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[Portrait] La bénédiction de Pamela McGee

Portrait

Montage Une : Laurent Rullier pour Basket Rétro

Jour pour jour, 17 ans séparent la finale olympique féminine de 1984, de celle des garçons à Tokyo en 2021. Pour ces deux occasions The Star-Spangled Banner retentit avec une intensité toute particulière pour Pamela McGee, cette américaine, icône mondiale du basket féminin. La vie de Pam est une odyssée parsemée de félures et de moments merveilleux ; aussi Basket Retro vous propose de découvrir une femme au parcours hors norme. 

Le Brésil organise en 1983 les Championnats du Monde féminins de Basketball. La finale qui oppose l’URSS aux Etats Unis voit les Soviétiques l’emporter de deux points sur un shoot dans les dernières secondes d’Elena Chausova. Alors, en 1984, le monde du basket espère pour les jeux olympiques une revanche. Mais cette dernière n’aura finalement jamais lieu, boycott oblige… À Los Angeles, personne ne s’étonne donc de voir les Etats-Unis ne faire qu’une bouchée de ses adversaires au Forum d’Inglewood, antre des Lakers. Sport olympique depuis 1976 à Montréal (1936 pour les hommes), rien ne résiste à Team USA qui s’impose notamment en finale de 37 points, un 7 août 1984, face à la Corée du Sud. Cheryl Miller (soeur de Reggie), Lynette Woodward (première femme membre des Harlem Globe Trotters), Janice Lawrence ou Cindy Noble mènent une équipe aux accents qui deviendront français. En effet, présentes dans l’effectif, Denise Curry jouera un temps pour le Stade Français Paris Versailles, Teresa Edwards enfilera elle le maillot de Valenciennes et Pam McGee vêtira la tunique rouge de l’ASPTT Aix en Provence. 

LA MEDAILLE

Née le 1er décembre 1962, dans le Michigan, à Flint, Pamela Denise McGee vient au monde avec une balle orange et une sœur jumelle : Paula. Vite, les deux sœurs qui sont inséparables partagent tout et notamment le rêve de devenir championnes olympiques, ensemble. Au lycée, à Flint Northern, elles raflent tout (75 victoires – 0 défaites) puis choisissent l’Université de USC à LA. Pamela portera le numéro 30 et Paula le 11. Cette fac, réputée pour son école de cinéma, dont sont issus Robert Zemeckis, John Carpenter ou George Lucas, se situe à LA à quelques encablures d’Inglewood et d’Hollywood. Mais l’Université de South California possède également la meilleure équipe féminine universitaire de basketball du début des années 80 grâce aux McGee, Cynthia Cooper ou Cheryl Miller (encore elle !). Les Trojans deviennent ainsi double championnes NCAA en 1983 et 1984. Pendant leur passage en Californie, les twins remportent 109 victoires pour 19 défaites en plus de décrocher un Master d’économie. Mais Paula ne sera pas sélectionnée pour les jeux et devra suivre sa jumelle des gradins du Forum. Pam qui est donc une “presque locale” en 1984 pour les Jeux pleurera toutes les larmes de son corps à l’annonce de cette décision et les gagnera seule. Enfin seule… pas tant que cela. Sur le podium, ce 7 août 1984, Pam n’a de cesse de chercher du regard sa sœur. Après les hymnes, elle court rejoindre Paula pour l’étreindre et lui donner sa/leur médaille, un geste qui touchera les États Unis de l’époque. 

C’était  un moment très émouvant.Si émouvant que je m’en souviendrai le reste de ma vie, déclarera ensuite Paula au Los Angeles Times “

Paula Mac Gee dans les tribunes d’Inglewood avec la médaille d’or de sa sœur au cou. Crédit image : Peter Read Miller / Getty Images

Toujours en 1984, les deux sœurs rejoignent la WABA et les Dallas Diamonds (ancêtres de la WNBA) pour y devenir championnes, encore ! A Dallas, elles fondent également leur propre agence de publicité, Tantalizing Texans, qui met en avant les jeunes diplômés noirs. Mais en 1985, la WABA ne repart pas suite à la défection de trois franchises.

L’ASPTT AIX-EN-PROVENCE

Pam est alors en couple avec un joueur bien connu dans l’hexagone : George Montgomery. Né à Chicago, George est drafté par les Blazers après un cursus complet à Illinois, au second tour. Barré en NBA, il rejoint la CBA puis en 1986 le Racing Club de France puis plus tard Nantes, Gravelines, Antibes et Limoges. Pam, elle, tombe enceinte accidentellement au début 1987. A cette époque, l’Europe est alors la meilleure solution pour les joueuses de basket talentueuses dont fait partie McGee. Dans une interview pour Sport Illustrated en 2012, elle raconte ses doutes : 

“ Un samedi matin au printemps 1987, je me suis assise sur la plage de Dockweiler State Beach à Los Angeles, à 72 heures d’un avortement programmé. J’ étais une joueuse de basket-ball professionnelle, célibataire de 24 ans, et je ne pouvais pas prendre de congé de maternité. Et même si je le pouvais, je ne m’ imaginais pas transporter un bébé en Italie pour garer la poussette à côté du banc. Alors, j’ai prié, prié et prié et j’ai senti comme si j’entendais une voix de Dieu, il me disait, c’est votre don. Le lendemain, je suis allé à la Faithful Central Bible Church, à Inglewood, pour reprier. J’ai appelé la clinique pour annuler, et le 19 janvier 1988, j’ai  donné naissance à un garçon.” 

En septembre 1988, Pam et son fils JaVale rejoignent Parme en Italie. Elle négociera à chaque fois dans ses contrats une nounou et une place dans les avions pour son fils.

C’est ainsi qu’elle sillonne le monde: Brésil, France, Italie ou Espagne. C’est d’ailleurs après un passage en Espagne que Pam pose ses valises en France, à Aix où elle va jouer pour l’ASPTT. C’est l’emblématique président Guy Boillon (33 ans de présidence) qui la recrute. Il se souvient :

Pam est arrivé d’Espagne en cours de saison chez nous. Il y a eu beaucoup d’effervescence autour de son arrivée. Il faut dire qu’elle était Championne Olympique. Elle nous a parlé tout de suite de son fils avant de signer. C’est ma femme Josette qui le gardait quasiment tout le temps. Parfois, il allait aussi à la salle et participait aux déplacements avec l’équipe. Parfois quelqu’un du club prenait le relais. Pam, c’était une fleur. Une personne très gentille. Malheureusement, on a pas pu la garder et elle est reparti pour Parme où elle avait déjà joué. L’année d’après, on a rencontré Parme en Ronchetti. Je me souviens très bien du moment où j’ai revu le petit JaVale et sa mère. Il était dans ses bras et on s’est enlacé tous les trois. C’était un moment très émouvant. Une anecdote que je n’oublierais jamais. Et qu’est ce qu’il était grand pour son âge ! (crédit : Basket Rétro)

Aix est également la formation de la multiple MVP française Odile Santaniello. Elle témoigne elle aussi :

Je me souviens de Pam comme quelqu’un de très professionnel. A l’époque on s’entrainait deux fois par jour et le gymnase était à notre disposition. C’est vrai qu’au départ, avec la barrière de la langue, l’intégration n’a pas été toujours simple mais on s’est vite rendu compte que c’était une belle personne. Elle était assez réservée, c’est comme cela que je n’ai appris qu’après son départ qu’elle avait une jumelle ! Ce qui m’ a également marqué chez elle, c’est qu’elle était très proche de son fils. Il venait parfois aux entrainements, voire même aux matchs. Il se déplaçait avec l’équipe parfois. JaVale était très très grand pour son âge. Malheureusement, sportivement, cela ne nous a pas aidé à gagné avec Aix. Elle était très forte mais on a du se contenter d’une qualification en Ronchetti et c’est Mirande qui a été sacré. (crédit : Basket Rétro)

L’OR OLYMPIQUE

L’été, Pam se repose à Flint où elle y rencontre puis épousera un révérend, Kevin Stafford. En 1994, naît Imani Stafford. Mais deux ans plus tard, Stafford demande le divorce. Il obtient également  la garde d’Imani, le tribunal jugeant que les voyages dus au basket pour Pamela compromettaient son rôle parental. Alors mère et fils repartent… Cette fois-ci pour Sacramento, où Pam est drafté par la WNBA. La draft de 1997 est la première de l’histoire, celle qui construit les effectifs et qui verra Isabelle Fijalkowski être choisie par les Rockers de Cleveland. Âgé de neuf ans, JaVale, lui, va s’asseoir alors régulièrement derrière le banc des Monarchs. La petite histoire dit même que la légende du basketball féminin Cynthia Cooper y était régulièrement sa baby-sitter. Pamela prend sa retraite en 1999 et l’année suivante subit une mastectomie pour un cancer du sein. JaVale gère alors ses repas et regarde des films avec elle à son chevet. Drafté par Washington en 2008, JaVale devient quant à lui triple Champion NBA avec les Warriors (2017 et 2018), puis les Lakers (2020). Dans l’interview dont nous avons parlé plus haut et donnée à SI, Pam raconte cette anecdote étonnante. Le lendemain du concours de dunk qui eût lieu à LA en 2011 et auquel son fils participe, JaVale  appelle sa mère à 8 heures du matin pour lui demander d’aller à l’église, celle de Faithful Central Bible. Elle fond alors en larmes et pour la première fois, Pamela parle à son fils de l’épisode de la clinique et de celui de la plage : 

 « Pour moi, » dit-elle à son fils les yeux embués de larmes, vous avez été une vraie bénédiction. »

En 2012, Pam rentre au Hall of Fame féminin. Imani, elle, sera draftée en 10ème position par le Sky de Chicago en 2016. Ainsi, Pamela devient la première joueuse WNBA de l’histoire maman de joueurs NBA et WNBA. Continuant à écrire l’histoire, comme un clin d’œil de l’histoire, le samedi 7 août 2021, Pamela McGee et son fils, JaVale McGee, deviennent le premier duo mère-fils à remporter dans le même sport des médailles d’or dans l’histoire olympique lorsque JaVale et Team USA battent la France 87-82 en finale des Jeux de Tokyo.  Mais les McGees ne sont pas le premier combo mère-fils à remporter des médailles d’or olympiques. Avant eux, la soviétique Valentina Rastvorova remporte en effet l’or en escrime aux Jeux de Rome en 1960, avant que son fils, Yevgeny Grishin, ne gagne l’or en water-polo en 1980 à Moscou. Aujourd’hui, à l’heure où vous lisez ces lignes, Pamela poursuit son odyssée ne sachant encore ce que la vie lui réserve.

Propos recueillis par Guillaume Paquereau pour Basket Rétro

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About sunkiddbr (32 Articles)
Amoureux de Gozilla depuis mon plus jeune âge, je suis devenu fan des Suns ! De Sir Charles à Dan Majerle en passant par Nash, via Stoudemire pour aller jusqu'à Devin Booker : PHX a le monopole de mon coeur. Je veux du soleil !

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