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AABA, une Ligue mineure aux oubliettes ?

Ligue mineure

Montage Une : Laurent Rullier pour Basket Rétro

Connaissez-vous la All-American Basketball Alliance ? Cette ligue n’a pas vécu très longtemps, l’espace de 40 matchs exactement mais elle est pourtant mémorable ! Alors qu’elle reprend exactement les mêmes bases de la NBA avec les 24 secondes, le ballon orange et rajoute même la ligne à 3pts de la ABA, pour plus de spectacle, elle a été surtout en avance sur son temps. Toutefois, elle n’a jamais suscité l’attention du grand public lors son existence éphémère.

QU5EST CE QUE LA AABA ?

Reprenons depuis le début : la AABA a été imaginée en septembre 1977 dans les bureaux de Princeton Junction. L’acte de naissance est paru trois mois plus tard par une annonce officielle avec un communiqué de presse.

La AABA s’installe à LouisVille avec les Kentucky Stallions (Source : Journal The Courier du 5 Janvier 1978)

Les heureux parents, une jeune équipe : le fondateur et président David Segal, un petit avocat de 33 ans basé à Philadelphie, Tom Ficara, 27 ans, concepteur de « l’idée de la ligue » et un ancien des bureaux des Sixers de Philadelphie, Peter Schneider. Dans le communiqué annonçant la création de l’AABA, les fondateurs présentent leur ligue comme étant celle qui permet de pallier à un problème : des basketteurs talentueux disponibles sur le marché et un manque de places dans les rosters NBA. 

Initialement, la ligue doit être composée de 19 équipes, mais seules 8 d’entre-elles participeront à cette unique saison inaugurale. Peu importe, David Segal n’hésite pas à vanter son projet :

« L’AABA a pris les meilleurs joueurs disponibles et les a associés à des entraîneurs professionnels hautement qualifiés pour offrir à 8 villes une ligue de basketball de haut niveau. »

Malgré ces effets d’annonce, la AABA n’a pas comme intention de rivaliser avec la NBA, mais plutôt de s’implanter dans des petites villes ne possédant pas d’équipes professionnelles afin de développer le marché. Dans le projet présenté, la AABA doit proposer un total de 74 matchs sur deux demi-saisons de 37 matchs. La franchise qui a gagné la première partie de la saison et celle qui a gagné la deuxième partie de la saison, s’affrontent dans des séries éliminatoires à la fin du championnat !

Le salaire minimum pour un joueur de la AABA est de 9600 $, et le joueur peut récupérer en complément entre 4% et 8% des bénéfices de la franchise. Certainement une bonne affaire à l’époque si la franchise est rentable financièrement.

Cette ligue est divisée en 2 divisions :

  • Une division Nord avec les Rochester Zeniths, New York Guard, Kentucky Stallions et Indiana Wizards
  • Une division Sud avec les Georgia Titans, Richmond Virginians, Carolina Lightning et West Virginia Wheels

On repère tout de suite qu’elle n’est implantée qu’à l’Est des Etats-Unis et propose des franchises dans des villes dépeuplées suite à la fusion de la NBA et de la ABA deux ans plus tôt.

Programme du premier match officiel de la AABA entre les Rochester Zeniths et les New York Guard (Source : funwhileitlasted.net )

POURQUOI LA AABA ?

Pour comprendre la logique de Peter Schneider quant à son projet de Ligue professionnelle, il faut reprendre une de ses déclarations, en 1977 :

« Il y a 2 ans, il y avait 29 équipes professionnelles de basketball, 18 en NBA et 11 en ABA. Aujourd’hui, il y a 22 équipes NBA et le mois dernier, ces 22 équipes ont réduit leurs effectifs de joueurs de 12 à 11. C’est 22 chômeurs de plus cette saison. »

Schneider essaye donc de faire venir des joueurs qui n’ont pas forcément leur place dans la grande ligue, suite à l’absorption de la ABA par la NBA. De plus, le temps de jeu promis, le niveau de rémunération élevé et la stabilité promise sont certainement des arguments attrayants pour les joueurs.

Parmi ces joueurs connus ayant été tentés de rejoindre l’AABA, nous retrouvons Mel Davis, également surnommé Killer, l’ailier fort des Knicks et Nets dans les années 70, qui a rejoint les New York Guard. On retrouve aussi en tête d’affiche le All-Star et triple champion ABA avec les Indiana Pacers, Freddie Lewis, qui a rejoint les Indiana Wizards en tant que Joueur/Entraineur. Enfin le Champion 1975 ABA des Kentucky Colonels, Jim Bradley, rejoint les Rochester Zeniths  !

La AABA n’a pas attiré que des joueurs, elle a aussi réussi à rameuter des entraineurs reconnus, dont Mike Dunleavy, l’ancien joueur des Sixers et des Rockets !

Finalement, l’équipe la plus victorieuse reste les Rochester Zeniths, avec 10 victoires pour 1 seule défaite, avec dans ses rangs Jim Bradley, champion ABA 1975 avec les Kentucky Colonels, Willie Norwood, ancien joueur NBA avec Detroit et Seattle (et qui fit les beaux joueurs du Caen BC au début des années 70 avec son compère Ron Sanford), et enfin Billy Harris, ancien joueur des San Diego Conquistadors de ABA, surnommé « The Kid ».

Billy Harris (Rochester Zeniths) défend sur Jerome Anderson de West Virginia Wheels (source: nasljerseys.com)

Cette équipe des Rochester Zeniths a à sa tête Dick Hill, le plus grand concessionnaire de télévision de l’ouest de New York dans les années 1970, vendant et entretenant les marques dominantes de l’époque Zenith et RCA.

D’ailleurs, il nomme son équipe d’après le nom de son entreprise. Cette franchise est la seule qui survivra à la disparition de la AABA, le vendeur de télévision inscrivant son club dans la Continental Basketball Association (CBA), où elle sera championne en 1979 et 1981 !

Affiche de l’équipe des Rochester Zeniths (Source : funwhileitlasted.net )

L’ENGOUEMENT AVANT L’ECHEC

Dès le démarrage, l’ensemble des acteurs de la AABA ont déclaré qu’ils appréciaient le professionnalisme régnant autour de cette nouvelle Ligue, précisant qu’ils étaient satisfait des logements à disposition et des repas fournis lors des déplacements. David Segal a mis les bouchées double pour satisfaire tout ce beau monde, en affirmant que la AABA a des engagements de financements privés de 350 000$ à 500 000$ pour la première année !

Mais malheureusement l’engouement du public n’a pas été à la hauteur, malgré des athlètes professionnels et une institution plutôt bien organisée. Le premier match de la saison entre les Virginians Wheels et les New York Guard n’a suscité l’attention de seulement 67 personnes !

Le record d’affluence a été réalisé lors d’un match des Rochester Zeniths avec plus de 5000 fans, mais cela reste trop peu pour remplir les caisses et rentabiliser les investissements.

Le calendrier de l’AABA avec ces 70 matchs entre janvier et mai est également une source de problème majeur. Le rythme éreintant des matchs (plus le prix des places qui est finalement très couteux pour l’époque) est un réel frein ! Et quand en plus la météo s’en mêle, rien ne va… L’hiver 1978 a été l’un des plus froid jamais connus, et certains matchs ont été reportés à cause du blizzard. D’après un journaliste de l’époque : « le calendrier semble avoir été conçu pour une équipe de baseball. »

Avec l’accumulation de ces désagréments, les problèmes financiers ne tardent pas à pointer le bout de leur nez. Et pourtant dans une interview pour The Sporting News, le président David Segal se vantait d’être « bon avec une calculatrice. » … Ironie du sort, certaines franchises se mettent en grève, pour absence de paiement du staff et des joueurs par la ligue.

Le 6 Février 1978, moins d’un mois après son inauguration, la ligue s’effondre. Bien que son existence éphémère n’a pas marqué les esprits du grand public, sa disparition reste tragique: elle avait suscité de réels espoirs pour des jeunes basketteurs qui aspiraient à une carrière professionnelle. Archie Talley, l’ancien des Harlem Globetrotters a déclaré :

« De nombreux propriétaires de l’AABA étaient de ‘Jeunes millionnaires’ effrayés par les premières pertes de la ligue, s’ils s’étaient accrochés, cela aurait été la meilleure ligue de tous les temps. »

Pour conclure sur un « fun fact » par forcément fun, une résurgence de la AABA a eu lieu récemment. Cependant, si le nom de la Ligue a été exhumé, l’esprit est tout autre. En 2010, Don « Moose » Lewis, un promoteur sportif a tenté d’utiliser l’acronyme de « AABA », All-America Basketball Alliance, pour lancer une ligue de basket-ball dans 12 villes. Mais cette ligue a une particularité : elle est ouverte uniquement aux personnes « blanches », et uniquement des « blancs » nés sur le sol américain.  

Lewis ne voit pas le mal dans sa démarche :

« Je ne déteste personne de couleur, mais les citoyens blancs nés aux Etats-Unis sont désormais minoritaires. Je souhaite mettre l’accent sur les fondamentaux du basket-ball plutôt que sur le ‘Street-ball’ joué par des ‘personnes de couleur’. » Ce monsieur est tout de même loin de l’esprit du basketball moderne et heureusement, sa tentative raciste n’a pas vu le jour finalement.

Les Kentucky Stallions à l’écoute de leur coach

De toute évidence, si la Grande Ligue, tant par son histoire que son actualité, attire toute la lumière, n’oubliez pas que dans son ombre fourmillent ou ont fourmillées de nombreuses Ligues mineures, avec leurs particularités et anecdotes si cocasses !

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About Yvanmontgury (1 Article)
Une moustache bien aiguisée pour fouiller dans le passé est essentielle pour mieux comprendre le présent.

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