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[ITW] – Madlena Staneva – Partie 1 : « A Séoul, le village était barricadé par les tanks ! »

Interview

Montage Une : Laurent Rullier pour Basket Rétro

Il était une fois, une petite contrée, loin, à l’Est, appelée Bulgarie. Après un long et difficile apprentissage, une Fée venue de la ville de Ruse, se mit à multiplier les exploits sur un terrain de basket avec son club du Levski Spartak. Son nom : Madlena Staneva. Sa vie ? une aventure. Basket Retro vous propose de découvrir grâce à une longue interview ce merveilleux parcours. Bluffant !

Madlena Staneva vient au basket à l’âge de 11 ans à Ruse, au nord de la Bulgarie. Vite repérée par les instances, rigoureuse à l’entrainement, elle intègre l’équipe nationale cadette Bulgare dès ses 15 ans. Sa signature au Levski Sofia, trois ans plus tard et contre la volonté de son père, va constituer un tournant puisqu’à Sofia, elle va progresser à la vitesse du vent. Championne d’Europe avec son club en 1984, triple médaillée avec l’équipe nationale de Bulgarie aux Championnats d’Europe, Madlena est l’une des figures de la génération dorée du basket Bulgare des années 80. Régulièrement élue par la Gazetta Dello Sport dans le meilleur 5 européen, cette intérieure fuyante à la détente impressionnante franchit le Rubicon en rejoignant l’Aix d’Odile Santaniello et de Guy Boillon. Nous sommes en août 1989, le mur de Berlin tombera lui en novembre. En France, le choc culturel n’altère pas sa motivation. Madlena portera ainsi les couleurs de l’ASPTT jusqu’en 1993 puis signera un peu plus tard au Cavigal Nice avant de préparer sa reconversion. Entre temps, elle décidera de mettre un terme à sa carrière internationale. Une carrière à 350 sélections ! Interview…

BR : En décembre 1989, vous êtes interviewée par le mensuel français Basket Ball. Vous venez d’arriver en France, de Bulgarie, et vous déclarez qu’Aix est une magnifique ville. Quand on vous demande ensuite quelles sont les chances d’Aix en championnat, vous dites que : « vous avez peut-être la meilleure équipe mais que vous pêchez en terme de préparation et que ce sont des choses qui se paient à la fin. » Vous lisez dans le marc de café ? Parce que cette année-là, Aix ne gagnera rien

Madlena Staneva : A Aix, on avait une super équipe quand je suis arrivée. Mais on était que six pros. Le reste de l’effectif était constitué de joueuses du centre de formation. Alors, on manquait de rotation et puis il y avait un trou au poste de pivot. Après, Carrie Upshaw est arrivée et c’était beaucoup mieux. Mais c’est le match contre Mirande qui change l’avenir d’Aix. Odile Santaniello en a déjà parlé lors de son interview dans vos colonnes mais après notre victoire à domicile contre Mirande, il y a ce panier de Sandrine Chiotti qui fait qu’on fait match nul et qu’on doit partir en prolongation. Guylaine Renaud nous avait pourtant tout bien expliqué. Cette règle était complétement illogique. Dans la salle, les gens commençaient à partir d’ailleurs. Marie Ruiz, notre meneuse sur qui on fait faute, « casse le panier » sur ses lancers. Normal, on voulait pas marquer. Comme il y a eu intentionnelle, je récupère le ballon sous le panier. Loetitia Moussard et Martine Campi courent sur moi et je donne à la balle à Sandrine qui je ne sais pas pourquoi vient au lay up et égalise sous mon nez. Je m’en suis voulu d’avoir fait cette passe mais je ne pensais vraiment pas qu’elle allait marquer. Après en prolongation, on sort pour les fautes avec Odile et on termine la rencontre avec les jeunes. Mirande est forcément repassé devant mais on méritait largement d’aller en finale contre Challes. Je ne dis pas qu’on aurait gagné parce que Challes avait une équipe très forte mais cela a changé le destin d’Aix, c’est certain ! Ce match nous a terriblement marqué.

BR : Vous êtes née en 1963 dans la ville de Ruse en Bulgarie où passe le Danube. On connait bien l’exemple Hongrois de Buda et Pest séparées par le fleuve, mais en face de Ruse, en Bulgarie, il y a une ville Roumaine : Giurgiu. Voilà pour le contexte, mais au final notre question est : que pouvez-nous dire de votre enfance, à Ruse ?

(La ville de Ruse : perle du Danube – Quatrième ville du pays – source : https://obshtinaruse.bg/en/ruse-1)

MS : J’ai eu une enfance heureuse avec des parents aimants. J’avais une petite sœur qui a un peu suivi mon parcours après en sport études. En Bulgarie à l’époque il y avait des centres sportifs comme des CREPS qui préparaient les jeunes au sport. Et chaque année, des entraineurs qui travaillent avec des enfants passaient dans les écoles pour repérer des jeunes de 10 ans avec du talent parce que le sport études c’était entre 11 et 18 ans. En fonction de la morphologie et des qualités physiques de l’enfant, ces entraineurs disaient voilà celui là sera bon en volley, natation, judo ou en lutte par exemple. En Bulgarie, la lutte est un sport national. Et moi, l’entraineur qui m’a supervisé passe dans la rue un jour et me voit jouer avec des copines au saut à l’élastique. Et là, il va voir mes parents et leur dit que j’ai une détente formidable. C’est comme cela que je participe à un concours régional auquel je termine deuxième. Au départ, nous faisions plusieurs sport. L’idée c’était de nous orienter selon nos qualités vers le sport où on pourra être le plus performant. Moi, ils voulaient que je fasse du saut en hauteur d’abord parce qu’ils disaient que je pourrais battre le record de Sara Simeoni (NDRL : recordwomen du monde du saut en hauteur en 1978 avec 2m01), Il y avait le volley et le basket aussi comme choix. C’était normal à cette époque de faire plusieurs sports.

BR : Vous débutez donc le basket à 11 ans.

MS : Mais moi, j’ai dit au directeur de l’école que ce serait du basket ou rien. Je ne sais plus vraiment pourquoi mais à l’époque, j’étais toute « maigrichonne » et très renfermée sur moi-même et je ne m’imaginais pas faire autre chose. Je lui ai dit : « c’est cela où j’arrête tout parce le saut en hauteur…. » « Monsieur, le saut en hauteur ce n’est pas possible, parce que je ne veux pas avoir de la barbe (elle se marre) ». Et une petite fille de 11 ans qui vous dit cela, elle pense au dopage, forcément. Le volley, ce n’était pas non plus mon truc, alors j’ai tout de suite fait que du basket ou presque. Mon entraineur de l’époque, Vasil Gechev, a toujours cru en moi et j’ai eu beaucoup de chance parce que j’aurais dû faire plusieurs sports normalement. Vasil me disait quand j’étais enfant que je pourrais, en travaillant dur, devenir une ailière moderne et smasher avec ma détente. Il était très très dur avec moi. Il faut s’imaginer une discipline de fer dans les pays de l’Est. On était la vitrine du pays mais tout était fait pour qu’on devienne les meilleurs possible. Par exemple, à Ruse l’école était très bien organisée. L’école commençait à 7h30 le matin et je rentrais chez moi le soir à 20h. On s’entrainait en alternance soit un fois, soit deux fois. C’était un jour sur deux et toute notre scolarité était organisée par rapport à nos entrainements. Et on faisait nos devoirs à l’école. Le soir, je rentrais chez moi et je mangeais tranquillement avec mes parents. Et en France, je n’ai pas retrouvé cela du tout à mon arrivée. En France, les jeunes étaient entrainés par des jeunes qui faisaient de leur mieux. En Bulgarie, les jeunes étaient entrainés par des entraineurs professionnels qui savaient travailler avec des enfants.

L’idée c’était de nous orienter selon nos qualités vers le sport où on pourra être le plus performant. Moi, ils voulaient que je fasse du saut en hauteur d’abord parce qu’ils disaient que je pourrais battre le record de Sara Simeoni. Madlena Staneva

BR : C’est quoi la semaine type d’une jeune sportive Bulgare ?

MS : La semaine type d’une jeune sportive, c’est 5 jour sur 7 à l’école. Le week-end, c’était « off ». Il y avait par contre un championnat républicain une fois par an. Il y avait 12 centres en Bulgarie donc il faut s’imaginer un championnat à 12 équipes organisé dans une grande ville bulgare. De temps en temps, on faisait des matchs de préparation pour ces compétitions qui étaient de grands évènements à l’époque.

BR : Vous quittez Ruse pour Sofia en 1981, à 18 ans. Vous signez alors au Levski. Dans quelles conditions se fait cette signature ?

MS : A 15 ans, je suis prise en équipe nationale. Mais à Ruse, Guechev voulait que je reste lucide et ce même si je savais qu’il y avait un petit peu de bruit autour de moi. Dans ma tête, tout était encore à faire. En 1980 et 1981, on a deux médailles de bronze avec la Bulgarie aux championnats d’Europe jeune. C’est là que j’ai connu Paoline Ekambi d’ailleurs. Pao est de 1962 et moi de 1963 et la France nous a battu en 1981. Quand j’ai eu mon diplôme en 1981, j’ai été contacté par quatre clubs de Sofia : le Levski Spartak, le Slavia, Kremikovski et Sofstroï. Tous ces clubs sont venus voir mes parents chez moi. Ruse jouait aussi en première division, mais je savais que si je voulais progresser, il fallait que je parte pour Sofia. Il fallait que je joue avec des joueuses plus fortes que moi pour qu’à mon tour je devienne une très forte joueuse. Et cela n’a pas plu à mon père. A 18 ans, j’étais toujours maigre et réservée. Je ne connaissais rien de la vie et il me le disait. En plus, à Ruse, on m’avait donné la possibilité d’acheter un appartement en priorité. Or, à l’époque, il fallait attendre 15 ans pour pouvoir acheter un appart et 7 ans pour une voiture. Russe, la voiture évidemment, mais bon c’était comme cela ! Mes parents travaillaient depuis toujours. Et moi, à 18 ans, on me proposait un appartement, j’avais le double de leur salaire, je ne connaissais rien de la vie mais malgré cela, je voulais partir pour Sofia… Je n’osais pas dire à mon père que je voulais partir d’ailleurs il m’avait dit « Tu vas nulle part, tu restes ici ! ». Et j’avais peur de lui dire que j’avais fais mon choix pour le Levski Spartak. Ce club avait déjà gagné deux Ronchetti en 1978 et 1979. Dans l’équipe, il y avait des joueuses comme Gocheva et Makaveeva qui avaient eu le bronze aux JO de Moscou en 1980. C’était l’endroit où il fallait que j’aille. Bref. Je signe mon contrat et je téléphone à mon père. Il hurle et me dis « Écoute, tu rentres à Ruse et on ne reparle jamais plus de cette discussion sinon je ne te parle plus ». Après avoir raccroché, j’ai tellement pleuré… Avant de raccrocher, je l’avais remercié pour tout ce qu’il m’avait apporté pour affronter la vie avec ma maman, mais que j’étais désolé parce qu’à présent ma vie m’appartenait. Sofia me proposait moins d’argent que Ruse mais pour progresser, il n’y avait pas photo ! Le lendemain, je lui ai adressé un télégramme pour confirmer mon choix et je suis parti aux Championnats d’Europe où on termine troisième. De retour, à Ruse, il ne m’a pas adressé la parole. Il ne m’a pas parlé pendant trois ans.

BR : Procédons thématiquement, nous vous proposons d’aborder votre parcours avec le Levski d’abord puis ensuite nous parlerons de l’équipe nationale. Avec votre club, vous êtes Championnes de Bulgarie de 1981 à 1989. Pouvez vous cassez nos préjugés ? Pouvez vous nous dire que le Championnat bulgare de l’époque n’est pas une compétition gagnée par avance ?

MS : J’ai joué au Levski de 81 à 89 et je peux vous assurer qu’il y avait en Bulgarie une véritable compétition et qu’elle était difficile, très difficile même. Les dirigeants du club ont formé une équipe de huit joueuses qui sont toutes devenues internationales par la suite. Mais si la mayonnaise ne prend pas dans une équipe, vous ne pouvez pas gagner de matchs. Et puis sur le terrain, il n’y a que cinq joueuses et il faut gérer celles qui jouent moins. Et au lieu de se détester, on s’est rendu compte qu’on serait plus forte ensemble. Nous avons appris à nous respecter et à nous aimer avec nos qualités et nos défauts. Et puis vous savez, on n’était pas des machines. Notre force c’était qu’on ne se focalisait pas sur la joueuse qui marquait plus ou moins. Notre but était de gagner et dans le pays, nous étions devenus « l’équipe à abattre » si je peux m’exprimer ainsi. Pendant les derbys, la police venait pour contrôler la sécurité car les salles étaient toujours archi pleines. Notre force c’était notre unité. On a fait le doublé coupe / championnat de 1982 à 1988. En 1989, on s’est fait avoir par les arbitres parce qu’on pouvait plus nous voir (elle se marre).

A l’époque, il fallait attendre 15 ans pour pouvoir acheter un appart et 7 ans pour une voiture. Russe, la voiture évidemment, mais bon c’était comme cela ! Madlena Staneva

BR : Le 8 mars 1984, vous devenez Championne d’Europe des clubs en battant, à Sofia, les Italiennes de Vicence. Vous avez 21 ans, vous marquez 5 points pendant la rencontre. Quels souvenirs gardez vous de cet événement ?

(1984, le Levski Spartak Champion d’Europe. Madlena pose avec la Coupe : Source : collection personnelle de Madlena Staneva)

MS : J’étais très jeune et c’était mon premier match d’une telle importance. On joue un adversaire rodé en Coupe d’Europe, Vicence (NDRL : palmarès entre 1983 et 1989 : 5 Coupes des Champions et 2 finales). Le match était très très serré. Je me souviens qu’on a reçu une prime pour avoir gagné. Une montre de la Police d’abord, comme cadeau, parce que le Levski c’est le club de la Police et ensuite de l’argent (NDRL : 300 lev soit 2 smics en Bulgarie). Et à Vicence, notre entraineur, Stanislas Boyadjiev, qui est malheureusement décédé il y a deux ans nous avait dit qu’en cas de victoire, elles auraient elles 10.000 dollars en prime ce qui était énorme pour l’époque. Stanislas a été par la suite entraineur à Toulouse. Mais autant vous dire qu’on jouait plus pour le rêve de devenir Championnes d’Europe que pour l’argent ! On avait l’habitude de les rencontrer parce que chaque année, Vicence organisait un tournoi en début de saison et on y allait toujours. Sur les 5 points, je ne m’en souviens pas par contre je me souviens très bien d’une chose. J’avais tellement d’adrénaline que j’étais « cramée » à l’échauffement. J’étais si stressée de bien faire… Par contre, ce match m’apprend à préparer ce genre de rencontres. Je veux dire que je comprends à partir de là qu’il faut que je reste lucide et concentrée pour les grandes rencontres. Je courais partout à l’échauffement et sautait dans tous les sens. A l’époque d’ailleurs, je pouvais smasher sans problème avec un ballon de hand. Mes mains étaient trop petites par contre pour tenir à une main un ballon de basket et smasher.

BR : Vos coéquipières sont alors notamment : Krassimira Banova qui jouera à Mirande puis Tarbes, Kostadinka Radkova qui viendra aussi en France ou Nadka Golcheva et Petkana Makaveeva, vices Championnes Olympiques en 1980 à Moscou.

MS : Il y avait encore Sylvia Guermanova qui a joué à Villeurbanne et qui est ma meilleure amie. Elle vit à Marseille encore. Il y avait aussi Radmila Vassileva. Elle s’est fiancée avec David Turner aux JO de Séoul et ils se sont mariés ensuite quelques mois après. Elle travaille à la FIBA actuellement. Et puis, il y avait Nina Todorova. On était huit. Elles étaient quatre à avoir fait les JO. C’était le rêve pour nous. Il y avait Makaveeva et Golcheva qui sont de 1952 soit onze ans de plus que moi quand je suis arrivée au club. Elles m’ont beaucoup aidé à apprendre. Nadka et Petkana ont fait troisièmes à Montreal en 76 et secondes à Moscou en 1980. Sylvia Guermanova et Kostandinka Radkova n’ont fait que Moscou.

BR : Pour la défense de votre titre européen, en 1985, vous battez en quart le Stade Français avant de perdre en demi contre Riga. Et plus globalement avec le Levski, en Coupe d’Europe vous serez toujours placées, jamais gagnantes.

MS : Le Stade Français… Ce match m’a marqué oui, on avait gagné à Coubertin salle qui a bien changé maintenant. Mais ce match m’a marqué parce qu’on partait le lendemain soir et on a demandé aux dirigeants du stade de visiter un peu Paris. On adorait la France évidemment avec l’Arc de Triomphe, etc… Et on étaient plusieurs à s’intéresser à l’histoire dans l’équipe. Je m’en rappellerais toute ma vie, on rêvait de la Tour Eiffel et le bus nous descend devant Tati, le magasin. C’était horrible (elle se marre). Tout ces vêtements en vrac ! On s’est arrangé quand même pour faire d’autres visites après. Et le soir, l’avion qu’on prend manque de s’écraser à Sofia à cause des trous d’airs. Pendant trois jours, j’ai eu des vertiges. Contre Riga en demi, Semenova et ses coéquipières étaient trop fortes. Mais on a d’autres possibilité en Coupe d’Europe. Contre Agon 08, l’équipe de Dusseldorf, il s’est passé un truc bizarre. Leur partenaire, c’était la plus grosse banque d’Europe à l’époque. On est reçu par le président de la banque à la banque. Il fait son petit discours, il y avait à manger et à boire. Bref. Il nous regarde et il nous dit : « demain, vous n’allez pas gagner. » On a fait trois prolongations et on termine le match à 3. On perd d’un point sur les deux matchs.

BR : Il y a des matchs en Coupe d’Europe dont vous vous souvenez ?

MS : Oui, une année on va jouer en Turquie, à Istanbul. Dans la salle, il n’y avait que des hommes moustachus (elle se marre). Ils ont hurlé pendant 40 minutes. Pas pour le match qu’on a gagné de 80 points, mais pour nous ! A l’époque, nos tenues étaient très moulantes. Et c’était très bizarre comme ambiance. On est sortie de la salle avec un cordon policier qu’ils ont réussi à casser ensuite. Ces hommes nous montrait du doigt dans le bus, nous montrait des bagues, pour qu’on leur donne nos adresses et se marier avec nous. Pour pouvoir partir, on a sorti nos calepins sur lesquelles on a marqué de fausses adresses. C’était très bizarre. En Albanie, à Tirana, on joue contre une équipe qui a la même couleur de maillot que nous. Le responsable de la FIBA les oblige à porter des maillots. Mais elle n’en avait pas. On a du s’échauffée deux ou trois heures en attendant… Finalement, elles trouvent un jeu de maillot, blanc et on écrit leur numéro avec du charbon ! A la fin du match, on avait de la suie partout sur le corps et on voyait plus leur numéro. C’est rigolo comme souvenir.

BR : Revenons à présent sur l’équipe nationale. En 1980, vous participez aux Championnats d’Europe Cadettes, en 1981 : les Juniors et en 1983 les séniors. Vous pressentiez que cela allait se passer comme cela pour vous ?

MS : Il y avait beaucoup de bonnes joueuses en Bulgarie et tout le monde rêvait d’intégrer l’équipe nationale. C’est vrai, on me disait que j’avais des qualités mais il a fallu que je travaille très dur pour que cela arrive. Les choses ne se sont pas passées toutes seules. Loin de là !

BR : En 83, vous êtes médaillée d’argent à ces Championnats d’Europe. Même chose en 85 et vous glanez le Bronze en 89. C’est assez exceptionnel !

MS : En 83, j’étais remplaçante. Après j’ai toujours été titulaire en équipe nationale jusqu’à ce que je prenne ma retraite en 93. C’est moi d’ailleurs qui ai décidé d’arrêter à l’époque. En 83, donc pour y revenir, l’équipe devait être renouvelée et on était assez jeunes avec des joueuses du Levski. A la fin, de la soirée des récompenses, j’entends mon nom. Je reste perplexe parce que c’était en Hongrie et le hongrois c’est très difficile de comprendre comme langue. Notre entraineur Ivan Galabov m’applaudit. Je ne comprenais rien. J’avais été élue la plus jolie fille du tournoi. Miss Championnat d’Europe. Et si je vous parle de cela, c’est qu’en Bulgarie on a dit que si j’étais en équipe nationale c’était à cause de cela. Il a fallu que je me protège un peu avec cela. En 85, j’étais titulaire du coup. La Gazetta Dello Sport m’avait d’ailleurs élu dans les 10 meilleures joueuses d’Europe par la suite.

La Gazetta Dello Sport du 16 décembre 1986 – Source : Collection personnelle de Madlena Staneva

On a même fait deux matchs caricatifs avec « l’équipe d’Europe ». Le premier, c’était pour une joueuse italienne et le second pour une bulgare : Penka Stoyanova. J’ai été à nouveau Miss Championnat d’Europe en 85. Là, comme je commençais à être une joueuse de haut niveau alors tout le monde voulait être ami avec moi. Jeune, je rêvais de pouvoir jouer au basket pour mes qualités sur le terrain. Entendre que j’étais sur le terrain pour mon « minois », cela m’a fait beaucoup de mal. Mais bon, c’est l’école de la vie. Deux ans plus tard, on m’a encore passé de la pommade en me disant tu es la meilleure et la plus belle. Mais cela m’a forgé. Finalement, cela m’a rendu service ces remarques. Chaque épreuve nous rend plus fort.

Madlena Staneva avec l’Equipe d’Europe en 1985. Source : Collection personnelle de Madlena Staneva

Notre entraineur Ivan Galabov m’applaudit. Je ne comprenais rien. J’avais été élue la plus jolie fille du tournoi. Miss Championnat d’Europe. Et si je vous parle de cela, c’est qu’en Bulgarie on a dit que si j’étais en équipe nationale c’était à cause de cela. Il a fallu que je me protège un peu avec cela. Madlena Staneva

BR : En 1988, vous terminez également 5ème des JO de Séoul. Vous avez 25 ans. Quels souvenirs gardez vous des Jeux ?

MS : Les JO c’est l’apogée dans la carrière d’un sportif. On en rêve tous. Les meilleurs sportifs de la planète y sont alors cela ne ressemble à aucune autre compétition. En 84, il y a le boycott. On était à Cuba au Tournoi Pré Olympique et on apprend qu’on y va pas. Quelle déception ! A la place, on fait le tournoi de l’amitié à Moscou en même temps que Los Angeles. Tous les pays de l’Est, tout sport confondus le font. Il me semble que les filles de l’équipe de France en basket le font. Les garçons, avec mon mari Hervé Dubuisson, eux étaient à LA. Je crois que la France était le seul pays au monde à participer à ces deux compétitions. On admirait la France pour cela. Là bas, on termine deuxième derrière les Russes, comme d’habitude. On nous a donné des prix et des médailles comme si c’était des JO sauf que ce n’était pas les Jeux Olympiques. Quatre ans plus tard, on va à Séoul. Mais avant en 86, il y a les Goodwill Games à Moscou et à Minsk. Tous les pays étaient présents. L’idée c’était que plus jamais la politique ne puisse se servir du sport. Parce que le sport n’a rien à voir avec la politique. Le sport véhicule d’autres images, rien à voir avec le Guerre Froide. Donc, on se retrouve à Moscou et c’était très chaleureux comme ambiance. A Séoul, le village était barricadé par les tanks. La menace d’attentat avec la Corée du Nord était très forte. Le village olympique était calme et vaste mais pour y rentrer et en sortir c’était très compliqué. Lors de ces JO, on perd contre l’Australie et on termine 5èmes sous les ordres d’ Ivan Lepichév cette fois. Il n’y avait que 8 équipes à l’époque et terminer à cette place c’est la plus grande déception de ma carrière. On était au top de notre forme à l’époque, quel dommage ! On avait fait une partie de notre préparation avec les Yougoslaves de Drazen Petrovic et les Russes d’Arvidas Sabonis et de Vladimir Tkatchenko. Les deux équipes se sont affrontées en finale par la suite mais quelle rigueur cette préparation ! Alors aux JO, après la compétition, pour décompresser, on a voulu faire une sortie avec 4 ou 5 filles, en cachette. Et forcément, on nous attendait à notre retour ! J’ai même mangé avec Ben Johnson, la veille de son record olympique. On a échangé quelques mots ensemble. C’est cela le village olympique !

BR : Cuba, Bornéo, etc… vous faites également le tour du monde. Il y a des anecdotes qui restent gravées dans votre mémoire ?

MS : A un retour d’un championnat, on était en transit à Orly. On étaient épuisées et il y avait beaucoup d’attente. On nous avait mises en Business Class mais on attendait encore alors on râlait. Je m’en souviendrais toute ma vie. Nous devions faire une escale à Dubrovnik et dans notre avion, ils ont commencé à faire rentrer des blessés de guerre qui venaient d’Angola. Beaucoup n’avaient plus de jambes ni de bras. On s’est senti très mal avec les filles de l’équipe de s’être plaintes alors que dans le même avion, des gens avaient vécu des choses bien pire. L’avion décolle de Paris et à Dubrovnik, on tourne autour de l’aéroport plusieurs fois. La piste était éclairée comme s’il faisait grand jour. Il y avait des ambulances et des pompiers partout et la piste était en train d’être arrosée avec de la mousse. Le train d’atterrissage refusait de fonctionner et dans l’avion on nous apprend que le pilote s’apprête à atterrir « plein ventre ». On nous fait allonger par terre avec des masques à oxygène, nos bagages étaient par terre aussi. On n’entendait pas une mouche voler dans l’avion. On priait et on se disait pour les gens avec nous qui avaient déjà vécu l’horreur, c’était juste terrible. Par miracle, alors qu’on touche le sol, les trains s’ouvrent. La piste était tellement « moussée » que l’avion glisse et fini sa course contre un mur au bout de la piste. On pleurait toutes. Quel soulagement ! Mais des anecdotes, j’en ai plein d’autres ! Au Brésil, on a joué devant 15.000 personnes. L’ambiance c’était la folie ! On a sprinté pour sortir du stade parce que les fans voulaient toucher les joueuses brésiliennes. En Bulgarie, on avait une base à 2000 mètres d’altitude pour se préparer. On s’entrainait 7 heures par jour. Parfois, je me disais : « Madlena, t’es complètement maso d’endurer des choses comme cela ! ». Par contre, je profite de pouvoir vous parler pour vous dire que jamais de ma vie je n’ai pris aucun produit dopant. Mais l’entrainement, parfois c’était tellement dur que mon corps ne répondait plus. En 84 par exemple, à Cuba, au TQO, on était totalement cramées. Mais la fédération mettait un point d’honneur à ce que nous soyons parfaitement préparées. La fédération avait calculé par exemple pour le TQO de Kuala Lumpur, quatre ans plus tard, qu’il fallait 13 jours pour s’acclimater au décalage horaire et au climat. L’équipe médicale calculait nos biorythmes pour le championnat et nous étions à chaque fois au top. Cette discipline, c’était un autre monde mais on ne s’en plaignait pas. On a grandi comme cela.

L’équipe nationale de Bulgarie. Source : Collection personnelle de Madlena Staneva.

BR : Pour une jeune femme du bloc de l’Est, comment perceviez-vous alors le monde occidental ?

MS : C’était magnifique. Mais j’étais heureuse aussi en Bulgarie ! J’avais une belle vie avec plein d’amis. J’allais au théâtre ou au cinéma à Sofia. J’allais également à des expositions et j’ai même acheté des tableaux. Sur le plan culturel, j’ai fais plein de choses parce qu’une de mes grandes copines était actrice. Chaque année, les représentants de Milan venaient à Sofia pour me faire signer. Et tous les ans, les dirigeants du Levski disaient que j’étais trop jeune. Mais moi j’en rêvais de l’Italie à partir d’un moment. D’autant plus que derrière, de nouvelles jeunes joueuses arrivaient.

Propos recueillis par Guillaume Paquereau pour Basket Retro. A suivre : Aix, la découverte de la France par une jeune femme du bloc de l’Est et bien d’autres surprises….

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Amoureux de Gozilla depuis mon plus jeune âge, je suis devenu fan des Suns ! De Sir Charles à Dan Majerle en passant par Nash, via Stoudemire pour aller jusqu'à Devin Booker : PHX a le monopole de mon coeur. Je veux du soleil !

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