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Championnat d’Europe Junior 1964 – L’espoir renaît à Naples

Equipe de France

Montage Une : Laurent Rullier pour Basket Rétro

Avril 1964 – La performance est devenue presque banale. Mais, cette année-là, terminer deuxième au plan européen, c’est une sacrée performance ! A Naples, les juniors français enlèvent la médaille d’argent aux premiers championnats d’Europe de la catégorie. Ils incarnent aussitôt l’avenir du basket français.

Le contexte est très pesant dans la France du basket, au sortir d’un championnat d’Europe à Wroclaw désastreux en octobre 1963 (13eme) et d’un ratage dans les grandes largeurs lors du tournoi préolympique de Genève – juin 1964 – qui laisse des traces. Malgré Gérard Moroze et Alain Gilles, la France, « en mal de pivots valables » termine 3eme sur 14 équipes derrière la Hongrie et la Finlande.

Pour la première fois depuis 1936, date de l’intégration du basket dans le programme olympique, les Bleus sont absents des Jeux.

Un échec cruel.

C’est pourquoi, la deuxième place des Bleuets – génération née en 1945, 46 ou 47 – signée en juin aux premiers championnats d’Europe à Naples résonne comme une immense bouffée de promesses pour l’avenir. « Il y a des moments dans le sport où il ne faut pas avoir peur des mots, lance Robert Busnel, le Directeur technique national (DTN). Et le terme « magnifique » peut traduire parfaitement la valeur de notre formation junior, deuxième des championnats d’Europe. »

LE BONHEUR EN ARGENT

Le podium : Modestas Paulauskas et l’URSS intouchables, mais les Bleuets du capitaine Pierre Galle (à gauche) surprennent.

Seule l’URSS a, par deux fois, raison des coquelets, inattendus dauphins. On retrouve dans cette équipe tout le potentiel et le futur présumé du basket français et de l’équipe de France. La majorité d’entre eux est alors encore dans leur club formateur comme Pierre Galle, le capitaine, René Guérin, Daniel Ledent, Jean-Pierre Staelens, Charles Tassin, Christian Petit, Gérard Lespinasse, Michel Longueville, mais déjà ils symbolisent la nouvelle vague, celle qui, forcément, renouera avec les podiums après quelques années de disette. Et encore, Alain Gilles et Jean-Claude Bonato, retenus avec la sélection A, ou encore Alain Durand, révélé un peu plus tard, auraient pu faire partie de cette équipe…

On notera au passage qu’aucun d’entre eux ne fait partie d’un club du podium du championnat de France 1964. La Nationale 1, cette année-là, consacre l’AS Villeurbanne – c’est son septième titre après huit ans de disette – devant l’Alsace de Bagnolet et le PUC.

Les juniors français battent la Yougoslavie (56-52), l’Espagne (48-39), la Bulgarie (54-48), après avoir été battus par l’ogre soviétique (62-41).

Ils retrouvent l’URSS dans une finale logiquement à sens unique (63-35), sous le joug de Modestas Paulauskas, le joueur du Zalgiris Kaunas, futur champion du monde et olympique à Munich. « La consécration d’une technique faite d’intelligence et d’opportunité » poursuit Busnel, ravi de la performance collective et de la maitrise de son jeune maitre à jouer, Pierre Galle.

L’équipe de France juniors, conduite par Joë Jaunay et Camille Mutterer, s’était qualifiée avec aisance pour la phase finale de Naples lors du tournoi de Paris en septembre 1963 en devançant l’Angleterre, l’Islande, la Suède et le Luxembourg. Elle est déjà couverte d’éloges. « Si nous ne cachons pas notre satisfaction pour ce résultat plus qu’honorable, il convient surtout d’apprécier à sa juste valeur le remarquable comportement de nos juniors, dont l’enthousiasme, la foi juvénile et la discipline d’équipe laissent supposer que le basket français peut encore obtenir d’excellents résultats » s’enflamme la revue fédérale Basket Ball à l’heure de l’Assemblée générale 1964.

UNE GENERATION EN OR ?

Les experts sont alors unanimes. Ils estiment que le basket français tient-là une génération en or qui vient à point nommé pour voir l’avenir en rose après quelques mois de flottement chez les A. Et renouer avec le podium du championnat d’Europe délaissé depuis le bronze de 1959 à Istanbul.

Avec cette médaille d’argent, Joë Jaunay gagne ses galons. Cette performance le consacre comme l’un des meilleurs entraineurs français. La démission de Robert Busnel, quelques mois plus tard, permet à Jaunay de le remplacer au poste de DTN, avant de cumuler, en 1965, cette fonction avec celles d’entraineur de l’équipe de France masculine (à la place d’André Buffière), puis féminine à la place de Georgette Coste-Vénitien, élue au comité directeur de la FFBB.

Il a ainsi l’opportunité de lancer rapidement, à dose régulière, la très grande majorité des joueurs argentés en Italie au niveau de l’équipe de France A.

Sept ans plus tard pourtant, c’est le désenchantement complet.

Les Bleuets 1964 de Naples avec de gauche à droite, debout, Camille Mutterer (entraineur adjoint), Michel Longueville, Joël Baudry, Jean-Pierre Staelens, Gérard Lespinasse, Guy Armatol, Gérard Capron, Joë Jaunay (entraîneur). Accroupis : Pierre Galle, Alain Crapet, René Guérin, Charles Tassin, Daniel Ledent, Christian Petit.

S’ils ont bien pris les commandes des principaux clubs français qu’ils ont rejoint pour la plupart et s’ils sont plutôt fringants dans les compétitions nationales, les dauphins de Naples ne sont pas devenus les requins du basket européen. Ils n’ont pas ravagé les mers comme espéré.

Bien au contraire, l’équipe de France s’éloigne insensiblement du paysage international : absence prolongée aux JO (après Tokyo, pas de Jeux ni à Mexico, ni à Munich), et aux championnats du monde, recul notoire au plan européen (9eme en 1965, 11eme en 1967, non qualifiée en 1969, 10eme en 1971 et 1973, non qualifiée en 1975, 11eme en 1977, 8eme en 1979 et 1981).

Lucide, Joë Jaunay confie son amertume en 1971, à l’issue d’un EuroBasket particulièrement raté par l’équipe de France à Essen (10eme sur 12) : « Construite sur la formation juniors, vice-championne d’Europe en 1964, elle devrait être l’une des meilleures équipes de notre continent.  A cette époque, nous étions deuxièmes derrière les Soviétiques et nous n’avions pas à souffrir de la comparaison avec les autres sélections nationales. La logique aurait voulu que l’équipe de France, en prenant de la maturité, conserve son rang ou du moins reste parmi les meilleures. Ce n’est malheureusement pas le cas. Le manque d’ambition provoqué par le style de vie français a tout détruit. »

UN RETARD CONSIDERABLE

Un peu plus tôt dans l’année 71, en faisant référence à cette génération et au niveau des jeunes en Europe, il déclarait : « Leur taille était acquise à ce moment-là (en 1964), huit d’entre eux sont toujours les meilleurs de France et leur technique est sensiblement la même qu’alors avec l’expérience et la maturité en plus. Mais il y avait, en plus des parfaits basketteurs qu’étaient Galle et Crapet, une taille générale que l’on n’a plus retrouvée depuis alors que les autres équipes ne cessent d’augmenter. »

Cette année – là toujours (1971), Jaunay regrette qu’ « en dehors d’ Eric Beugnot « physiquement comparable aux meilleurs de sa catégorie en Europe, seul Sénégal (1,80 m) est techniquement comparable aux meilleurs de sa catégorie. Tous les autres ont un retard considérable – physique et technique – sur leurs concurrents étrangers. Ce qu’il faut savoir c’est que les quatre meilleures équipes juniors d’Europe battraient la plupart des équipes de Division Nationale française et que la meilleure d’entre elles partirait au moins à chances égales avec le champion de France. »

Un extrait de la revue Basket Ball, l’organe officiel de la FFBB.

Au final, la traversée du désert de l’équipe de France s’étirera sur deux décennies, c’est-à-dire jusqu’au championnat d’Europe organisé en France en 1983.

Les vice-champions d’Europe juniors 1964 : Pierre Galle (Grand Fort Philippe), René Guérin (O. Antibes), Alain Crapet (RSC Valenciennes), Daniel Ledent, Jean-Pierre Staelens (AS Denain-Voltaire), Charles Tassin (SC Angoulême), Gérard Capron (ASG Manin), Christian Petit (Valence BC), Gérard Armatol (AS Saint-Etienne), Gérard Lespinasse (SA Lyon), Joël Baudry (ABC Nantes), Michel Longueville (PUC). Entraineur : Joë Jaunay.

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About Dominique WENDLING (45 Articles)
Ancien journaliste, joueur, entraîneur, dirigeant, président de club. Auteur en 2021 de "Basket in France", avec Laurent Rullier (I.D. L'Edition) et en 2018 de "Plus près des étoiles", avec Jean-Claude Frey (I.D. L'Edition).

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