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ASPO Tours : Commando, tempo, Dao

France

Montage Une : Laurent Rullier pour Basket Rétro

1976 : l’ASPO Tours est championne de France pour la première fois. A la surprise générale, mais c’est tout sauf un hasard. Retour sur la construction méthodique de ce titre.

A l’automne 1975, les pronostiqueurs misent sur Villeurbanne. Logique, c’est le champion en titre, peu retouché et sûr de sa force. Ils parient aussi sur Le Mans qui vient d’attirer Bill Cain, le musculeux Vichyssois et le prometteur Hervé Dubuisson de Denain (19 ans). Ils placent aussi Caen qui a recruté Ansley Truitt (Denain) et Victor Boistol (Vichy), voire Berck relancé par l’arrivée, notamment, de Lionel Billingy.

CINQ CLÉS POUR UN SACRE

La Une de l’Equipe Basket Magazine datée d’avril 1976.

Ils ont tort. Ils oublient tout simplement le dauphin de l’ASVEL, l’Association Sportive de Préparation Olympique de Tours. Qui a méthodiquement préparé son coup. Un coup de maître en cinq points.

  • Un projet ambitieux – Au moment où beaucoup de clubs gèrent leur fond de commerce en boutiquier, l’ASPO Tours a trouvé en Guy Papineau, l’homme (d’affaire, il est assureur-conseil) qui prend les choses en mains. Il est vice-président (l’ASPO est un club de cheminots et son président s’y recrute statutairement), autoritaire et visionnaire. Il monte un projet ambitieux pour faire de l’ASPO un club à l’italienne. Il a trouvé son alter ego sportif en Pierre Dao, ancien prof d’EPS, CTR du Poitou, puis entraîneur national, héritier présomptif de Joe Jaunay à la tête de l’Equipe de France. Dao est jeune (32 ans), iconoclaste et biberonné au basket américain.  Le club se donne une vision et des moyens inédits et précurseurs en France en différents domaines – organisation, logistique, marketing – dont s’inspirera d’ailleurs le Limoges CSP quelques années plus tard.
  • Une construction et une continuité – L’équipe 75/76 est quasiment inchangée par rapport à la saison précédente où le club avait terminé second. Le socle est là, solide. Les joueurs américains sont présents depuis longtemps (LC Bowen était déjà meilleur marqueur de la Nationale 1 en 72, DeWitt Menyard, ancien pro de l’ABA (Houston Mavericks) est arrivé en 1969, le genou en vrac. Tous deux sont bien intégrés localement, Menyard devenant au passage patron de bar. Se sont ajoutés deux grands espoirs de l’ASVEL, Jean-Michel Sénégal et Patrick Demars, qui jouaient peu à l’ASVEL, Sénégal devenant au passage le premier transfert dans l’univers encore officiellement amateur de l’époque.
  • Un coach nouvelle vague – Dans une Nationale 1 attirée par les coaches étrangers ou très expérimentés, Pierre Dao casse les codes, arrive avec une culture fraiche, moderne. Sa fougue, ses méthodes, sa communication, son optimisme forcené, sa confiance en lui d’homme pressé et sûr tranchent avec un André Buffière, éternel inquiet. Il forme la dernière pièce, essentielle, du puzzle tourangeau.
  • Un style affirmé – Le fonceur Dao, qu’assiste le capitaine Michel Bergeron, mise sur un jeu d’attaque très rapide, en première intention, porté sur l’offensive (101 points de moyenne) et des solistes talentueux comme LC Bowen, meilleur marqueur 76 avec 30,7 points ou JM Sénégal, le moteur.
  • Une hiérarchie claire – Le coach s’appuie sur un quatuor solide : LC Bowen, Raymond Reynolds (meilleur rebondeur avec 15,6 prises), DeWitt Menyard et Jean-Michel Sénégal, un chef d’orchestre de 22 ans porté sur l’offensive. Et ensuite, en fonction de l’adversaire et de la tactique du jour, des joueurs de devoir comme le fidèle Michel Bergeron, Eric Bonneau, Jean-Louis Vacher, Marc Bellot, Patrick Demars ou Christian Albert complètent le noyau dur.

DES CARTONS CINGLANTS

De fait, la méthode Dao, basée sur une opération commando exigeante et enthousiaste, fait mouche. Le premier match à la CRO Lyon gagné sur le fil (79-81) bien que les Lyonnais aient inscrit huit paniers de plus, place l’équipe sur les bons rails. Il a fallu attendre la 7° journée pour interrompre (à Caen) une série de 19 succès de rang à cheval sur deux saisons.

Durant l’hiver, les pronostiqueurs retournent leur veste : Villeurbanne est jugé trop vieux, Caen trop instable. Trop de vedettes au Mans, et Berck a son avenir derrière lui. Du coup, Tours est passé en tête de liste. Avec, pour les « Tours 76ers » quelques cartons cinglants : 154-107 contre Joeuf (dont 62 points pour Bowen et 45 pour Sénégal !), 144-77 face à la SIG, 137-109 contre Antibes. Et pour finir, un titre conquis à domicile face à Berck, mais étrenné par une défaite cinglante à Gerland face au tenant et ennemi intime, l’ASVEL qui devait assurer une place européenne.

« C’est drôle, ce titre me fait plaisir, mais un peu moins que je l’avais imaginé » commente Pierre Dao, qui voit plus loin : « Nous sommes encore un club de patronage. Je veux donner un style. C’est ce qu’il y a de plus important c’est ce qu’il nous reste à faire, c’est de ne pas se faire sanctionner de fautes techniques sur le terrain, c’est de ne pas râler contre l’arbitre, c’est savoir perdre en méritant les applaudissements du public ».

Son meilleur adversaire, André Buffière, se montre beau joueur : « Je distingue trois atouts dans le camp des Tourangeaux : 1. L’apparition avec Pierre Dao d’un jeune entraîneur qui connait visiblement bien son affaire, ce qui prouve qu’il n’est pas forcément besoin, même à ce niveau, de faire appel aux cadres étrangers, 2. L’enthousiasme débordante de ses dirigeants. Quelquefois, ils en font trop, mais c’est quand même très utile. 3. La discipline de jeu de l’ensemble. Il y a un quatuor de base (Menyard, Reynolds, Bowen, Sénégal) et tous les autres joueurs acceptent, sans rechigner, à être remplaçant, de tourner. Ce n’est pas le cas partout ».

L’équipe championne de France 1976 avec de gauche à droite, debout : Ray Reynolds, Marc Bellot, DeWitt Menyard, Jean-Michel Sénégal, Daniel Gendron. Accroupis : Randle L.C. Bowen, Christian Albert, Michel Bergeron, Jean-Louis Vacher, Patrick Demars. @République du Centre.

Alain Gilles, confirme : « Je pense que cette année, celui qui a prouvé quelque chose, c’est Dao à Tours. Je l’ai connu en équipe de France l’an dernier. Il est très bon sur le plan psychologique. Il connait bien le basket, il aime son sport et je crois qu’il est en train de réussir ».

UN CINZANO BIEN AMER

La saison aurait été parfaite sans cette défaite en finale de la Coupe des Coupes. L’ASPO a en phase de poule affronté Tirana, Skopje, Olympiakos Le Pirée, Sofia, Estudiantes Madrid en demi-finale. Et voici que se profile en finale le Cinzano Milan, déjà vainqueur en 71 et 72.

Charters et train spécial envoient un petit millier de Tourangeaux à Turin, théâtre de la finale, le 17 mars 1976. Sur sa dynamique, Tours se montre confiant. Trop sans doute. Malgré une supériorité technique et physique, l’ASPO affiche son manque de maturité à ce niveau. Sénégal passe au travers, Bowen traine ses quatre fautes prises très tôt. Bref, après le panier initial de Bellot, Tours joue à l’envers et se retrouve toujours à la remorque. L’ASPO rate surtout une reconnaissance européenne pourtant largement à sa portée. « Pour nous le Cinzano a un goût amer » commente Dao. Cette saison encore, les Italiens dominent les épreuves européennes et l’ASPO Tours ne fera pas mieux que la JA Vichy, battue en finale, par Naples en deux manches en 1970.

La suite s’annonce rose d’autant que le maire, Jean Royer, veut lancer un vélodrome de 10 000 places réservé au vélo, à la boxe et au basket pour remplacer le Palais Robert-Grenon.

« Nous avons été progressivement 10°, 5°, 2° et maintenant premiers. Mais nous sommes conscients que ce sont les années les plus difficiles qui commencent ». Guy Papineau ne pensait pas si bien dire.

Il rêve à haute voix de faire de Tours un grand d’Europe et lance avec Dao un nouveau projet, sur cinq ans pour faire de l’ASPO un « super-club » soucieux de son image de marque. Il investit notamment dans un club-house et des chambres pour ses jeunes stagiaires.

UN SECOND TITRE EN 1980, PUIS LA RÉGRESSION

La saison d’après, avec le plus gros budget (1 600 000 francs), assez bizarrement, les choses tournent de travers. Le club n’assume pas la lessiveuse et le surmenage liés au calendrier Nationale 1 – Coupe des Champions, malgré l’arrivée de Jim Bradley, ancien pro. L’ASPO est attendue partout comme l’équipe à battre, les blessures multiples et les déceptions s’enchainent comme cette suspicion de dopage, cette bagarre entre Bowen, l’installé, et Bradley, le rebelle, qui verra la rupture du contrat avec le dernier venu à mi-saison.

Randle Bowen, meilleur marqueur de la Nationale 1 en 1972 et 76, joueur de grand talent, ici face à Ansley Truitt (Caen). @ l’Année du Basket 76, Calmann Lévy

L’ASVEL – la- régulière revient aux affaires, Tours termine à une humiliante 7° place deux saisons de suite, c’est à peine un peu mieux en 1979 (4°).

En 1980, avec un recrutement judicieux, avec le très puissant Cliff Pondexter, star en NCAA, Jacques Cachemire, Jean-Michel Sénégal, Gérard Brun, Georges Vestris et toujours « Slem » Menyard, c’est le deuxième titre de champion de France à l’issue d’une poule des as et une finale gagnée sur un match sec face au Mans (72-66). Cette année-là, Tours est nommé « Ville la plus sportive de France » par le journal l’Equipe.

Mais Dao s’en va pour se consacrer totalement à l’équipe de France. Papineau le prend mal. Il est vexé et se sent trahi. C’est la brouille. Bergeron prend les commandes, de bons joueurs comme Barry White (Mulhouse) ou William « Skip » Howard (Vichy, le père de William Howard, l’international français actuel, passé par le CSP Limoges) arrivent.

Mais la dynamique se brise. Le grand rêve européen passe, car la salle ne se fera pas. La section de basket sort juridiquement de l’ASPO omnisport pour devenir le Tours BC, les problèmes d’argent arrivent, vite, trop vite. Le club rentre dans le rang, puis perd pied insensiblement au fil des saisons. Un peu comme à Mulhouse, liquidations et fusions se succèdent. Le basket dégringole à Tours. Irrémédiablement.

Aujourd’hui, le Palais Grenon est toujours en activité, mais il abrite l’activité du Tours Volley, meilleur club actuel de la ville. Le basket, devenu Union Tours Basket Métropole en 2014, joue à la Halle Monconseil pour ses matches de N1. L’espace VIP de cette salle d’un millier de places porte le nom de Slem-Dewitt Menyard, (décédé en 2009), en mémoire de l’âge d’or du basket tourangeau…

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About Dominique WENDLING (32 Articles)
Ancien journaliste, joueur, entraîneur, dirigeant, président de club. Co-auteur, avec Jean-Claude Frey, de "Plus près des étoiles", le livre paru fin 2018 sur les 90 ans de la SIG Strasbourg.

1 Comment on ASPO Tours : Commando, tempo, Dao

  1. quel plaisir de lire cet article, j’habitais Tours durant ces années folles du basket, j’étais une vraie groupie ne manquant aucun match les accompagnant à Turin même si le retour était triste, j’admirais Pierre DAO tout ce que est dit sur lui dans cet article est vrai c’est un entraineur hors du commun, il l’a prouvé durant toute sa vie.
    une amoureuse….du Basket aujourd’hui agée de 86 ans !!!!!!
    Amicalement.
    G Mainferme

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