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[ITW] – Anna Kotocova – Partie 2 « Vadim Kapranov était quelqu’un de très pudique, même s’il était colonel. »

Interview

Montage Une : Aurélien Sohard pour Basket Rétro

Il n’y a rien de plus beau pour une équipe que de sentir monter la clameur en montant sur la plus haute marche du podium. Ces frissons, Anna Kotocova, icône du basket Slovaque, les a accumulés de 1994 à 2001 avec Bourges. Basket Retro vous propose de revenir sur un parcours rare, celui d’une joueuse qui a marqué le basket français en lettres majuscules. Épatant !

BR : Le mur de Berlin tombe en novembre 1989 et vous arrivez en France, à Mirande, à l’été 1990. Racontez-nous comment ce transfert a lieu ?

Anna Kotocova : Je voulais continuer mes études donc à l’époque, j’hésitais entre Prague ou bien rester à Banska. Je suis prof de Lettres. Mes parents voulaient que je pense à l’après basket et continuer mes études, c’était notre « contrat ». A l’époque en 1989, on est venu à Toulouse faire un tournoi avec l’équipe nationale. Alain Jardel cherchait une remplaçante à Olga Soukharnova qui jouait à Mirande. Il m’ a fait découvrir Mirande sur un jour de repos. On a bien sympathisé et le projet m’a plu. J’étais admirative de la culture française c’est peut être pour cela que Munich ou les Pays-Bas me tentaient moins.

BR : Loetitia Moussard nous a évoqué le fait que vous vous êtes familiarisée très vite avec le français. En 2 ou 3 mois vous le maitrisez, nous précisait-elle. C’était un démarche indispensable pour vous ?  

AK : J’ai besoin de me projeter quand je fais des choses. Et comme je suis très famille, Mirande me convenait très bien. Je voulais jouer le Ligue des Champions aussi et je connaissais déjà les joueuses du club. J’avais 22 ans, je devais remplacer Olga, championne olympique mais je ne me suis pas dégonflée et c’est pas cela qui allait me faire peur, j’étais motivée comme jamais. C’était mon premier contrat pro également. Aujourd’hui, on parle de beaucoup d’argent, mais moi mon rêve c’était tout ce que je vous ai dit : découvrir la France, jouer au haut niveau, etc… La préparation se passe bien mais je me « fais » les croisés… Je me suis dit que tout était fini ! Je voulais rentrer en Slovaquie mais Alain a refusé et il m’a pris chez lui. Quand j’arrive à Mirande, on m’accueille au départ comme une joueuse étrangère qui fait ses premiers pas en France mais après, avec sa femme Annie, ils se sont ensuite occupés de moi comme si j’étais de leur famille. Je les remercie encore aujourd’hui. Je ne l’oublierai jamais. J’ai fait ma rééducation et il m’a appris le français en même temps. Donc mon prof de français, c’était Alain Jardel ! Et c’était pas n’importe quel prof (elle se marre) Après, je suis parti à Bourges. J’aurais vraiment aimé gagner quelque chose avec Mirande, c’est mon premier club à l’étranger. C’était une belle aventure humaine avec Loetitia (Moussard), Valérie (Garnier), Nathalie (Etienne) ou Evladia Slavcheva. Il y avait aussi Alain et Jacky (Commères) qui ont beaucoup compté pour moi. Sportivement les saisons n’ont pas été couronnées de succès comme à Bourges mais humainement c’était extraordinaire Mirande, vraiment. Madame Cabau, je pense à elle aussi. C’est elle qui nous logeait.

Mes parents voulaient que je pense à l’après basket et continuer mes études, c’était notre « contrat ». Anna Kotocova

BR : Est-ce un choc culturellement pour vous de passer de la République Tchèque à la France ?

AK : Oui parce que chaque culture est différente. La France, c’est très différent mais pas vraiment non plus dans le sens où j’avais déjà beaucoup voyagé à l’étranger. Et puis, je connaissais déjà mes futures coéquipières. Après, il faut s’adapter évidemment à la nourriture et à la langue mais cela s’est bien passé. La phrase que j’utilisais le plus souvent c’était « je veux dormir parce que je suis fatigué ». Le monde est petit parce que j’ai rejoué ensuite avec Loetitia et Martine Campi. J’ai recroisé aussi Jacky. C’est beau et je croise encore des gens aujourd’hui.

BR : Sur le plan basket, comment prenez-vous vos repères avec le Championnat de France ? En quoi est-il différent du Championnat Tchécoslovaque ?

AK : Oui, le championnat français est plus solide. En France, c’est assez équilibré. C’est différent aussi sur le plan de la formation. En France, ce sont les clubs qui la prennent en charge mais aussi les pôles régionaux en concertation avec la fédération française de basketball. En Tchécoslovaquie, il n’ y a plus que les clubs .

BR : En 1994, la même année qu’Odile Santaniello, vous rejoignez Bourges et vous remportez la coupe Liliana Ronchetti (C2). C’est un événement retentissant en France car pour la première fois, une équipe féminine française de Basket remporte une Coupe d’Europe.

AK : L’avion, la ville derrière nous, le fait qu’on soit les premières à le faire, c’était énorme comme évènement. La ville de Bourges était plus connue pour sa cathédrale et son festival musical. A Bourges, il y avait des basketteuses aussi.

BR : Avec Bourges, vous gagnez tout, en France comme en Europe. Beaucoup de choses ont été écrites ou dites à ce propos mais on voudrait quand même votre avis sur la question. Pourquoi cela marche à ce point à Bourges ?

Bourges gagne l’euroligue. Collection personnelle d’Anna Kotocova

AK : On avait déjà un coach, ensuite des supers joueuses et puis une super cohésion de groupe. Vadim nous a fait comprendre que sur le terrain, on devait être solidaires. Il y avait de fortes individualités mais on s’est toutes mises au service du groupe. Vadim, avec sa façon d’être, a cimenté tout cela.

L’année d’avant François Mitterrand était venu à Bourges mais là, on va à l’Elysée ! On est reçu et Jacques Chirac demande au groupe « qui est mariée » ? Je lève la main. Il me regarde et me dit : « Et bien passez le bonjour pour moi à votre mari ! » On a tellement ri. Jacques Chirac a dit bonjour à mon mari Ivan (elle se marre). Anna Kotocova

BR : Vous êtes reçue par le Président Chirac, vous faites la Une de l’Equipe, vous passez sur Stade 2, etc… Vous avez conscience à cette époque de marquer l’histoire ? Parce que vous la marquez en conservant votre titre de Championne d’Europe, chose encore inégalée pour les sports collectifs français.

Bourges à l’Elysée ! Source : FFBB

AK : Marquer l’histoire non pas du tout mais par contre on en avait marre qu’on ne parle pas du basket féminin. On ne parlait que des garçons… Stade 2 a commencé c’est vrai à parler de nous, puis l’Equipe. Alors évidemment, on était contentes qu’on parle de nous mais on était surtout contentes qu’on parle de basket féminin. Et puis, on le méritait avec tous ces titres. Yannick par son charisme nous a aidé également à trouver une place dans les médias. La notoriété est arrivée petit à petit par la suite. Et l’Elysée c’était chouette ! J’étais trop fière en tant que Slovaque. L’année d’avant François Mitterrand était venu à Bourges mais là, on va à l’Elysée ! On est reçu et Jacques Chirac demande au groupe qui est mariée ? Je lève la main. Il me regarde et me dit : « Et bien passez le bonjour pour moi à votre mari ! » On a tellement ri. Jacques Chirac a dit bonjour à mon mari Ivan (elle se marre).

BR : A cette époque-là, vous êtes l’égale de Bondra le hockeyeur, Martikan le kayakiste, des footballeurs Moravcik ou Vencel ou vous restez plutôt anonyme en Slovaquie ? Parce que vous avez été élue basketteuse slovaque du 20ème siècle et qu’au final, la Slovaquie ce n’est pas un grand pays ?

AK : Je crois que j’étais un peu comme Yannick Souvré ici. Mais cela fait tellement longtemps… J’ai été 15 ans en sélection et j’ai fait toutes les compétitions internationales sauf l’année où je me fais les croisés, alors oui les gens me reconnaissaient un peu mais cela allait. Mais en Slovaquie la notoriété se vit différemment et la vie, la société a changé. Et puis maintenant, je vis en France aussi. Je vais tous les étés en Slovaquie et j’ai gardé des liens avec des sportifs.

BR : Revenons quelques instants à Bourges. A Bourges, pendant les temps morts, on voit que, régulièrement, vous faites office de traductrice des propos de Vadim Kapranov. On aimerait savoir comment vous vivez ces moments là qui sont des moments particuliers parce que vous ne pouvez pas souffler, vous devez rester sur le qui-vive… contrairement à vos coéquipières qui elles récupèrent. D’ailleurs, Odile Santaniello voulait vous remercier pour ces moments.

AK : Je n’y réfléchissais pas trop sur le moment et puis il fallait le faire de toutes les façons. Ilona (Korstine) ne voulait pas, donc je me suis senti obligée parce qu’il n’y avait pas d’autres solutions. Qui aurait pu le faire à part moi ? Avant le match, il fallait que je me concentre sur ma performance mais aussi sur cela et c’était pas simple parce que je suis Slovaque et que je dois traduire du Russe en Français. J’ai appris le Russe à l’école, c’était une obligation à l’époque et cela m’a bien servi. Là j’en rigole mais les matchs : c’était du sérieux, donc il ne fallait pas que je dise n’importe quoi ! C’était les temps morts, la mi temps et le briefing de fin de match. Heureusement, on n’a pas perdu beaucoup de matchs. Et puis parfois, je ne traduisais pas tout. Mais j’ai joué le jeu parce que je savais que c’était important pour l’équipe.

BR : 20 ans après est-ce que vous pouvez nous dire si oui ou non Vadim Kapranov comprenait le français (LOL) parce qu’il y a une légende autour de cela ?

AK : Oui, il le comprenait. Peut être pas tout mais il le comprenait. vous savez, Vadim était quelqu’un de très pudique même s’il était colonel. Après, moi j’ai joué le jeu parce que je savais que c’était important pour lui.

J’ai refusé de me faire opérer parce qu’il y avait ce Final Four et puis Sidney dans la foulée avec la Slovaquie. Alors, je me suis fait seulement opérer du ménisque parce que je n’avais pas le choix et j’ai joué sans ligaments ces deux compétitions. Anna Kotocova

BR : Vous avez joué avec de nombreuses joueuses en France. Y en a t’il a qui vous on plus marqué que d’autres ? On pense à Yannick Souvré, Odile Santaniello, Isabelle Fijalkowski ou Loetitia Moussard avec qui vous êtes très proche ?

AK : Oui toutes les joueuses que vous citez m’ont beaucoup marqué. Après Cathy Melain et Ilona Korstine m’ont beaucoup fait penser à mon parcours. Je veux dire qu’elles étaient jeunes quand on les a intégré au groupe et cela me fait penser à mes débuts. A l’époque de Bourges, avec Odile ou Yannick notamment, on avait non seulement des grandes joueuses, mais aussi des gros caractères. Odile ! Tout le monde se souvient d’Odile… il y avait Amy Cissé aussi. Il fallait un coach qui maitrise tout cela et mettent ces caractères au service de l’équipe. Et on a vu ce que cela a donné… (nos photos. Source : Collection personnelle d’Anna Kotocova)

BR : Et puis en 2001, vous remportez pour la troisième fois l’Euroligue. Vous avez 33 ans. Il est différent des autres, ce titre ? Parce que vous raccrochez à ce moment-là…

AK : Tout est différent. En 2000, je me refais les ligaments sur le même genou qu’en 1990, juste avant le Final Four de Ruzomberok. J’ai refusé de me faire opérer parce qu’il y avait ce Final Four et puis Sydney dans la foulée avec la Slovaquie. Alors, je me suis fait opérer du ménisque parce que je n’avais pas le choix et j’ai joué sans ligaments ces deux compétitions. Quoi qu’il arrive, je voulais jouer et j’ai serré les dents. On a fait deux prolongations à Ruzomberok, mais malheureusement cela n’a pas suffit (NDRL : Défaite au Final Four 2000). Je peux vous dire que cela m’a fait quelque chose parce d’abord j’avais mal mais qu’en plus, dès que je touchais la balle : la salle me huait ! Avec Banska, on a toujours battu Ruzomberok et c’était un gros derby. Je voulais tellement gagner… Je ne pouvais pas terminer là dessus et avec Pierre (Fosset, le président) on se met d’accord sur une dernière saison. J’ai continué à jouer sans mes croisés. Par contre, je m’entrainais moins. On est pas championnes de France pour ma dernière saison mais on redevient championne d’Europe. Là, j’ai dit stop. 

BR : 2001. C’était le bon moment d’arrêter ? Et est-ce que vous l’avez fait avec sérénité ou au contraire cela a-t-il-été difficile ?

La soirée des légendes à Bourges. Source : Collection personnelle d’Anna Kotocova

AK : L’arrêt, je m’y étais préparé parce que je savais que je ne pouvais pas faire plus. Mais cela a été compliqué. Et pourtant, je le savais… Mais même quand on le sait, on n’est jamais prêt. Quand on aime le basket, quand on est passionnée, quand on a vécu ce que j’ai vécu cela devient trop compliqué. Pourtant, je suis resté à Bourges. Pierre Fosset m’a même proposé une reconversion en devenant assistante de Pierre Vincent mais j’ai dit non parce que j’avais besoin de souffler. Je ne pouvais pas revenir au Prado non plus… Cela a duré un an. J’ai mis une année à revenir au Prado. Je suivais les résultats de l’équipe, mais cela me faisait trop mal de les voir jouer sans moi, de ne plus faire partie de l’équipe. Je le savais pourtant que j’allais arrêter et je ne pouvais plus jouer, mais c’était trop dur pour moi. Avec le temps, avec l’arrivée de mon fils et puis avec le pôle espoir, cela s’est apaisé. Je travaillais la semaine dans le basket et j’avais le week-end pour ma famille, c’était très important pour moi. J’ai tellement voyagé pendant ma carrière qu’avec mon fils, je ne me voyais plus voyager comme avant. J’ai beaucoup donné pour le club et on a créé des liens avec le club, mais voyager la semaine : non ce n’était plus possible. Et puis, le pôle espoir m’a rappelé mes débuts et la manière dont je suis arrivé au haut niveau. Cela m’a plu et j’ai pris cette option. Francis Denis m’a ensuite contacté pour être assistante des U20. Je l’ai fait trois ans. Alain Jardel m’a contacté également puis Jacky Commères en 2007 puis Pierre Vincent avec qui on a travaillé avec les A dès 2010. Mon deuxième garçon est arrivé ensuite et j’ai intégré le 3×3. Voilà ! J’ai été sélectionneure des U18 mais là, j’avais besoin de reposer mes valises à Bourges.

BR : Est-ce qu’à un moment vous avez eu la possibilité d’aller en WNBA ?

AK : J’ai eu une proposition oui, mais je ne voulais pas y aller. Cela faisait trop pour moi en plus du championnat, de l’euroligue et de l’équipe nationale… Et puis en WNBA, cela dépend du coach, s’il veut te faire jouer… Ou pas. Isa (Fijalkowski), Andrea Kuklova et même Polina Tzekova , elles ont très peu joué au final, alors cela ne m’a pas tenté.

BR : Est-ce qu’on peut dire de vous que, comme Madlena Staneva, vous avez commencé poste 5 pour finir poste 4 ?

AK : Pas vraiment, parce que même si j’ai régulièrement joué pivot, surtout en défense, je suis plutôt un poste 4. Une poste 4 moderne. Par exemple à Mirande c’est Loetitia qui joue 5 et moi 4.

BR : En 2001, on vous retrouve encore assistante coach de la sélection slovaque.

AK : C’est le coach qui m’avait demandé que je vienne pour le Championnat d’Europe en France. J’avais arrêté l’équipe nationale après Sydney mais mon expérience et ma connaissance du basket pouvait toujours servir. En sélection, comme j’étais capitaine d’équipe, on a souvent discuté avec le coach. Parfois, c’est pas non plus parce que j’étais capitaine que je me suis refusé de dire des choses. Cela lui a plu et c’est arrivé comme cela.

BR : Puis vous passez à une discipline associée, le 3×3.

AK : C’était nouveau pour moi, dynamique et cela restait du basket. Cela m’a plu. C’est très formateur également le 3×3 et j’ai découvert le management d’une équipe. Ce qui est particulier, c’est l’approche. En 3×3, les joueuses sont très autonomes même si on les prépare évidemment que ce soit offensivement ou défensivement. Individuellement, cela apporte de la confiance également. A Minsk, on a gagné les jeux européens. Les JO de la jeunesse en Argentine, c’était formidable comme compétition également. (nos photos. Source : Collection personnelle d’Anna Kotocova). On vécu une aventure formidable en terminant deuxième. J’étais seule avec les filles au village et on a partagé beaucoup de choses ensemble, les entrainements, les matchs, etc… Au départ, on s’entrainait sur des terrains en béton où le sable arrivait. Il faisait 9 degrés, franchement c’était difficile. Mais les filles se sont accrochées et à la fin, on fini deuxième sous 30 degrés. Le site était magnifique en plus. A la fin, on mettait une heure pour sortir du terrain car tout le monde voulait prendre des photos avec les filles. En finale, contre les USA, on n’a pas pu rivaliser. J’ai vécu de beaux moments. Les filles ont travaillé en confiance et humainement c’était quelque chose. Les filles ne voulaient pas rentrer. Elles pleuraient d’ailleurs en partant… C’était très émouvant. Moi, j’ai toujours voulu vivre ces moments en tant qu’entraineur et c’est arrivé là bas. Évidemment, toutes mes expériences sont importantes et belles mais celle-là reste particulière. Vraiment. Pour la formation des jeunes, je reste persuadé que c’est important de passer par le 3×3, au moins à un moment. C’est un complément au 5×5 quand arrive la fin de saison.

BR : Le basket : c’est ce qui vous fait avancer dans la vie ?

AK : Le basket, oui c’est un peu ma vie. Heureusement ou malheureusement d’ailleurs, je ne sais pas trop parce que cela a pris une telle place pour moi. Depuis que je suis jeune, ma vie s’est articulée autour des compétitons. Le basket, le basket, le basket… Je n’avais pas prévu de partir de Banska au départ mais je voulais jouer l’euroligue. Je n’avais pas non plus prévu ensuite de rester en France, chose que je fais au final. A Mirande, après quatre ans, partir n’a pas été simple. A Bourges, il a fallu que je me réadapte à un nouveau coach et de nouvelles coéquipières. Ensuite, il y a eu la notoriété avec les victoires. Malgré tout, j’ai arrêté le basket à un moment mais il est revenu dans ma vie puisque je m’occupe des jeunes. Ce qui est bien, c’est que ma passion me fait vivre. Je suis assez chanceuse. Après l’autre côté, c’est que cela prend beaucoup de temps et que ma stabilité familiale est essentielle à mes yeux. Je peux compter sur mon mari et laisser mes enfants n’a jamais été une chose facile pour moi. Je suis une maman poule (elle se marre) ! Pour moi, partir n’a jamais été évident même si je crois qu’ils sont fiers de voir les résultats que j’ai eu.

Les filles ne voulaient pas rentrer. Elles pleuraient d’ailleurs en partant… C’était très émouvant. Moi, j’ai toujours voulu vivre ces moments en tant qu’entraineur et c’est arrivé là bas. Anna Kotocova

BR : Vous n’avez pas le droit d’être modeste pour cette question…. Quel regard portez-vous sur votre carrière avec du recul ? Parce que vous avez gagné en club 4 coupes d’Europe, 7 championnats nationaux, 4 tournois de la fédération.

AK : Quand on joue, on enchaine et on n’y pense pas de trop. Enfin, moi je n’y pensais pas de trop. Après, quand on regarde tout cela on se dit Wahou, tout ça (elle se marre) ! J’ai pas forcément cherché la notoriété, je voulais gagner avant tout. Progresser, jouer, cela reste le moteur de tout cela, enfin pour moi. Après, en tant que coach, j’ai eu la chance de remporter aussi des choses donc cela rajoute des lignes. En fait, c’est quand je regarde tout cela sur un papier que je m’en rends compte. Des fois, je me dis également que certaines compétitions sont tellement loin. Je ne sais pas trop comment vous le dire mais parfois, dans une carrière, une joueuse peut n’avoir qu’un titre en jeune et c’est déjà très très bien. Pour moi, c’est autre chose mais je ne me suis jamais vraiment arrêté aux titres.

BR : Et puis à Bourges, votre maillot est au plafond ! C’est une grande émotion ?

AK : J’en suis très fière. Mais ce dont je suis la plus fière, c’est que mes enfants étaient là ce jour là. Je me répète mais être sportive de haut niveau, ce sont de belles choses mais également beaucoup de sacrifices. Alors ce soir là, évidemment c’était pour moi mais aussi pour ceux qui comptent pour moi. (nos photos. Source : Collection personnelle d’Anna Kotocova) Qu’ils soient là m’a vraiment rendu heureuse. Aujourd’hui, j’habite encore à Bourges. Au Prado, à l’extérieur, il y a encore des photos. On voit aussi Odile ou Céline (Dumerc) et d’autres joueuses qui ont marqué le club donc oui c’est une fierté. Forcément, quand je passe à côté, cela fait quelque chose.

BR : Vous êtes naturalisée française et vous faites le lien entre les générations via le Club des anciens internationaux où vous êtes très active. C’est important pour vous de transmettre ?

AK : Je suis rentré à l’Académie en 2021. Faire parti de ce club, c’est important oui. On peut se revoir entre joueuses. Par exemple, j’ai revu Loetitia (Moussard) et Nicole Antibe dernièrement. Isabelle (Fijalkowski) , je la revois souvent parce que c’est ma collègue CTS, donc ce n’est pas pareil mais oui c’est important. Quand on joue, on donne, on passe et on peut perdre le contact. Alors se retrouver, c’est très sympa.

Mais ce dont je suis la plus fière, c’est que mes enfants étaient là ce jour là. Anna Kotocova

BR : Est-ce que vous êtes encore en contact avec vos anciennes coéquipières de l’équipe nationale ? Il y en a beaucoup mais on peut penser à Erika Dobrovicova, Renata Hirakova, Milena Razgova, Eva Brekova ou Martina Godalyova. On ne peut pas toutes les citer ! Il y a Dagmar Hutkova aussi ou Andrea Kuklova qui a joué à Aix.

AK : C’est un peu compliqué parce que je vis en France. Et puis quand je rentre en Slovaquie, je reste avec ma famille. La dernière fois que j’ai revu mes anciennes coéquipières, c’était à une réception que la fédération slovaque avait organisé. C’était très très sympa 25 ans après.

Anna Kotocova avec ses anciennes coéquipières Slovaques. Collection personelle d’Anna Kotocova.

BR : Le mot de la fin, c’est une tradition chez Basket Rétro est laissé à l’interviewée. Qu’est-ce que vous voulez nous dire que l’on aurait pas abordé ?

AK : Quand on fait un sport d’équipe, je dis souvent aux jeunes qu’on est sur le terrain un peu comme on est en dehors. Et une carrière, cela passe vite. On vit des beaux moments, d’autres moins beaux mais la vie passe donc il faut savourer ces choses. J’ai eu beaucoup de chance. La Tchécoslovaquie, la France, les Jeux, ma famille, il faut savoir en profiter. On attendait de moi que je sois performante sur le terrain dès mon arrivée ici. J’avais 22 ans. A présent, je suis française. Je suis naturalisée mais je dois toujours prouver que je suis à la hauteur. A la hauteur comme joueuse, à la hauteur comme entraineur, il faut toujours être meilleure que les autres. Et merci à Basket Retro, c’était vraiment très sympathique de pouvoir revenir sur ces moments.

Basket Retro tenait à remercier Anna Kotocova pour sa grande disponibilité. Propos recueillis par Guillaume Paquereau. Montage Une : @Aurel Shed.

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About Guillaume Paquereau (52 Articles)
Amoureux de Gozilla depuis mon plus jeune âge, je suis devenu fan des Suns ! De Sir Charles à Dan Majerle en passant par Nash, via Stoudemire pour aller jusqu'à Devin Booker : PHX a le monopole de mon coeur. Je veux du soleil !

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