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Allison Vernerey : son rêve était ailleurs

Portrait

Montage Une : Laurent Rullier pour Basket Rétro

« Il n’y a que deux conduites avec la vie : ou on la rêve, ou on l’accomplit ». Allison Vernerey a appliqué, à la lettre et en version XL, cette citation de René Char, en l’accomplissant, à sa manière, quitte à susciter l’étonnement du microcosme du basket en se retirant de la compétition à 22 ans. Retour sur la trajectoire particulière d’une jeune femme douée.

Les fées se sont penchées

sur son berceau avec plusieurs baguettes : un appétit d’apprendre, des prédispositions pour le basket et une attraction pour les Etats-Unis.

2007 : Allison Vernerey (à droite), Diandra Tchatchouang sont championnes d’Europe cadettes avec l’équipe de France. @FFBB

Bon sang ne saurait mentir. Allison a baigné depuis sa tendre enfance dans l’univers du basket de haut niveau. Son père, Jacques, a été un cadre fédéral, notamment à l’INSEP, lors de la génération Cathy Melain, puis entraineur pro à Aix et Mulhouse, auteur de plusieurs livres techniques, consultant avant de devenir Directeur Sport et Jeunesse à la Ville de Mulhouse puis, depuis fin 2017, Directeur des Sports Ville et Eurométropole de Strasbourg. Sa mère, Christel Chaumartin, est une ancienne internationale junior et joueuse de Nuits St Georges et Challes les Eaux. Elle est d’ailleurs toujours active dans le coaching et le basket sport-santé au bénéfice des séniors. Sa sœur ainée, Laura, a disputé l’Euro chez les cadettes.

Autant dire qu’à la maison, on parlait souvent basket, tactique et performance.

CHAMPIONNE D’EUROPE CHEZ LES CADETTES

C’est à Mulhouse et au FCM que les choses sérieuses ont démarré. Entrainée notamment par sa maman, Allison a été retenue, à 14 ans, en équipe de France pour l’Euro cadettes 2005 où elle termina avec la médaille d’argent. Avant de frapper fort deux ans plus tard : l’équipe de France cadette est sacrée championne d’Europe à Valmiera (Lettonie) en battant la Roja en finale (60-57) ! A sa tête un duo de feu : Diandra Tchatchouang, sacrée MVP, et Allison Vernerey, capitaine, retenue dans le « cinq idéal » avec une moyenne de 15, 9 points et 9,5 rebonds par match ! « C’était une génération vraiment géniale, une belle histoire d’amitié. Toute notre campagne avait été belle. C’était un énorme accomplissement. On était une vraie équipe, au sens propre du terme, tout ça était très naturel. C’est un moment où j’ai vraiment apprécié le basket pour ce qu’il est » a-t-elle expliqué à Fabien Rouschop pour « l’Alsace » début 2020.

En 2009, ce seront les demi-finales de l’Euro juniors en Suède et le Mondial juniors en Thaïlande en 2009, avec le même duo en pointe.

Taille (1,93m), intelligence tactique, énergie, aisance de gauchère sous le panier, leadership : « Alli » est ainsi entrée dans les radars des scouts. A 17 ans, tous les espoirs sont permis. Pour autant, contrairement à Diandra, elle n’opte pas pour l’INSEP, pour garder sa liberté de postuler, plus tard, pour une high school aux Etats-Unis, un rêve caressé depuis longtemps. Et signe à la SIG Strasbourg en Nationale 1 (actuelle Ligue 2). Un compromis entre progression en basket et maintien dans le nid familial.

Allison en équipe de France juniors. @FIBA

L’année de terminale au lycée Alfred-Schweitzer de Mulhouse ressemble à une course de fond contraignante avec le bac S en ligne de mire et la compétition dans l’anti-chambre de l’élite nationale. Trois soirs par semaine, elle prend le train à Mulhouse pour Strasbourg, puis le tram, s’entraine, se douche, se fait conduire à la gare, le train de 20h53, y repasse quelques cours, et retour à la maison vers 22h30. Un rythme infernal qu’elle accepte, assorti de cours particuliers de son père entre midi et deux pour travailler ses qualités athlétiques.

Au final, une année réussie, avec une immersion dans le basket de bon niveau et un apport indéniable, outre les 11 rebonds gobés en moyenne par match. « Allison n’a fait qu’une saison chez nous, mais quelle saison ! C’était la première pour nous à ce niveau. Elle nous a apporté toute sa gentillesse, sa détermination, et nous a portés vers une superbe troisième place (notre meilleur classement) qui nous a qualifié pour le final four à Limoges. Sa fraicheur, son énergie, sa volonté de réussir et l’unanimité qu’elle arrivait à faire ont permis à la SIG de franchir un palier » se souvient son entraineur d’alors, Philippe Breitenbucher, qui a vu Allison être convoquée, à 17 ans, à une présélection en équipe de France, la vraie.

QUATRE SAISONS A DUKE

Il était acté qu’Allison ne resterait qu’une saison avant de partir aux Etats-Unis. De nombreux clubs français, dont Bourges, alors indiscutable numéro un, lui font les yeux doux. De nombreux scouts d’universités américaines également, venant en Alsace la superviser après l’avoir repéré dans les compétitions internationales. Son rêve est américain, influencé sans doute par une présence familiale outre Atlantique, et les souvenirs des études aux Etats-Unis de son père et de son oncle. « Oui, les Etats-Unis, c’est une culture différente et enrichissante, mais si je souhaite aller là-bas, c’est à la base parce que je ne veux pas arrêter mes études après le bac. Je ne me voyais pas tout miser dans le basket à partir de 18 ans. Or, il est très difficile de continuer des études supérieures en jouant en France ou en Europe. Le système américain est fait pour ça »

Après des arbitrages serrés entre différentes options, ce sera Duke University ! Réputée pour son coach, Mike Krzyzewski, son palmarès, l’ambiance de ses matches à plus de 10 000 spectateurs. L’équipe féminines fait partie des meilleures en NCAA et son niveau d’études est très élevé. « Il n’y avait quasiment aucune étrangère dans les équipes universitaires à mon époque. Je savais que je voulais vivre aux Etats-Unis, y jouer et y étudier. C’était vraiment mon grand objectif et j’ai fait ce qu’il fallait. J’avais envoyé des vidéos, fait un camp d’été à l’université du Connecticut à 14 ans, les coaches m’avaient vu jouer. Et ils se sont souvenus de moi, pour venir me voir jouer en Alsace, dans le petit gymnase de la SIG, à commencer par Geno Auriemma (ndlr : onze fois champion NCAA avec l’équipe féminine de l’université des Huskies du Connecticut). Ou Joanne P. Mc Callie, coach de Duke, qui était même venue chez moi (…). J’ai choisi Duke pour la combinaison entre l’excellence sportive et académique. Mais une fois là-bas, c’était dur, vraiment très dur. On s’entrainait pendant des heures et des heures. J’ai été poussée très loin physiquement et mentalement. Mais ça valait le coup. Jouer dans des salles bondées, des ambiances survoltées, c’était unique ».

La vie américaine à Duke. @Duke

Au total, quatre années à Duke à Durham, en Caroline du Nord entre 2009 et 2013, avec, pour le n°43 des Blues Devils, trois titres en Atlantic Coast Conference (ACC), subdivision de la NCAA, un échec en quarts de finale en 2012 en match sec (75-73), 139 matches disputés, 5,2 points, 3,7 rebonds en moyenne. Des hauts, des bas, mais aussi des retrouvailles avec Diandra Tchatchouang, lors d’un match face aux Terrapins Maryland.

« LE BASKET NE LA NOURRISSAIT PAS « 

Quatre saisons à Duke. @USA Today

Stupeur et incompréhension en France lorsque, diplômée, elle décide de raccrocher le basket de haut-niveau à 22 ans, alors qu’une carrière dorée se profilait. Peut-être saturée de (trop) de basket ? Mais pas seulement. « Dans la vie, il y a deux aspects à prendre en compte, selon moi : l’épanouissement personnel et le plein développement de son potentiel, explique son père Jacques. En ce qui concerne Allison, tout le monde ne pouvait pas imaginer que son épanouissement passait autant par le basket que par son accomplissement intellectuel. Le basket ne la nourrissait pas assez. (…) Le sport n’était qu’un passage dans la vie, on n’en était pas assez conscient. Elle l’était ».

Elle rejoint Schneider Electric (à West Kingston à Rhode Island) puis Décathlon à différents postes à Wittenheim, Londres et à Montbéliard, pas très loin de ses bases mulhousiennes. Elle renoue, pour le plaisir, avec la balle orange à l’AS Valentigney, dans le Doubs, termine meilleure marqueuse en Nationale III en 2017.

Puis repart à Boston aux Etats-Unis, pendant deux ans, pour passer un MBA. Enfin, en août 2019, elle intègre Home Depot, une importante entreprise de distribution pour l’équipement de la maison de 7 000 salariés. Elle y est Online Product Manager (cheffe de produit pour les achats en ligne) et basée au siège à Atlanta en Georgie. « C’est exactement ce que je voulais ». Ses loisirs sont à présent plus orientés vers la natation, l’escalade ou le running. Elle n’oublie pas le basket puisqu’elle reste engagée dans le Summer Training Camp (STC) monté par son père à Autrans voilà 25 ans.

A 29 ans, alors qu’on ne peut s’empêcher d’imaginer ce qu’aurait pu donner une équipe de France avec Allison aux côtés des Bria Hartley, Sandrine Gruda ou Marine Johannès, la jeune retraitée ne nourrit aucun regret. Elle a décidé de garder le meilleur de ses années basket, synonyme d’aventures collectives.

Un cas rare, surtout lorsqu’on fait partie des meilleurs espoirs européens. Mais une option respectable et assumée. Début 2020, elle le répète, sereine : « C’était le bon choix ».

Sources : Pascal Legendre/MaxibasketNews (mars 2009), Fabien Rouschop/L’Alsace (janvier 2020).

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About Dominique WENDLING (24 Articles)
Ancien journaliste, joueur, entraîneur, dirigeant, président de club. Co-auteur, avec Jean-Claude Frey, de "Plus près des étoiles", le livre paru fin 2018 sur les 90 ans de la SIG Strasbourg.

2 Comments on Allison Vernerey : son rêve était ailleurs

  1. Pour information :

    L’euro U18 auquel a participé Allison s’est déroulé effectuent en Suède mais c’était en 2009.
    Sachez pour la petite histoire que cette compétition a permis à la France de terminer vice championne d’Europe.
    Ce qui en 2009 pour la catégorie constitue un excellent résultat…
    Allison a réalisé une magnifique compétition.
    La vigilance doit être de rigueur sur la retranscription des événements passés surtout lorsque le site s’appelle « basket rétro ».
    Malgré tout je vous félicite pour cette démarche.
    Faire revivre le passé reste une entreprise périlleuse. Mais sans passé pas d’avenir.
    Bonne continuation.

    Bien cordialement à vous.

    Un témoin ( en première loge) de cette aventure.

    J'aime

  2. Dominique WENDLING // 9 mai 2020 à 18 06 08 05085 // Réponse

    Merci pour votre remarque fondée et de votre intérêt pour Basket-Retro : nous rectifions l’année !

    J'aime

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