La NBA a organisé le calendrier pour augmenter les chances de victoires des petits nouveaux et ne pas les décourager. Sur les 22 victoires que vont obtenir les Braves en cette saison 1970-71, la moitié sera face aux Cavaliers et aux Trail Blazers. Le premier cinq majeur se compose du deuxième année en provenance des Lakers, Dick Garrett ainsi que de Herm Gilliam, Don May, John Hummer et Nate Bowman. May profite tout de suite de l’opportunité de voir son temps de jeu exploser. Il score 25 points, Garrett 20, dont le premier panier de la franchise, tandis que l’autre ancien joueur de Big Apple, Nate Bowman réalise un double-double avec 12 points et 10 rebonds. Le starting five va évoluer et se composer progressivement en ligne arrière de l’ancien Knick et Celtic aux magnifiques rouflaquettes et au bandeau Em Bryant et de Dick Garrett, à l’aile de Don May, et à l’intérieur de Kauffman et du rookie John Hummer. Après ce succès initial, neuf défaites vont suivre avant de battre une nouvelle fois Cleveland. Dans cette saison, évidemment difficile pour un nouvel arrivant, Buffalo va réussir quatre fois à remporter deux matchs de suite, une fois une série de trois succès et deux fois à faire chuter les champions en titre. Le premier triomphe devant les voisins new yorkais a lieu le 4 décembre devant un parterre d’étudiants des facs à proximité, fans des Knicks. Les Lakers de Los Angeles chutent aussi deux fois face aux valeureux débutants, la première fois le 15 décembre, 133 à 111 en prolongation, à Buffalo. Mauvais voyageurs, les Braves ne vont finir que 6 fois sur 40 victorieux à l’extérieur. Jusqu’en 1973, au moins un joueur représentait sa franchise au All-Star Game et le 12 janvier 1971, c’est Bob Kauffman qui a l’honneur de fouler le parquet de la San Diego Sports Arena. « Ajax » gagnera deux sélections de plus en 1972 et 1973. A la rubrique fait divers, après sa jolie performance du match inaugural, Nate Bowman ne fait plus aucune étincelle jusqu’au jour où il se présente à l’entrainement avec une arme à feu destinée à être utilisé contre l’entraineur Schayes. Cela sonnera le glas de la carrière NBA du pivot. Au soutien des deux belles surprises de la saison, Kauffman et May, Em Bryant, seul trentenaire de l’équipe, réalise sa meilleure saison professionnelle, avec 10 points et 4,8 passes décisives de moyenne. C’est aussi le cas pour Dick Garrett et John Hummer qui rentreront dans l’anonymat après leur passage à Buffalo. En l’absence de superstar, voire même de star tout court, les nouveaux Braves, des anciens faire-valoir qui ont de la chance de se voir offrir des minutes précieuses, réussissent à atteindre un bilan de 22 victoires et 60 défaites, honorable pour une nouvelle franchise. Malheureusement, le public n’est pas encore au rendez-vous avec moins de 5 000 spectateurs par match, la population de Buffalo préférant les Sabres.

Après cette saison inaugurale, l’effectif est chamboulé avec seuls Kauffman, Garrett et Bryant, voire Hummer, conservant une rôle notable dans l’équipe. Dolph Schayes ne fait pas de vieux os sur le banc, étant remplacé par son assistant McCarthy en fin de saison 1971-72. C’est à l’intersaison 1972 que des fondations solides sont coulées avec la draft en seconde position de Bob McAdoo, l’arrivée de Jack Ramsay et la montée en puissance de l’arrière Randy Smith. Les playoffs sont atteints en 1974, au bout de seulement quatre années d’existence de la franchise. En 1978, John Y. Brown Jr., le propriétaire qui a racheté la franchise à Paul Snyder, échange les Braves avec les Celtics de Irv Irving. Ce dernier, Californien de cœur, ne pouvant pas faire déménager les Celtics côte Ouest (hérésie !) récupère une équipe moins cotée et la déplace à San Diego où les Braves sont renommés les Clippers et voguent vers de nouvelles aventures. Reste le souvenir de huit années de basketball professionnel à Buffalo et un joli logo qui n’aura vécu qu’une saison.

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About Vincent "Baby TER" Reculeau (23 Articles)
passionné de la NBA des années 80 et 90, des drafts de Bird et Magic jusqu'au 6e titre de MJ. Et plus si affinités... Biberonné à Maxi-Basket, 5 Majeur, Canal+ et Pontel.

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