Breaking News

[ITW] Carmine Calzonetti « A Nantes, j’ai joué pieds nus ! »

Interview

Montage Une : Laurent Rullier pour Basket Rétro

Il a connu l’âge d’or du basket universitaire. Joueur fin et technique, très adroit, le stratège américain Carmine Calzonetti traverse la France des années 70 avec l’ABC Nantes, Mulhouse puis Challans. Pour Basket Rétro, il revient sur sa vie de Basket qui oscille entre amour du jeu et désir de former les plus jeunes. Interview !

Basket Rétro : En préparant cette interview, nous avons appris à Basket Rétro qu’aux USA il y a une loi qui exige qu’il n’y ai pas de ségrégation sexuelle dans les universités américaines. Et vous avez déclaré lors d’une interview quelque chose de très touchant, de très émouvant sur ce sujet. Vous avez déclaré : « Je suis ravi du règlement en tant que père parce que j’ai trois filles. Mais en tant que dirigeant, je le déplore car cela coûte cher de suivre les lois nationales« . Pouvez-vous nous expliquer tout cela parce qu’en France, de nombreuses personnes ignorent certainement tout de cette loi.

Carmine Calzonetti : Oui, voilà 30 ans maintenant, une loi est passée selon laquelle les universités devaient dépenser autant d’argent pour les garçons que pour les filles en matière de sport. Avant cette loi, c’est vrai, c’était parfois compliqué pour les filles qui voulaient faire du sport à la fac. Après la loi, des équipes filles se sont créées partout. Je vous parle du basket mais cela fonctionne pour tous les autres sports. Au basket, la progression a été étonnante. Pour les universités, il a fallu évidemment trouver des financements pour tout cela et parfois cela a pu poser problème. Pour moi à St John’s, cela a rendu les choses un peu compliquées. Il faut rappeler que cette situation n’existe qu’aux États-Unis. Cependant, j’avais trois filles qui faisaient du sport à la fac donc forcément c’était aussi bon pour moi (il se marre). C’est une belle chose, cette loi !

BR : Cette question vous a été posée en 1995, voilà près de 30 ans et à cette période, vous entrainez à l’université de St John’s.

CC : Oui, j’ai été l’entraineur adjoint de Lou Carnesecca pendant très longtemps. J’ai d’ailleurs eu des joueurs qui ont joué en France comme Billy Goodwin et Ron Stewart. Billy savait tout faire sur le terrain. Défendre, se créer son shoot tout seul. Il était très actif des deux côtés du terrain, il aurait laissé son cœur sur le parquet. Ron Stewart est arrivé en même temps que Chris Mullin et Bill Wennington. Ils sont de la même année. Ron n’avait pas autant de talent que Chris et Bill mais il était très important pour l’équipe. Il tenait très bien la balle et jouait dur en défense. Il a fait le Final Four. Je suis très fier de ces deux gars !

BR : Vous êtes né dans le New Jersey, le 9 février 1947. Bon anniversaire : c’était il y a quinze jours ! Que pouvez vous nous dire de votre jeunesse ?

CC : Je suis né juste en face de Philadelphie, oui dans le New Jersey. Ma famille était une grande famille. Nous étions 7. A côté de chez moi, c’était pareil les maisons étaient remplies d’enfants. Il y avait un parc tout près où on se retrouvait pour jouer ensemble. Aux États-Unis, tu joues au Base Ball d’abord et ensuite tu vas vers le basket en général. On a vite fait des 5 contre 5. Et la paroisse organisait des compétitions pour les jeunes parfois. C’est comme cela que j’ai commencé le basket.

BR : Cela s’est passé comment ensuite pour vous au Lycée ?

CC : Avec mon lycée, je jouais dans l’équipe de basket. C’est un cursus qui dure quatre ans. On était une équipe très forte. On a été champion du New Jersey d’ailleurs, en 1964, avec les Rams de Gloucester Catholics. Cette équipe était tellement forte que je ne jouais pas… J’ai commencé sur le banc de touche et puis j’ai vraiment joué lors de ma quatrième année. Mon coach avait beaucoup confiance en moi.

BR : En 1966, vous rentrez à St John’s. Pourquoi cette université ?

CC : Je jouais en High School à Philadelphie et mon entraineur connaissait bien Lou Carnesecca qui coachait St John’s. Il l’a appelé et lui a dit « prends-le, ce gars là va t’apporter quelque chose pour ton équipe ». Carnesecca a dit « ok » sans réfléchir parce qu’il avait confiance en mon coach de High School. Ils m’ont donné une bourse sans me voir jouer à St John’s ! En arrivant, j’étais le joueur le moins connu de l’équipe. J’ai joué dans une seconde équipe au départ mais j’ai beaucoup travaillé. Et Lou m’avait dit « Écoute-moi, soit patient, travaille et tu auras une belle carrière ». J’avais une grande confiance en lui à l’époque. J’ai toujours une grande confiance en lui car il est encore en vie. Il a 97 ans. Il est formidable !

BR : Nous avons interviewé Billy Goodwin la semaine passée. Voilà ce qu’il nous a dit sur Lou Carnesecca : « On jouait pour lui mais on était également une partie de sa vie. Et ce n’était pas faux, c’est un homme sincère. ». Qu’est-ce que vous en pensez ?

CC : Il est dans le Hall of Fame. Il a gagné 75% de ses matchs. Vous vous rendez compte ! 75% ! On a jamais joué en zone, on a jamais fait de press non plus avec Lou. On défendait en homme à homme, en individuel. Sa philosophie offensivement, c’était de faire shooter celui qui était le mieux placé. Il était très respecté des autres entraineurs et adoré par ses joueurs. Même ceux qu’il ne faisait pas jouer parce qu’il parlait aux joueurs et leur expliquait les choses. Il a entrainé un paquet de joueurs. Je crois que c’est 600 à peu près. Et toutes les deux semaines, il téléphone à chacun d’entre nous pour prendre des nouvelles. Tous les 15 jours, Lou me téléphone pour savoir comment je vais moi et ma famille… Je suis d’accord avec ce qu’a dit Billy ! C’est un grand homme.

Ils m’ont donné une bourse sans me voir jouer à St John’s ! En arrivant, j’étais le joueur le moins connu de l’équipe. Carmine Calzonetti

BR : Vous passez trois saisons assez réussies à St John’s. Quels souvenirs sportifs en gardez vous ? Les rencontres contre Lew Alcindor ? Les matchs au Garden ?

CC : Lors de mon année senior, on était dans les 5 meilleures équipes du pays avec St John’s. On a joué oui contre UCLA de Lew Alcindor. Kareem, pour moi, a dominé le jeu comme personne ne l’a jamais fait. Il a du perdre un match au lycée et un à la fac ! Il a été MVP, All Star, bref, il a dominé totalement son sport. Face à Kareem et UCLA on joue au Garden où il y avait 20.000 personnes. Cela devait être un des premiers matchs télévisés à l’époque. New York jouait contre la Californie, c’était un sacré évènement. Alors pour revenir au match, je me souviens, il y avait 32 partout et il restait 10 minutes à jouer. Kareem a ensuite décidé de prendre le jeu à son compte. A partir de là, il n’y avait plus rien à faire… Il a marqué tous les points, nous contrait presque à chaque fois. Je crois qu’on a perdu de 15 points ce jour là finalement. Ensuite, lorsque je suis rentré aux États-Unis après la France, j’ai emménagé à Manhattan. Kareem était mon voisin ! J’ai beaucoup discuté avec lui. C’est un homme charmant, très intelligent qui a écrit des livres après sa carrière. C’est le meilleur joueur de basket contre qui j’ai jamais joué.

BR : Vous venez en France lors de la tournée des Levis All Stars. Vous découvrez également l’Europe (la Grèce, Israël,etc…) mais aussi l’Inde et le Japon. C’est extraordinaire cette aventure !

CC : Je suis parti avec Jim Mc Gregor, le premier agent pour les basketteurs américains vers l’Europe. La seule équipe américaine avant celle-ci à jouer sur le vieux continent, c’était les Harlem Globe Trotters. On a joué contre le Réal, Rome ou Villeurbanne. On faisait des matchs amicaux. En Europe, le règlement autorisait un ou deux joueurs US par équipe et Jim s’occupait de faire des transferts avec les clubs. Nantes a contacté Mc Gregor. Ils voulaient un meneur de jeu. J’ai regardé sur la carte et j’ai dit ok, on y va. C’était une grande ville avec une université donc cela m’a tout de suite intéressé. C’est comme cela que ma vie nantaise a commencé.

BR : Vous êtes champion de Nationale 2. Vous saviez qu’on qu’on vous surnommait Merlin l’enchanteur à l’époque ? Vous shootez main gauche, main droite et comme joueur vous enchainez les cartons.

CC : Je ne savais pas qu’on m’appelait comme cela. C’est un journaliste qui a du trouver cela. En arrivant à Nantes, je n’avais pas de baskets. J’avais donné les miennes à un joueur de la tournée qui avait perdu les siennes. Et je m’étais dit qu’on allait m’en donner à Nantes. Mais le premier truc que j’ai fait à Nantes, c’est aller dans une salle pour jouer et j’ai du jouer pieds nus (il se marre). A cette époque, en nationale 2, j’étais le seul meneur de jeu américain. Les autres équipes prenaient des pivots. Cela veut dire que j’avais un avantage. Et puis, j’étais en forme à ma sortie de St John’s et j’étais gaucher donc cela a été surement plus facile pour moi. Mes coéquipiers à Nantes me donnaient aussi beaucoup de liberté pour créer et sous le panneau il m’arrivait de marquer main gauche ou main droite. Merlin l’enchanteur cela doit être pour cela !

BR : En 1972, l’année suivante, devenez entraineur joueur de l’ABC Nantes. Vincent Shafmeister, Jacques Veyrier, Pat Barrett, Vincent Robinet c’est l’ossature de l’équipe ?

CC : Jacques Veyrier était plus vieux que moi. Vincent Shafmeister est arrivé de Belgique la seconde année, c’était notre pivot. Il y avait aussi Serge Clavé et Patrick Barrett oui. A cette époque, c’était très différent. Il y avait Thierry Rigaud aussi. Mes coéquipiers travaillaient ou étaient étudiants. On s’entrainait le soir, seulement deux fois par semaine. Et certains avaient leur vie, avec leur famille. J’ai beaucoup apprécié cette période parce que dans leur vie mes coéquipiers n’avaient pas que le basket, mais ils ont tous beaucoup donné de temps au basket. Moi, j’étais embauché par l’université mais je ne travaillais pas 40 heures comme certains. Pendant mon temps libre, j’allais au Champ de Mars à Nantes pour m’entrainer tout seul. Mais après, avec le temps, les équipes se sont professionnalisées et ce basket amateur a disparu peu à peu.

BR : Vous êtes diplômé en sociologie, et en parallèle du basket vous donnez des cours d’anglais dans une école de commerce de Nantes. Et vous ne mâchez pas vos mots quand vous êtes interrogé sur le basket français. Vous comparez notamment les 20 heures d’entrainement hebdomadaire des jeunes américains aux deux en France. Vous déclarez : « le problème global est celui de l’éducation et de l’organisation de la vie. Les jeunes français passent leur temps à l’école ! »

CC : Oui et à cette époque, c’était vrai. Aux États-Unis, les équipes s’entrainaient tous les jours et ils avaient leur propre « Académie » aussi parfois. Nous avons parlé des Lycées et des Facs aux États-Unis aussi. Mais en Europe, cela n’existait pas. Le premier club à l’avoir fait en Europe, je crois que c’est le Benetton Trévise. Ils ont crée une école de basket. Ils ont recruté ensuite des jeunes italiens, mais aussi des jeunes des pays de l’Est en copiant le système américain. Petit à peu cette organisation est arrivée en France. C’est l’INSEP qui a commencé à effectuer cette révolution indispensable.

Nantes, c’était une grande ville avec une université donc cela m’a tout de suite intéressé. C’est comme cela que ma vie nantaise a commencé. Carmine Calzonetti

BR : Des souvenirs de Nantes dont vous voulez que l’on parle ?

CC : Oh oui. A cette époque, c’était la « vraie France » Nantes. C’est une très belle région dont les gens étaient fiers. Et puis, il y avait le gros plan , le muscadet ou le foot (il se marre). Nantes, c’est une ville d’Histoire aussi. C’était très sympa comme atmosphère. Moi, en arrivant, je ne parlais pas un mot de français. Je n’avais pas de téléphone, ni d’internet évidemment non plus et il a fallu que je me débrouille avec cela. Avec l’équipe, que l’on perde ou gagne on mangeait toujours ensemble après les matchs. Les soirées étaient merveilleuses. Et quand je dis que c’était la vraie France, c’est parce qu’il n’y avait pas de Mc Donald ou des trucs comme cela. En Belgique ou en Suisse par exemple, c’était différent. A Nantes, j’étais isolé en France et j’ai vécu à la française. J’ai beaucoup appris grâce à mes coéquipiers. Les parents de Robinet et Rigaud parfois, ils tenaient le bar au Champ de Mars ! Les séjours à Nantes étaient très agréables et je suis toujours en contact avec certains joueurs comme Patrick Barrett par exemple. Il y a deux journalistes qui m’ont marqué aussi. J’ai du jouer contre eux avec l’université de Nantes d’ailleurs. Ce sont Thierry Bretagne et Jean-Jacques Maléval. Ils ont écrit un livre révolutionnaire pour l’époque (NDRL : Ce fabuleux basket américain, Calmann Levy, 1972). Ils ont visité les Etats Unis et ont été les premiers, en France, à vraiment s’intéresser aux statistiques. Leur travail était très intéressant parce que cela nous a permis d’avoir un regard nouveau sur notre sport, nous coach d’équipe de Nationale 1. J’ai beaucoup apprécié ce qu’ils ont fait.

BR : Parlons à présent de Mulhouse. Vous y arrivez comme entraîneur en 1975.

CC : Mulhouse avait des dirigeants très ambitieux et voulaient gagner vite. Ils avaient aussi un sponsor important pour l’époque : Peugeot. Monsieur Hessel m’a contacté et j’y suis allé. Souvent, en France, les clubs ont de grands rêves. Avec les victoires, certains clubs pensent pouvoir accueillir un maximum de spectateurs, mais cela ne se concrétise pas toujours. A Mulhouse, il y avait du chauffage dans la salle ! C’était un luxe et les équipements étaient super. J’ai coaché des supers joueurs comme Danny Schreck ou Christian Petit pour ne citer qu’eux. J’ai rencontré aussi la famille Monschau : Jean-Luc et Christian. D’ailleurs, j’ai fait venir les deux aux États-Unis. Ce sont d’excellents entraineurs ! Il y avait aussi Benabid, je crois dont le fils a été entraineur et pleins d’autres. En 1978, le club a recruté un autre coach ensuite malgré la montée. C’est comme cela.

BR : Vous êtes coach trois saisons en Alsace, de 1975 à 1978, avec notamment à la mène un certain Jean Luc Monschau. Il y a aussi Christian, son frère, dans l’équipe et Gil Mac Gregor qui a joué pour les Royals de Cincinnati en ABA.

CC : Gil oui est venu au club si mes souvenirs sont bons la seconde année. La dernière année, en nationale 2, on a gagné 90% de nos matchs. Il y avait Jean-Luc et Christian oui effectivement et plein d’autres joueurs très forts. De mémoire, nous étions très grands pour l’époque comme équipe par rapport aux autres. Malgré cela, on était très adroits et on perdait peu de balles.

BR : Cap sur la Vendée, Vous entrainez ensuite Challans en 1978.

CC : Challans, j’étais en contact avec eux depuis le mois de janvier. Ils me voulaient. J’ai terminé mon histoire avec Mulhouse au top. Je me suis dit qu’avec la montée, c’était le bon moment pour moi de partir. Challans, c’est proche de Nantes également alors c’était aussi tentant. L’année d’avant, j’avais rencontré Jacky Chazalon et mes objectifs, mes rêves, sont devenus différents après cette rencontre, je dois l’avouer. L’équipe était bonne à Challans mais on manquait d’effectif. Et puis Lou Carnesecca m’a contacté pour que je devienne son assistant à St John’s. J’avais prévenu les dirigeants du club. C’est pour cette raison que je n’y suis resté qu’une saison.

BR : La France du basket des années 70, c’est Berck de Jean et Pierre Galle, l’ASVEL d’Alain Gilles, ou Denain. C’est encore Jacques Cachemire avec Tours. L’idée, ce n’est pas de résumer le championnat à ces personnes ou clubs mais plutôt de vous demander quels souvenirs vous en gardez ?

CC : Je garde de très bons souvenirs du championnat de France. L’ASVEL était très forte. J’ai bien connu Alain Gilles en le côtoyant en stage avec Jacky Chazalon. Il était très sage, avec beaucoup de sang froid. C’était un leader silencieux. Alain était probablement le meilleur joueur de sa génération. Il y avait évidemment beaucoup d’autres bons joueurs mais pas de son niveau. Il était capable de tout faire : marquer, intercepter, passer ou voler des ballons. J’aimais beaucoup aussi Alain Durand à Villeurbanne. Il jouait ailier et devait défendre sur les meilleurs américains. Tours était aussi une très bonne équipe, Pierre Galle était encore un formidable joueur. Je pense que quand la France a commencé à recruter des naturalisés, cela a beaucoup fait progresser le championnat. La France a avancé avec les franco-africains. Le basket a alors pris une dimension athlétique intéressante qui a changé son visage. L’équipe de France a également progressé à cette époque et cette dimension y a participé.

A Mulhouse, il y avait du chauffage dans la salle ! Carmine Calzonetti

BR : Avec Jacky Chazalon vous osez, le mot est à prendre dans une sémantique positive, proposer aux jeunes basketteurs des vacances basket-ball ! C’est fréquent pour l’époque aux USA mais c’est complètement révolutionnaire en France. Comment c’est arrivé ?

CC : J’ai rencontré Jackie lorsque le CUC a fait sa tournée au Sénégal. Le président du CUC m’avait demandé d’accompagner l’équipe pour une tournée où il devait y avoir des rencontres contre des sélections nationales africaines. Jackie avait dû jouer un rôle sur ma venue je crois. Clermont, c’était incroyable à l’époque ! De mémoire, je crois qu’elles ont gagné 150 matchs de suite en championnat. Un truc dans le genre… Le 5 Majeur de l’équipe, c’était d’ailleurs celui de l’équipe de France. Le niveau des joueuses était juste inouï ! Elles étaient pros même, ce qui était formidable pour l’époque. Alors, je me souviens de Jackie évidemment mais aussi de Colette Passemard et d’Elisabeth Riffiod, etc… Je trouvais que, niveau QI basket, elles étaient plus fortes que les garçons. Jackie était très intéressée par les fondamentaux. Elle se demandait toujours comment procéder pour faire en sorte que les enfants intègrent ces fondamentaux. On a beaucoup parlé au Sénégal de la formation des jeunes. Je lui avais raconté que je participais parfois à des camps à LA ou dans le New Jersey et qu’on pouvait le faire en France sans problèmes. Il fallait trouver un lieu, des joueurs et se fixer des objectifs pour le camp. Pendant deux ans, cette idée a mûri. Jackie a trouvé un lieu : Istres.

BR : C’est quoi le programme d’une journée de ce type ? Et il y avait qui comme joueurs à ces camps ?

CC : On a attiré 100 joueurs la première année. Je me souviens qu’on avait été trop ambitieux. On a commencé le premier matin à 7h30 et fini vers 18h. Au briefing le soir, on a jeté notre préparation pour tout refaire. C’était trop ce que l’on demandait aux jeunes. Vincent Collet est venu en stage, je m’en souviens. Je crois que par la suite Tony Parker y a aussi participé parce que ces stages se sont répétés dans le temps. Jackie a développé la partie basket mais pas que. D’autres sports comme le foot, le volley, le golf ou le ski se sont ajoutés. Le rêve de Jackie était de faire progresser la formation des jeunes basketteurs. Elle a réussi ! Il y a maintenant une vingtaine de ces stages qui sont organisés en France. C’est grâce à elle !

BR: On parle un peu de l’encadrement ? Jackie Chazalon qu’on ne présente plus, Bernard Ganser le coach de Mulhouse, deux autres Mulhousiens Danièle et Robert Tognarini, Mike Rowland un joueur US, Jacques Sapin de l’ASVEL, Serge Tachtchian (ex international soviétique, et entraîneur du C.U.C.) et vous.

CC : Oui, le niveau était très élevé du côté des coachs. Je me souviens aussi qu’il y avait un brésilien qui jouait au foot qui nous accompagnait : Marcos. On a fait venir également des anciens entraineurs de NBA, et des entraineurs d’universités américaines. Parfois, des stagiaires me retrouvent sur Facebook et m’envoie des e-mails de remerciement pour cette expérience. C’est agréable ! Je crois savoir que beaucoup de stagiaires sont devenu entraineurs par la suite en France. Pas tous évidemment du niveau de Vincent Collet mais, il y en a quelques uns à un bon niveau en France.

BR : A votre départ de France, ce sont Alain Gilles puis Vincent Collet qui prennent les relais. Vous le saviez ?

CC : Oui je le savais. Cela prouve la grande qualité de ces stages…

BR : Vous coachez également à la demande de Jackie Chazalon dont vous êtes proche le CUC lors d’une tournée au Sénégal. C’est votre premier lien avec l’Afrique cette expérience ?

CC : Oui c’était la première fois. J’y suis retourné ensuite trois ou quatre fois.

BR : Vous avez été impliqué dans un projet en Angola. Racontez nous comment est-ce arrivé ?

CC : L’Angola était en guerre contre l’Afrique du Sud. Et avec Lou Carnesecca, on a été la première équipe américaine à jouer en Angola. Cela a été difficile à mettre en place comme échange parce qu’il a fallu que l’état américain nous donne l’autorisation de nous y rendre. Mais ce voyage a été une grande réussite. Un jour à l’entrainement à St John’s, un type vient nous voir et nous demande de rester pour voir ce que l’on fait. C’était le sélectionneur de l’équipe d’Angola. Il est resté trois mois pour analyser nos pratiques. Ensuite, ils ont gagné avec l’Angola le Championnat d’Afrique trois ans de suite. Le lien s’est fait comme cela.

BR : Vous allez au Rwanda, au Kenya, en Afrique du sud et des liens se font entre vous, l’Afrique et la France parce que notamment Hakeem Olajuwon débarque en NBA et qu’il y a le phénomène Dream Team en 1992 et que les jeunes peuvent s’identifier à une star.

CC : En Afrique du Sud, j’ai été déçu. C’est un état assez riche mais le basket n’ y était pas subventionné. La culture basket n’y est pas très présente contrairement à des pays comme le Mali, le Cameroun ou le Nigeria pour ne citer qu’eux. Le Sénégal a une grande culture du basket également comme la Côte d’Ivoire. Plus globalement, les pays africains avec un passé français possèdent une sensibilité importante pour le basket. Je crois que Pierre Dao avait des responsabilités dans ce domaine. Il venait en Afrique et parfois des joueurs africains venaient en France grâce à cela.

BR : Avec du recul, quel regard portez vous sur votre parcours en France ?

CC : La France est très importante pour moi. Elle est dans mon cœur et je pense souvent à Patrick Barrett. A l’Université à Nantes, j’ai joué avec l’équipe de la fac. Je devais être le seul américain à le faire dans le pays et on a gagné le titre universitaire même si ce n’était pas très juste. Mulhouse a été une autre grande expérience également. Les gens y sont très gentils. Partout où je suis passé, je crois avoir eu de la chance d’avoir croisé des gens formidables. J’ai appris beaucoup de choses en France et pas seulement que la langue. La culture française est très riche avec la gastronomie, l’histoire, etc… Jean-Luc Monschau (une personne de qualité, qui est parti de Mulhouse parce que les dirigeants avaient changé) a compté aussi dans mon parcours et comme je vous l’ai dit il est venu me rendre visite à New York. La France m’a donc beaucoup apporté mais je crois que cela ne concerne pas que moi uniquement. Les américains qui ont joué dans les années 70 pourraient vous dire la même chose.

BR : Qu’avez vous fait ensuite ?

CC : A cette époque là, les assistants n’était pas très bien payé (il se marre !) J’avais quatre enfants et un de mes anciens coéquipiers à St John’s a crée une compagnie de finance. Il m’a dit je triple ton salaire, j’ai répondu ok on y va. J’ai travaillé à Wall Street pendant vingt ans ensuite. Mais je suis resté très proche de Lou Carnesecca qui lui a poursuivi l’aventure avec St John’s. A présent, je coule des jours heureux avec ma femme Ramona. Elle est médecin et a fait ses études en France, à Marseille et à Paris.

BR : Comme il est de tradition chez Basket Retro. Le mot de la fin est laissé à l’interviewé…

CC : Je voulais remercier Basket Retro de m’avoir redonné l’opportunité de reparler de la France, de mon parcours, de mes coéquipiers et plus globalement des gens que j’ai pu rencontrer et qui ont compté pour moi. Je voudrais redire merci à Jackie Chazalon. Je me doute que si nous parlons ensemble aujourd’hui c’est à cause d’elle. Merci Jackie !

Propos recueillis par Guillaume Paquereau pour Basket Retro. Nous tenions à remercier Carmine Calzonetti pour sa disponibilité.

Retrouvez plus de Basket Retro sur





About Guillaume Paquereau (52 Articles)
Amoureux de Gozilla depuis mon plus jeune âge, je suis devenu fan des Suns ! De Sir Charles à Dan Majerle en passant par Nash, via Stoudemire pour aller jusqu'à Devin Booker : PHX a le monopole de mon coeur. Je veux du soleil !

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur la façon dont les données de vos commentaires sont traitées.